Anatomie de la fiche
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Pars, Ntangu!

1998, Sierra Leone. Une bande armée fait irruption dans un village. Meurtres, viols, pillage. Onika voit sa fille sauvagement tuée sous ses yeux et son fils enlevé pour être enrôlé de force. Réussissant, par miracle, à survivre à cet assaut, la jeune mère n’aura de cesse de retrouver son fils, Ntangu, en sillonnant cette région d’Afrique où l’horreur et la détresse sont devenues quotidiennes. Son destin croisera celui de Béatrice, une travailleuse humanitaire, et du major Kent, un Casque bleu, deux Canadiens aimantés par ce continent meurtri.

Palpitant et bien documenté, Pars, Ntangu! offre le portrait saisissant d’une Afrique complexe et sismique, où le débordement des camps de réfugiés et la prolifération des enfants-soldats contrastent avec l’indifférence croissante des pays du Nord et le cynisme ou la bureaucratie des relations internationales.

(Tiré de la quatrième couverture du livre.)

 

À propos du livre

Contenu

  • Personnages principaux d’origines africaine et canadienne, Onika, Ntangu, Béatrice, Joseph Kent et Britt, dont certains vivent des événements tragiques; ils se côtoient, s’entraident, essaient de survivre dans un monde parsemé de violence ou de maladie.

    « Le seul mot qui jaillit de ses lèvres [Onika] avant que le métal d’une mitraillette vienne s’écraser sur sa bouche, lui brisant la mâchoire. La douleur, comme un tourbillon, s’empare de son esprit et, tandis que le sang coule, ses yeux restés ouverts voient ce qu’ils n’auraient jamais dû contempler. Sa fille déshabillée, son fils qui se précipite pour l’aider et qui se fait assommer avant de l’atteindre. Sema qui hurle enfin et qui tourne la tête vers elle. Un canon qu’on plante dans son jeune ventre et la déflagration qui soulève légèrement le corps de sa fille. Le petit corps qui retombe inerte. » (p. 16-17)

    « Kent a suivi les directives. Il a écouté le rapport. Béatrice Archambaud est sérieusement blessée, mais pas en danger de mort. Pas encore. Il faut la rapatrier d’urgence vers l’hôpital le plus sécuritaire et le plus proche. » (p. 46)

    « Killing Machine, donc. Il [Ntangu] a recommencé. Piller, tuer, violer, recevoir les coups. Il a pu manger. Il a survécu aux combats. Il a suivi une unité en Côte d’Ivoire. C’est avec exaltation qu’il a changé de pays. Il n’y a rien pour lui derrière de toute façon. Autant continuer. Il a pris le commandement d’une petite division. » (p. 98)
     

  • Intrigue tournant autour de l’Afrique présentée comme une région sans espoir où l’on connaît des guerres civiles, des injustices, des souffrances et où grandissent des enfants-soldats.

    « Second plus gros camp de réfugiés de Guinée, celui de Tassin recense près d’un million d’enfants, d’hommes et de femmes. Il est le résultat d’une guerre civile prolongée qui augmente le nombre de fuyards et de victimes de barbaries. Des familles décimées, des vieillards et des femmes malades, des mutilés et des orphelins, obligés de faire face à un nouveau type d’horreur que celui qu’ils ont enduré jusqu’ici. » (p. 22)

    « Les small soldiers hurlent en chœur. Des gamins et des filles âgés de sept à seize ans. Des gosses qui, comme lui [Ntangu- alias Barracuda], n’ont plus de famille et qui s’accrochent à cette armée comme à une bouée de sauvetage. » (p. 54)

    « Comme beaucoup d’autres enfants soldats qu’Onika a croisés au dispensaire, celui-ci porte de petites incisions sur la figure. Leurs chefs les badigeonnent à la veille de raids avec de la coke qui, répandue dans leur sang, décuple leurs forces et les transforme en redoutables guerriers. » (p. 68)

  • Narratrice omnisciente permettant de connaître, à l’aide de nombreuses séquences descriptives, non seulement les actions posées par les personnages, mais les pensées et sentiments qui les animent.

    « Britt sent que la conversation prend une tournure déplaisante. Elle est énervée. Encore plus que d’habitude. Si, si. Elle n’aime pas ce qu’elle est devenue. Cette opération, c’était du bidon. Ils ont enlevé des tas de trucs. Mais c’est toujours là. Il faut continuer la chimio, les médicaments. Se reposer. Elle n’en n’a [sic] pas la moindre envie, mais elle ne peut pas faire autrement. » (p. 100)

    « Béatrice raccroche, énervée. Une vague de nausée la submerge. Elle s’effondre. Sans pouvoir empêcher les tremblements de la secouer, elle se tient le ventre. Elle se sent vraiment mal. Ses blessures la brûlent soudain. Des visions d’horreur l’assaillent, celles de mort, de cris et de souffrance. » (p. 145)
     

  • Récit sans ordre chronologique; les titres des chapitres permettant toutefois de situer l’intrigue dans le temps et l’espace (p. ex., « Sierra Leone, 1998 », p. 13, ou « Canada, 2003 », p. 38 et 103 tout en facilitant la compréhension du récit.

