Contenu
- Personnage principal, Onika, une femme courageuse marquée par le meurtre de sa fille Sema et la disparition de son fils, qui lutte pour retrouver ce dernier, enlevé par des rebelles.
« Ntangu, inerte, est soulevé et balancé sans autre façon à l’arrière d’une des jeeps. D’énormes mains tirent Onika, lui arrachant ses vêtements et la fouillent tandis qu’elle continue de fixer le corps déchiré de sa fille. » (p. 17)
« Onika travaille sans relâche. Ce poste improvisé qu’elle a ²imposé² dans la tente médicale, et que la docteure Béatrice Archambaud tolère, lui convient. Ainsi, elle est protégée de l’insécurité qui règne à l’extérieur et elle se sent utile. Elle occupe son esprit qui tournerait à vide autrement et la rendrait folle. C’est aussi un moyen de parler aux gens, d’écouter et de se renseigner. Car ce qui fait vivre Onika chaque jour, du lever au coucher du soleil, c’est l’espoir de retrouver Ntangu. Ntangu qui peuple ses nuits et ses jours. Ntangu qu’elle dessine sur les traits de chaque enfant qui passe, de chaque enfant qu’elle soigne. Ntangu qui est peut-être dans ce camp gigantesque, à portée de main, et qui a besoin d’elle. Ntangu qui l’habite et qui la torture de ne pas être là. Vaillante, Onika ne renâcle jamais à la tâche. […] Onika tient bon. Elle doit retrouver son fils. » (p. 47)
- Nombreux personnages secondaires, dont Béatrice Archambaud, une docteure dévouée, qui, en plus d’apporter son aide pour guérir les blessures d’Onika, devient une amie précieuse; Britt, la sœur de Joseph Kent, qui tisse des liens étroits avec Onika, partageant avec elle des moments de solidarité et de réconfort; Joseph Kent, un major des forces armées canadiennes, déterminé à se rendre en Afrique pour mener des recherches et trouver le fils d’Onika; ainsi que plusieurs membres de groupes d’enfants soldats, guidés par un commandant qu’Onika croise sur son chemin, qui se joignent à cette aventure poignante, unissant leurs forces dans l’espoir de retrouver l’enfant perdu.
« Mais là, ce matin, Béatrice ne se sent pas bien. Elle flaire le danger. Onika n’est pas dans son lit comme elle y est tous les jours depuis qu’elle est arrivée à Tassin. C’est leur rendez-vous quotidien. Elles ne le manquent jamais. Le cœur de Béatrice bat plus vite. […] Béatrice sort. […] Sa gorge est sèche. Ça ne sert à rien de la chercher ici, elle le sait. Onika a quitté le camp. » (P. 51)
« Britt aime bien Onika. Chacune de ses visites la revigore et l’extrait de ce quotidien déprimant. Celui où elle voit ses forces décliner et son espoir avec.
[…]
Onika a raconté son histoire. Sema, Ntangu. Les camps, la longue errance, sa quête qui l’amène aujourd’hui ici. Quand Onika se tait, elle a fini de faire son ménage. Elle est prête pour la prochaine chambre. Britt n’a pas arrêté de la suivre des yeux.
– Je vais vous aider, Onika. » (p. 118)
« Le Major a tenu ses promesses. Avec Béatrice, ils ont activé tous leurs contacts et entrepris de nombreuses recherches qui se sont étirées sur des mois. Elles n’ont pas abouti à grand-chose d’intéressant ni même d’encourageant. À chaque porte à laquelle ils ont frappé, la réponse était la même. Pas la moindre trace de Ntangu Orlando. » (p. 148)
- Roman dramatique dont l’intrigue, riche en rebondissements, tourne autour de l’Afrique, présentée comme une région sans espoir où l’on connaît des guerres civiles, des injustices, des souffrances et où grandissent des enfants-soldats; récit sans ordre chronologique, les titres des chapitres permettant de situer l’intrigue dans le temps tout en facilitant la compréhension du récit; thèmes (mort, guerre, drogue, violence, espoir) permettant au lectorat de comprendre les enjeux sociaux, politiques et économiques auxquels de nombreux pays africains sont confrontés.
- Mise en page aérée; texte divisé en 2 parties, la première comptant 21 chapitres et la deuxième 28, numérotés et accompagnés de la date et du lieu de l’action; éléments graphiques (p. ex., italiques, symbole indiquant un changement de scène ou un laps de temps, points de suspension, notes de bas de page, acronymes) qui facilitent la compréhension du texte; liste des œuvres de la même auteure et dédicace au début; table des matières et liste d’œuvres de la collection Voix narratives à la fin; courtes notes biographiques sur l’auteure à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., glapit, bringuebalée, paludisme, horripilant) généralement compréhensibles grâce au contexte; mots du registre familier (p. ex., y a du travail, t’es pas obligé, bordel, moches) et mots anglais (p. ex., small soldiers, remake, commander) illustrant les origines et le contexte des personnages de l’histoire.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; abondance de courtes phrases exclamatives et interrogatives, dans les dialogues, accélérant le rythme de la lecture et contribuant à la création de suspense.
