Contenu
- Quatre personnages principaux, dont Ange-Aimée, la photographe à la recherche de témoins des grands feux survenus dans le nord de l’Ontario, Charlie et Tom, deux inséparables amis octogénaires, déçus par la société, et Gertrude (Marie-Desneige), âgée de 82 ans et internée dès l’âge de 16 ans.
« J’avais fait des kilomètres et des kilomètres de route sous un ciel orageux en me demandant si j’allais trouver une éclaircie dans la forêt avant la nuit, au moins avant que l’orage n’éclate. […] La forêt allait se refermer sur moi sans que je mette la main sur ce Ted ou Ed ou Edward Boychuck, le prénom changeait mais le patronyme restait le même, signe qu’il y avait quelque indice de vérité dans ce qu’on m’avait raconté sur ce Boychuck, un des derniers survivants des Grands Feux. » (p. 11)
« Ils formaient une drôle de paire. Charlie, gros ours bougon qui cachait mal le plaisir qu’il prenait à la conversation, et ce grand efflanqué de Tom qui cherchait à retenir mon attention par tous les moyens. » (p. 26)
« J’ai toujours su que j’aurais une vie, dit Marie-Desneige à son amie Ange-Aimée aux premiers jours de leur amitié, je n’ai jamais abandonné l’espoir d’avoir une vie à moi… » (p. 100)
- Personnages secondaires, Bruno, le neveu de Gertrude, qui permet à sa tante de quitter l’univers clos et aliénant de l’institution pour rejoindre un espace de liberté, et Ted Boychuck, tout juste décédé, le sujet principal de l’œuvre.
« La petite vieille était vraiment minuscule, de la taille d’une enfant de douze ans, très fragile, une poupée de porcelaine, et ne bougeait qu’à petits gestes. Elle s’est appuyée sur le bras que lui a tendu Bruno et à pas de souricette, elle s’est laissé conduire vers ce que j’appelais encore l’hôtel du Libanais malgré le peu qui lui en restait. Le proprio ne m’avait pas demandé des comptes depuis des années.
– Les bagages, m’a fait Bruno en désignant de la tête le siège arrière et je suis allé quérir une valise brune dans le fouillis, au grand soulagement de la vieille qui m’a suivi des yeux. » (p. 52)
« Ted avait eu une vie probablement beaucoup plus chargée que tout ce qu’on avait pu imaginer à son sujet. De nous trois, affirma-t-il, c’est celui qui avait le plus à dire, trop peut-être, trop pour être dit avec des mots. Un homme qui passe les vingt dernières années de sa vie à s’arracher la tête pour donner un sens à des taches de couleur a énormément à dire. » (p. 116)
- Roman captivant qui entrelace avec finesse un récit historique et une dimension poétique, mettant en scène une histoire d’amour inattendue entre deux vieillards sur fond des grands incendies du nord de l’Ontario, où mémoire, solitude et renaissance s’unissent dans une narration à la fois tragique et enchanteresse; thèmes (p. ex., liberté, nature, vieillesse, amour, mort, incendie, communauté) présentés avec délicatesse et émotion, aptes à susciter des réactions chez le lectorat.
- Mise en page dynamique; œuvre répartie en onze chapitres titrés; alternance entre les narrateurs participants, témoins et omniscients, chaque chapitre étant introduit par un avant-propos d’un narrateur omniscient qui s’adresse parfois directement au lectorat; éléments graphiques (p. ex., italiques, points de suspension, parenthèses) facilitant l’interprétation du texte; extraits de critiques, liste des œuvres de la même auteure et dédicace au début; remerciements à la fin; courtes notes biographiques de l’auteure à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., roublardise, gravide, afféterie, freluquet) compréhensibles à l’aide du contexte; registre de langue familier (p. ex., Ç’aurait été, pourquoi t’as pas pris, en v’là une) entre les personnages de la communauté du lac et dans les situations loufoques.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; prédominance de phrases déclaratives; phrases généralement longues.
« Le campement de Charlie était le mieux entretenu. Quatre cabanes. L’une pour y habiter, l’autre pour le bois de chauffage, une chiotte, une remise et rien qui traînait autour. Pas une pelle, pas une hache, rien n’était laissé à l’abandon, alors que chez Tom, il fallait lever les yeux vers la cheminée pour deviner sa cabane d’habitation tellement tout était encombré et mal fichu.
Quant à Ted, personne n’avait mis les pieds chez lui. Impossible de suivre les traces de sa pensée sur ses murs, impossible de savoir de quoi s’alimentait son regard. » (p. 40)
- Nombreuses figures de style (p. ex., énumération, comparaison, personnification, métaphore) qui accentuent l’émotivité du lectorat.
« Des déficients, des infirmes, des fêlés du bol, on ne faisait pas la différence, personne n’en voulait, personne ne les avait réclamés. » (p. 57)
« Elle, si menue et si fragile, petit oiseau toujours sur le point d’être emporté par un vent de panique, et lui, massif, si lourd et si lent, un bloc de granit que rien ne semblait pouvoir ébranler. » (p. 106)
- Séquences descriptives et narratives abondantes qui permettent de s’imaginer les personnages et les lieux; séquences dialoguées révélant les émotions des personnages et injectant parfois des brins d’humour dans le texte.
« Odeur d’abord de corps mal lavés, je n’ai vu aucune douche aucun bain dans aucune des cabanes d’habitation de mes vieux amis des bois. Odeur de graillon, ils se nourrissent principalement de viandes poêlées, d’épais ragoûts, de viande sauvage qui nécessite un lourd apport de gras. Odeur de poussière déposée en strates momifiées sur tout ce qui ne bouge pas. Et odeur sèche du tabac qui est leur principale drogue. » (p. 12-13)
« – Angie était libre, il aurait pu l’épouser, non? s’exaspéra la photographe.
– Oui, il aurait pu, mais il aimait aussi Margie.
– Pourquoi donc Margie s’était-elle mariée à ce type de Cochrane?
– Pour laisser la place libre à Angie.
– Ouf…! » (p. 134)
Référent(s) culturel(s)
- Évidence de l’apport considérable des Canadiens français au développement du nord de l’Ontario et à sa reconstruction depuis les Grands Feux des années 1910.
- Nombreuses références à des lieux et à des gens de cette région (p. ex., Cochrane, Timmins, Matheson, Haileybury, les jumelles Polson).
Pistes d'exploitation
- Demander aux élèves, réunis en dyades, de rédiger un commentaire critique sur les raisons pour lesquelles les trois hommes auraient décidé de couper tous les liens avec la société. Jumeler les élèves, puis leur demander de présenter leur travail aux membres de leur groupe.
- Inviter les élèves à participer à un débat sur des enjeux de la société tels que l’euthanasie ou la place des aînés dans notre communauté. Leur demander de nourrir leur réflexion en s’inspirant des personnages âgés du roman et des personnes âgées de leur entourage. Les inciter à présenter leur débat devant un autre groupe-classe.
- Suggérer aux élèves de rédiger des textes épistolaires fictifs qu’auraient pu échanger Theodore Boychuck et les jumelles Polson. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
Conseils d'utilisation
- Situer les lieux où se déroule l’histoire sur une carte géographique du nord de l’Ontario.
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats abordés dans l’œuvre (p. ex., le suicide, l’euthanasie, la mort, la consommation).
- Encourager les élèves à découvrir une autre œuvre se déroulant dans le nord de l’Ontario, soit Défenses légitimes, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e année, Série : ONFR – Société, La vieillesse, on en pense quoi?