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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Un jour, ils entendront mes silences

J’ai été morte. Les médecins m’ont ramenée à la vie mais, pour Raymond Larose, mon père, je n’ai toujours été qu’une morte vivante. L’essentiel lui échappe : il refuse de voir qu’il en va de la beauté comme des bavoirs, que tout ce qui vole n’a pas deux ailes, et que le réel s’apprête comme la dinde.

Corinne est une fillette lourdement handicapée. Elle ne peut ni bouger – ou si peu – ni parler. À travers ses yeux, néanmoins très lucides, nous sommes témoins de ses petites victoires, mais aussi des exigences, des soucis et des déchirures que son état finit par entraîner dans sa famille. Son désir le plus cher : vivre malgré les différences…

Un regard neuf et émouvant sur les peines, les limitations, mais aussi les joies d’une enfant pas comme les autres, qui ébranle nos conceptions de la normalité.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narratrice, Corinne, une fillette lourdement handicapée, mais lucide d’esprit, prisonnière d’un corps inanimé.

« Quand personne n’écoute, elle me parle d’égale à égale. Elle n’attend cependant pas de réponse, puisque le pronostic de la docteure exclut la parole et que, la docteure, Magalie croit tout ce qu’elle dit.
Je rêve de lui rappeler qu’il existe un langage au-delà des mots. » (p. 28)

« Je rage et tempête contre Magalie et Kathleen, mais contre moi surtout, contre mon incapacité à jouir pleinement du temps passé hors de mes prisons de plastique, de mousse et de métal, comme la joyeuse promenade en traîneau dans la neige fraîchement tombée, ce matin. Mes libérations conditionnelles et provisoires rendent encore plus détestable mon retour à l’incarcération thérapeutique. » (p. 69)

« Le même scénario se répète nuit après nuit. Benoît parvient encore à dormir. Faute de pouvoir l’imiter, je tâche au moins de ne pas attirer l’attention. Ce soir, épuisée, je me suis vite assoupie, mais une douleur aiguë m’a brusquement ramenée des songes où je gambadais avec tant de plaisir. Encore une fois, je suis condamnée à contempler le plafond. Pis encore, je cherche ma respiration. » (p. 83-84)

  • Quelques personnages secondaires entourant Corinne, dont Benoît, son frère, qui lui fait découvrir le monde extérieur en partageant ses expériences et ses découvertes, Magalie, sa mère dévouée, qui veille sur elle avec tendresse et devient sa principale confidente, Colette, sa grand-mère, dont la douceur contribue à son bien-être, Safiya, sa petite sœur, encore trop jeune pour comprendre pleinement ses difficultés, et Raymond, son père, qui peine à accepter la condition de sa fille.

« Sans Benoît, je n’ai ni jambes ni mains. Car où courait mon frère, je courais aussi grâce aux histoires qu’il rapportait plus tard à la maison; et les objets qu’il brandissait devant mes yeux, j’en appréhendais le poids et la texture. Sans Benoît, le monde a rétréci, ramené à ce que je peux en voir et flairer. » (p. 40-41)

« Puisque je n’ai jamais babillé, Magalie ne craint pas ce qui pourrait sortir de ma bouche. Elle a omis le domptage, tout comme la censure. De fait, elle a pris l’habitude de se confesser à moi de ce qu’elle n’ose avouer à personne d’autre : que le ragoût de boulettes de grand-mère Colette la dégoûte; qu’elle reste pleine de rancœur envers Sarah, même si elle sacrifierait volontiers un de ses propres reins pour lui sauver la vie; et, encore, qu’elle lutte régulièrement contre le désir de découper au hachoir les innocents (parmi eux des membres de la famille) qui disent, supposément pour la réconforter, que la science découvrira un jour un moyen de me réparer. » (p. 44)

« Colette referme le livre. L’histoire est finie : le Petit Prince est reparti, car il avait sa rose à protéger. Elle en a de la chance, cette rose, de pouvoir compter sur un protecteur aussi dévoué, me dis-je en regardant Colette se préparer à partir.
Moi, je bénéficie de sa protection à elle. Seulement, je voudrais la convaincre de passer la nuit.
– Je te vois demain, mon oiseau. D’ici là, je serai avec toi en pensée. » (p. 107)

« Au petit matin, je suis brusquement éveillée par l’intrusion de Safiya. Elle est parvenue, je ne sais comment à grimper dans mon lit. […] Et puis, mue par je ne sais quelle envie, elle tente d’approcher mon visage avec sa maladresse enfantine : une de ses menottes s’enfonce dans mon ventre et provoque une douleur intense. Je peux difficilement respirer. » (p. 141)

