Contenu
- Personnage principal, Ariane, une femme de vingt ans au caractère contradictoire, dont la recherche de sens, portée par ses rêves et ses valeurs, se confronte à la dureté du monde et au désenchantement de son entourage.
« Elle avait voulu […] reconnaître le père, son père, dans l’étranger. Et elle avait pris la mesure, alors, du vide qu’il avait laissé dans sa vie… » (p. 71)
« « Oui, bien sûr, Ariane. On sait bien ce que tu veux maintenant. […] Tu veux mettre fin à la guerre. Tu veux creuser des puits et semer le grain et nourrir les pauvres. Tu veux guérir les malades, protéger les enfants, sauver l’humanité. » » (p. 111)
« Mais comment se retrouver dans toutes ces contradictions? Elle n’a jamais été si heureuse, elle est au bord du désespoir. […] Elle se mariera, elle ne se mariera pas, elle sera la maîtresse de quatre hommes différents. Elle sera nonne, elle sera vamp… » (p. 144)
« « Je sais que la mort de Jean-Loup l’a changée. Je sais que depuis qu’il est parti, il n’y a plus rien qui compte pour Ariane. L’école, elle s’en moque, de nous, de ses amis, de ses plans d’avenir… Elle s’est détachée de tout, Ariane… » » (p. 190)
- Nombreux personnages secondaires, la plupart membres de la famille reconstituée d’Ariane, dont Cédric LeGoff, son père, Claire, sa mère, Jean-Loup, son ami de cœur, ainsi que Xavier et Yann, ses demi-frères.
« Oui, je pense vraiment qu’elle est comme vous, Monsieur LeGoff. Parce qu’en général, elle est facile à vivre, ma mère, mais il y a des jours, aussi, où elle broie du noir. » (p. 43)
« Mais dans la figure de Jean-Loup, aucune peur, aucun recul. Qu’un profond respect, dans son regard. Qu’une patience infinie. » (p. 116)
« …Xavier avait besoin de raconter, tout de suite, à cette femme qui l’écoutait, la cruauté nonchalante de sa mère. […] Claire n’avait pas quitté des yeux le visage du garçon. Bercé par son regard, soutenu, consolé, il avait trouvé les mots pour dire sa solitude. » (p. 184)
- Roman riche et bouleversant, explorant à travers le regard d’Ariane, la tension constante entre beauté et douleur, idéal et désillusion; intrigue simple, mais porteuse de grandes questions philosophiques sur la vie, la mort, la difficulté de l’existence humaine et même du mal du siècle, dont semblent être affligés plusieurs des personnages.
- Huit dessins style vignettes, avec légendes, du bédéiste Cédric, dispersés dans l’œuvre et montrant deux personnages, Daru et Balducci, qui se font mutuellement la morale, comme Cédric et Ariane.
- Mise en page aérée; œuvre répartie en 15 chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., guillemets, italiques, points de suspension, majuscules, symbole indiquant un laps de temps ou un changement de scène, parenthèses, acronymes) facilitant l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres de l’auteure, dédicace et citation d’Émile Ajar au début; notes de l’auteure à la fin; courtes notes biographiques à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble du roman; mots moins connus (p. ex., dépitée, alchimie, rébarbatif, laïus, tailladé) généralement compréhensibles à l’aide du contexte; expressions du registre familier dans le discours direct (p. ex., bordel de merde, il faut qu’elle se démerde) évocateur de l’humeur des personnages.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; prédominance de phrases déclaratives; phrases généralement courtes, chargées d’images fortes, où chaque mot semble pesé.
« Ils traversaient les champs de blé au nord du Lac du Bonnet. Cédric avait levé une main, avait indiqué les chevreuils qui broutaient à l’orée d’un bois. Ensuite, ils avaient vu un jeune ourson dans le fossé le long de la route, un grand-duc sur un poteau de clôture, un épervier à queue rouge contre le bleu cru du ciel. » (p. 55)
« Le cœur d’Ariane se serra de nouveau. Bon, d’accord, s’était-elle dit. Il est chasseur, Cédric. C’est pas grave… Je vais me faire à l’idée… C’est pas la fin du monde. » (p. 63)
- Figures de style nombreuses (p. ex., personnification, comparaison, métaphore, antithèse, hyperbole); énumérations multiples, ajoutant au style détaillé et imagé de l’auteure.
