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La belle ordure

À vingt ans, Ariane Morency s'interroge sur son avenir. Son jeune idéalisme vient se heurter au cynisme de son père, un artiste désabusé, qui croit que « le bonheur, c'est une belle ordure ». Pendant qu'ils discutent, la vie va, semant sur son passage ses merveilles et ses outrages.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Sur fond de famille reconstituée, intrigue simple, mais porteuse de grandes questions philosophiques sur la vie, la mort, la difficulté de l’existence humaine et même du mal du siècle dont semblent être affligés plusieurs des personnages.

    « Yann dit […] "Ma mère, c’est Camille. Celle de Xavier, c’est Frédérique. Et la tienne, Ariane, comment elle s’appelle?"
    "Claire", leur dit Ariane. » (p. 16)

    « "À quoi ça sert de se moquer tout le temps? Ça nous avance comment, de nous faire dire que la vie est dure, que le bonheur, c’est une illusion, et que le Bon Dieu, il fait pas sa job?" » (p. 109)

    « Aujourd’hui, s’était dit Ariane, on descend dans la rue pour l’homme, pour la vie, pour le fol espoir : le remède rêvé contre le mal du siècle. » (p. 165)
     

  • Un personnage principal, Ariane, autour de laquelle gravitent toute l’action et la psychologie du roman; une protagoniste au caractère contradictoire, à la fois conscientisée et délaissée par la vie.

    « Elle avait voulu […] reconnaître le père, son père, dans l’étranger. Et elle avait pris la mesure, alors, du vide qu’il avait laissé dans sa vie… » (p. 71)

    « "Oui, bien sûr, Ariane. On sait bien ce que tu veux maintenant. […] Tu veux mettre fin à la guerre. Tu veux creuser des puits et semer le grain et nourrir les pauvres. Tu veux guérir les malades, protéger les enfants, sauver l’humanité." » (p. 111)

    « Mais comment se retrouver dans toutes ces contradictions? Elle n’a jamais été si heureuse, elle est au bord du désespoir. […] Elle se mariera, elle ne se mariera pas, elle sera la maîtresse de quatre hommes différents. Elle sera nonne, elle sera vamp… » (p. 144)

    « "Je sais que la mort de Jean-Loup l’a changée. Je sais que depuis qu’il est parti, il n’y a plus rien qui compte pour Ariane. L’école, elle s’en moque, de nous, de ses amis, de ses plans d’avenir… Elle s’est détachée de tout, Ariane…" » (p. 190)
     

  • Plusieurs personnages secondaires, la plupart membres de la famille reconstituée d’Ariane : son père, Cédric LeGoff, sa mère, Claire, son ami de cœur, Jean-Loup et ses demi-frères, Xavier et Yann. 

    « Oui, je pense vraiment qu’elle est comme vous, Monsieur LeGoff. Parce qu’en général, elle est facile à vivre, ma mère, mais il y a des jours, aussi, où elle broie du noir. » (p. 43)

    « Mais dans la figure de Jean-Loup, aucune peur, aucun recul. Qu’un profond respect, dans son regard. Qu’une patience infinie. » (p. 116)

    « …Xavier avait besoin de raconter, tout de suite, à cette femme qui l’écoutait, la cruauté nonchalante de sa mère. […] Claire n’avait pas quitté des yeux le visage du garçon. Bercé par son regard, soutenu, consolé, il avait trouvé les mots pour dire sa solitude. » (p. 184)
     

  • Huit dessins style vignettes, avec légende, du bédéiste Cédric, dispersés dans l’œuvre et montrant deux personnages, Daru et Balducci, qui se font mutuellement la morale, comme Cédric et Ariane.

    « Yann, qui lit au coude d’Ariane, ne peut pas s’empêcher de rire. […] "C’est pas pour tout le monde, ce genre d’humour. […] J’avoue que c’est un peu spécial… Un mélange, si tu veux, de Samuel Beckett et d’Émile Ajar." » (p. 21)

    « On a toujours besoin des autres, Balducci. On ne peut pas passer sa vie à se détester soi-même. » (p. 113)

    « L’amour, c’est une tentative de fuite qui ne sert à rien, Daru, parce que la vie court toujours plus vite que vous. » (p. 162)
     

  • Narratrice omnisciente, qui suit Ariane dans son quotidien, devenant narratrice participante, jouée par Claire une première fois dans le but de se raconter, et, par la suite, partagée entre Ariane et Claire dans leur correspondance épistolaire, ajoutant au sentimentalisme de l’œuvre.

