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L’autobus de la pluie

Cette réédition en format poche présente l’intégrale des poèmes que Gaston Tremblay, cofondateur et premier directeur des Éditions Prise de parole, y a publiés entre 1973 et 1986 : Apprentissage (dans Lignes signes, 1973), En attendant (1976), Souvenances (1979) et la Veuve rouge (1986). L’écrivain, dont l’humanisme se module au gré des jongleries sonores, nous exécute la partition de diverses « hallucinations volontaires » fort subtilement maîtrisées. En explorant les joies et les douleurs du passé, le poète ouvre les voies du présent et de « l’avenir possible ».

(Tiré du site de l’éditeur.)

À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narrateur, l’auteur, qui livre une poésie intimiste, s’inspirant de ses expériences de vie, où le ²je² se mêle parfois à des entités et à des phénomènes naturels, et où il exprime sans pudeur ses idées, ses états d’âme, ses émotions et ses amours.

« Il pleut
J’en suis sûr car je ne suis plus sourd

Mes rêves de sang
mon encre de slague

Je me suis assis à l’abri
pour attendre l’autobus de la pluie » (p. 35)

« À coup de voyelles
d’images
de rêveries
de vers
j’avais cru
inventer
tes couleurs qui s’éclaboussent
marteler
tes courbes qui enjôlent
raffiner
tes membres qui m’entourent
miner
ton cœur qui palpite » (p. 107)

  • Quelques personnages secondaires (p. ex., un vautour, un enfant, des femmes, des hommes) mentionnés dans les textes.

« Un vautour
se pose sur ton épaule
griffes qui crèvent ta chair
sa prunelle sévère se fixe
sur les quelques lambeaux
de chair qui restent
aux squelettes de tes amours. » (p. 74)

« Je scrute
chacun de ces moments
tel l’enfant à la conque
qui accroupi dans le sable tend l’oreille
pour mieux entendre
les secrets que la mer
y chuchote. » (p. 78)

« Il y a des vieilles femmes
et des jeunes hommes aussi
qui vivent si seuls
qu’eux seuls
savent nourrir les oiseaux
en hiver. » (p. 101)

  • Recueil de textes poétiques en vers libres qui explore les expériences marquantes d’un poète franco-ontarien, mettant en lumière des thèmes profondément ancrés dans les questions amoureuses et identitaires; textes offrant une réflexion sur la quête de soi, les racines culturelles, la nature et les émotions humaines, aptes à intéresser le lectorat visé.
  • Mise en page dégagée; œuvre répartie en quatre sections représentant chacune un recueil publié précédemment; illustration des quatre couvertures originales des recueils et notes explicatives précédant chaque partie; éléments graphiques (p. ex., points de suspension, italiques, majuscules, parenthèses) facilitant l’interprétation des poèmes; liste des œuvres et des publications de l’auteur, avant-propos, préface et citation de Paul Éluard au début; choix de critique, biographie, bibliographie et table des matières à la fin; extrait d’un poème et courtes notes biographiques de l’auteur à la quatrième de couverture.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., immolation, orgiaque, obélisque, ostensoir, brocart) et expressions reflétant la vie dans le nord de l’Ontario (p. ex., slague, Nordet, skidder, draver, toé), généralement compréhensibles à l’aide du contexte.
  • Poèmes de forme libre, caractérisés par une ponctuation fréquente et variée ainsi que par des jeux de décalages entre certains mots ou certains vers contribuant au rythme et à la musicalité de l’œuvre; vers et strophes de longueurs irrégulières et inégales dans les poèmes.

« Printemps!

Mon encre s’écoule
de jaune
et de verdure
et mes mots d’amour s’élèvent en chant d’oiseau.

Printemps

et ce frisson
ce long frisson doux
qui longe le bras.

Tes pieds de fleur
(la terre m’appelle)
tes jambes de fougère
qui se fondent en elle. » (p. 62)

« Dans l’œil du disque qui tourne je te vois
tanguer, sauter et tourner. Tango et punk-rock.
Dans le ciel électrique les éclairs
de rose, d’orange, de mauve et de bleu
s’entrelacent!

Shoeclack
je t’aime
malgré la distance qui nous sépare. » (p. 145)

  • Très nombreux procédés stylistiques (p. ex., comparaison, personnification, métaphore, hyperbole, anaphore, métonymie, énumération) qui contribuent à mettre en évidence la plume du poète.

