Anatomie de la fiche Anatomie interactive
Ajouter au bac de lecture

Des briques pour un vitrail

Ainsi, cet enfant terrible des lettres manitobaines, voire des lettres francophones en situation minoritaire, qu’est Charles Leblanc fait preuve d’une redoutable exigence de lucidité et insiste sur l’importance de ne jamais trahir son rêve : justice sociale ou amour. C’est pourquoi les briques dont il est question dans DES BRIQUES POUR UN VITRAIL sont non seulement des instruments de révolte pour briser diverses formes d’un sacré aliénant, mais l’essentielle et modeste composante avec laquelle peut se construire une maison finalement vivable pour chacun.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narrateur, l’auteur, souvent perçu comme dérangeant par son écriture, qui fait part de ses expériences, où se mêlent des thèmes personnels et des références littéraires.

« les gros bonnets occupent le terrain on dirait / une tempête se prépare / je mets mes bottes je mets mes gants / on regarde autour / et nous sommes nombreux / dans la grange dans l’usine sur la rivière / et devant leurs parlements » (p. 33)

« l’amour / est-il inné comme cette chose qu’on appelle / l’aspiration à l’infini / hé non / c’est une pratique sociale / un esprit sain dans un corset / doit être bien armé pour participer / à la démolition dudit corset » (p. 74)

« ne pars pas   j’ai appris trois cents chansons   je me rappelle toutes les histoires drôles de roméo pérusse   et j’aime les livres à voix haute » (p. 100)

  • Personnages secondaires (p. ex., musiciens, figures emblématiques de la culture populaire, soldats), ainsi que des personnages non définis désignés par des pronoms (p. ex., nous, ils, tu) dans les textes.

« … et la chanteuse est une yvonne désilets / y entrer par la petite entrée / pour regarder attentivement des enfants écrire / leur nom à l’envers ou de la main gauche » (p. 26)

« king kong leur faisait peur / dracula les rassurait et leur faisait peur » (p. 80)

« les soldats sont presque partout / les nerfs à vif sur le trottoir » (p. 85)

« et nous / nous ne sommes qu’un point-virgule / qui a su se placer dans le texte de la vie / et qui se prend parfois pour un point final » (p. 102)

« pourtant ils ouvrent les bras sur le présent / ils croient que leur avenir ressemble à l’éternité » (p. 102)

« tu traverses ma tranche de vie / comme on traverse la rue / en regardant des deux côtés » (p. 113)

  • Recueil de poésie réaliste qui rassemble des textes déjà publiés dans les recueils précédents de l’auteur; mentions de lieux et de dates qui donnent des repères au lectorat; thèmes (p. ex., politique, injustice sociale, nature des relations amoureuses, cupidité) aptes à susciter l’intérêt du lectorat visé.
  • Mise en page tantôt aérée, tantôt dense, et parfois irrégulière (p. ex., vers disposés de façon non conventionnelle au moyen de jeux d’espaces et d’alignements particuliers); œuvre répartie en cinq parties titrées, chacune regroupant entre un et vingt poèmes, accompagnés de l’année de sa rédaction; éléments graphiques (p. ex., parenthèses, guillemets, notes de bas de page, italiques) facilitant l’interprétation des textes; nombreux poèmes s’ouvrant sur des dédicaces personnelles ou des citations empruntées à des écrivains célèbres; préface de René Lafleur au début; biographie de l’auteur, liste de ses œuvres, bibliographie critique et table des matières à la fin.

Langue

  • Registre de langue courant dans la plupart des poèmes; emploi occasionnel de mots du registre soutenu (p. ex., la ville se colle sur ses murs plastronnés) et du registre populaire (p. ex., je faisais mon smatte) compréhensibles grâce au contexte; emploi de vers et d’expressions de langue anglaise (p. ex., sunrise, drive in, five o’clock tea) qui révèlent la dualité linguistique du poète.
  • Vers et strophes de longueurs irrégulières et inégales dans la plupart des poèmes, témoignant d’un style libre; textes dénués de ponctuation et de majuscules, même dans les noms propres, évoquant la position du poète quant au pouvoir dans l’écriture et dans la société.

