Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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Les aigles ne tuent pas les mouches

Avant ce matin-là, Zoé allait son chemin tranquille.
« Tu as reçu quoi pour tes quatorze ans?
J’ai appris que j’étais laide. »
Elle le sait grâce à Walter, beau au point d’être son premier amour impossible. Alors Zoé tente la méchanceté, sans grand succès, avant de créer au collège un club de moches. Mais qui a envie d’appartenir à un club de moches? Et pourtant elle trouve des volontaires!

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal, Zoé, une adolescente préoccupée par son apparence physique, en quête d’estime de soi, qui tente de survivre à la laideur qu’on lui impose et au chaos familial en transformant sa douleur en humour et en déraison.

Quatorze ans. Son miroir a changé. Elle se regarde en tournant la tête, un peu de profil, essaie de croire que son nez lui paraît énorme parce qu’il est plus proche du miroir que le reste du visage, alors qu’en réalité, il est juste gros.
[…]
Jusqu’à ce matin, elle l’ignorait.
[…]
Maintenant elle est au courant. C’est son cadeau d’anniversaire. Tu as reçu quoi pour tes quatorze ans? J’ai appris que j’étais laide. » (p. 7)

« Zoé ne s’aime pas du tout ce soir, les insultes qu’elle pourrait se dire à elle-même ne l’atteindraient pas. Elle serait d’accord, elle dirait oui, c’est vrai, j’ai raison. » (p. 17)

« Marine hurlante, Johan vautré, Angélique et ses dix-sept ans, Zoé, leur père, bière au ventre, et leur mère aux nerfs malades, ils sont six de toutes les sortes, six à rêver de tout ce qui existe ailleurs…
[…]
Chacun choisit sa porte de secours. Angélique lit des trucs en attendant le vendredi soir, le père boit devant l’écran, Johan sur les trottoirs avec de faux copains, et la mère pleure dans ses mains après la gifle offerte à Marine. » (p. 38-39)

  • Nombreux personnages secondaires entourant Zoé, dont Johan, son frère, qui s’enferme dans sa colère, sa mère, qui souffre de troubles mentaux, son père, alcoolique, qui finit par quitter sa femme, cesse de boire et devient peu à peu un meilleur père pour Zoé, Marine, sa petite sœur espiègle, Angélique, sa sœur aînée, belle et absorbée par son adolescence, Ilario, Alizée, Coralie et Sarah, des filles marginales, les membres du club des moches, Sven, le jeune homme qu’elle aime, mais qui ne fait que renforcer ses insécurités, et Monsieur et Madame Simon, de gentils apiculteurs bienveillants.

« Johan, c’est son frère. Mais pas un frère de film, non, un vrai frère qui boit, qui rote, qui dort et joue sur son PC. Il dort dans sa chambre surchauffée, ce qui lui donne soif, alors il boit, ce qui est normal, après ça il dort, et cetera. D’ailleurs, elle ne dit jamais « mon frère », elle lui trouve des noms qui riment : le protozoaire, le ver solitaire. » (p. 11)

« En bas, c’est le désordre des grands soirs. Le père mange devant la télé avec Marine, qui apprend directement à hurler, sans passer par la case « parler ». Elle a trois ans un quart, elle pleure, elle glousse, elle glapit, mais surtout elle hurle.
Le père cède toujours à ses caprices, et l’emmène manger avec lui, devant la télé, une bière tiède au poing. Là, Marine se calme et rit. C’est alors la mère qui s’isole dans la cuisine avec ses cris à elle, mais ce sont des cris du désert, à trop petite voix cassée par le tabac. […]
Dans ce bal de fous, leur sœur Angélique est une étrangère. Belle, elle parle bas. Parfois même elle sourit. Et c’est inutile de l’appeler, elle a horreur des cris, alors elle anticipe, descend sur les orteils, mange en silence, aide à débarrasser et à faire la vaisselle, sauf le vendredi, jour de sortie. » (p. 11-12)

« Le club des mouches n’est rien devenu. Quatuor fatigué, sans idées, sans imagination. Parfois, Ilario vient la trouver, il dit : « On fait quoi? » Zoé hausse les épaules. Alizé étudie. Son cerveau est une petite usine où on n’entre pas facilement. « On verra plus tard. » Coralie s’absente et ne donne pas de nouvelles. Elle a juste envoyé une autre photo de tête affreuse, blanche, avec des yeux grands comme des étangs gelés, et le crâne sans cheveux, veiné de mauve. » (p. 45)