« Et en offrande
nos corps s’uniront
comme deux mains jointes
qui ensemble s’élèvent
pour se consumer au feu du Sinaï! » (p. 27)

« Mais il y avait les gouttières
et le remous de ma cuillère
et puisqu’il y avait la foule et ma soif
j’ai laissé le courant te noyer en t’avalant. » (p. 37)

« Quand en hiver l’été me hantera
j’élèverai ma hache vers le ciel
et de tous mes muscles, de tous mes nerfs
et de tout mon sang et de tout mon corps
j’évoquerai la puissance de mes pères
pour mieux t’abattre
pour mieux t’ébranler et te skidder
te draver et te scier » (p. 44)

« Nous en avions parlé
un soir comme ça
entre quelques litres de rouge. » (p. 103)

« Nous sommes la froidure, nous sommes la haine
et la luxure, l’amour et toute la peur
qui planent au-dessus de la terre. » (p. 124)

  • Procédés poétiques (p. ex., rime, assonance, allitération) créant une musicalité et agrémentant la lecture.

« Je me suis assis à l’abri.
Je me suis assis à l’abri
Pour attendre l’autobus de la pluie
Pour attendre l’autobus de la pluie
L’autobus de la pluie » (p. 47)

« Ô que s’élève le coloris, colibris
cette poudrerie illuminée
qui roule et roucoule à fleur de terre. » (p. 106)

C’est ta chair.
Ceci est ton corps.
C’est le temps qui se fige.
C’est son œil qui cille.
C’est ton âme…
Ceci est mon ange de sel
qui sur son socle
s’éveille. » (p. 131)

Référent(s) culturel(s)

  • Référence au poète français Paul Éluard et à Georges-Louis Leclerc, un écrivain philosophe français.
  • Référence à des lieux connus dans la chrétienté (p. ex., Sinaï, Jourdain).
  • Référence au groupe musical CANO, qui a converti certains poèmes de l’auteur en chanson.
  • Référence à des rues connues d’Ottawa, Montréal, Toronto et Québec (p. ex., rues Slater, Sainte-Catherine, Yonge et Saint-Jean), ainsi qu’à des lieux du Vieux-Québec (p. ex., carré d’Youville, portes de la rue Saint-Jean).

Pistes d'exploitation

  • Demander aux élèves de lire les poèmes L’autobus de la pluie (p. 46-47) et La veuve rouge (p. 151-154) du recueil. Écouter les versions musicales de ces deux poèmes interprétées par CANO et animer une discussion à partir de la question suivante : Comment l’interprétation musicale enrichit-elle la compréhension des thématiques et des images des poèmes?
  • Dans son œuvre poétique, Gaston Tremblay aborde fréquemment l’hiver, une saison qu’il évoque sous différents angles émotionnels et symboliques. Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de choisir un poème du recueil où l’hiver est présent (p. ex., p. 101, 117, 122, 123), puis d’identifier les sentiments et les images associés à cette saison dans le texte. Les encourager à noter des détails précis, comme les mots, les métaphores ou les contrastes qui véhiculent une ambiance particulière. Ensuite, les inviter à lire le poème Soir d’hiver, d’Émile Nelligan, et à réaliser le même exercice, soit identifier les sentiments et l’ambiance dégagés par ce poème. Réunir les équipes pour une discussion comparative.
  • Lire avec les élèves les poèmes du recueil Les ormes en hiver (p. 115, 116, 118 et 122). Animer une discussion sur l’identité franco-ontarienne et la survivance, thèmes-clés de la poésie de l’époque. Leur demander de soutenir leurs réflexions en identifiant les comparaisons et les métaphores utilisées par le poète pour relier la nature à des notions telles que la résilience, le travail et les valeurs qui ont forgé le nord de l’Ontario et ses habitants.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en trio, de lire le poème de la p. 137, puis d’écrire à leur tour un bref poème portant sur une notion grammaticale de leur choix. Les encourager à réciter leur poème à une séance de partage en groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • En vue d’apprécier davantage les œuvres de Gaston Tremblay, présenter l’époque effervescente pour les arts en Ontario français au début des années 1970 à l’aide de l’avant-propos de Michel Dallaire (p. 5 à 7) et de la biographie de l’auteur (p. 159 à 164).
  • Porter une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans l’œuvre (p. ex., sexualité, sensualité, prostitution).
  • Porter une attention particulière au terme désuet « été des Indiens ».
  • Inciter les élèves à lire un autre recueil poétique du même auteur, soit Sur le lac clair, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : On démystifie le français… — d’une Franco-Ontarienne.