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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Un fin passage

« Vivre, mais qu’est-ce que vivre? »

Si le personnage d’Un fin passage qui pose cette question se trouve déjà de l’autre côté des choses, il n’en connaît pas pour autant la réponse. Quant à nous, en suivant le parcours des autres personnages de ce roman, nous ne pouvons que nous poser de façon plus aiguë encore.

Il y a cette jeune fille, Claudia, qui accepte de poster une lettre que lui a remise un inconnu croisé dans un aéroport. Il y a cette femme qui ne fume qu’en public et qui aime un homme qui jette ses vieux mouchoirs le jeudi. Il y a cet homme, qui dit aimer une femme de Baltimore mais qui court le monde sans trouver où s’arrêter. Il y a Hans, dont la thérapie psychanalytique avance beaucoup moins vite que les casse-tête auxquels il s’adonne avec passion. Il y a Terry et Carmen, ce jeune couple de Moncton – elle est enceinte – parti à la découverte du delta du Rhône. Il y a enfin ce rabbin – où est-ce un pope? – qui prône la joie sans repère.

Dans ce livre à la fois dense et léger, France Daigle arrive à peindre le mystère des êtres sans trahir leur secret. C’est avec sensibilité et douce ironie qu’elle trace cette histoire où le lecteur reconnaîtra les figures subtiles du hasard, du désir et du destin.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Plusieurs personnages principaux, passagers d’un avion, qui voient leurs destinées s’entrecroiser au fil du roman, parmi lesquels Terry et Carmen, un jeune couple attachant de Moncton, qui vivent leur première grossesse lors de leur voyage amoureux en France, Claudia, une adolescente américaine, qui voyage vers Israël pour rendre visite à ses parents et accepte de poster la lettre d’un inconnu, Hans, un San Franciscain obsédé par les casse-têtes, qui suit une thérapie inutile et cherche à se débarrasser de ses attaches matérielles, aspirant à disparaître complètement, ainsi que l’homme qui n’avait pas l’air de lire, un ex-peintre indécis sur son avenir, qui décide de suivre un jeune couple en voyage avant de choisir de rejoindre sa femme aux États-Unis.

« Terry et Carmen font la queue pour passer au contrôle de douane. La file dans laquelle ils se trouvent avance à peu près au même rythme que les autres.
[…]
Le préposé tolère mal cette entorse au règlement.
– Un à la fois.
Il donne un bref coup de tête vers la ligne d’attente. Terry comprend que l’un d’eux doit reculer jusque derrière le trait de couleur dessiné par terre. Cela ne lui paraît guère possible, et il tente de l’expliquer à l’homme en face de lui.
– A l’est enceinte. » (p. 29-30)

« Claudia dispose aujourd’hui de tout le temps qu’elle veut pour errer sur le territoire. Pendant les premiers jours de son séjour, elle a surtout été occupée à faire le point et à bavarder avec ses parents. Tous les trois paraissent maintenant rassasiés de cette activité qui consiste à s’assurer que tout va bien et que chacun peut continuer sa vie comme bon lui semble. Elle profitera donc de cette journée pour poster la lettre que lui a remise l’homme qui n’avait pas l’air de lire. » (p. 43)

« Hans avait tellement de doigté pour le casse-tête, cet après-midi-là, qu’il a failli oublier son rendez-vous.
– Vous êtes libéré, soulagé de quelque chose. Cela s’est détaché de vous, comme une croûte. Les choses peuvent maintenant venir vers vous, vous atteindre.
[…]
– Il ne servira plus à rien que vous veniez ici. Vous êtes libre. Vous ferez toujours les bons choix.
[…]
Le soir même, absorbé dans son casse-tête qui progresse à vue d’œil, Hans est persuadé qu’il a commencé à faire les bons choix le jour où il a décidé de vendre toutes ses affaires et de partir. » (p. 89-90)

« – Je suis peintre, ou ex-peintre. Je ne sais plus.
[…]
– Ça doit être plaisant de voyager de même. Avec toute ça qu’y’a à voir.
[…]
– Ben, voulez-vous venir avec nous autres? Si vous avez rien d’autre à faire…
L’homme les remercie de l’invitation en disant qu’il ne peut pas, mais à peine a-t-il terminé sa phrase que quelque chose le traverse.
– À vrai dire, oui, je veux bien. Cela me ferait plaisir. » (p. 91-92)

