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Tout le monde vous aime, monsieur Salim

Monsieur Salim habite malgré lui dans une résidence pour personnes âgées de la banlieue parisienne. Il s'en évade en composant dans sa tête le Livre invisible qui raconte sa vie depuis son adoption au Maroc par un couple français. Un jour, il rencontre le jeune Hassan qui risque de basculer dans la délinquance...Peut-être que, comme Hassan et Julie, jeune étudiante en médecine, à votre tour direz-vous : « Tout le monde vous aime, monsieur Salim! »

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Roman psychologique opposant et réconciliant à la fois deux personnages de générations différentes dans une résidence pour personnes âgées : monsieur Salim, quatre-vingt-treize ans, compensant sa solitude par ses rêves de jeunesse, et Hassan, délinquant de vingt-trois ans, appelé à prendre soin de monsieur Salim pour payer sa dette à la société.

    « Heureux sommes-nous de posséder de beaux souvenirs; arrivés à un certain âge, on n’a plus le temps de s’en forger de nouveaux. On puise dans la réserve infinie, triant l’agréable de l’amer, le pur du trouble. » (p. 38)

    « – Nous ne sommes que des humains. Qui peut juger? […] Nous chutons tous un jour, dit Salim d’une voix posée. […]
    – Jamais je ne serais entré dans cette maison. Résidence des joyeux marronniers! […] Il manque un peu de lumière. Non, au départ, ce n’est pas mon genre. » (p. 49)

    « – Moi, je suis fils unique et vous voyez, j’ai mal tourné. […]
    – …On fait le malin, on joue les durs, fréquente les mauvaises personnes, devient allergique aux études, on se croit le maître du monde, on a la vie devant soi, la santé, on ne se rend même pas compte. » (p. 51)

    « Pourquoi me battre, si lui, qui a l’expérience de la vie, qui a souffert, baisse les bras? Grand-père, quand tu ne souris plus, quand tu abandonnes, c’est moi qui flanche. » (p. 109)
     

  • Portrait typique d’un milieu pour personnes âgées, dégageant l’atmosphère dans laquelle baignent les personnages.

    « – Attendez que je replace votre bavette. Allez, ouvrez la bouche. Non, plus grande, s’il vous plaît.
    – Je fais ce que je peux, je n’ai pas faim. Ce n’est pas bon. » (p. 16)

    « Ce que je veux, c’est vivre maintenant, avoir des forces, être libre, solide, en bonne santé! […] Cette vie de régiment, de pensionnat, me dégoûte. » (p. 33)

    « Les journées, les nuits, les matinées se ressemblent; toujours les mêmes visages, commérages […]. Dehors, les gens vaquent à leurs occupations, nous, nous sommes déjà dans un autre monde, hors du temps. » (p. 71)
     

  • Thème du vieillissement abordé avec tendresse, douceur, compassion.

    « Puis, Hassan décela une étrange beauté chez monsieur Salim, de la douceur. Les mots, il les choisissait, les prononçait d’une voix à peine perceptible. C’était aussi comme un enfant, on avait envie de le protéger. » (p. 47)

    « On pense parfois que je joue la comédie. Non, je ne peux agir autrement. Je désire manger, marcher, sourire! L’avenir est impossible, le présent, j’essaie de l’accepter, de l’endurer, mais ce que je possède de beau se niche dans mon passé. » (p. 96)

    « Salim pleurait. Il était devant la porte à Meknès, tout recommençait, à l’inverse cette fois. Ces adoptants pouvaient être ses petits-enfants. Deux jeunes devant lui, et lui n’était pas un nourrisson, il était à l’autre bout de sa vie, et pour une deuxième fois, on allait l’adopter! » (p. 130)
     

  • Deux narrateurs participants : monsieur Salim, dans son quotidien et dans ses rêves, puis Hassan, qui constate que Salim, après un séjour à l’hôpital, se laisse aller; quelques coupures quasi imperceptibles dans le texte par un narrateur omniprésent pour dresser le passé d’Hassan et de sa famille, présenter les personnages secondaires (Gracibella et Julie), s’imprégner du quotidien et conter le dénouement. 

