Contenu
- Un personnage principal, Émilie, jeune fille enjouée, adoptée à l’âge de trois ans et dotée d’un pouvoir surnaturel, qui se fait kidnapper en route chez le marchand.
« – C’est d’main l’anniversaire d’naissance d’Émilie, annonça Vitaline à David, un soir de juillet, une fois les enfants endormis. A va avoir huit ans.
– Huit ans déjà? Qu’l’temps passe!
– Oui. A l’est tellement mignonne et épanouie pour son âge. À les voir s’amuser ensemble, tous les trois, on dirait pas qu’a fut adoptée. J’suis tellement contente qu’on a pris cette décision. » (p. 29-30)
« – Monsieur Manuel! Mais, que se passe-t-il? Vous avez bien l’air inquiet.
– J’cherche mes enfants. Y sont censés êt’ v’nus ici c’t’après-midi. Les avez-vous vus?
– Eh bien, oui. Ils sont venus ici cet après-midi acheter quelques articles, puis ils sont repartis aussitôt.
– Vers quelle heure est-ce qu’y sont rpartis ? […]
En consultant sa montre, David nota qu’il était dix-sept heures trente.
– Ça fait plus d’une heure et d’mie qu’y sont quitté l’magasin, constata-t-il avec consternation. Grand Dieu! Mais où donc sont-ils passés? » (p. 35)
- Nombreux personnages secondaires, parmi lesquels les parents d’Émilie, un couple acadien désireux d’ajouter une fille à leur jeune famille, ébranlés par la disparition subite de leurs enfants, Joseph Ozouff, marchand du village, qui accompagne David dans ses démarches pour retrouver ses enfants, les deux frères d’Émilie, dont Paul, qui demeure emprisonné avec elle et Robert, qui réussit à s’enfuir pour alerter les autorités de leur enlèvement, Roger Johnson, inspecteur de police, menant l’enquête, ainsi que Wolverine, le ravisseur d’enfants et son complice, John Smith, qui facilitent la traite d’enfants par les voies maritimes.
« Depuis leur mariage, en 1895, David Ignel dit Manuel et sa femme, Vitaline, habitaient au Bois-Franc. Leurs seuls et uniques voisins s’y étaient installés deux ans auparavant, à un kilomètre à l’ouest. Leur famille comptait deux garçons, âgés respectivement de cinq et sept ans. Ils auraient bien aimé qu’une petite fille vienne s’y ajouter, mais ce beau rêve ne semblait pas devoir se concrétiser. » (p. 11)
« – Ne perdez pas courage, mon ami, dit ce dernier à David. On les retrouvera, vos enfants. Ce matin, ma femme s’occupera du magasin. Moi, je me joins à l’équipe de secours.
– Merci, monsieur Ozouff. Vous êtes très généreux. Votre compassion m’fait du bien. » (p. 45)
« L’homme empoigna l’enfant et le retint contre lui. Paul et Émilie commencèrent aussitôt à geindre. » (p. 77)
« Robert l’observait du coin de l’œil. Il guettait sa chance. Il en était arrivé à deux conclusions : il y avait urgence d’alerter les autorités avant qu’il ne soit trop tard, et il n’y avait que lui qui pouvait le faire. Il fallait à tout prix qu’il s’évade, ce soir même, avant d’être renfermé dans le chariot, avant de repartir vers la ville. » (p. 87)
« L’inspecteur Johnson reconnut la voix de l’agent et déverrouilla aussitôt la porte.
– Il y a une urgence, McNeil?
– Je crois que oui. Mike a essayé de vous téléphoner, mais le système était en panne. Il vous demande de venir. Il dit que c’est important.
– Ça, j’aurais pu le devenir, à l’heure qu’il est. Il ne t’a rien dit d’autre?
– Il a mentionné la disparition des enfants à Escuminac.
– Bon. S’il y a du nouveau dans cette affaire, il se peut fort bien que j’aie besoin de quelques hommes. Tu connais les agents sur appel cette nuit? » (p. 104)
« – Aussitôt que le ravisseur fut entré et que la porte fut refermée, Smith déclara :
– Ne prononce pas ce mot, Wolverine. Entre nous, on parle de marchandise.
– Bon. D’accord. Mais il faut que je les fasse entrer. Je ne veux pas les laisser dehors sans surveillance.
– Va les chercher. Il y a une remise près de la porte de service, en arrière. Tu les y enfermeras. Prends soin de ne pas les faire voir et de bien les ligoter.
[…]
– Tu en as récolté combien?