  • Nombreux personnages secondaires, dont un pope-rabbin, assis aux côtés de Claudia, qui aime partager les principes de sa religion, une femme qui ne fume qu’en public, qui confie à une amie qu’elle attend son amoureux, un peintre errant, une thérapeute étrange qui préfère monologuer plutôt que d’écouter ses patients, ainsi qu’un mort qui, par erreur, se retrouve dans l’aile des suicidés et porte des réflexions d’outre-tombe sur l’essence de la vie.

« Il se penche vers elle, se confie.
– Vous voyez, je suis juif.
Puis il s’incline davantage et chuchote :
– Je porte un secret.
Claudia acquiesce par politesse mais n’a pas le goût de poursuivre la conversation. Elle tourne discrètement la tête vers le hublot.
– Il s’appelle Yahvé.
Le pope-rabbin prononce ce nom de Dieu comme si ses poumons étaient en train de se dégonfler tout à fait. Croyant l’homme en train de tomber malade, Claudia retourne la tête.
Satisfait de son exhalation, Shimon poursuit :
– C’est notre Dieu. Vous croyez en Dieu?
Claudia hausse les épaules. Elle ne sait pas.
– Yahvé. Cela se prononce avec le souffle.
Le pope-rabbin exhale le nom de Yahvé une troisième fois.
– Parce que Dieu, c’est le souffle. Presque uniquement cela. » (p. 10-11)

« Dans le restaurant, les deux femmes ont fini de manger. Elles ont décentré un peu leurs assiettes, où traînent quelques restes.
– Tu ne sais vraiment pas où il est?
– Il m’a téléphoné deux fois. Pour prendre de mes nouvelles.
– Il appelait d’où?
– Je le lui ai demandé, mais il n’a pas voulu me le dire. Il a dit que c’était sans importance.
– Bon sens! Il est dans une sorte de magouille ou quoi?
La femme à la laitue répond en riant :
– Mais non, voyons! Il est comme ça, c’est tout.
Son amie lâche un soupir.
– Et quand est-il censé revenir?
– Je ne sais pas. » (p. 14)

« Hans essaya de ne pas se laisser agacer par le côté voyante de la psychothérapeute.
– Beaucoup de gens viennent en Californie parce qu’ils n’imaginent aucun autre endroit où aller. C’est à la fois un acte d’espoir et un acte de désespoir. Un aboutissement, ou un dernier rempart. C’est particulièrement américain. Vous n’êtes pas américain?
Sans attendre de réponse, la femme s’était tournée vers la grande fenêtre donnant sur la baie et les villes de la rive opposée.
[…]
La femme glissait ses questions ici et là dans son monologue, sans laisser beaucoup de place pour les réponses. Hans en conclut qu’il s’agissait d’une espèce d’exposé général de thèmes sur lesquels ils reviendraient plus en profondeur plus tard, au fur et à mesure. » (p. 39-40)

« Vivre. Mais qu’est-ce que vivre? Depuis cet accident – mais qu’est-ce qu’un accident? – , je n’ai plus les moyens de le comprendre. La mort met vraiment un terme à beaucoup de choses.
[…]
Je ne sais pas trop pourquoi j’évoque ce souvenir. Peut-être parce qu’ici, dans l’aile des suicidés exacts, plus rien ne remonte, plus rien ne s’efforce, plus rien ne veut. Tout vouloir s’abolit de lui-même. » (p. 55)