« Sven a empoigné ses cheveux, approché sa bouche de la sienne et crié d’une sale voix :
– Écoute, y a jamais aucun mec qui posera le quart d’un œil sur toi. Personne te donnera la chance de passer trois minutes avec lui hors de ton bled. Moi je t’invite, et j’ai pas envie de traîner un boulet, tu comprends? Alors on va s’éclater. » (p. 101)

« Mme Simon s’est écrasé les joues à deux mains, avant de féliciter son bonhomme.
– Tu as bien fait de nous l’amener. Qu’est-ce qui ne va pas? Tu reviens d’un bal?
– Je suis laide.
– Pardon?
– Même ma mère le dit, alors!
– Ta maman n’a pas dû penser cela, on ne peut pas, elle s’est mal exprimée, voilà tout. Qu’est-ce qu’elle a dit exactement?
– Que j’étais trop laide pour que des garçons me remarquent.
[…]
Lui s’est redressé dans un mouvement lourd, avec l’air d’un chevalier, les yeux grands pour tout voir. Téméraire, il a soulevé un bras.
[…]
– Voilà, à trois tu ouvres.
Il a compté tout bas.
– Ouvre.
Et quand elle a éloigné les mains de son visage, elle a vu son reflet dans un miroir qu’il venait d’accrocher à hauteur de tête. » (p. 111-113)

  • Roman d’apprentissage qui suit Zoé, une adolescente confrontée à la violence des jugements portés sur son apparence, au sein d’une famille dysfonctionnelle, qui tente de trouver sa place à travers l’amitié, l’humour et l’affirmation de soi; thèmes délicats (p. ex., mal de vivre, alcoolisme, cancer, instabilité psychologique, recherche de la beauté et de l’amour, violence familiale et conjugale, séparation) incitant le lectorat à réfléchir aux fragilités humaines, à la quête d’identité à l’adolescence et à la place démesurée que la société accorde à l’apparence physique.
  • Mise en page aérée; texte séparé en 31 courts chapitres non numérotés et non titrés, identifiés par un saut de page; éléments graphiques (p. ex., guillemets, italiques, points de suspension) facilitant l’interprétation de l’œuvre; biographie de l’auteur au début et liste d’œuvres de la collection à la fin du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots nouveaux (p. ex., cancre, abysses, déconvenue, mygale, jouxte) et expressions en français européen (p. ex., la laide se targue, pauvre tarée, c’est marrant, pimbêche, môme, potes) que le contexte permet de définir.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases, certaines étant longues et complexes.

« Elle a peur.
Jusqu’ici, non, elle considérait comme une mauvaise grippe le mal rongeant Coralie. Pourquoi ressent-elle ce matin une vraie panique à l’idée que cette amie à peine entrevue puisse mourir? Peut-être parce qu’on se plaît à croire le plus longtemps possible qu’il y a un âge pour ça. Parce qu’avant d’écrire « guéris vite », elle avait tapé « ne meurs pas ». Delete. Guéris. Vite. Pensé « On t’aime fort ». Maintenant, elle attend des nouvelles en se persuadant que ça ira bien, qu’elle redeviendra jolie.
Mais ça ne doit plus compter, pour elle, de redevenir jolie. Alors pourquoi cette maladie ne s’en prend pas plutôt à elle, Alizé, ou à une autre moche? Si elles meurent, c’est moins grave, si elles survivent, elles peuvent réussir à oublier un peu leur laideur, à se dire que ce n’est pas le plus important. » (p. 82)

« Sa mère a mué d’un coup à cause de la crispation. Ses nerfs et ses cordes vocales se sont tendus comme des cordes à linge. Son regard aussi.
– C’est quoi, ça?
Elle s’est attrapé les cheveux, et Zoé s’est laissé inspecter de la tête aux orteils, sans riposte et sans grimaces.
– Tu crois que tu vas t’habiller comme ça chez moi? Non de Dieu, tu passes un week-end chez ton père et tu me reviens déguisée en zombie.
– Papa n’a rien à voir…
– Ne m’interromps pas! » (p. 108)

  • Nombreuses figures de style (p. ex., métaphore, comparaison, onomatopée, énumération, oxymore, personnification) qui favorisent la création d’images mentales.

