Contenu
- Un personnage principal, Wilfrid, qui, à la suite d’une peine d’amour, laisse de côté la ferme et la vie qu’il avait préparée au Manitoba pour continuer vers l’ouest du pays, où il vivra des expériences qui transformeront sa vision du monde et de lui-même.
« Wilfrid se sentait trop indépendant pour mener cette vie étroite. Il rêvait d’ailleurs, d’espace, de liberté. Jusque-là, il s’était contenté de jobines d’un côté et de l’autre. Il était habile de ses mains et ne s’en tirait pas trop mal. » (p. 13)
« Wilfrid prépara un verre dans lequel il fit dissoudre une forte dose d’aspirine. Comme il se sentait impuissant! Il souleva la tête de la malade et, avec une patience infinie, réussit à lui faire avaler la mixture.
[…]
Wilfrid avait demandé la robe de mariée. Il s’occupa du corps autrefois si beau, rongé d’escarres et de pustules. ²Pourquoi je l’ai pas mariée?² L’étui dans sa poche lui répondit. Il défit les cheveux, les brossa. Voilà, elle était prête. Il coupa une grande mèche de ses cheveux à lui et la plaça dans la main de la jeune fille. Il déposa les fleurs de manière à cacher les boutons à la racine des cheveux. Puis il l’embrassa sur la bouche. Il se sentit défait, brisé, et il pleura. Il s’en donna le droit. En cet instant, il regrettait. ²Je sais peut-être pas saisir le bonheur.² » (p. 173)
- Plusieurs personnages secondaires qui croisent la route de Wilfrid au fil de son voyage, dont les Major, Fleur-de-Mai et les Skorbek.
« – Moi je vais coucher chez deux vieillards charmants qui louent des chambres à des jeunes immigrants ou travailleurs, qui peuvent fournir des références. Car ils sont stricts sur la morale les Major. » (p. 25)
« Fleur-de-Mai, tu es ma seule amie. Fleur-de-Mai, sanglota-t-elle, tu personnifies la beauté de l’Indienne. » (p. 170)
« Dès que les yeux de Monsieur Skorbek croisent ceux de Wilfrid, le courant passe. Ils se serrent la main avec cordialité, puis d’un geste imprévu Wilfrid effleure la main de Madame Skorbek de ses lèvres. Il ne peut en faire autant avec Justyna. Elle lui semble démesurément grande : cinq pieds dix ou plus. Il la salue d’un geste de tête aimable. » (p. 187)
- Roman d’aventure relatant l’histoire de Wilfrid, un jeune homme qui, dans une recherche incessante du bonheur, abandonne la vie qu’il s’était construite au Manitoba pour traverser l’Ouest canadien, où il découvre que l’on ne peut fuir ni la mémoire ni son destin; thèmes (voyage, quête de soi, origine, déracinement, destin) incitant le lectorat à réfléchir à sa propre identité, à l’importance des racines et aux choix qui façonnent la vie.
- Mise en page simple; œuvre répartie en 10 chapitres titrés et numérotés, chacun introduit par une citation d’écrivain; éléments graphiques (p. ex., points de suspension, notes de bas de page, italiques, guillemets) facilitant l’interprétation de l’œuvre; carte géographique traçant une partie du trajet de Wilfrid; remerciements et dédicace au début; épilogue, mention d’une œuvre de l’auteure, table des matières et liste d’œuvres de la collection Romans à la fin; courtes notes biographiques à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., boqueteau, mollassonne, viatique, effluves, l’embarcadère) et mots anglais (he speaks French, this dog is wounded, look at his paws) compréhensibles à l’aide du contexte et des notes de bas de page; mots du registre familier (p. ex., pis, ben, t’es beau, pantoute) reflétant l’oralité des personnages.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, impérative, exclamative, interrogative, négative); emploi de l’imparfait de l’indicatif et du passé simple dans les séquences narratives.
« Wilfrid put rejoindre l’homme qui passait le rouleau pour durcir la surface enneigée de la route parce que celui-ci avait été immobilisé par un problème de bacul. Autrement il ne l’aurait jamais rattrapé.
Quand l’individu aperçut le trio, il s’exclama :
– Dis donc le jeune, ça n’a pas l’air d’aller fort! Elle pèse cette neige! Pourquoi erres-tu comme ça? T’es-tu perdu?
Un brin de suspicion se fit jour dans l’œil du préposé à l’entretien de la voie publique. » (p. 92)
- Figures de style variées (p. ex., comparaison, ironie, énumération, personnification, antithèse, métaphore, hyperbole) qui permettent de mieux pénétrer dans l’univers et l’époque du roman; présence d’un proverbe incitant le lectorat à la réflexion.
« À ce moment, une raseuse, tout de noir vêtue et sèche comme un tronc mort, susurra dans le dos de Catherine… » (p. 12)
« Eh oui! les riches aussi étaient victimes de catastrophes, dont même leurs millions ne les protégeaient pas. » (p. 21)
« Le soir du Jour de l’an, réunis autour de la table couverte de damas immaculé, devant les pâtés, les tartes et le gâteau aux fruits, Wilfrid et ses hôtes étaient trois naufragés partageant une île… » (p. 43)
« La maison craqua, triste de tant de malheurs. La poudrerie enveloppa les bâtiments, souleva avec rage des nuées vertigineuses qui se mirent à courir dans la prairie. » (p. 81)
« C’est la première fois que Wilfrid traverse l’épreuve du 2 janvier l’esprit tellement occupé par le présent qu’il en oublie de pleurer le passé. » (p. 157)
« La noirceur était tombée. Sous un ciel nuageux, elle était opaque et étouffante. Wilfrid manquait d’air. » (p. 224)
« Paul se rappela le vieux proverbe : ²Faire contre mauvaise fortune bon cœur.² » (p. 120)
- Séquences narratives et descriptives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui fournissent des informations sur une époque particulière, permettent de s’immiscer dans l’esprit des personnages et relatent les événements qui jalonnent le parcours de Wilfrid; ajout de procédés littéraires (p. ex., télégramme, lettre, légende, carte postale) qui enrichissent le récit et renforcent le réalisme de l’histoire.
