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L’archipel du docteur Thomas

Au début du XXe siècle, le docteur Louis Thomas arrive aux îles Saint-Pierre et Miquelon. Conquis par cette terre de France en Amérique, il en documente par la photographie les moindres détails. Un jour, pourtant, il quitte l’archipel, abandonnant derrière lui son œuvre. Cinquante ans plus tard, François, un architecte vivant à Paris, découvre, avec sa jeune complice Émilie, l’impressionnante collection de photographies. Fascinés, ils entreprennent de la faire connaître mais, surtout, de retrouver la trace du mystérieux docteur Thomas.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Deux personnages principaux, François, un architecte parisien originaire de Saint-Pierre-et-Miquelon, et Émilie, une jeune Saint-Pierraise de 16 ans aspirant à une carrière littéraire, qui découvrent ensemble une collection de photographies anciennes et cherchent à percer le mystère entourant la vie du docteur Thomas, un médecin militaire et photographe.

« Voilà six mois que François n’était pas revenu dans ses îles, un record peu honorable à ses yeux. Force lui était d’admettre que, depuis quelques années, il trouvait de plus en plus difficile de « s’échapper » – c’était, selon lui, le mot qui convenait – pour revenir ici, à Saint-Pierre-et-Miquelon, archipel de son enfance. » (p. 9-10)

« François resta bouche bée. Les photos, superbes, racontaient en silence l’histoire de l’archipel et de ses gens, leur acharnement à l’ouvrage, leurs rares moments de repos et de gaieté, la beauté de la nature, sa cruauté aussi. » (p. 91)

« Émilie étudia, d’un œil critique et pendant des semaines, cette série de photos. Elles montraient, mieux qu’un cours théorique n’aurait pu le faire, comment utiliser le quotidien pour exprimer les sentiments les plus profonds, et ce, sans modifier les gestes des travailleurs ou leur environnement, simplement dans la composition de la scène, dans la position du photographe.
Une photo la frappa plus que les autres. À côté d’un grand navire et du quai sur lequel s’entassaient des centaines de caisses d’alcool, se trouvaient, à couples, deux doris et, en face, appuyé sur une bite d’amarrage, un jeune homme, tête baissée, l’air songeur. Malgré son bien-être – il était au repos et de toute évidence bien vêtu –, Émilie imagina qu’il contemplait avec nostalgie les deux embarcations de pêche.
– Comme s’il se souvenait d’une époque perdue, de la dignité des pêcheurs et de leur triomphe sur l’adversité.
– Je ne le voyais pas comme ça, commenta Jacques, surpris. Il y aurait sûrement quelque chose d’intéressant à faire sur le sujet. Un cours d’appréciation de l’art basé sur les photos de Thomas, peut-être? » (p. 129-130)

  • Plusieurs personnages secondaires, dont Jacques, un photographe qui dévoile à François et à Émilie la collection de photographies laissées par le docteur Thomas, éveillant ainsi leur curiosité et les entraînant dans une quête pour découvrir son histoire, les membres de la communauté, dont certains ayant connus le docteur Thomas, partageant des anecdotes inspirées des photographies, éclairant davantage le mystère entourant sa vie, ainsi que la fille adoptive du docteur Thomas, qui vient boucler l’énigme, apportant les réponses finales à ce mystère.

« – Qu’est-ce qu’on sait sur ce docteur-là, Jacques? demanda François.
– Pas grand-chose, malheureusement. On sait qu’il est venu ici en 1912, qu’il a été posté à Miquelon – tu devrais voir les photos de là-bas! Des merveilles! Un jour, il est rentré en France et on n’a plus jamais entendu parler de lui. Je ne comprends pas comment il a pu laisser tout ça derrière lui. Un vrai mystère… » (p. 46)

« Le mystère demeurait entier, même si l’exposition avait permis de rafraîchir quelque peu le portrait du médecin : Un tel s’était souvenu du docteur arpentant la montagne avec son appareil, un autre avait raconté qu’il était ami avec le pharmacien Ernest Hutton et que c’était chez lui, au grenier, ²dans un ravalement², précisa le vieil homme, qu’il avait installé sa chambre noire. On évoqua aussi madame Thomas, infirmière de son état. ²Maman est allée la consulter juste après ma naissance, expliqua une femme dans la cinquantaine. Je criais tout le temps et madame Thomas a expliqué à maman que son lait ne me convenait pas.² Anecdotes intéressantes, mais qui ne livrèrent aucun des secrets entourant le personnage. » (p. 103)

« Je viens de retrouver la trace du docteur. Il est décédé dans un hôpital de Saint-Nazaire il y a deux ans. Il a une fille adoptive, et je viens de la contacter.
[…]
– Et votre mère?
– Elle est morte plusieurs années avant lui. Il l’a soignée, seul, avec un dévouement extraordinaire. Ils étaient tout l’un pour l’autre. Après Le Havre, ils ne se sont jamais quittés, pas un seul instant! Ils étaient passionnés de photographie tous les deux et c’est ensemble qu’ils ont parcouru la Bretagne pour faire l’inventaire des monuments religieux de la région.
[…]
… Le docteur mérite d’être compris. Lui-même n’a jamais essayé d’expliquer son geste sur le quai du Havre, pourquoi il avait changé de vie si dramatiquement. Dans un certain sens, il ne s’est jamais vraiment pardonné. C’est la raison pour laquelle il n’a jamais renoué contact avec ses amis à Saint-Pierre et Miquelon. Pourtant, il en parlait tout le temps. » (p. 174-175)

