Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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Solstices

« Je dois te dire que j’écris ceci sur mes genoux, je ne sais pas si tu sais, l’avion va partir dans quelques minutes et je ne verrai plus tes yeux pour longtemps, ni ton corps non plus, il fait froid et la buée sort des bouches et la fumée des tuyaux d’échappement et je m’ennuie déjà de toi, de ton visage dans ce grenier, sur cette rue où le temps continue de s’enfuir comme une peur qui ne démord pas, mais tout ça c’était il y a longtemps, il me semble, j’ai peine à m’en souvenir, aide-moi, il ne me revient rien, c’est à peine si j’en reviens et j’ai perdu ton adresse, je l’ai échappée dans la fragilité numérique de cette époque qui n’est plus la nôtre et je ne sais plus sur quelle rue et dans quel froid je suis retourné beaucoup plus tard dormir près de toi mais tu étais déjà si loin et le vent avait mangé ton emploi du temps et tout ça c’est du passé, je le sais, et la peine n’est pas pressée de s’en aller. »

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Recueil de prose poétique dont les textes alternent entre le réel et l’imaginaire.

    « Vous êtes revenu de ce désert obscur. Vous avez survécu au poids du sommeil et vous vous demandez si tout cela n’aurait pas été qu’un immense trucage, un canular insensé pour vous faire réaliser la fuite du temps, un raccord difficile. » (p. 126)
     

  • Thèmes dominants tels que le voyage, la nostalgie, les souvenirs et les saisons.

    « Vous allez déposer quelqu’un. C’est un endroit où vous avez déjà habité, ou presque. Il y a longtemps de cela. Vous vous souvenez à peine du lieu. Non plus que des visages. Non plus que des rires. C’était il y a longtemps. C’était à une époque où il faisait bon rêver. À cette époque, vous aviez conscience qu’il n’y avait que les rêves […]
    Vous êtes en route vers autre part. Vers quelque part. Et ce quelque part est devenu implacable dans votre parcours comme une destinée cahoteuse ou glissante. »  (p. 8-9)

    « Vous avancez vers la mer qui perd sa carapace blanche et dont le bleu majestueux s’étale entre les arbres éplorés et rachitiques de l’hiver finissant. » (p. 80)
     

  • Textes poétiques qui permettent au lectorat soit d’imaginer des scènes, soit de se mettre à la place du poète et de comprendre ses pensées et ses émotions.

    « Soudainement il est très tard et le sort a fait en sorte qu’il faut rentrer. Vous déblayez la voiture. C’est la première neige et le blanc s’est accumulé sur le monde pendant que vous faisiez autre chose. Avec nonchalance et agacement vous faites apparaître les vitres, les couleurs et ce qui reste du monde, de l’état où vous l’aviez laissé la dernière fois où vous vous en étiez servi. » (p. 7)

    « Je me dis que, après tout, le temps n’arrange peut-être pas si bien les choses puisque la preuve est faite qu’il n’arrange rien d’autre qu’une lente accommodation à certaines circonstances, certaines solutions, certains remèdes qui soulagent sur le coup, qui distraient, pour que l’on puisse encore lever son verre nonchalamment et passer à autre chose. » (p. 28)

    « Et le temps nous a remis, encore une fois, en face de nos illusions. Ces moments qui frappent en plein cœur et que nous avons retenus, ces cartes postales que nous n’enverrons jamais et qui vont se déformer dans nos poches. » (p. 39)

Langue

  • Registre surtout courant et quelquefois soutenu.

    « On refera des simulacres, des cérémonies, des anniversaires, des mausolées, des dédicaces, des monuments, des tombeaux, les mots déborderont des pages, les attributions erronées se feront nombreuses et totales, qu’importe, nous poursuivons, c’est l’important, dans le souvenir de ceux qui survivent au prix d’une perte et dont les dégâts sont inestimables. » (p. 41)
     

  • Niveau de lisibilité approprié au genre littéraire et au lectorat visé du niveau supérieur; phrases parfois très longues et complexes.

    « Vous êtes assis autour d’une table comme autrefois au temps des amours turbulentes, des peines et des chagrins qui surgissaient au cœur de l’hiver, sous la terre gelée qui ne faisait qu’attendre la verdure pour reprendre ses droits et se réconcilier une autre fois avec les temps anciens, jamais très loin, avec le soleil et les eaux si chaudes qu’il vous promettait le temps de faire en sorte que la vie vous libère de ses accablantes contradictions qui vous privaient du sens élémentaire et abject qu’il fallait sans cesse donner à vos déboires. » (p. 43)
     

  • Œuvre riche en figures de style et en structures syntaxiques (p. ex., comparaison, répétition, énumération, contraste, personnification) qui permettent de mieux comprendre l’univers du poète.

    « …d’écrire votre vie toute neuve dans ces traces toutes noires que d’autres ont écrites sur cette ville toute blanche. » (p. 7-8)

    « Le manteau bleu foncé d’un nylon qui t’enrobait comme un cadeau chuintant et le bandeau qui retenait tes cheveux hors du visage comme ces guerriers qui n’ont rien d’autre à faire et qui se maculent la peau pour traîner dans les centres commerciaux » (p. 22)

    « le vert obéissant aux caprices du soleil » (p. 59)

    « Le temps qu’il y a entre nous, le temps de faire le vide, le temps de recommencer, de trouver d’autres mots, d’emprunter d’autres discours, de se refaire un visage, de remonter le cours du temps… » (p. 65)

Pistes d'exploitation

  • Demander aux élèves d’écrire des textes ou des réflexions dans le style de l’auteur.
  • Inviter les élèves à préparer une pièce musicale qui accompagnerait la lecture d’un poème choisi.
  • Proposer aux élèves de créer une chorégraphie qui rendrait les émotions décrites dans un poème choisi.

Conseils d'utilisation

  • Texte qui s’adresse à un lectorat avisé.
  • Préparer les élèves à la lecture de la prose poétique.