Contenu
- Personnage principal, Xavier, surnommé Xman, un jeune diplômé francophone idéaliste, tiraillé entre son attachement à sa région natale de la Huronie, les attentes familiales et son besoin de redonner du sens à sa vie en acceptant un poste ambitieux qui l’amène à questionner son identité et le rôle qu’il doit jouer dans la mise en valeur de la culture franco-ontarienne.
« Décidément, la lune de miel au travail s’est refroidie comme l’été. Si, au début, je me promenais comme un petit coq, fier de mon rôle, l’immensité de la tâche me courbe maintenant l’échine. Je me sens pris au piège. Habituellement, dans un nouveau poste, on peut se donner deux, trois mois pour voir si le travail convient et sinon, on regarde ailleurs. Mais là, avec l’ouverture du musée prévue pour janvier, si je quittais en octobre ou novembre, je les laisserais dans la merde jusqu’au cou! Mon prof Langlois a toujours dit que le ²marche-ou-crève² est typique dans les cultures minoritaires. D’autres disent qu’on est condamné à l’excellence. Se donner un si gros mandat sans avoir les moyens de le mettre en œuvre, c’est soit inconscient, innocent ou héroïque. Je suis pas sûr où je me situe dans ce trio. There’s no turning back Xman. You gotta do what you gotta do! » (p. 28)
- Personnages secondaires avec lesquels Xavier développe des liens d’amitié et d’amour, notamment Sarah, une serveuse au Tim Hortons, qui devient sa petite amie, Willie, un vieil homme atteint d’un cancer, avec qui il tisse une profonde amitié, ainsi que plusieurs membres de la communauté et de sa famille.
« Ce soir, l’atmosphère est fébrile. Les deux nouveaux amis ont passé beaucoup de temps ensemble. Difficile de déterminer lesquelles de ces soirées pourraient être considérées comme des rendez-vous amoureux, mais il n’en reste pas moins que ce soir représente sans équivoque la traditionnelle troisième date. Ça passe ou ça casse. […] En fait, ils se sont déjà embrassés passionnément après une soirée de karaoké endiablé. Aucun des deux n’a osé en reparler de peur que l’autre attribue le geste à la consommation d’alcool.
– Sarah, you’re the best! Sarah for president! » (p. 136)
« Ce n’est qu’au moment où Xavier questionne le médecin qu’on lui demande qui il est. Un regard jusqu’au fond des yeux entre les deux amis, jusqu’au fond de l’âme, évoque une compréhension profonde mais de là à savoir l’exprimer dans des mots habituels ou attendus… C’est le taon qui fait la première tentative :
– I’m a good friend… of the family…
– He’s just like a son. ‘Cause he’s just as smart as me, you know. » (p. 183)
- Roman historique fictif, ancré dans des événements réels, qui met en lumière les défis et enjeux auxquels la communauté franco-ontarienne de la Huronie est confrontée en matière de préservation de sa culture et de son identité; plusieurs retours en arrière sous forme de souvenirs; thèmes (p. ex., francophonie, identité, culture franco-ontarienne, relations intergénérationnelles) qui incitent le lectorat à s’interroger sur sa propre appartenance culturelle.
- Mise en page aérée; texte réparti en 24 chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., italiques, points de suspension, guillemets, majuscules, abréviations, symboles indiquant un laps de temps ou un changement de scène) facilitant l’interprétation du texte; remerciements au début; courtes notes biographiques sur l’auteure à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., éperdument, réverbère, gargantuesque, zieute) compréhensibles grâce au contexte; mots du registre familier (p. ex., ben, pus, pissou, tata, icitte, pantoute, bazou) et nombreux mots anglais (p. ex., go, job, young man, You got to do what you got to do!) qui témoignent de l’oralité des personnages et de leur appartenance à un milieu influencé par la culture anglophone.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; prédominance de phrases déclaratives servant à exprimer des faits ou des opinions.