« Les conversations repartent de plus belle. Sur l’économie. La politique. Les pédiatres… Ça se coupe, ça crie, ça se lève de table. Chez les Kent, les mots sont comme des crèmes pour le corps. Elles huilent. Elles nourrissent. Elles ne guérissent ni ne font de miracle, mais elles font du bien. Au-delà des mots sans importance et des plats qui défilent, il y a la complicité et la tendresse qui cimentent la famille et la transforment en une entité forte et chaleureuse. » (p. 21)
« – Madame Archambaud.
– Major! Vous n’aviez donc pas perdu mon numéro de téléphone!
– Je le regrette déjà.
– Vous aviez quelque chose d’important à me dire?
– Oui. On dort plutôt mal chez vous.
Ça rime à quoi toute cette conversation? Ils n’ont plus quinze ans, merde! Ça l’impatiente, Béatrice, les discours creux.
– Comment va Onika?
– Je vais bien, je vous remercie. » (p. 144)
- Nombreux procédés stylistiques (p. ex., énumération, répétition, métaphore, comparaison, expression imagée, personnification) qui permettent d’apprécier le style imagé de l’auteure.
« Changer les pansements, porter les blessés du brancard au lit, du lit à…, nettoyer les plaies, le sang, les draps, les excréments, nourrir, hydrater… » (p. 47)
« Mais elle en a marre de ne vivre que dans l’ombre d’une catastrophe hypothétique, marre de devoir soutenir ses vieux qui se font un sang d’encre, marre de devoir calmer les enfants troublés par tant d’inquiétude, marre de passer pour l’hystérique de service, marre de ce frère insouciant des autres qui, à son âge, ferait mieux de se caser et de se calmer. Marre de tout. » (p. 72-73)
« Les balles pleuvent autour d’eux. » (p. 77)
« La nouvelle l’a frappé comme une balle en plein cœur. » (p. 125)
« – Major! Vous avez fini de bayer aux corneilles? (p. 138)
« Les grillons entonnent doucement leur chant. » (p. 166)
- Prédominance de séquences narratives et descriptives qui mettent en lumière les réalités de l’Afrique, ainsi que la détermination des personnages à aider Onika à retrouver son fils; séquences dialoguées qui révèlent le caractère des personnages, permettant de percevoir leurs sentiments et les relations qui existent entre eux; emploi de procédés littéraires (p. ex., reportage radiophonique et lettre écrite après la mort de Britt, adressée à son frère Joseph, dans laquelle elle lui demande de venir en aide à Onika) contribuant à la crédibilité de l’histoire.
« Les membres de la famille Kent suivent les informations sur le poste de télévision. Tous sont horrifiés par les images de la violence qui sévit en Sierra Leone. Depuis que Joseph est parti, ils sont encore plus sensibles au sujet et se regroupent régulièrement pour se soutenir les uns les autres dans leur angoisse. […] D’un côté, ils sont fiers de Joseph, de son engagement, de ses actions. D’un autre, ils préfèreraient qu’il se réoriente dans un poste administratif ici, à Ottawa. » (p. 72)
« Onika voit la laideur de cette ville et son gigantisme. Elle n’a pas envie de demander asile ici. Tant qu’à mourir – et mourir seule – elle préférerait un petit village plus paisible, au bord de l’eau. Comme Shenge. Dakar est peut-être une ville portuaire, c’est avant tout une capitale de bruit et de poussière. Onika en a plein les oreilles, la bouche et les narines de cette pollution urbaine. » (p. 83)
« -Britt? Britt!
– Oui, Maman. Je suis là. C’est sidérant.
– Viens vite ma chérie.
– …
– Britt!
– Qu’est-ce qui se passe? Ça ne va pas?
– Mais comment ça, ça ne va pas? Tu as bien vu les images, non?
– Oui. Mais est-ce que ça nécessite que je vienne?
– Britt!
– Dis, tu fais un effort, là! Ramène-toi. Tu vois bien qu’on est tous sous le choc. » (p. 85-86)
« À New York, ce matin du 11 septembre 2001, deux attaques terroristes ont détruit les tours du World Trade Center. Les tours se sont effondrées et la ville est grise de cendres. C’est une véritable tragédie. On ne sait pas encore à combien s’élève le nombre total de victimes, mais on sait déjà que cinq cents personnes sont mortes dans la collision et l’effondrement des tours. Les secours travaillent activement à sauver les personnes… » (p. 88)
« Joseph, Ça devient difficile de communiquer avec toi. Quand ce n’est pas la maladie qui me terrasse, ce sont papa et maman ou Vivien, Caro et les enfants qui me sucent toutes mes forces. […] Il y a ici, cette femme que je voulais que tu rencontres, ce qui ne s’est jamais fait. Elle s’appelle Onika, elle fait les ménages à l’hôpital. C’est une personne remarquable, qui m’a fait beaucoup de bien et qui m’a donné la force de tenir tout ce temps. Je lui ai promis quelque chose : Onika vient de la Sierra Leone, un pays que tu connais bien. […] Trouve Onika, trouve son enfant. Pour elle, pour toi. Pour moi. Je tâcherai de t’en dire plus quand on se reverra. Si je tiens jusque-là. Promets-moi que tu feras ça.
Promets-moi de tenir bon.
Promets-moi.
Britt » (p. 132-133)