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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Revenir de loin

Après dix-huit jours passés dans le coma, une femme se réveille. Son esprit, sa capacité de penser en formules percutantes semblent intacts, mais elle n’émet aucun son et refuse d’ouvrir les yeux. Les médecins, le personnel lui répètent qu’elle est tirée d’affaire, mais sa mémoire n’est plus qu’une page blanche. Une jeune femme à son chevet se prétend sa fille, un homme vient lui parler comme si elle était son épouse alors que toutes les forces vives en elle lui hurlent que c’est impossible. Il n’y a que ce jeune voyou qui soliloque près d’elle à longueur de nuit avec qui elle ressent une inquiétante complicité.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal, Yolande Mailloux, une dame de 57 ans atteinte d’amnésie à la suite d’un accident de voiture, qui remet en question son passé et les relations qui ont marqué sa vie.

« Elle vit. Elle respire. Elle est là, étendue dans un lit anonyme, sans mémoire, sans espoir, sans douleur. Comme une roche.
Elle vit, et tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle aimerait mieux pas. » (p. 16)

« Depuis que l’amnésie a laissé échapper une mince parcelle de son passé, Yolande se sent prise dans un tourbillon d’émotions. Pas de répit. » (p. 317)

« Elle a divorcé, s’est éloignée d’Annie, mais elle ne sait toujours pas pourquoi elle s’était approchée de ces deux-là au départ.
Quand elle regarde le résultat de ses efforts, il lui semble avoir rebâti un édifice de bric et de broc, avec des bouts dont les ficelles s’échappent et d’autres au fondement instable qui vont céder dès la première tempête. » (p. 487)

  • Plusieurs personnages secondaires qui gravitent autour de Yolande et l’aident à redéfinir son identité au fil de son rétablissement, dont le docteur Cantin, un psychiatre qui l’accompagne dans la reconstruction de sa mémoire, Steve, un jeune patient amputé avec qui elle tisse une amitié sincère, tous deux s’épaulant mutuellement tout au long de leur chemin de guérison, Annie, la fille de son époux, troublée par l’amnésie de Yolande, et Jean-Louis Sirois, un ancien amant, qui réapparaît dans sa vie.

« Alors, le docteur Cantin, un neuropsychologue renommé, va venir vous voir et il va essayer de vous aider. Pour l’évaluation, la récupération de la mémoire, pour la parole, tout! » (p. 38)

« C’est à Cantin qu’elle parle de Steve et de la dépression dans laquelle il est en voie de sombrer. Cantin estime que le problème dépasse largement les compétences et les forces de Yolande : « D’après ce que vous me dites, c’est quelqu’un de très amoché, et pas seulement par son handicap. Il a besoin d’aide professionnelle. Qu’est-ce que vous allez faire s’il en vient à dépendre totalement de vous? Avez-vous vraiment la santé de porter quelqu’un comme ça sur vos épaules?
– Je ne le porte pas.
– Pas encore, non. Pas totalement.
– Il m’a aidée, vous le savez. Je me suis attachée à lui. La seule personne qui ait réussi cet exploit! Je ne peux pas le lâcher maintenant. Il a tellement de talent. Ce serait un tel gaspillage s’il ne s’en sortait pas.
– Est-ce qu’il a des amis? Des proches? Avez-vous des alliés dans votre entreprise? Si vous continuez toute seule, vous risquez d’épuiser vos maigres forces. Dommage que la seule personne qui vous touche soit si mal en point.
– Dommage ou normal, docteur Cantin? » » (p. 188)

« Yolande sent la boule d’impatience monter dans sa gorge. Annie l’irrite à un point tel qu’elle va la planter là, et ça n’arrangera pas les choses, c’est certain.
« Écoute, Annie, je vais lire tes lettres attentivement et je vais te répondre. Peut-être qu’à distance, calmées, on va pouvoir se parler.
– Je me laisserai pas faire! Je te laisserai pas me faire ça!
– Mais te faire quoi?
– Ce que t’as faite aux autres! » » (p. 354)

« Sans un mot, elle laisse son homme prendre le contrôle des opérations et l’emmener carrément vers la chambre. Il y a pourtant un feu qui crépite, mais elle n’a aucune envie de rouspéter. Elle laisse Jean-Louis la dévêtir. Chaque pièce de vêtement retirée l’entraîne ailleurs, la réveille, et elle voudrait bien s’y mettre et participer à cette célébration, mais Jean-Louis glisse sur sa peau. » (p. 484)