Langue

  • Registre courant employé dans l’ensemble du texte, alors que certaines séquences dialoguées sont du registre familier.

    « Freetown est mise à sac. Des tirs de mitraillettes déchirent l’air et les rues sont encombrées de militaires et de cadavres, de poursuivants et de fugitifs. Dans un entrelacs de rues du quartier populaire de la ville, la violence touche à son sommet. » (p. 27)

    « – Et si je te dis qu’il n’y a rien à bouffer? Tu vas rester ici et crever? Tu vas abandonner tes frères? Et toi? Toi? Qu’est-ce que vous foutez? Debout! Y a du travail! » (p. 52)

  • Style d’écriture simple et direct, surtout marqué par l’emploi de phrases courtes, parfois nominales, accélérant le rythme de la lecture et contribuant à la création de suspense.

    « Il est toujours arrivé à se soustraire à ses prédateurs. Mais cette fois, c’est différent. Tout est différent. À commencer par ses poursuivants. Il n’arrive pas à savoir combien ils sont, combien ils savent. Ils sont rusés. Plus organisés. » (p. 11)

  • Nombreuses figures de style, surtout des énumérations, des répétitions et des comparaisons, qui rendent certaines scènes plus frappantes et qui accentuent les sentiments des personnages.

    « Plus de diarrhées, de paludisme, de tuberculose et de sida. Plus de cris ni de crépitements d’armes à feu. » (p. 19)

    « Mais elle en a marre de ne vivre que dans l’ombre d’une catastrophe hypothétique, marre de devoir soutenir ses vieux qui se font un sang d’encre, marre de devoir calmer les enfants troublés par tant d’inquiétude, marre de passer pour l’hystérique de service, marre de ce frère insouciant des autres qui, à son âge, ferait mieux de se caser et de se calmer. Marre de tout. » (p. 72-73)

    « Une mère n’abandonne pas son enfant. Son leitmotiv. Elle y croit dur comme fer. » (p. 84)

  • Champs lexicaux de l’Afrique, de la guerre et de la violence ressortant particulièrement de l’œuvre.

    « Un cortège de véhicules tout terrain garnis de soldats du RUF armés jusqu’aux dents surgit devant eux, sur le chemin. Les hommes tirent en l’air avec leurs mitraillettes. » (p. 16)

    « Comme des milliers d’autres ici qui exhibent des moignons répugnants, Natti a été mutilée par les agents du RUF. Est-ce qu’on s’endurcit devant tant de misère? Peu de chance. » (p. 48)

Pistes d'exploitation

  • Inviter les élèves à visionner le film Le diamant de sang (version française de Blood Diamond) et de tracer des liens avec l’œuvre (p. ex., intrigue, problèmes sociaux, économiques et politiques).
  • Demander aux élèves de reconstituer l’histoire en créant le schéma narratif complet de cette dernière au fil de la lecture 
    (p. ex., utiliser une ligne de temps).
  • Proposer aux élèves d’effectuer une recherche sur les différents métiers à échelle internationale, dont ceux mentionnés dans l’œuvre (p. ex., médecin pour l’organisme Médecins sans frontières, Casque bleu, soldat). Puis, organiser un débat parlementaire au cours duquel chacun jouerait un rôle spécifique (en fonction d’une des carrières internationales, d’un poste politique ou autre) pour débattre sur le problème en Afrique tel que présenté par l’auteure.

Conseils d'utilisation

  • Situer le roman dans un contexte de guerre avec toutes les horreurs qui l’accompagnent et la perception des pays voisins ou plus éloignés.
  • Prévenir les élèves quant au contenu violent de certaines situations du récit (p. ex., viol collectif, meurtre, enfant-soldat, mutilation, drogue), les accompagner étroitement dans la lecture d’extraits qui risquent de susciter de vives réactions et déterminer en quoi cette violence est pertinente dans le cadre de l’histoire.
  • Utiliser la table des matières à la fin de l’œuvre afin d’obtenir des indices des lieux et dates pour reconstituer plus facilement le schéma narratif de l’histoire.
  • Aborder le thème des enfants-soldats avec les élèves et discuter de cette réalité qui existe dans de nombreux pays en guerre.