Anatomie de la fiche Anatomie interactive
Ajouter au bac de lecture

Petite Crapaude!

Gabrielle en sait long sur la vie. Même si elle n’a que seize ans. Comment en serait-il autrement? Née d’une mère alcoolique dont l’amant est revendeur de drogues, Gab a pour amis des tarés de toutes espèces. Avec sa bande, elle découvre des sacs de poudre blanche dans sa belle roulotte rose, l’Enfer. Et des billets de banque à profusion qui tourbillonnent dans le vent. Mais voilà que la poudre disparaît, et que l’argent se consume en fumée blanche.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narratrice, Gabrielle, une adolescente de 16 ans confrontée à de nombreux défis personnels, dont une relation conflictuelle avec sa mère, la mort d’un animal de compagnie et une tentative de meurtre, mais qui, en cours de route, reçoit des conseils indispensables d’un mentor inattendu.

« Gab, c’est le nom que je porte mais, pour elle, c’est Gabrielle, tout au long. Je suis un cas de délinquance juvénile, je joue cette carte avec une habileté rare pour les excuses, les faveurs… » (p. 16)

« Ah, ces habitudes d’enfant sage, ce qu’elles peuvent te siphonner la tête! J’ai voulu la mettre au courant, je me demande encore ce qui m’a pris parce que…
Elle n’a pas commencé par s’énerver, pas tout de suite. D’abord elle a prêté une oreille apparemment attentive à ce que j’avais à dire, l’autre bien vissée à l’oreiller. Et le récit filait comme ça sans interruption jusqu’au moment où j’ai chiffré ma découverte : trois mille dollars! Aussitôt j’ai regretté, il était encore de trop bonne heure, et elle était à jeun.» (p. 33)

« Quand elle n’est pas pétée, maman est bien, enfin presque, et j’aurais voulu lui sauter au cou, la serrer dans mes bras comme on fait, mais penses-tu! Au moment où j’allais m’exécuter, c’était déjà moins vrai.
Les mères, je m’excuse, mais l’intuition, ça leur sort de… enfin de partout. Dès qu’elle m’a vue venir avec mes gros sabots, j’ai été coupée. Rivée au sol de mes effusions. En un sens elle nous faisait une faveur parce que ça aurait été gênant, pour nous deux je veux dire. » (p. 194)

« « Ma chère enfant, ta maman a des ennuis, elle se débat contre l’alcoolisme. C’est une maladie au même titre que la peste, la drogue, le sida. Tu n’en veux pas à ceux qui en sont atteints, n’est-ce pas? Alors… » » (p. 209)

  • Nombreux personnages secondaires qui interagissent avec Gabrielle, dont Philippe, son ami de cœur, Éliane, Mimi, Marc, Théo et James, les membres de sa bande, sa mère, qui a un problème d’alcool, Marcel, l’amant de sa mère, revendeur de drogue, une jeune fermière, qui lui démontre de la compassion, et Van Delf, le gardien du terrain de camping, qui lui transmet des leçons de vie importantes.

« Avant d’emménager, il y a eu une corvée. Ils sont tous venus, sauf Phil qui n’est pas physique comme type. Il y avait Théo bien sûr, Marc et James du côté des gars; plus Liane, Mimi et moi du côté des filles, les réguliers quoi. Dans l’ensemble, tout ce petit monde forme une équipe super, les qualités des uns compensant les défauts des autres. Mais rien qu’à nous voir, on voit bien, c’est l’enfance avec retard et désespoir. Mes amis me ressemblent par là, ils ont des problèmes de parents. Des mal-aimés qui n’attendent, comme moi, que l’Occasion favorable : la fugue dont nous parlons quand nous nous vidons le cœur. » (p. 21)

« Maman n’est elle-même que quand elle a consommé des tas de bières, et ça la regarde. Avant, elle se cherche, elle s’étiole comme une plante qui manque d’eau. Moi je trouve ça tellement moche que je déposerais mes yeux dans son verre à dents rien que pour ne pas voir, c’est dire. » (p. 33)

« Il y en a un mauvais : Marcel me traque, me suit jusqu’à la roulotte. […]
Ce gros monsieur me gêne. Il a à mon endroit le maximum de politesse, mais une politesse trop voulue, trop affichée pour être sincère. Non, il ne me bourre pas, c’est vrai mais il y pense, c’est pareil. Avec lui, c’est toujours la sensation du danger, alors ses paroles elles ne sonnent jamais justes, ses regards aussi ils tombent en poussière avant de m’atteindre. » (p. 75)