  • Roman d’introspection qui explore avec finesse les enjeux de la reconstruction personnelle et des liens humains; intrigue captivante se déroulant selon l’ordre chronologique, sur une période d’environ 16 mois, entrecoupée de nombreux retours en arrière illustrant le recouvrement de la mémoire du personnage principal; thèmes (p. ex., quête de soi, réconciliation avec le passé, relations humaines, épreuve traumatique, amour, poésie, liberté) aptes à capter l’intérêt du lectorat visé.
  • Mise en page aérée; texte réparti en sept chapitres numérotés et titrés; éléments graphiques (p. ex., guillemets, points de suspension, symboles indiquant un changement de scène ou un laps de temps, italiques) facilitant l’interprétation du texte; liste des œuvres de la même auteure, dédicace, remerciements et poème au début; liste de poètes cités dans l’œuvre, table des matières, crédits et remerciements à la fin; courtes notes biographiques sur l’auteure à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex, épistolaire, geignarde, logorrhée, escogriffe, anodine) compréhensibles grâce au contexte; mots du registre familier (p. ex., ben oui, p’tête, quequ’un, tchéquer) dans les dialogues illustrant l’origine sociale de certains personnages; langage poétique dans les nombreuses citations parsemées dans l’œuvre.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; divers types et formes de phrases (p. ex., déclarative, interrogative, exclamative, négative); phrases généralement courtes, reflétant une tension intérieure qui contraste fortement avec la charge émotionnelle que portent les personnages.

« Je voudrais bien que ce coma revienne. Est-ce possible? Je voudrais le coma d’avant plutôt que ma vie d’avant. Irréversible. C’est comme ça qu’on dit, je crois, un coma irréversible. Être témoin de mon corps sans l’habiter. Est-ce qu’on peut refuser de réintégrer son corps? Je voudrais déménager dans un autre corps, une autre vie. Et ce n’est pas parce que ma mémoire me joue des tours, elle est bien tranquille. Non, c’est une certitude que j’ai eue en entendant mon mari et ma fille : je suis persuadée d’être une personne ennuyante, une femme insignifiante et sans valeur qui vit… vait, qui vivait une vie insipide. Si j’étais bien honnête, je vous suggérerais de jeter ce corps bien loin pour que jamais personne ne le réhabite, comme vous dites si joliment, alors que c’est un néologisme. Voilà ma position : ce qui vous paraît une chance m’apparaît une calamité. Ouch! » (p. 44)

  • Nombreuses figures de style (p. ex., anaphore, antithèse, métaphore, comparaison, personnification, expression imagée, énumération, hyperbole) illustrant les sentiments des personnages.

« Elle ne veut pas de fille, pas de mari, pas de neurologue et pas de vie. » (p. 26)

« Mélange d’hésitation et de détermination, de peur et de courage. » (p. 98)

« À côté de la rafale de mitraillette qu’est le discours de Steve, sa fille a des allures d’escargot. » (p.98)

« Tu tournes autour de ta mère comme une mouche autour d’un cadavre. » (p. 124)

« La chaleur du jour est encore enveloppante, les bienfaits de la nuit ne se feront pas sentir avant quelques heures. » (p.180)

« Yolande prend le taureau par les cornes, elle va chercher la chaise et demande à Steve de passer en fin de journée. » (p. 196)

« Souvent, il prépare tout, et Yolande, parce que la cuisine n’est pas adaptée à la hauteur de la chaise roulante, se charge de faire cuire, rissoler, griller, saisir, pocher, selon le bon vouloir du grand chef. » (p. 237-238)

« Il pose mille questions et lui fait promettre de l’emmener les voir. » (p. 448)

  • Prédominance de séquences descriptives, ponctuées de quelques séquences narratives, qui traduisent la profondeur psychologique de Yolande et font ressentir le poids du silence, de l’attente et de la mémoire absente; séquences dialoguées rythmant les moments forts du récit et donnant vie aux personnages; ajout de procédés littéraires (p. ex., poème, lettre) contribuant à la vraisemblance de l’histoire.

