Contenu
- Personnage principal et narrateur, l’auteur, un être lucide et sensible, profondément marqué par la fuite du temps et habité par une quête de sens face à la fragilité de l’existence humaine, qu’il explore à travers le récit de son vécu, de ses réflexions et de ses angoisses.
« Au cinéma, au théâtre, au hockey, à l’église, au salon funéraire, ce n’est pas ce qu’on peut y voir ou entendre qui m’attire et me fascine, mais bien ceux-là mêmes qui, autour de moi, regardent le film, la pièce, le match, le prêtre ou le mort. Ce n’est pas non plus devant moi que je regarde, mais plutôt à gauche, à droite et même en arrière. Je regarde les gens suivre des yeux et des oreilles ce pour quoi ils sont venus là. Ils ne se doutent pas que, en assistant au spectacle quel qu’il soit, ils deviennent eux-mêmes spectacle. » (p. 68)
« La mort est toujours difficile. Elle l’est davantage pour ceux qui doivent l’affronter seuls. Les célibataires, les impotents, les mutilés de la vie. Les gens dont la parenté est rare ou lointaine, qui n’ont ni progéniture ni même de belle-famille. La solitude de leur existence se prolonge jusqu’au lit à une place sur lequel ils agonisent. Heureusement qu’il se trouve presque toujours quelques amis, quelques bonnes âmes qui, spontanément, offrent de les assister, de leur faciliter le trépas. Quand même ceux-là font défaut, ils peuvent à tout le moins compter sur le médecin et le curé. » (p. 87)
- Nombreux personnages secondaires (p. ex., les membres de la famille, de la communauté et les amis) qui demeurent habituellement sans nom, présents uniquement à travers les récits qui servent de cadre à l’auteur-narrateur pour raconter et explorer son vécu et donner un sens à ses réflexions.
« … les enfants continuaient de faire des efforts pour aborder des sujets susceptibles d’intéresser leur père. […] Bientôt, cependant, ils se lassèrent de ce boulet qu’ils devaient traîner au pied et qui retardait indûment la conversation. » (p. 74)
« On l’avait invité. Il avait refusé. On avait tant insisté qu’il avait finalement accepté. Après tout, il s’agissait de ses propres enfants, ses petits-enfants et même ses arrières. N’était-il pas heureux de les voir? Bien sûr qu’il était heureux. Très heureux. Il remercia ceux qui avaient eu la bonne idée de l’inviter, qui étaient même venus le chercher chez lui pour le conduire à la fête de famille. » (p. 80)
« Elle-même n’a pas une conscience très nette de sa propre beauté. Du moins n’y attache-t-elle pas beaucoup d’importance. […] Malgré sa situation sociale, elle garde une simplicité de jeune villageoise, ce que d’ailleurs elle était avant son mariage. […] Tout comme le fait aussi la femme de ménage qui vient lui tenir compagnie une fois la semaine.
À propos, elle adore fréquenter les petites gens. Les humbles, les pauvres, les travailleurs, ceux qui ont le privilège de manier les objets du quotidien… » (p. 114)
« Mon ami Antoine, à qui je parle souvent de mon oppression métaphysique, me réprimande durement :
– « Woh! woh! les moteurs! Pogne pas les nerfs, là! » » (p. 125)
- Recueil de nouvelles profondément humain et empreint de mélancolie, qui prend parfois la forme d’un carnet de notes intime évoquant la fatalité du temps qui passe, ce glissement inévitable de la jeunesse à la vieillesse, de la vie à la mort, de l’élan vital à l’immobilité; thèmes (p. ex., nature, nostalgie, route, sens, quotidien, finitude) cristallisés dans un but commun : démasquer l’inexorable passage du temps.
- Mise en page dynamique; texte réparti en quarante-quatre courts récits titrés, de deux à huit pages chacun, dans lesquels l’auteur capte des instants éphémères de l’existence, les transforment, par l’écriture, en une quête de sens; éléments graphiques (p. ex., points de suspension, italiques, parenthèses, guillemets, symbole indiquant un laps de temps ou un changement de scène) facilitant l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres de l’auteur, dédicace et note de mention préalable au début; table des matières à la fin; citation à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., congénères, conjuration, tergiverser, bedeau, baquet) généralement compréhensibles grâce au contexte; expressions familières (p. ex. : piastres, à la bonne franquette, le grand-père tout craché) ainsi que des emprunts à l’anglais (Miss Big Rig, Big is beautiful, made in Taiwan, fast-food) qui contribuent à situer les personnages dans leur époque et leur milieu socioculturel.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; nombreuses accumulations de détails qui reflètent la grande culture et l’expérience de vie d’un narrateur qui tente de s’imprégner des beautés de la vie au lieu de céder à la nostalgie; nombreuses phrases courtes, même elliptiques, évoquant son émotivité.