« Le soleil, écorché par la poussière de la moisson, saignait rouge dans le ciel bleu. » (p. 23)
« Il marchait à côté d’elle et l’effort le faisait siffler comme une vieille rosse poussive. Cédric, quant à lui, avait le pas feutré du loup. » (p. 58)
« Puis, les lèvres collées aux siennes, la bouche débordante de mots et de baisers, il l’avait emportée, l’avait enlevée, dans le silence étal de la nuit et le vacarme énorme de leur sang. » (p. 155)
« Dans les yeux d’Ariane, la scène battait comme un cœur fébrile, chaque forme obscure, chaque ligne floue, frémissante, palpitante, éclaboussée de sang. » (p. 166)
- Nombreuses séquences descriptives et narratives qui aident à mieux comprendre les sentiments des personnages et ajoutent une richesse visuelle et émotionnelle au texte; séquences dialoguées qui révèlent les pensées des personnages et mettent en lumière les conflits qui les opposent; ajout de procédés littéraires (p. ex., paroles d’un chant, dialogue, lettre, journal intime) ajoutant au réalisme de l’histoire et rendant les personnages plus crédibles.
« Ils doivent d’abord parcourir la longueur du lac avant de s’engouffrer dans les méandres de la rivière. La petite, l’étroite, la tortueuse. Elle se plie et se replie entre les joncs et les bosquets d’épinettes, elle serpente, elle ondule, elle est pleine de troncs d’arbres, de presqu’îles de tourbe, de roches, de barrages de castors, de loutres, de sarcelles et de hérons. » (p. 65)
« Ariane n’a jamais mangé si frais. Dans chaque bouchée de doré, il lui semble qu’il y a un goût, une odeur, de l’eau claire du lac. Elle penche son museau sur son assiette, mange goulûment comme un petit animal affamé. » (p. 75)
« Cédric, en face d’elle, a les bras pliés contre son cœur, les yeux clairs fixés sur son visage. Il lui parle doucement, comme s’ils étaient seuls, les deux, dans la cuisine.
« Vas-y, Ariane. Dis-le moi. Dis-moi ce que tu veux que je fasse pour changer le monde. »
« Ben, d’abord, Cédric », elle avale dur, sent monter dans ses joues la chaleur de la colère « tu pourrais peut-être en finir avec tes foutus dessins. » Elle secoue la tête, excédée. « À quoi ça sert de se moquer tout le temps? Ça nous avance comment, de nous faire dire que la vie est dure, que le bonheur, c’est une illusion, et que le Bon Dieu, il fait pas sa job? » » (p. 108-109)
« Oh, oh, oh,
totus floreo,
iam amore virginali
totus aredo,
novus, novus amor
est, quo pero » (p. 51)
« Elle : Xavier, je connais, Cédric. Tu me l’as présenté la dernière fois qu’on s’est vu. Mais cette charmante jeune fille? Dis-moi, c’est qui, Cédric?
Lui : (d’une voix chaleureuse) Oh, Maureen. Je te présente ma fille. Elle s’appelle Ariane. » (P. 61)
« WINNIPEG
Le 15 septembre 2006
Ma chère petite maman,
Et voilà, c’est à ça qu’il s’amuse ton ex. Il perd son temps à gribouiller des dessins comme celui-là, les uns plus niaiseux que les autres. » (p. 91)
« LE MARDI 12 OCTOBRE 2006
Ce matin, Stéphane est parti. Un voyage, qu’il m’a dit, pour changer le mal de place, un dépaysement pour mieux se retrouver. Mais il est blessé, Stéphane, sa fierté toute bleue et abîmée, et c’est loin des regards qu’il veut guérir. Loin de mon regard. (De mes yeux, de mon cœur.) » (p. 141)