    « Je note mes pensées dans un livre invisible. Ce livre, je le dicte à moi-même et je m’y réfugie lorsque trop d’ennui ou de peine m’assaillent. Il se nourrit de mes souvenirs, y reviennent souvent le Maroc et, surtout, mes années d’enfance dans mon pays de soleil… » (p. 11)

    « Il était dans ses petits souliers, Hassan, lorsqu’il se rendit à la convocation du juge. Sa mère avait tenu à l’accompagner, son père se déclara trop malade. Son immigration en France, ses efforts, son honneur étaient balayés par cette insulte à son nom et elle venait de son fils. » (p. 43)

    « Je me suis dévoué pour cet homme que j’admirais. Je l’ai encouragé dans sa lutte, sa rééducation, maintenant il se laisse glisser. Pourquoi devrais-je stimuler son désir de vivre, s’il n’y croit pas au fond de lui? » (p. 109)

    « Les visites d’Hassan se poursuivirent durant des mois. Salim mangeait de meilleur appétit, était enjoué […] Il finit par remarcher seul, très lentement, avec sa canne. » (p. 137)

Langue

  • Registre de langue généralement courant, ponctué d’une langue familière dans les propos d’Hassan, typique d’une éducation laborieuse; plusieurs mots à consonance maghrébine, propres au pays d’origine des personnages principaux (p. ex., oued, souk, médersa, mihrab, muezzin, casbah).

    « M’arrachant aux limbes de la maladie, je revisite le palais du Glaoui. Je revois les grandes salles vides, les plafonds de bois, le labyrinthe inextricable des pièces, où il faut souvent se courber, et je me régale de la vue surprenante sur le bastion central. » (p. 19)

    « C’était moi, ma gueule, mon corps, mes vêtements, mes bijoux, mon look, ma musique, ma dérive, mon fric! Je semais l’anxiété, je n’étais qu’un trouillard, un rien du tout. » (p. 56)

    « – Votre poison, j’en veux plus. Basta! Fini! Compris? » (p. 57)
     

  • Plusieurs passages descriptifs présentés dans une langue poétique, évoquant une jeunesse heureuse, empreinte de patriotisme.

    « Le Maroc est mon pays, j’y suis né, j’y ai vécu, je l’ai quitté, j’y suis retourné autant que j’ai pu, et je l’aime de plus en plus. […] Ces paysans sont mes cousins, mes parents. Mon sang coule en eux, leur sueur féconde les champs de notre pays. » (p. 39)

    « J’ai préféré garder en moi la splendeur des dunes du désert que je n’aurais jamais pu décrire à qui que ce soit, tant elles sont la magnificence même. Beauté divine et indescriptible, aux changeantes nuances, aux reliefs aussi variés et déroutants qu’un océan infini. » (p. 66)
     

  • Figures de style nombreuses et variées (p. ex., personnification, métaphore, comparaison, antithèse); prédominance de l’énumération et de l’antithèse, comme pour esquisser toute la culture de monsieur Salim et sa détermination à vouloir revivre un passé impossible.

    « Leurs poils rêches, leurs yeux malades, racontent le triste sort des animaux et la rude vie des humains. » (p. 30)

    « On vide les appartements des défunts. Je connais. Moi aussi, d’une certaine manière, je l’ai vécu ce grand ménage, c’était une petite mort. Dès que je me débarrassais d’un objet, c’était comme si je détruisais un souvenir précieux. » (p. 34)

    « Nous sommes liés, le même destin nous unit, nos peines, nos efforts, nos joies et chagrins se ressemblent. […] Ville d’un autre temps, ville de plusieurs mondes, port et forteresse, plage et vent, et le sable qui fuit sur les dunes, monde en perpétuelle renaissance. » (p. 68)

    « Je négocie avec le Très-Haut pour qu’il se penche sur son très-bas! Quelques semaines, quelques jours, quelques heures, pour encore et encore absorber de cette vie qui s’obstine à couler dans mes veines usées. » (p. 68)

Référent(s) culturel(s)

  • Nombreuses allusions à des auteurs et à un chansonnier français, ainsi qu’aux paroles de leurs textes (p. ex., Molière, Saint-Exupéry, Cocteau, Loti, Colette, Rimbaud et Brassens); quelques allusions à Paris et à certains de ses quartiers, tels Montmartre, Champs-Élysées et Charles-Foix; expressions et mots familiers typiques de l’Europe français, p. ex., secouer le cocotier, fringues, fric, bézef, mec.

Pistes d'exploitation

  • Inviter les élèves à rencontrer une personne âgée qui vit en résidence, à échanger des souvenirs avec elle et à rédiger un journal de bord.
  • Proposer aux élèves de tracer le portrait psychologique de deux personnages de leur choix dans l’œuvre à l’étude.
  • Lors d’une table ronde, inviter les élèves à discuter de l’importance de la communication, notamment de la communication intergénérationnelle.
  • Demander aux élèves de rédiger une description du Maroc à l’aide des nombreuses images évoquées par monsieur Salim.

Conseils d'utilisation

  • Présenter aux élèves un aperçu du Maroc, de ses habitants, de sa culture.
  • Relever, tout au long de la lecture, le vocabulaire d’origine maghrébine.
  • Sur une carte géographique du Maroc et une autre de la France, situer les lieux de l’action du roman.