« À l’écorce blanche des bouleaux à papier succèdent le galop cambré du poulain, l’immobilité solitaire d’un chêne rouge, la verticalité d’un silo gris, la continuité d’une clôture de boulins, la rumeur d’un vol de sansonnets, les girations grinçantes d’une girouette. » (p. 8)
« Rien d’autre. Pas d’araignées d’eau, pas de têtards à pattes, pas de barbotes prisonnières de la flaque. Surtout, pas d’anneau d’or, de pierre précieuse, d’éclat d’arc-en-ciel. » (p. 13)
« J’étais venu prendre je ne sais plus quoi sur le patio lorsque, tout à coup, les chênes! En bonne santé. D’un vert luisant. Plusieurs par pot. Je m’énerve. Je bredouille. » (p. 38)
- Figures de style nombreuses et variées (p. ex., comparaison, anaphore, gradation, personnification, allégorie, métaphore, expression idiomatique) créant en soi une antithèse à la nostalgie.
« … la route entre Orléans et Embrun […] Je compte sur elle comme le fumeur sur sa cigarette et l’ivrogne sur sa bouteille. » (p. 10)
« Sur le tard, sur le très tard, quand ils prennent de l’âge, les nez s’allongent, s’amollissent ou se déforment. » (p. 16)
« Dès ma descente d’avion, l’hiver m’a serré la main, sauté au cou, insensibilisé les oreilles, empoigné à bras-le-corps. » (p. 77)
« Les sapins de Noël […] ne vivent qu’une vie mais meurent deux fois. D’abord quand on les coupe […] C’est alors une mort souhaitable, qui ouvre sur la joie, qui donne sur la fête. […] Les sapins meurent une seconde fois quand on les jette dehors en plein janvier… » (p. 104-105)
« J’ai bien d’autres chats à fouetter. » (p. 125)
- Nombreuses séquences descriptives qui capturent, avec sensibilité et précision, des instants variés en lien avec les thèmes centraux de l’œuvre; quelques séquences dialoguées et prières qui ancrent les récits dans le réel, rendant les situations plus authentiques.
« Dès les premiers kilomètres, je sentirai […] l’odeur de l’eau printanière dans les ruisseaux, j’entendrai les coups de marteau d’ouvriers […] je verrai l’avion du garde-chasse […] je goûterai la ciboulette […] je caresserai des doigts les bourgeons précoces d’un mélèze. » (p. 9-10)
« Les étourneaux […] Il y a bien une demi-heure que je les entends jeter, du haut des grands ormes perdus dans la brume de plein midi, leurs cris faits de chants, de dialogues et de castagnettes. Une musique où dominent des bruits d’ustensiles en bois et en métal… » (p. 24)
« Souvent, c’est la foule que je regarde regarder. Que je regarde écouter. […] Elle est entière, primitive, presque primate. Elle se comporte comme un enfant capricieux et spontané. » (p. 69)
« « C’est un achat ou une location?
– Un achat.
– Et la couleur, ce sera le noir ou le gris?
– Le gris argent. » » (p. 141)
« Appelé à son chevet, M. l’abbé l’exhorta à réciter quelques ultimes prières, ce à quoi Marquis se prêta volontiers :
« Freres humains, qui après nous vivez,
N’ayez les cuers contre nous endurcis;
Car, se pitié de nous povres avez,
Dieu en aura plus tost de vous mercis… » » (p. 88)
Référent(s) culturel(s)
- Nombreux référents culturels de la francophonie, canadienne ou internationale, illustrant, au passage, la richesse de la littérature et de la chanson : Villon, Flaubert, Yourcenar, Garneau, Proust, Camus, Rimbaud, de Nerval, Baudelaire, d’Orléans, Nelligan, Valéry, Racine, Vigneault, Ferré.
Pistes d'exploitation
- Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de rédiger une nouvelle de trois ou quatre pages en alternant les pronoms « je », « il » et « vous », comme le fait Maurice Henrie dans son recueil. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur texte au groupe-classe. Ensuite, poursuivre avec une discussion guidée autour des questions suivantes : Comment la variation entre la première personne (« je »), la troisième personne (« il ») et la deuxième personne (« vous ») modifie-t-elle l’implication du lectorat dans le récit? En quoi le recours au « vous » engage-t-il directement le lectorat dans la quête existentielle des personnages? Quel est l’impact de nous sentir directement interpellé par un récit sur notre manière de comprendre un texte?
- Proposer aux élèves, réunis en équipes, d’illustrer l’idée suivante à partir d’éléments relevés dans les nouvelles : « J’aime tout ce qui s’ouvre devant moi et fuis tout ce qui se referme. » (p. 7). Leur demander de repérer des passages du recueil qui traduisent cette tension entre ouverture (vers la vie, l’avenir, la nature, l’autre) et fermeture (sur soi, le passé, la vieillesse, la mort), puis expliquer en quoi ces éléments éclairent la vision du monde du narrateur. Les inviter à illustrer visuellement cette citation sous forme d’un collage, d’un dessin ou d’une photographie commentée, en lien avec les passages choisis, puis à présenter leur création au groupe-classe.
- Demander aux élèves, regroupés en équipes, d’identifier les auteurs de la dizaine d’extraits littéraires tirés de la nouvelle intitulée Ultimes prières (p. 87). Les inviter à analyser les liens entre ces extraits et à expliquer pourquoi ils sont réunis dans un même texte. Animer une mise en commun afin de leur permettre de faire part de leurs réflexions au groupe-classe.
Conseils d'utilisation
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats (p. ex., vieillissement, mort) abordés dans l’œuvre.
- Encourager les élèves à lire d’autres recueils de nouvelles de Maurice Henri, tels que Petites pierres blanches, Mémoire vive et Le jour qui tombe, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.