  • Roman à caractère philosophique dont l’intrigue repose sur l’histoire de plusieurs personnages qui, se rencontrant fortuitement, voient leurs destins se croiser, les amenant à réfléchir au sens de la vie; nombreuses ellipses et scènes courtes entrelacées accélérant le rythme de l’histoire et permettant au lectorat de raccorder les parcours des personnages; thèmes (p. ex., destin, famille, hasard, mort, sens de la vie) aptes à susciter la réflexion.
  • Mise en page aérée; œuvre répartie en sept chapitres titrés correspondant aux jours de la semaine, suivis de sous-titres; éléments graphiques (p. ex., italiques signalant les titres d’œuvres d’art et quelques mots étrangers, majuscules mettant en relief certains mots, tirets marquant les dialogues, points de suspension exprimant les hésitations, les idées inachevées et les réflexions des locuteurs qui se prolongent, trois astérisques indiquant le changement de personnages et de lieux) facilitant l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres de la même auteure au début du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans la narration; mots moins connus (p. ex., avachie, évanescent, interstices, lancinante, susceptibilité) compréhensibles grâce au contexte; mots du registre familier, voire populaire (p. ex., asteure, aouère, ben, crisse, yinque), anglicismes et mots anglais (p. ex., anyways, besselaire, cheap, smarte) et emploi fréquent du chiac dans les dialogues des personnages acadiens (p. ex., a l’est-ti, back icitte, boloxer, hale-toi), ajoutant du réalisme au texte.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases contribuant à la richesse de l’œuvre; nombreuses phrases courtes interrogatives, dans les dialogues, reflétant la quête de sens des personnages.

« La femme qui ne fume qu’en public se tire à grand-peine de son sommeil. Même si elle s’est couchée tôt la veille, elle se sent paresseuse. Elle se lève malgré tout et démarre le train-train matinal qui finit par donner jour au jour.
Dans le détail cependant, la femme est consciente de ne pas être tout à fait comme de coutume. Les choses – cuillère, capuchon d’un flacon de crème, clés d’appartement – lui glissent des mains, et, comme si cela n’était pas suffisant, vont se nicher dans les recoins difficiles d’accès, nécessitant force et contorsions pour se laisser récupérer. » (p. 51-52)

« – Pis? Comment c’que t’aimes tes petites culottes?
Terry et Carmen sont assis à une terrasse en train de prendre un café.
– Fiou! Je croyais pas que t’allais me parler aujourd’hui.
– À cause?
– Je sais pas. T’as presque pas parlé depuis à matin. J’aimerais ben saouère à quoi c’que tu penses? » (p. 72)

  • Procédés stylistiques (p. ex., personnification, énumération, comparaison, antithèse, hyperbole, métonymie, répétition, jeu de mots) qui enrichissent le texte.

« En disant cela, celle qui a parlé n’a pas levé les yeux de son assiette, occupée qu’elle est à essayer de soulever avec sa fourchette un morceau de laitue molle qui n’aspire qu’à rester avachie dans son fond de vinaigrette. » (p. 12)

« Pendant ce qui lui avait semblé d’interminables minutes, elle s’était efforcée de suivre ce visage parlant, mais en vain : le visage du pope-rabbin se défigurait, tournait au ralenti, ou subissait des coupures de montage, comme dans les vieux films dont raffolent ses parents lorsqu’ils prennent congé de leurs idéaux humanitaires. » (p. 13)

« Mais au lieu de me rassurer, ces petits manquements aux règlements de la mort ne font qu’accentuer mon sentiment de solitude, mon incapacité à les rejoindre. Je n’ai jamais tellement cru au ciel et à l’enfer, mais si je devais me les imaginer pendant quelques instants, pour ce qui est de l’enfer, ce que je viens de décrire serait le plus ressemblant. » (p. 31-32)

« Terry fait l’effort de paraître tout à fait calme, mais au fond il brûle d’impatience. » (p. 56)

« D’avance, elle décide de refuser toute invitation de ses collègues à prendre un verre, comme cela arrive souvent le vendredi soir. » (p. 57)

« J’accepte. C’est tout.
– Tu acceptes…
– C’est ça. J’accepte.
– Mais, tu acceptes quoi?
– Tout.
– Tout.
– Oui. Tout.
L’amie trouve la femme en face d’elle évasive, ou simpliste.
– Tu acceptes… de l’oublier?
– Mais pas du tout! » (p. 86-87)

« – Vous êtes déjà allé à Vent-Couvert? » (p. 125)

  • Séquences narratives et descriptives entrecoupées de séquences dialoguées permettant de comprendre l’état d’esprit des personnages, leur cheminement individuel et l’aboutissement de leur questionnement.