« Ce n’est qu’au contact de cette vieille main chaude que j’ai fini par réaliser qu’il n’y avait pas d’apparition, que c’était tout bonnement une fermière de passage qui, voyant une enfant en panne le long de la route, avait stoppé. » (p. 87)

« « C’est l’amour qui doit remplacer la haine parce que l’amour ça ne meurt pas et la haine, elle te fera mourir. »
Nouveau silence, interrompu par les craquements de sa berceuse qui avait mal, puis il revenait avec une nouvelle phrase.
« Tu n’es pas responsable de ta mère, il a dit, les choses sont comme ça et personne n’est à blâmer. Ce qu’il faut, c’est éviter de l’imiter. Tu le dois à toi-même et à tes enfants. » » (p. 210)

  • Roman d’aventures qui tient le lectorat en haleine du début à la fin; intrigue captivante s’organisant autour de la relation tumultueuse entre une adolescente et sa mère alcoolique et des conséquences qui en découlent; thèmes (p. ex., amitié, relations parents-ados, drogue, espoir) susceptibles d’intéresser le lectorat visé.
  • Mise en page aérée; texte réparti en 31 chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., guillemets, points de suspension, italiques indiquant les mots prononcés dans une différente langue, majuscules) qui facilitent l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres du même auteur et dédicace au début; courtes notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., bistouri, emmurée, furoncles, échauffourée, rafistolages) compréhensibles à l’aide du contexte; mots du registre familier (p. ex., conne, un gars-ben-le-fun, chienneries, pisser, perlimpinpin) et mots anglais (p. ex., pushers, flirts, come-back, dealer, party) reflétant le milieu linguistique dans lequel évoluent les personnages.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases; abondance de courtes phrases interrogatives, dans les dialogues, contribuant à la vraisemblance des personnages.

« Tout ça, c’est ma faute aussi, j’aurais dû me douter, me méfier. Lui poser des questions, le suivre. Me faire amie avec le guichetier. Qui sait? il cultivait peut-être des amitiés féminines pour le modèle… Et lui interdire de donner mon courrier à qui que ce soit sauf en main propre.
J’ai mis fin à ma crise quand le coupable m’est apparu à la traverse du chemin de fer. On aurait dit qu’il m’attendait. À ses pieds, un reste de papier finissait tranquillement de brûler dans une boîte en fer-blanc. Je maîtrise la situation. Le traître ose affronter ma présence.
« Rends-moi mes lettres, je lui commande.
– Tes lettres, tu dis? »
Il fait le geste de souffler dans la paume de sa main nue.
« Bon, tu les as brûlées, c’est ça que je dois comprendre? Elles sont en cendres, n’est-ce pas? »
Je regarde la boîte qui parle d’elle-même. Elle avait dû servir plus d’une fois, toute noire et calcinée qu’elle était.
« Des lettres ça se brûle aussi bien que des billets de banque, Gab, tu devrais savoir ça.
– Tu les as lues, ces lettres?
– Lues?
– Bon, et qu’est-ce qu’il y avait dedans?
– Dedans? »
Il joue au perroquet, ça se joue aussi bien à deux. » (p. 166-167)

  • Nombreuses figures de style (p. ex., comparaison, hyperbole, personnification, expression imagée, énumération, métaphore, interjection, exagération) qui enrichissent le texte.

« Par malheur, maman aussi avait entendu et le surnom m’est resté comme une colle. » (p. 12)

« Par comparaison, la roulotte ne tient pas le coup d’accord, mais je ne la changerais pas pour tout l’or au monde. » (p. 19)

« La roulotte en avait besoin, la pauvre, la rouille lui rongeait l’âme. » (p. 23)

« « On ne raisonne pas une tête de cochon. La drogue lui a ramolli les méninges. » » (p. 97)

« C’était quelque chose de voir ces deux tronçons s’acharner l’un sur l’autre : ils poussent, cognent, mordent, boxent dans une lutte où ça joue des pieds, des poings, des dents. » (p. 97)

« C’est la mort dans l’âme que je ramasse mes forces pour prendre refuge devant la télévision. » (p. 109)

« « Souiche, souiche » que fait le buisson. » (p. 152)

« Elle a piqué une crise, la Mimi. Des larmes, des sanglots, le Niagara quoi. Impossible de boucher, ça c’est sûr, ça venait sans tarir, l’image même du chagrin c’était. » (p. 216)

  • Séquences narratives permettant de s’immiscer dans l’évolution psychologique et relationnelle du personnage principal; séquences dialoguées reflétant la complexité des relations qui existent entre Gabrielle et ses proches.