  • Roman historique mettant en scène le docteur Louis Thomas, qui a vécu dans l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon au XXe siècle, et les épreuves qu’il a connues; intrigue captivante s’organisant autour des efforts de François et d’Émilie, unis par le projet commun de découvrir la trace du docteur, une quête qui les mène à la découverte de leurs propres voies et aspirations; schéma narratif comprenant plusieurs retours en arrière sous forme de souvenirs, relatant des événements du passé de l’archipel; thèmes (p. ex., quête d’identité, attachement à ses racines, découverte de soi, passage à l’âge adulte, photographie) aptes à susciter des discussions avec les élèves.
  • Mise en page aérée; texte réparti en 5 chapitres numérotés, suivis d’une narration biographique sous forme d’entrées de journal; éléments graphiques (p. ex., guillemets, italiques, points de suspension, symbole indiquant un changement de scène ou un laps de temps) facilitant l’interprétation du texte; liste des œuvres de la même auteure, dédicaces, remerciements et prologue au début; extrait et renseignements sur l’auteure à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex, enhardi, ferraille, timonerie, exsangue, hirsutes) et mots anglais (p. ex., dump, over, skiffs, rink) compréhensibles à l’aide du contexte.
  • Phrases de base, phrases à construction particulière et nombreuses phrases transformées; prédominance de phrases déclaratives; phrases généralement longues.

« Miquelon, seconde communauté de l’archipel, comptait sept cents âmes, huit fois moins que Saint-Pierre. Quelques heures de bateau seulement séparaient les deux communes; pourtant, on aurait dit qu’elles se situaient aux antipodes tant la vie et le regard porté sur le monde y semblaient différents.
Jacques, qui avait eu la chance dans son enfance de passer quelques étés là-bas, chez des cousins de la famille, n’avait jamais compris comment deux communautés aussi isolées et minuscules que Saint-Pierre et Miquelon pouvaient maintenir entre elles une telle distance. » (p. 103)

  • Nombreuses figures de style simples (p. ex., hyperbole, personnification, expression imagée, métaphore, anaphore, énumération, comparaison) qui permettent d’apprécier le style imagé de l’auteure.

« Le jour pouvait se lever, le soleil briller, il pouvait, lui, rester là, partir, revenir dans cent ans, dans mille ans, la chaleur contenue dans ces grains de sable l’attendrait, fidèle et indifférente à la fois. » (p. 21)

« Ici, dans l’archipel, si l’inspiration s’offrait à lui insolemment à la suite d’un coup de vent plus fort qu’un autre, dans un rayon de soleil qui perçait après des semaines de brume étouffante, dans le bruit cristallin d’un étang sur le point de se figer dans son étau de glace, elle manquait de moyens pour prendre corps, de place pour s’épanouir. » (p. 22)

« Sa notoriété en impressionnait plus d’un et il soupçonnait que même ceux qui étaient en franc désaccord avec lui mettaient des gants blancs pour le lui dire. » (p. 35)

« Émilie buvait ses paroles. » (p. 40)

« Elle ne savait pas où la neige aime se réfugier, où surgissent les congères comme des dunes de sable, où le vent se fait cinglant, où la bourrasque gomme les chemins, cache les sentiers et aveugle les hommes les plus endurcis. » (p. 73)

« Sur un pan de mur se trouvaient des outils de pêche, des collections de nœuds de marin, les arbres généalogiques des Vigneau ou des Poirier, familles acadiennes fondatrices de l’archipel; sur un autre, des photos de goélettes, une collection de croix de guerre. » (p. 82-83)

« François écouta le photographe vanter les mérites d’Émilie comme un père entend chanter les louanges de sa fille. » (p. 89)

  • Prédominance de séquences narratives et descriptives qui dévoilent l’énigmatique docteur Thomas ainsi que les habitants et les paysages des îles de Saint-Pierre-et-Miquelon; séquences dialoguées illustrant les interactions entre les personnages; ajout de plusieurs entrées de journal, permettant d’interpréter les événements et de donner une voix au docteur Thomas.