« Sarah accepte volontiers de m’accompagner dans ma quête vestimentaire. Nous passons une bonne heure à faire du lèche-vitrine virtuel. Les longues discussions sont inutiles puisque j’aime tout ce qu’elle me propose. Bizarre de se retrouver avec quelqu’un qui semble m’avoir connu depuis toujours après quelques semaines à peine. Si le karma existe, nos deux âmes ont dû être frère et sœur dans une existence antérieure. Avant de m’endormir, je ne peux m’empêcher de penser au Noël où Amy m’a acheté un gilet de laine que je me suis efforcé d’apprécier et l’effort a été encore plus musclé quand le temps est venu de le porter. Ce gilet n’est même pas sorti d’Ottawa. En préparant mes affaires, lors de mon départ, le gilet fatal s’est retrouvé dans la boîte de la Salvation Army. Quelqu’un d’autre est peut-être réellement content de le porter? Après tout, il était presque neuf. » (p. 207)
- Nombreux procédés stylistiques (p. ex., répétition, personnification, énumération, métaphore, comparaison, expression imagée, hyperbole) rendant imagées les pensées et les réactions du personnage principal.
« L’urgence, c’est dormir. Dormir, dormir, dormir. S’évader quelques heures. Dormir, dormir, demain, demain… » (p. 35)
« La Dame blanche s’est glissée pendant la nuit et s’étend de tout son long sur le sol étrangement réchauffé par cette couverture hivernale. » (p. 84)
« À huit ans, l’arrivée de la neige, c’est le début d’une autre vie : le toboggan, le patin, les glissades, les forts, les tunnels, les anges. » (p. 84)
« Il ne gageait pas toujours de gros montants, mais il aiguisait sa capacité de dépister les chevaux gagnants pour qu’au moment opportun, il soit prêt à cueillir la bourse. » (p. 154)
« Sans éclat, sans bruits, les larmes coulent sur mes joues comme une rivière qui doit parcourir son chemin. » (p. 188)
« Malgré que j’en aie plein le casque des farces plates des deux Get a Life Dudes, la dernière idée ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. » (p. 210)
« Les listes se succèdent dans l’espoir de ne pas en oublier une, parmi le million de tâches à accomplir. » (p. 249)
- Prédominance de séquences descriptives et narratives, permettant de saisir les pensées et réactions de Xavier, ainsi que l’évolution de ses relations avec les autres personnages; séquences dialoguées représentant les liens d’amitié entre les personnages; ajout d’une carte postale apportant une touche de réalisme à l’histoire.
« La porte s’ouvre et le visage qui apparaît fascine absolument Xavier. Une longue face de bois qui, malgré sa féminité, ressemble étrangement à celle de monsieur Spock. Elle semble préoccupée et pressée d’arriver, de commencer et d’en finir. La dame, d’une prestance militaire, salue le groupe d’une manière incroyablement sympathique. Sous cette fermeté, apparaît une chaleur humaine tout aussi inattendue qu’intense. Sa dureté est celle de maman ours qui tuerait pour protéger ses petits, mais qui est la mère la plus tendre du monde. » (p. 41)
« Je laisse Monique qui s’affaire à sa tâche pendant que je me lance vers le plein air comme un prisonnier qui sort du trou. God! De l’oxygène qui sent la fraîche. Je monte mon zip, mon collet puis j’enfouis mes deux mains dans le fond de mes poches pour en tâter le contenu et me garder au chaud. L’estimation s’élève à quatre, peut-être cinq dollars. Suffisamment pour une petite bouchée au Tim Hortons et un petit coucou à Sarah. » (p. 105)
« – Bonjour monsieur Morin. J’étais dans le coin et je me suis dit que nous pourrions poursuivre notre conversation concernant les batailles de la Patente par rapport à l’éducation. Si vous avez le temps, bien entendu…
– Rentre, rentre. J’ai toujours le temps. Arrives-tu de chez Guillaume? Mon frère dit que ta petite voiture est souvent là.
– Oui, oui justement. Je lui fais des petites commissions, des fois. » (p. 190)
« Ma belle Sarah. C’est une overgrown pelouse nowhere Saskatchewan, près de la frontière de l’Alberta. La richesse albertaine commence à se voir aux silos de grains/plantes de pétrole, si nombreux qu’on a l’impression qu’on les cultive de plus en plus. Des espèces de gros pénis qui violent la prairie. Question bête qui n’a aucun rapport, je le jure : veux-tu des enfants un jour? C’est l’espace et le gin qui me donnent le goût de peupler. Je pense que j’apprécie de plus en plus mon pays. Et tu me manques. xx Xman. » (p. 98)