    « Ariane s’arrête un moment à la clôture pour écouter son cœur inquiet. » (p. 11)

    « Depuis qu'elle a décidé de partir à la recherche de l'homme avec qui je l'ai faite, je retourne souvent, en pensée, à cet été, à ces nuits, à ces semaines après qu'il m'eût quittée. » (p. 24)

    « Ah oui. J'ai décidé que je déteste la ville. Il y a trop de bruit, trop d'autos, trop de mauvaises odeurs. Puis je m'habitue pas, non plus, à avoir des voisins. » (p. 93)

    « … je ne cherchais qu'à contrôler Ariane, à la manipuler, je voulais la dominer, l'étouffer, l'empêcher de vivre. J'étais, en fin de compte, trop mère… » (p. 148)

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble du roman, mais parfois familier dans le discours direct, évocateur de l’humeur des personnages.

    « Ariane, transie de gêne, hésite sur le seuil. Yann lui prend la main, la tire doucement derrière lui. "Tu seras très bien ici." Son sourire est rassurant. » (p. 18)

    « "Bordel de merde, Marius! Tu vas pas recommencer avec ces histoires-là!" » (p. 86)

    « "…Elle a pas encore compris, Frédérique, que la vie se fout parfaitement d’elle, que le bonheur, ça dure pas […] puis c’est toute seule qu’il faut qu’elle se démerde." » (p. 109-110)
     

  • Nombreuses descriptions où prédominent les tons et les couleurs, comme dans les tableaux, assurant le parallèle avec toute forme d’art présentée dans le roman.

    « L’homme que je ne cessais de chercher dans la foule avait les yeux clairs, de longs cils pâles et la tignasse emmêlée d’un jeune ourson blond. […] Je nous voyais déjà, marchant l’un à côté de l’autre, ma noirceur gitane touchée de sa clarté. » (p. 25)

    « Ariane, les joues cramoisies, s’était lentement retournée vers lui. Le regard troublé, elle n’avait vu que les dents blanches de son père, éblouissantes dans le masque bronzé de son visage. » (p. 53)

    « Le crépuscule s’éternise. À l’ouest, le ciel a perdu toute trace de lumière et le bleu vire lentement au noir. Mais il fait encore beaucoup trop clair… » (p. 79)
     

  • Figures de style nombreuses (p. ex., comparaison, métaphore, antithèse, hyperbole); énumérations multiples, ajoutant au style détaillé et imagé de l’auteure.

    « Il marchait à côté d’elle et l’effort le faisait siffler comme une vieille rosse poussive. Cédric, quant à lui, avait le pas feutré du loup. » (p. 58)

    « Puis, les lèvres collées aux siennes, la bouche débordante de mots et de baisers, il l’avait emportée, l’avait enlevée, dans le silence étal de la nuit et le vacarme énorme de leur sang. » (p. 155)

    « Dans les yeux d’Ariane, la scène battait comme un cœur fébrile, chaque forme obscure, chaque ligne floue, frémissante, palpitante, éclaboussée de sang. » (p. 166)
     

  • Champs lexicaux liés entre autres à la nature et à ses odeurs et ajoutant à la richesse du texte.

    « La forêt l'accueille aussitôt, verte, humide, pleine d'exhalaisons. Tamisée par les feuilles, la lumière matinale se déverse en rais obliques, se répand en flaques dorées au pied des arbres. Suivant le sentier qui mène au lac, Ariane se glisse sous les branches, passe de l'ombre à la clarté, déloge la rosée qui tombe en tremblant. » (p. 88)

    « Elle le regarde, elle le respire – il sent la feuille d'automne, Jean-Loup, touchée du premier givre – et elle a mal, soudain, juste là, près du cœur. Ça fulgure, ça lancine, une déchirure dans sa chair. »(p. 119)

Référent(s) culturel(s)

  • Nombreuses allusions à des régions francophones du Manitoba (p. ex., La Coulée, Saint-Boniface, Sainte-Amélie), ainsi qu’à des écrivains français, dont Camus, La Bruyère, Montesquieu et Musset.

Pistes d'exploitation

  • Inviter les élèves à relever les traits de caractère d’Ariane pour en esquisser un portrait complet.
  • Proposer aux élèves d’ajouter aux bandes dessinées de Cédric LeGoff : tracer un dessin de personnages, tels Daru et Balducci, et joindre une pensée philosophique comme légende.
  • Demander aux élèves de rédiger la lettre que la mère d’Ariane lui enverrait en Afrique, si Claire voulait relater son quotidien et l’évolution de sa relation avec Cédric.
  • Inviter les élèves à effectuer une recherche sur différents organismes de travail humanitaire, comme celui qu’entreprend Ariane en Afrique, pour ensuite en présenter le résultat en salle de classe.

Conseils d'utilisation

  • Avant la lecture, présenter aux élèves les enjeux délicats de l’œuvre (p. ex., consommation d’alcool, familles reconstituées, pessimisme généralisé).
  • Tout au long de la lecture, faire remarquer comment l’auteure joue avec les temps de verbe; démontrer l’utilité d’un tel procédé.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e année, Série : L’art d’être parent, La famille recomposée.