« Je connais par cœur les silences de Raymond, ses regards, ses hésitations. Je connais les humeurs de ses mains, tantôt compassionnées, tantôt révoltées. Surtout, je connais la courbure de ses épaules ployant imperceptiblement sous le poids des soucis et désappointements quand il sort de ma chambre ou quand, après un esclandre conjugal, il fuit à l’étable ou aux champs. Sa voix, elle, j’ai l’impression de ne pas vraiment la connaître.
– Des fois, j’imagine ce qu’aurait été notre vie si t’étais morte à l’hôpital. T’étais bleue quand t’es sortie de l’utérus de Magalie. T’étais morte. » (p. 194)

  • Roman poignant qui offre un regard émouvant sur les souffrances, les contraintes et les bonheurs d’une enfant exceptionnelle, remettant en question les conceptions du lectorat sur la normalité; respect de l’ordre chronologique, avec de nombreux retours en arrière sous forme de souvenirs, permettant de comprendre les pensées du personnage principal; thèmes (p. ex., handicap, racisme, droit à la vie, suicide) aptes à susciter des discussions avec les élèves.
  • Mise en page aérée; texte réparti en 13 chapitres titrés et numérotés; éléments graphiques (p. ex., guillemets, italiques, points de suspension, parenthèses, majuscules, lettrines pour marquer le début des chapitres) facilitant l’interprétation du roman; mention d’une œuvre de la même auteure, dédicaces, citation de Richard Bach et prologue au début; remerciements, table des matières et liste d’œuvres de la collection Voix narratives à la fin; courtes notes biographiques sur l’auteure à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue soutenu dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex, anodin, masticatoires, bisaïeule, polyphonie) généralement compréhensibles à l’aide du contexte; mots du registre familier (p. ex., con, j’veux, j’me, m’envoyer chier, bobo) et expressions anglaises (p. ex., too long, it’s been too long, I know that, First things first) rendant les dialogues plus réalistes.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, exclamative, interrogative, impérative, négative).

« J’observe du coin d’un œil ces embrassades qui s’étirent. Mon tour viendra. Collette ne m’oubliera pas. Enfin, je crois qu’elle ne m’oubliera pas. À moins que, vu mon rôle déflagrateur, elle ne me tienne rancune. Quand grand-père a explosé, les shrapnells ont volé dans toutes les directions. Personne n’a été épargné; mais elle, elle était en première ligne. » (p. 88)

« Enfin, te voilà! lance Colette d’une voix taquine.
– Bonjour, grand-maman.
– Viens ici que je t’embrasse. Eh bien, quoi? Ne fais pas le poireau, déguédine! » (p. 90)

  • Nombreuses figures de style (p. ex., expression imagée, répétition, oxymore, comparaison, métaphore, personnification, anaphore, hyperbole, antithèse, gradation) qui permettent d’apprécier le style imagé de l’auteure.

« Je n’ai pas fait la grasse matinée en sept ans, tu te rends compte? » (p. 28)

« Pourquoi, pourquoi, pourquoi, ô pourquoi Magalie boit-elle comme parole de messie les avis de Kathleen? » (p. 69)

« Magalie me fixe sans me voir; il y a de la statique dans ses yeux, comme sur le téléviseur pendant une tempête, quand la câblodistribution nous lâche et qu’une neige grise poudre l’écran. » (p. 85)

« Dans mon estomac, mon déjeuner fait des culbutes et des cabrioles. » (p. 119)

« – C’est ce que tu dis, c’est ce que les médecins ont dit. Mais je me sens quand même coupable de pouvoir marcher et courir alors qu’elle, elle ne peut pas. Je me sens coupable de mastiquer et d’avaler avec facilité les soirs où chaque bouchée est pour elle un combat. Je me sens coupable quand j’admire dans la glace mon corps de femme en santé, qui ne porte pas la moindre cicatrice, et j’ai l’impression de la trahir quand je me préfère à elle. » (p. 135-136)

« J’avais la sensation d’être transpercée par un million d’aiguilles. » (p. 160)

« Au loin, j’entends une musique d’accordéon tristement gaie, qui tourne et trotte sous les guirlandes de lumières. ²Approchez!² crie un clown pathétique. » (p. 187)

« J’ai vu venir la fin; j’ai senti très tôt l’attraction du large. Chaque vie, chaque rivière a son cours et son embouchure. Les piscines se déversent dans les égouts puis les rivières et les fleuves pour aboutir à l’océan. Je nagerai bientôt librement avec les baleines. J’accueille la dissolution du temps et de la douleur. » (p. 200)

  • Prédominance de séquences descriptives et narratives, entrecoupées de séquences dialoguées qui mettent en lumière les défis et les moments de résilience liés à la vie avec une enfant handicapée, tout en offrant un aperçu des pensées des personnages et des relations qui les unissent; insertion d’une berceuse, d’une ritournelle et d’une chanson contribuant à la vraisemblance de l’histoire.