« Le mois de mai avait tranquillement lavé la grande rivière de ses glaces et la neige agonisait dans la forêt. Wilfrid boitait encore, il faisait faire de l’exercice à Miro tous les jours. On avait dû cautériser sa blessure à la cuisse, mais c’était surtout d’épuisement et de malnutrition qu’il avait souffert. Il avait aussi contracté une vilaine gourme dont il ne se remettrait probablement jamais totalement. Quand le temps le lui permettait, Fleur-de-Mai venait promener l’animal avec Wilfrid. Le jeune homme ne voulait pas être à la charge de la communauté indienne qui, malgré les efforts pour le cacher, vivait chichement, à l’écart, coincée entre les traditions indiennes et la vie plus moderne des Blancs.
[…]
Un soir qu’il était assis près du feu avec Panache-Doré qui fumait tranquillement sa pipe, le jeune homme s’ouvrit de ses projets :
– Ton peuple est bon de m’accueillir. Je suis bien ici. Avec ta permission, je voudrais planter de nouveaux légumes qui apporteraient un supplément de nourriture pendant la saison des grandes neiges. […] Qu’est-ce que tu en penses?
– L’Indien gagne jamais à échanger avec les Blancs.
– Tu as raison. Mais j’y ferais pousser des patates, des navets, des carottes, des oignons. Avec l’aide de quelques hommes, on bâtit un caveau pis on y range la récolte. Elle ne gèle pas et ne se gâte pas. Tes enfants seront contents d’avoir tout ça en réserve les jours où le vent se met en colère. » (p. 116-117)
« Son télégramme fut rédigé ainsi :
Chère Catherine stop Travaille fort pour nous stop T’ai écrit cinq fois stop T’aime stop Wilfrid stop. » (p. 39)
« Quand tout fut prêt, il s’assit face au beau poêle de faïence qui avait fait sa joie quelques mois auparavant et se mit en devoir d’écrire une lettre aux Major qui devaient déjà s’inquiéter de lui.
Le 22 mars 1915
Chère Madame Major;
Cher Monsieur Major;
Je veux d’abord vous dire combien je vous aime et apprécie toute l’aide que vous m’avez apportée pour réaliser mon rêve… » (p. 84)
« – Papa, raconte-nous la légende du ²Cheval blanc des Plaines².
[…]
Panache-Doré se racla la gorge :
– Il y a bien longtemps, une bande assiniboine campait sur les berges de la rivière du même nom. Le chef avait une fille très jolie, que deux jeunes chefs, l’un cri et l’autre sioux, se disputaient… » (p. 151)
« Novembre 1925
Bonjour à tous,
Voilà la place où j’habite. C’est assez solitaire.
Ma santé est bonne. J’espère que tout va bien par chez vous.
Vous saluerez toute la famille.
Je pense à vous,
Shorty » (p. 227)
Référent(s) culturel(s)
- Références à certains aspects de la francophonie de l’Ouest canadien (p. ex., Saint-Boniface, Louis Riel).
- Référence aux langues, rites, us et coutumes des peuples des Premières Nations (p. ex., habitation, nourriture, chasse, agriculture, mode de transport, rite funéraire).
Pistes d'exploitation
- Proposer aux élèves, réunis en équipes, de cartographier le parcours de Wilfrid au fil de ses nombreuses aventures, en retraçant les lieux qu’il traverse depuis le Manitoba jusqu’à la Colombie-Britannique. Leur demander de comparer les noms des villes, villages ou territoires mentionnés dans le roman avec ceux utilisés aujourd’hui, en s’appuyant, entre autres, sur les repères fournis à la page 86. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
- Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, d’étudier les mœurs et coutumes des Cris telles qu’elles sont décrites dans le roman, puis de les comparer avec la réalité contemporaine des communautés autochtones de l’Ouest canadien. Les inviter à présenter leurs trouvailles au groupe-classe sous la forme de leur choix (p. ex., collage, diaporama). Encourager les élèves à poser des questions à la suite de chaque présentation.
- Inviter les élèves à établir une correspondance entre Catherine et Wilfrid, dans laquelle chacun écrirait à l’autre pour raconter les événements vécus et exprimer les émotions ressenties tout au long du roman. Jumeler les élèves, puis leur demander de lire leur texte à leur partenaire.
Conseils d'utilisation
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans l’œuvre (p. ex., mort, prostitution, abus d’alcool, maladies) en les replaçant dans leur contexte sociohistorique.
- Prévenir les élèves de l’emploi de termes désuets, maladroits voire péjoratifs pour désigner les membres des Premières Nations (p.ex., Indiens, Squaws). Placer ces termes dans leur contexte historique.
- Aborder les répercussions d’une peine d’amour sur un être humain en se servant de la réaction de Wilfrid comme modèle.
- Avertir les élèves que le roman présente une vision stéréotypée des Autochtones et de leurs relations avec les Blancs, plus ou moins fidèle à celle de l’époque où se déroule l’action.
- Inciter les élèves à lire le roman Un soir la vieille maison a parlé, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire, afin de mieux comprendre l’univers romanesque de l’auteure et d’établir certains parallèles entre les personnages des deux romans.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Hors Québec, Le partage de la culture métisse; Les passionnés d’histoire, de la culture et du patrimoine de Saint-Boniface.