« Le problème ce soir-là, c’était maman. Eh oui, toujours et encore maman. Une partie de moi me disait que la mort, sa mort, arrangerait bien les choses tandis que l’autre partie ne suivait pas. Quel avantage je gagnerais que maman soit morte? Je ne la verrais pas moins dans mes songes et je souffrirais de la savoir au-delà où, à vrai dire, je ne pouvais l’imaginer. Maman morte, je serais orpheline et tous les aveux que je me proposais un jour de lui faire, comment elle avait été injuste, comment je lui en voulais et toute la litanie, je serais obligée de taire à jamais. En dépit de ce que je lui avais dit, j’aime maman et je savais que je l’avais fait souffrir. Je ne pouvais pousser ma logique plus loin. » (p. 206)

« De ce côté, j’étais rassurée.
Je l’étais moins en ce concerne Philippe. Je ne l’avais jamais vu dégonflé pareil. Voilà qu’il parle comme Éliane maintenant, il dit qu’on a suffisamment fui comme ça, que le temps de rentrer est arrivé. Non, mais ça n’allait pas? Je lui ai fait remarquer qu’il restait Marcel entre autres.
« Bah! qu’il a dit, il aura eu la peur de sa vie! Il n’aura pas le goût de recommencer. Pauvre Gab, tu déprimes au Coke!
– J’ai des intuitions. Ils sont là, à attendre.
– Toi et tes états d’âme » m’a lancé Marc.
Tout autour des petits feux de joie s’allument. Ça rit court et méchant. Je ne comprends pas, je demande s’il y a une manigance, une machination à mes dépens.
Personne pour répondre mais leurs regards confirment, ils frangent des yeux. Même Phil, ça je n’aurais jamais cru! Bon j’ai compris. C’est l’histoire de ma vie, je suis de trop. Il suffit d’imaginer que sans moi tout aurait roulé sur des roulettes. J’empêche de tourner en rond, c’est ça?
Éliane en a pinté une de trop, elle embrasse Phil. Un baiser qui engage l’âme. Non mais qu’est-ce qui se passe?
Mimi se fait l’entremetteuse.
« Bien oui, Gab, elle a dit. Ces deux-là s’aiment depuis le début. Toi, tu n’as rien vu, rien su et c’est comprenable, tu avais ton problème. Mais maintenant, peux-tu leur en vouloir? Ce serait trop triste, regarde-les. C’est pas le plus beau couple du monde? » » (p. 233-234)

Pistes d'exploitation

  • Suggérer aux élèves de se mettre dans la peau de la mère de Gabrielle, puis de rédiger une courte lettre destinée à sa fille l’incitant à revenir à la maison en prenant soin de préciser les raisons pour lesquelles elle y tient. Jumeler les élèves, puis les inviter à lire leur lettre à leur partenaire. Encourager les élèves à réagir à la suite de la lecture de la lettre.
  • Demander aux élèves, réunis en équipes, de brosser le portrait psychologique d’un des membres de la bande de Gabrielle en tenant compte de critères précis (p. ex., qualités, défauts, goûts, aptitudes, leadership) et en les appuyant d’exemples tirés du roman. Regrouper les équipes selon le personnage choisi, puis les inviter à faire part de leur travail aux membres de leur groupe.
  • Animer une discussion au sujet des besoins fondamentaux des enfants et des adolescents (p. ex., besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance, d’estime de soi et de réalisation de soi). Former cinq équipes, puis leur demander d’identifier des indices qui révèlent un besoin fondamental non satisfait dans le cas de Gabrielle. Leur demander d’appuyer chaque exemple d’une citation tirée de l’œuvre (p. ex., besoin d’appartenance : « La vie au-dehors était beaucoup plus cruelle que je pouvais me l’imaginer du dedans. C’étaient ses cuites, ses somnifères, ses amants, et plus moyen de l’atteindre depuis qu’elle m’avait décollée. » (p. 13)). Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leurs trouvailles au groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans le roman (p. ex., comportement sexuel à risque, consommation de drogues illicites, alcoolisme d’un parent, surdose causant la mort, racisme, discrimination, violence).
  • Encourager les élèves à lire un autre roman abordant le thème d’une relation mère-fille, soit À grandes gorgées de poussière, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Série : Comment devenir adulte, divers épisodes.