« Mon altitude augmente de seconde en seconde. Voilà que l’aura dorée du soleil baigne tout le paysage. Le temps ralentit, jusqu’à s’arrêter presque. Dans ses interstices, je recouvre la mémoire de l’éternel présent. Même si trop étriquée pour l’intérioriser tant que cette voix me garde amarrée au corps là-bas, dans les hautes herbes, j’en discerne assez.
Je suis liée.
J’ai accepté le pacte. Il me faut donc achever ce qui a été commencé.
Une fois, déjà, j’ai voulu m’en aller ou, plutôt, rentrer. Je croyais m’être égarée. Les suppliques de Magalie aux médecins me ramenèrent. » (p. 42)

« – J’ai apporté un tableau de communication, qu’on appelle dans notre jargon un tableau Bliss. C’est un des outils qu’on utilise en orthophonie avec les enfants non verbaux et ceux qui ont des difficultés d’élocution graves. Éventuellement, on pourrait même envisager un synthétiseur vocal, qui ouvrirait à Corinne l’accès au vaste monde de la parole.
Les mains de l’orthophoniste dessinent, dans l’espace entre nos corps, un grand arc symbolisant cette vastitude. Me voilà prête à tout pour qu’elle m’en ouvre l’accès. Un sourire intrépide illumine son visage.
– Rien ne me ferait plus plaisir que d’entendre Corinne parler, dit Colette.
Sous ses paroles, je sens une réserve : dans sa sagesse d’aînée, elle ne salive pas avant que les fruits n’aient été cueillis, tranchés et posés sur son assiette.
– Mais ne brûlons pas d’étape. Pour commencer, le tableau Bliss lui permettra au moins d’exprimer ses besoins et d’avoir des conversations simples. J’ai vu des enfants changer du tout au tout grâce au Bliss. Ils sont, pour ainsi dire, sortis de leur coquille. » (p. 108)

« Raymond jubile de la venue de cette petite fille. Je l’ai entendu répéter ses berceuses tandis qu’il assemblait la couchette :
Ma petite est comme l’eau, elle est comme l’eau vive. Elle court comme un ruisseau… » (p. 76-77)

« Sans que je me l’explique, une ritournelle se faufile dans ma tête :
Qui a peur du grand méchant loup?
C’est pas nous, c’est pas nous!
Qui a peur du grand méchant loup?
La, la, la, la, la… » (p. 84-85)

« Magalie m’entraîne à sa suite hors de la cuisine. Plutôt que de se placer derrière moi comme de coutume, elle tire à reculons mon fauteuil par les appuie-bras, son visage à quelques centimètres du mien. Elle chante :

I thought that I heard you laughing. I thought that I heard you sing… » (p. 129)

Référent(s) culturel(s)

  • Quelques allusions à des référents culturels de la francophonie (p. ex., émission pour enfants Félix et Ciboulette, Piaf, Adamo, Le Petit Prince).
  • Mention de la ville de Montréal au Québec.

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, d’effectuer une recherche sur une personne ayant surmonté un handicap (p. ex., Helen Keller, Stephen Hawking, Frida Kahlo) et ayant apporté une contribution significative à la société. Les inviter à préparer un exposé oral mettant en lumière le parcours et les réalisations de cet individu, puis à partager leurs découvertes avec le groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de mener une recherche sur la paralysie cérébrale, notamment en ce qui a trait aux traitements possibles et aux méthodes utilisées pour faciliter la communication (p. ex., thérapie de la parole et du langage, langue des signes, applications mobiles et tablettes). Leur demander de préparer un dépliant informatif qui sera exposé au centre de ressources de l’école.
  • Demander aux élèves, réunis en équipes, de mener une recherche portant sur le cas, mentionné dans l’œuvre, de Robert et de Tracy Latimer, et d’explorer le débat juridique canadien autour de l’euthanasie. Ensuite, animer une discussion afin de leur permettre d’exprimer leur point de vue sur cet enjeu.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans l’œuvre, notamment le handicap physique, la mort, le suicide et les préjugés.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e année, Série : Une école pour tous, SVP, Quand le handicap n’est pas physique.