Anatomie de la fiche Anatomie interactive
Ajouter au bac de lecture

Un souffle venu de loin

En 1940, la guerre amenait en Amérique des enfants que leurs parents souhaitaient mettre à l’abri des conflits. C’est ainsi que Mirka, à sept ans, s’est retrouvée à Montréal, petite sœur de Marion Dumouchel. Elle y est restée après la guerre, sa mère ayant été tuée dans les camps de concentration.

Un souffle venu de loin raconte la difficile adaptation de Mirka à son nouveau milieu, sa longue et riche relation avec sa sœur par adoption, Marion, sa recherche pour comprendre d’où elle vient et renouer avec sa famille d’origine – des Tsiganes – tout en s’aménageant un espace de bonheur et de vie en Amérique.

L’auteure a réussi à nous raconter une histoire qui nous accroche du début à la fin.

(Tiré du site de l’éditeur.)

À propos du livre

Contenu

  • Deux personnages principaux, Mirka, enfant belge reçue au Canada en temps de guerre, et Marion, sa sœur par adoption.

« Robert et moi parlons rarement de Mirka, mais, sans le dire, nous sommes conscients du vide qu’elle a laissé. Si, prise par mes activités, il m’arrive de ne pas penser à elle, ce n’est jamais pour très longtemps. Un rien évoque le passé : le ronron d’un avion, un air de violon, un couple à moto. Les récits de guerre, c’est-à-dire, pour ceux de ma génération, celle de 39-45, la Seconde. C’est à cause de cette guerre que, par un jour d’été de l’année 1940, ma courte vie a connu un tournant irréversible. Ce jour-là Mirka est venue vers nous, tête basse, le long d’un quai de gare, et a bousculé la tiède existence d’un triangle heureux : papa, maman et moi. » (p. 12-13)

« Lorsque je demandais si elle avait fait bon voyage (question absurde, mais je n’avais que ce cliché comme référence), si elle désirait m’accompagner chez le marchand de crème glacée, j’imitais mes parents qui débordaient du désir de faciliter l’arrivée de celle qu’ils considéraient comme une deuxième enfant.
[…]
J’étais terrifiée, car déjà j’étais accablée du désir de lui plaire, du désir de renverser le cours du temps et des épreuves qu’elle avait subies, de la rendre heureuse. À huit ans, j’assumais la responsabilité du bonheur de Mirka. » (p. 15)

  • Nombreux personnages secondaires, amis et membres de la famille des deux jeunes filles jouant un rôle dans leur vie à différentes époques.

« Robert est arrivé peu après, suivi de Sophie. Enfin Martin est apparu; il tenait la main de Liane qui a demandé si sa grand-mère dormait. Nous avons formé une couronne autour de Mirka : son compagnon Martin, sa fille Clara et la petite Liane, sa nièce Sophie, Robert et moi, Marion, la sœur que les aléas de son enfance lui avait donnée. On n’entendait que nos sanglots. » (p. 9-10)

« Après les funérailles de Lisette, j’ai donc décidé de renouer avec ma race en me rapprochant de ceux qui avaient accueilli maman dans son désarroi. J’ai exposé mon projet à Rosario, qui a tenté de m’en décourager. Il était difficile de passer brusquement d’un monde à l’autre. Lui, il avait fait le saut à quatorze ans, un âge malléable, et puis Eddy avait ouvert la voie. Pour ce qui était de maman, ses motivations étaient complexes… […] Il n’était pas sûr qu’elle se soit sentie vraiment chez elle parmi les Tsiganes. » (p. 177)

  • Roman se déroulant de 1940 à 2008, ayant comme trame de fond principale la Deuxième Guerre mondiale; intrigue captivante qui décrit de nombreuses relations humaines nouées, dénouées et renouées au fil du temps; nombreux retours en arrière évoquant des souvenirs d’enfance; thèmes (p. ex., Deuxième Guerre mondiale, réfugiés, adaptation, origines) aptes à capter l’intérêt du lectorat visé.
  • Mise en page aérée; œuvre répartie en dix chapitres numérotés selon des dates précises (p. ex., 1990-1991) permettant au lectorat de se situer dans le temps; éléments graphiques (p. ex., guillemets, symboles indiquant un laps de temps, italiques, acronymes, points de suspension, notes de bas de page, parenthèses) facilitant l’interprétation du texte; liste des autres œuvres de l’auteure, dédicace et citation au début; table des matières à la fin.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., wallonne, tressaillir, rébarbative, rétive, trêve) et mots anglais (p. ex., see-saw, chesterfield, gypsies, waitress) compréhensibles à l’aide du contexte et des explications fournies; mots du registre familier (p. ex., papy, pis, coupailler, d’où ce que tu d’sors) contribuant à la vraisemblance des personnages.
  • Phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, interrogative, impersonnelle, négative).