« Terry et Carmen ont entassé leurs valises de la façon la plus pratique possible dans l’espace restreint de leur chambre. Ils ont aussi mis l’un contre l’autre les deux petits lits. En ce moment, Carmen fait sa toilette dans la salle de bains. Elle parle en même temps à Terry. Elle a toujours aimé lui parler de cette façon, lorsqu’il est dans la chambre et elle dans la salle de bains.
– T’as pas besoin de dire à tout le monde que je suis enceinte. Ça paraît pas même.
C’était comme si les cloisons permettaient des prises de position plus fermes.
– Ben, c’est justement ça! Comment c’qu’y vont saouère?
– Y’ont pas besoin de saouère. Ça change rien.
La réponse de Terry ne suit pas immédiatement.
– Moi je trouve que ça change de quoi.
Puis il ajoute, tout en essayant d’ouvrir la fenêtre :
– Je crois ben que c’est ma façon d’être enceinte avec toi.
Carmen trouve la réponse mignonne, n’a rien à redire, continue de se farder. » (p. 34)

Référent(s) culturel(s)

  • Nombreuses références géographiques à la France (p. ex., Arles, Avignon, Dijon, le Marais, Lyon, Montmartre, Paris, le Rhône).
  • Référence à Moncton, une ville acadienne.
  • Référence à Bruegel l’Ancien et à Jan Bruegel, dit Bruegel de Velours, peintres flamands nés à Bruxelles.
  • Référence à Gabriel Pierné, compositeur, chef d’orchestre et organiste français, ainsi qu’à Balzac, un écrivain français.
  • Mention du Petit Poucet, personnage éponyme du conte de Charles Perrault, écrivain français.
  • Énumération de plusieurs artistes-peintres acadiens et acadiennes (p. ex., George Blanchette, Paul Bourque, Francis Coutellier, Yvon Gallant, Dyane Léger, Raymond Martin, Nancy Morin).

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, regroupés en équipes, de rédiger un texte comportant plusieurs scènes juxtaposées dans lesquelles les personnages se rencontrent grâce au hasard et au destin. Animer une période d’échange afin de leur permettre de présenter leur texte au groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de mener une recherche sur un philosophe qui s’est questionné sur la vie et la mort, ainsi que sur la part du destin dans nos vies (p. ex., Socrates, Arthur Schopenhauer, Jean-Paul Sartre). Les inviter à réaliser une présentation multimédia afin de présenter le résultat de leur recherche au groupe-classe.
  • Demander aux élèves, regroupés en équipes, de suivre le parcours d’un personnage ou d’un couple du roman, en notant son cheminement et, si pertinent, ses interactions avec d’autres personnages de l’œuvre. Les inviter à inscrire leurs annotations sur un grand carton découpé en forme de casse-tête, puis de les présenter au groupe-classe.
  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, d’effectuer une recherche sur un artiste-peintre mentionné dans le roman, en notant les éléments qui lui sont propres (p. ex., biographie, style artistique) et en trouvant des exemples d’œuvres emblématiques de son travail. Les inviter à préparer une simulation de vernissage afin de présenter l’artiste et ses œuvres aux élèves des classes d’art.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de tracer l’évolution d’un personnage du roman, puis de réécrire les passages où il figure sous forme de scène de théâtre, en adaptant le style et le dialogue à ce nouveau format. Les inviter à juxtaposer les diverses scènes pour créer des tableaux vivants qui pourront être interprétés devant le groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets sensibles abordés dans le roman (p. ex., mort, suicide, relations interpersonnelles); prévoir un accompagnement pour les élèves qui pourraient en ressentir le besoin.
  • Encadrer l’utilisation du terme “fifi”, un mot péjoratif souvent employé pour désigner des homosexuels, en précisant son caractère dévalorisant et en encourageant une approche respectueuse du langage.
  • Faire remarquer aux élèves que le roman est construit comme un casse-tête.
  • Encourager la lecture préalable de l’œuvre Pas pire, où certains personnages apparaissent déjà et dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : On démystifie le français, On démystifie le français… d’un Acadien.