– Deux, répondit Wolverine, après un moment d’hésitation. » (p. 117-118)
« – Et ce John Smith serait son complice? questionna David. […]
– En toute probabilité. Mais je suis convaincu qu’ils vont tenter d’en faire sortir les enfants bientôt. Le port a été placé sous haute surveillance et nous avons recommandé aux autorités de la gare ferroviaire d’être aux aguets et de nous signaler tout suspect répondant au signalement que nous leur avons transmis des deux types, quoiqu’il soit plutôt invraisemblable qu’ils risquent d’être vus avec les enfants dans une gare ou dans un train. C’est la voie maritime qui nous semble la plus probable. Nous sommes sûrs qu’ils ne nous échapperont pas. » (p. 139-140)
- Conte qui unit le merveilleux et l’intrigue policière, enrichi de faits historiques, rendant le cadre de l’histoire vraisemblable; quelques retours en arrière relatant des souvenirs et ellipses visant à accélérer le rythme de l’histoire; thèmes (p. ex., adoption, entraide communautaire, milieu minoritaire, pédophilie, trafic d’enfants) permettant au lectorat de se plonger dans le contexte rural du Nouveau-Brunswick au début du XXe siècle.
- Mise en page aérée; œuvre composée de trois parties clairement subdivisées en plusieurs courts chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., notes en bas de page afin de définir certains mots, points de suspension marquant les hésitations, guillemets et italiques marquant les dialogues, le télégramme, les mots sur lesquels l’auteur veut mettre l’accent et les mots anglais) qui facilitent l’interprétation du texte; lettrines marquant le début de chaque chapitre; avertissement et dédicace au début du livre; extrait de l’œuvre et notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture.
Langue
- Registre de langue courant pour la narration et familier, voire populaire, dans les dialogues, traduisant le langage des francophones de l’endroit; quelques mots moins connus (p. ex., éploré, forbans, mentonnet, rafiot, soubresauts) compréhensibles grâce au contexte; mots anglais (p. ex., I need your help. You have to come with me. A man has taken my brother and my sister.) indiquant que l’action se déroule dans un territoire anglophone.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de formes et de types de phrases (p. ex., interrogative, déclarative, exclamative, inversée, elliptique, négative, impérative, impersonnelle, nominale) favorisant une lecture expressive; nombreuses phrases courtes traduisant les émotions des personnages et contribuant au rythme rapide de l’intrigue; emploi du passé simple, de l’imparfait et du plus-que-parfait dans la narration, et du présent dans les dialogues.
« – Qu’est-ce qui pourrait êt’ arrivé d’assez important pour l’empêcher de v’nir enquêter sur la disparition d’mes enfants?
– Eh, bien, je crois qu’il est préférable de vous laisser lire vous-même le message qui vous est adressé.
Le marchand lui tendit la feuille… À peine David eut-il jeté un coup d’œil sur la missive qu’il s’écria :
– Grand Dieu! Ils ont r’trouvé Robert.
À mesure qu’il lisait, son visage devenait livide. Une fois la lecture terminée, il resta silencieux, le regard perdu.
Joachin, que la curiosité rongeait, avança la main vers la feuille.
– Est-ce que je peux…? » (p. 126)
« – T’inquiète pas trop d’avance. L’explication est probablement moins dramatique que tu l’anticipes.
– Je suis d’accord avec monsieur Martin, intervint le marchand. Pour le moment, accrochez-vous au fait que Robert est en sécurité. Puis, d’après l’inspecteur Johnson, il y a lieu d’espérer que Paul et Émilie le seront sous peu.
Maintenant, nous devons nous mettre en route sans tarder.
– Nous? » (p. 127-128)
- Figures de style et expressions variées (p. ex., énumération, personnification, répétition, métaphore, périphrase, hyperbole, comparaison) permettant d’apprécier le style de l’auteur et ajoutant de la couleur au texte.
« […] Au retour, il en ramenait habituellement du poisson et des mollusques, principalement du hareng et de la morue salés, des coques et des huîtres en saison. » (p. 20)
« […] En même temps, lui non plus ne parvenait pas à s’expliquer que la forêt n’ait révélé aucune trace du passage des petits. » (p. 50)
« – Si vous restez tranquilles, je ne vous ferai aucun mal, répéta l’étranger. Sinon, je serai obligé de vous battre. Si vous criez, je vous bats; si vous essayez de vous enfuir, je vous bats. » (p. 77)
« […] Lui-même se sentit ragaillardi par cette brève communication avec eux et par la certitude d’avoir fait naître un rayon d’espoir dans leur frayeur. Puis, à pas feutré, il regagna sa cachette. » (p. 95)
« Robert savait déjà se débrouiller dans la langue de Shakespeare – comme tous les gens de la Baie et d’Escuminac, qui avaient continuellement à transiger avec les Anglais. » (p. 99)
« […] Cet animal est plus coriace que ça. Se jetant en arrière, il lança un hurlement strident à m’en percer les tympans. Cela eut l’heureux effet de me libérer le bras. Je me relevai juste à temps pour absorber l’impact de son deuxième assaut. Cette fois, je le reçus solidement. Mon couteau s’enfonça à nouveau, plus haut, entre les côtes. L’animal se défit de ma lame en se tortillant comme un démon, mais je pus voir qu’il était affaibli et il saignait abondamment. » (p. 156)
« […] Il avait baissé le regard. Son espoir que l’affaire puisse être conclue sans qu’il ait à révéler sa mésaventure venait de s’éteindre. Le chat était sorti du sac et il n’y avait probablement plus aucun avantage, désormais, à cacher la vérité. » (p. 159)
- Séquences narratives et nombreuses séquences dialoguées apportant des précisions sur les lieux et les événements, traduisant les réalités des personnages et permettant de s’immiscer dans leur esprit et de comprendre les relations qui existent entre eux.