« Elle glissa son bras autour du sien comme s’ils étaient habitués à se promener. Ils déambulèrent ainsi le long du littoral, puis tournèrent à gauche dans une petite rue perpendiculaire au rivage. François s’arrêta devant une vieille maison ornée d’un vaste tambour. La neige s’était accumulée durant la nuit autour de l’entrée et n’avait pas été déblayée, signe que la maison était abandonnée. Sur le rebord intérieur du tambour, quelques pots de fleurs vides avaient dû, un jour, accueillir les magnifiques géraniums rouges et roses qui égaient traditionnellement, de derrière leurs carreaux, les jours gris et les saisons tristes. » (p. 36)

« – Vous voulez voir les autres? Ne bougez pas.
Il les fit passer derrière le comptoir et les amena dans un coin du studio où se trouvaient des boîtes, desquelles il sortit, pêle-mêle, des plaques de verres, des tirages et des agrandissements qu’il étala de son mieux sur sa table de travail.
– Il y en a une telle quantité, expliqua-t-il, que je n’ai pas pu tout développer encore! Et le problème, François, c’est qu’il n’y a aucune note, aucune indication… Alors, pour les situer et les dater, c’est un vrai jeu de patience, je t’assure.
– Mais enfin, Jacques, où as-tu trouvé tout ça?
– Tu parles d’une histoire! Il y a quelques mois, je suis allé avec un copain dans un vieil entrepôt – tu sais, celui de la prohibition, qui se trouve près du vieux pont Boulot? Mon oncle venait de le vendre et il m’avait demandé de le vider. Sous un escalier, j’ai trouvé deux vieilles caisses qui contenaient, bien protégées dans de la paille, des centaines de plaques en verre.
– Ça ne date pas d’hier, donc!
– C’est sûr! Et c’est encore heureux que ce soit moi qui les aie trouvées ces photos, parce que sinon, tu sais où elles auraient fini… » (p. 43)

« Dans la lumière feutrée de la petite pièce, elle posa un instant les photographies et se mit à réfléchir à l’ancien hôpital où le docteur Thomas devait travailler, qui, depuis, avait fait place à « l’hospice », comme on appelait ici la résidence pour personnes âgées. « Quelle sorte de médecin était-il? » se demanda-t-elle. Un peu plus tard, sur une page toute neuve de son cahier d’écolière, elle tenta de l’imaginer.
Monsieur le docteur va venir, madame Gautier, lui chuchote sœur Hélène, il va vous expliquer.
Le visage caché dans son mouchoir, entre deux sanglots, Thérèse Gautier demande :
– Va-t-y me sauver mon Louis, au moins? Hein, ma sœur, va-t-y le sauver?
Juste à ce moment-là, le docteur Thomas entre dans la petite salle d’attente et s’assoit sur le banc de bois juste à côté de madame Gautier. » (p. 55-56)

Référent(s) culturel(s)

  • L’histoire se déroule à Saint-Pierre-et-Miquelon, dont la langue officielle est le français.
  • Mention de la ville de Montréal.
  • Référence à des lieux et à des établissements en France (p. ex., Paris, Toulon, la Normandie, la Sorbonne, la tour Eiffel, la Seine, Notre-Dame, la gare d’Orsay, le pont Alexandre III, le lycée Louis-le-Grand).
  • Référence à des écrivains français (p. ex., Émile Zola, Jean d’Ormesson, Voltaire, Victor Hugo).
  • Référence aux Acadiens et au Grand Dérangement.
  • Mention de figures historiques (p. ex., Jacques Cartier, Napoléon).
  • Mention de Jean Ferrat, auteur-compositeur-interprète français.
  • Référence au frère Marie-Victorin, botaniste québécois dont les travaux sur l’Est canadien décrivent le milieu de Saint-Pierre-et-Miquelon.
  • Mention de Lagarde et Michard, un manuel de littérature utilisé dans les écoles françaises.
  • Référence à Molière, Racine, Corneille et Feydeau, dramaturges français.

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, regroupés en équipes, de mener une recherche géographique, politique et historique sur Saint-Pierre-et-Miquelon, puis leur demander d’écrire une lettre au docteur Thomas pour l’informer de son évolution. Jumeler les équipes, puis leur demander de lire leur lettre aux membres de leur groupe.
  • À l’instar du docteur Thomas, suggérer aux élèves, réunis en équipes, de sélectionner un personnage historique et de raconter son histoire à travers la création d’un journal visuel personnel. Leur demander de trouver sur internet des photos représentant des moments-clés de la vie de ce personnage, puis d’ajouter des textes explicatifs. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de comparer la Prohibition au Canada dans les années 1910 et 1920 avec la situation actuelle du contrôle des substances, en particulier en lien avec la législation du cannabis. Leur demander de créer des vidéos, des infographies ou des balados pour analyser l’impact de la consommation d’alcool et de drogues sur les comportements sociaux et la criminalité au Canada. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur création au groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, d’analyser la chanson La Montagne, de Jean Ferrat, qui explore les thèmes de l’attachement au lieu. Leur demander ensuite d’identifier des exemples de ces thèmes dans l’œuvre, notamment à travers les personnages de François et d’Émilie. Jumeler les équipes, puis leur demander de présenter leurs conclusions aux membres de leur groupe.
  • Proposer aux élèves de créer une « galerie de photos » qui raconte leur propre histoire en choisissant des images ou des symboles qui représentent les aspects importants de leur identité, de leur famille, de leur culture et de leur environnement. Les inviter à ajouter des légendes explicatives aux photos, puis à présenter leur travail au groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Inciter les élèves à lire d’autres œuvres qui traitent de la quête de soi, telles que Besoin d’air et À grandes gorgées de poussière, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 5e à 12e année, Série : Canada à la carte, Incidents frontaliers.