« J’étais atterrée. Le séjour de Mirka n’était qu’une entente temporaire? Elle nous avait été prêtée, il fallait la rendre? Les paroles de papa tourbillonnaient dans ma tête. Quant à Mirka, elle semblait assommée. Immobile, muette, elle laissait parler papa sans réagir. Elle a haussé les épaules.
« Ça signifie… que je devrai vous quitter?
– Notre porte te sera toujours ouverte… mais, dans un premier temps, il faut communiquer avec ta famille.
– Il le faut vraiment?
– Oui, Mirka, il le faut. » » (p. 50)

  • Quelques figures de style (p. ex., énumération, métaphore, comparaison) qui enrichissent le texte.

« La fraîcheur des espaces verts, le reflet diapré des champs de blé et de maïs, le chant de la cigale, la teinte dorée de la poussière, le frémissement des peupliers, le spectacle de la claire rivière entre deux villages, adoucissaient les journées les plus chaudes. Tout m’amusait : la cueillette des petites cerises à la saveur amère, une promenade dans une charrette à foin, la dégustation du blé d’Inde frotté de beurre frais… » (p. 31-32)

« Au fond mes piques n’étaient que cela, des piqûres dans le tissu trop lisse du quotidien. » (p. 59)

« J’étais terrifiée. Est-ce qu’il allait m’abandonner en plein désert? Je m’imaginais plantée comme un poteau à côté d’un cactus. » (p. 73)

  • Séquences narratives et descriptives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui fournissent des informations sur une époque particulière et permettent de s’immiscer dans l’esprit des personnages.

« Mais devant un silence soudain, un visage soucieux, Clara a souvent senti des réticences. La vérité est tronquée, comme un film dont la censure aurait extrait tellement de scènes qu’on aurait perdu le fil de l’intrigue. Certains éléments lui échappent : le « deuxième retour de Mirka » (combien y en a-t-il eu?), une vague famille en Belgique (Clara a compris que Daniel était le frère de sa mère, mais qu’étaient devenus ses parents?). Jusqu’ici Mirka est restée évasive. « Ce doit être lors des funérailles de Lisette, c’était la seule… Ma mère est morte en camp de concentration. Tu sais, la guerre… »

Un matin, Clara lui pose la question carrément :
« Maman, comment se fait-il que tu aies quitté la Belgique pour venir seule au Canada?
– Pas tout à fait seule. Plusieurs enfants ont été évacués d’Angleterre au début du conflit pour les protéger des bombardements.
– Mais, t’étais pas anglaise!
– J’étais en Angleterre avec ma tante…
– J’y comprends rien. Qu’est-ce que tu faisais là ? Pourquoi?
– Pourquoi? Pourquoi… Parce que mon présumé père voulait se débarrasser de moi. Il a sauté sur le premier prétexte venu. Soi-disant pour me mettre à l’abri. » (p. 113-114)

Référent(s) culturel(s)

  • Mention de la Belgique et de la France.
  • Référence à quelques œuvres françaises (p. ex., L’amour est enfant de Bohème, Bécassine).

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, d’effectuer une recherche sur le génocide des Tsiganes européens entre 1939 et 1945, puis de créer une fiche descriptive. Animer une mise en commun afin de leur permettre de faire part de leurs trouvailles au groupe-classe.
  • Demander aux élèves, réunis en équipes, de comparer l’arrivée des enfants européens au Canada durant la Deuxième Guerre mondiale à celle des enfants réfugiés au 21e siècle, puis de noter les ressemblances et les différences à l’aide d’un outil organisationnel. Jumeler les équipes, puis leur demander de comparer leur travail.
  • Animer une discussion sur la structure de ce roman en prenant en considération les différents points de vue de narration et les différents procédés narratifs qui contribuent au développement de la trame du récit (p. ex., les retours en arrière, les allusions au passé, les écarts entre la durée narrative et la durée réelle, les reprises d’un même sujet du début à la fin du roman).

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats (p. ex., consommation d’alcool, tentative de suicide, holocauste, nazisme, deuil) dont on traite dans le roman.
  • Avant la lecture, préparer les élèves au thème de la guerre afin d’éviter de susciter des réactions chez certains élèves (p. ex., nouveaux arrivants, réfugiés).
  • Encourager les élèves à lire un autre roman de la même auteure, soit Les enfants de l’été, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 6e, 11e et 12e année, Série : Histoire de l’Holocauste, divers épisodes.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 6e, 11e et 12e année, Série : Enseigner l’Holocauste à l’aide de témoignages vidéo, Marcel Paul Tenenbaum.