« Toute la journée, la battue avait été menée par une trentaine de volontaires, entre le village et la demeure des Manuel, et même au-delà. La triste nouvelle s’était répandue vers Baie-Sainte-Anne, puis jusqu’à Manuel-Poste-Office, aussi appelé Petite-Rivière, et à la Grande-Rivière. Plusieurs hommes de ces régions étaient venus se joindre aux citoyens d’Escuminac pour prendre part aux recherches. Mais les efforts n’avaient révélé aucun indice de la présence des enfants. Profondément découragé, David n’eut d’autre choix que de retourner vers son épouse, à la nuit tombée. » (p. 47)
« – Vers quelle heure es-tu allé?
– Des fois, c’est l’matin. Des fois, l’après-midi.
– Avant-hier, c’était l’matin ou l’après-midi?
– Eh… J’me rappelle pas pour sûr, mais j’crois qu’c’était l’après-midi.
– Et ce jour-là, t’as pas vu des garçons et une p’tite fille chez l’marchand ou en ch’min?
Romain ne répondit pas immédiatement, semblant réfléchir à la question. Joachin, impatient, songeait à le brusquer quand le suspect dit enfin :
– Oui, Y’m’semb’ que j’ai rencontré des enfants en m’en r’venant, pas loin du magasin.
– Tu leur as parlé?
– Non. J’les connaissais pas.
– T’es sûr qu’y sont pas v’nus ici?
Les yeux de Romain s’agrandirent et sa bouche s’activa à formuler des mots qu’il n’articula pas.
[…] Romain, hébété, resta quelques instants à regarder le père des enfants, comme s’il ne comprenait pas le sens de la question. Puis, tout à coup, sa figure se rembrunit et il répondit d’une voix où pointait la colère :
– Fouiller ma maison? Vous croyez qu’c’est moi qu’a pris les enfants? » (p. 58-59)
Référent(s) culturel(s)
- Référence à de nombreux villages acadiens du Nouveau-Brunswick (p. ex., Baie-Sainte-Anne, Bas-Caraquet, Bois-Franc, Escuminac, Néguac, Shédiac, Tracadie).
- Référence à la dualité anglophone-francophone du Nouveau-Brunswick du début du XXe siècle.
- Référence à Cap-aux-Meules, aux Îles-de-la-Madeleine, au Québec.
- Référence à la Nouvelle-Orléans, jadis une colonie française.
Pistes d'exploitation
- Proposer aux élèves, regroupés en équipes, de mener une recherche sur la traite des personnes au Canada. Leur demander de brosser un portrait complet du crime (p. ex., personnes à risque, statistiques, législation canadienne, services qui peuvent venir en aide aux victimes) et de présenter leurs trouvailles au groupe-classe sous forme de présentation visuelle.
- Inviter un policier ou une policière à présenter les facteurs de risques encourus par les adolescents et adolescentes de devenir victimes de la traite des personnes. À la suite de la présentation, proposer aux élèves, regroupés en équipes, de réaliser une campagne de prévention à l’intention des adolescents et adolescentes sous forme de montage vidéo ou audio. Les encourager à diffuser leur campagne sur les réseaux sociaux de l’école.
- Demander aux élèves, regroupés en équipes, de préparer des arguments (p. ex., cyberintimidation, drogues facilement accessibles) et des contre-arguments (p. ex., maladies infantiles, code routier) dans le cadre d’un débat ayant pour thème : “Les adolescents et adolescentes de nos jours courent plus de dangers et de risques que ceux et celles du siècle dernier.” Inviter des élèves à débattre de la question devant leurs pairs.
- Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de rédiger le premier chapitre d’une quatrième partie au conte. Leur demander de s’attarder au personnage principal, soit Émilie, en ajoutant des éléments de merveilleux, typiques au genre littéraire. Leur proposer de lire leur chapitre à voix haute devant la classe, en tenant compte des éléments de prosodie.
Conseils d'utilisation
- Situer sur une carte du Nouveau-Brunswick les différents lieux mentionnés dans l’œuvre.
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats (p. ex., pédophilie, traite d’enfants) dont on traite dans l’œuvre. Prévoir l’aide d’un ou d’une thérapeute au besoin.
- Avant la lecture, rappeler aux élèves quelques faits importants de l’histoire des Acadiens.
- Avant la lecture, présenter les caractéristiques du conte (p. ex., types de personnages, univers merveilleux, moralité). Pendant la lecture, demander aux élèves de prendre en note les éléments qui correspondent au genre littéraire.
- Inciter les élèves à lire l’œuvre Les contes de la Baie, Tome I, La Perle, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Active-toi, Sécurité
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Contes à la belle étoile, La légende du loup-garou.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : ONFR-Francophonie, Vox pop: Le français au Nouveau-Brunswick, ça se passe comment?