« Les insultes égratignent quand ce sont les autres qui les formulent. Quand ce sont des autres qu’on aime, les insultes coupent le cœur en rondelles, ou résonnent comme des coups de fusil. » (p. 16)

« À secouer son corps en tous sens, elle a fini par apercevoir Zoé, ce qui l’a remplie de joie, de ²oh!² et de ²ah!². » (p. 77)

« Quand elle s’est redressée dans sa robe à laides grosses fleurs pleine de taches, Zoé a eu pitié d’elle. L’âge blesse les femmes plus que les hommes, l’âge fait des taches de vin et taille des ornières, griffe le visage et les mains, chiffonne tout, les joues, les paupières, arrache les cheveux, qui sont en gris et blanc. Et pourtant, elle gardait ce ruban, même au jardin, comme un morceau de ciel sur la tête. » (p. 117)

« Zoé est partie sourire et pleurer quelques secondes… » (P. 124)

« Elle a laissé la petite pluie d’orage s’évanouir avec le vent… » (p. 146)

  • Très nombreuses séquences descriptives qui apportent des précisions sur les événements, les personnages et les lieux; séquences dialoguées qui permettent de préciser les relations entre les personnages; ajout de conversations sur MSN Messenger qui renforcent l’authenticité de l’œuvre, en donnant au récit une touche réaliste des modes de communication des adolescents de l’époque.

« Zoé aurait bien abandonné une fois pour toutes cette histoire de club qui ne sert à rien. Se faire des amies, d’accord, mais côtoyer des anormales sous prétexte qu’elles ont un point commun dont tout le monde se passerait, non, ça ne l’intéresse plus. Elles ont accompagné Julie chez elle, et ses parents souriaient, normaux, et très gentils. » (p. 76)

« Ainsi la Terre tourne.
– Tu sais, a écrit Alizé, il n’est pas très costaud, Sven.
– C’est clair.
– Et puis, il est trop bête pour faire des lois, alors il fait la sienne, et il tire les filles par les cheveux.
Ça prend du temps, la science, les mystères grouillent dans une armoire de la tête. Ceux qui veulent faire le tri ne sont pas sortis de l’auberge.
– Alizé, qu’est-ce que je vais devenir?
– Dors, tête de blatte, sinon tu vas devenir encore plus laide à cause des cernes. » (p. 130)

« Alizé l’a contactée sur MSN, le samedi matin.
– D’accord pour un livre, ou un manifeste. On pourrait aussi ajouter une liste des laides connues. Je vais chercher.
– Et on manifeste pour quoi? Des laides connues, tu en connais?
– Un manifeste, c’est un livre avec des règles. L’art d’être laide, ça te plaît? Et non, je ne connais pas encore de laides connues… » (p. 28)

Référent(s) culturel(s)

  • Mention de la chanson enfantine Au clair de la lune.

Pistes d'exploitation

  • Animer une discussion autour du choix de Zoé d’utiliser divers mécanismes de défense pour faire face à son mal de vivre. Inviter les élèves à exprimer leur point de vue sur cette attitude : est-elle compréhensible, justifiable, ou problématique? Les amener à réfléchir au regard négatif que Zoé porte sur la vie, en appuyant leur réflexion par des exemples tirés du roman. Enfin, les encourager à proposer des alternatives : quelles autres attitudes ou stratégies Zoé aurait-elle pu adopter dans certaines situations-clés du récit?
  • Demander aux élèves de rédiger un texte d’opinion sur la question suivante : La beauté d’une personne dépend-elle de son apparence physique ? Les inviter à lire leur texte devant le groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de concevoir une campagne de sensibilisation sur l’importance de reconnaître que chaque personne est unique et possède sa propre beauté. Leur proposer de créer une affiche ou une courte vidéo destinée à être diffusée auprès des autres élèves de l’école.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux thèmes délicats abordés dans le roman (p. ex., mal de vivre, intimidation, alcoolisme, cancer, instabilité psychologique, violence conjugale, manque d’estime de soi, séparation, pensées suicidaires) et assurer un appui tout au long de la lecture.
  • Discuter avec les élèves de l’importance d’identifier des ressources dans leur milieu scolaire et communautaire auprès desquelles il est possible d’obtenir de l’appui pour des questions reliées à l’estime de soi, à la santé mentale ou à diverses maladies pouvant affecter la vie au quotidien.
  • Encourager les élèves à lire d’autres œuvres mettant en scène des adolescents aux prises avec une image négative d’eux-mêmes et confrontés à des situations familiales complexes, telles que Le pari des Maple Leafs et Un problème de taille, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : ‘C comme dans : ‘C’est compliqué’, divers épisodes.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 6e à 10e année, vidéo : Imparfaite.