« le soleil tasse la boucane / tente de se lever / derrière les tours à bureaux / et l’usine molson / encore quelques années profitables / encore quelques étages / et on ne verra plus le pont jacques-cartier / dégorger de la main-d’œuvre / dans les usines de montréal » (p. 77)

« tout ce qu’elle me dit / ce sont les réponses qui commencent par un oui mais / et les questions qui dépassent le bouche-à-bouche / qui m’éloignent des miroirs grossissants » (p. 86)

  • Figures de style (antithèse, personnification, comparaison, métaphore, anaphore) conférant une richesse aux textes.

« ça m’a coupé le souffle vertical comme la première fois / en 1971 c’était le souffle horizontal à ce cimetière / militaire près d’ypres » (p. 40)

« ces milliers de petites croix blanches bien alignées prêtes / à monter à l’assaut » (p. 40)

« tu traverses ma tranche de vie / comme un couteau émoussé / le tranchant fatigué / de couper dans le beurre sentimental » (p. 113)

« on se contente de ce qu’on a / on se contente de ce qu’on est / on pense connaître ses flèches / on cherche toujours une cible / puis on vieillit » (p. 156)

  • Procédés poétiques (p. ex., assonance, allitération, rime) créant une musicalité et agrémentant la lecture.

« je trouve quand même le temps / de canter dangereusement vers tes jambes » (p. 73)

« la contrebasse / se tasse / dans l’coin / pas loin / en dessous de tout / elle prie / bien assourdie » (p. 113)

« le saxophone / se croit aphone / une illusion / le son est bon / le clavier à ses côtés / prend le temps de s’étirer / dessinant des notes croisées / il sait où s’en aller / le ciel est là pour l’envolée » (p. 115)

Référent(s) culturel(s)

  • Mention de lieux emblématiques (p. ex., Paris, Montréal, Sudbury, Gaspésie, La Seine, la tour Eiffel).
  • Référence à des figures historiques (p. ex., Louis Riel, Gabriel Dumont).
  • Référence à des écrivains francophones (p. ex., Marie-Claire Blais, Émile Nelligan, Jean-Paul Daoust, Arthur Rimbaud, Denis Vanier, Francis Ponge, Geneviève Letarte).
  • Mention d’artistes culturels et musicaux (p. ex., Luc Plamondon, Boris Vian, Charlie Mingus, Lucien Francoeur).

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de choisir un poème de Charles Leblanc et de le comparer à un poème d’un autre auteur mentionné dans le recueil (p. ex., Denis Vanier, Émile Nelligan, Arthur Rimbaud, Geneviève Letarte). Leur demander d’analyser les similitudes et les différences en tenant compte de critères particuliers (p. ex., les thèmes abordés, le style d’écriture, le ton, la forme poétique et le contexte historique). Les inviter à rédiger un court essai comparatif synthétisant leurs observations, puis à présenter leurs conclusions au groupe-classe sous forme orale ou visuelle (p. ex., exposé, capsule vidéo, affiche).
  • Dans certains de ses poèmes, Charles Leblanc aborde la condition de groupes historiquement marginalisés ou opprimés (p. ex., les femmes, les Autochtones, la classe ouvrière). Demander aux élèves, réunis en équipes, de repérer des poèmes traitant de l’oppression vécue par l’un de ces groupes. Amorcer une discussion en classe sur les principes d’équité et d’inclusion à partir de la posture adoptée par le poète.
  • Proposer aux élèves, réunis en dyades, d’écrire un poème en s’inspirant du style de Leblanc (langue familière ou crue, regard social, humour noir, références culturelles) sur un thème contemporain qui les touche. Leur demander d’accompagner leur travail d’une photo significative ou d’un dessin original, puis de présenter leur création au groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • En vue d’amener les élèves à connaître l’apport de l’auteur, leur présenter la préface de René LaFleur (p. 5 à 17) et la biographie de Charles Leblanc (p. 165 et 166).
  • Accorder une attention particulière aux poèmes faisant allusion au suicide (p. ex., le jour où je me suiciderai, p. 57) et à la sexualité (p. ex., je me suis mis dans ma peau, p. 105, lire au lit, p. 130, le sexe le frette et le lavabo, p. 135).
  • Porter une attention critique au vocabulaire utilisé dans certains poèmes, notamment aux termes aujourd’hui considérés comme désuets ou inappropriés pour désigner les Premières Nations (p. ex., Indiens).
  • Inciter les élèves à lire un autre recueil de poésie du même auteur, soit heures d’ouverture, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.