« Elle n’est pas seulement fatiguée de sa journée, elle est fatiguée d’être elle. Elle s’appuie au dossier de la causeuse, ferme les yeux : l’appartement du parc Lafontaine est petit, mais tellement lumineux qu’il en a l’air grand. La pièce principale donne sur le parc où le spectacle des saisons la ravit. Sa table de travail est placée devant la fenêtre qui surplombe le parc. Combien de fois a-t-elle levé la tête de ses dictionnaires pour contempler la lumière du soir qui descend? Une forte sensation d’attente l’envahit. Espérer, attendre quelqu’un de tous les pores de sa peau. Attendre un baiser, une étreinte. Attendre le frisson sublime qui part de la nuque où les lèvres sont posées et irradient dans tout le corps. Avec le soir vient l’attente. L’attente fébrile, usante, d’un moment volé à quelqu’un d’autre. Le plaisir, barbouillé de malaise : voler et jouir quand même. » (p. 274)

« Aucun fantôme ne vient hanter ce baiser, il est entièrement, totalement le leur, tout comme ceux qui émaillent le reste de la soirée. C’est le seul territoire sexuel qu’ils explorent. Ni l’un ni l’autre n’a envie de s’aventurer plus loin et de risquer de rompre le charme. Il est très tard quand Yolande se lève pour rentrer. » (p. 352)

« Yolande le laisse délirer sans rien ajouter : il y a dans la pulsion sexuelle de Steve une frénésie bien de son âge, et elle connaît suffisamment la chose pour ne même pas essayer de le calmer.
« T’écoutes pas! Yo! T’es pas amoureuse, quand même? »
Évidemment, ce serait tragique! « T’as jamais été amoureux, Steve?
– Ben… un peu. » Il s’aperçoit que ce n’est pas suffisant et il ajoute : « J’ai failli l’être. Passé proche en crisse. Pourquoi? C’est ça, t’es amoureuse de lui?
C’était qui?
– Pourquoi on parlerait de moi, là? Tu veux pas le dire, c’est ça?
– Je le sais pas. Je pense pas… T’as raison : si c’est ça, je veux pas le dire. Je veux même pas le savoir.
– Bon! Pas compliqué, ça!… Moi, c’tait Sylvie. » » (p. 353)

« Elle se rend à la fin du poème qu’elle connaît presque par cœur :
Ce n’est pas tant que la vie soit hostile;
mais on lui ment,
enfermé dans le bloc d’un sort immobile. » (p. 479)

« Monsieur,
La dépravée que vous laissez vivre avec votre fille est une voleuse et une criminelle. Elle a déjà perdu sa fille parce qu’elle était trop occupée à commettre des actes immondes. Elle n’a aucune dignité. Aucun cœur. C’est une dégénérée aux mœurs dégoûtants. Elle a tué sa mère. Elle devrait être enfermée. Ne la laissez pas s’approcher de votre enfant, elle va la salir et en faire une putain comme elle. C’est une menteuse, une folle, une salope.
Pour votre bien, éloignez-la! » (p. 594)

Référent(s) culturel(s)

  • Nombreuses citations de poètes de la francophonie canadienne et internationale (p. ex., Gaston Miron, Alain Grandbois, Émile Nelligan, Anne Hébert, Hector de Saint-Denys Garneau) ainsi que d’auteurs européens (p. ex., Jacques Brel, Pierre de Ronsard, Louis Aragon, Charles Baudelaire, Guillaume Apollinaire, Victor Hugo et Marceline Desbordes-Valmore).
  • Référence à quelques villes du Québec (p. ex., Montréal, Québec, Drummondville, Baie-Saint-Paul).
  • Mention des Canadiens de Montréal.
  • Référence à des figures marquantes de la chanson francophone, notamment La Bolduc, première chansonnière du Canada et du Québec, et la chanson Madeleine, de Jacques Brel.
  • Mention du conte Le petit Poucet, de Charles Perreault.

Pistes d'exploitation

  • Former sept équipes, puis leur assigner un chapitre du roman. Leur demander de rédiger un extrait du journal intime de Yolande, en explorant ses pensées intérieures, ses doutes, ses émotions et ses souvenirs fragmentés. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe classe.
  • Animer une discussion portant sur les questions suivantes : Doit-on toujours chercher à retrouver son passé? L’oubli peut-il être une forme de libération?
  • Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de rédiger un huitième chapitre décrivant la continuité de l’histoire de Yolande, tout en respectant le style de Marie Laberge. Leur demander d’accompagner leur texte d’une illustration symbolique (dessin, collage, photo) représentant l’état émotionnel de Yolande dans cette suite fictive. Animer une mise en commun où chaque dyade lit son texte au groupe-classe et présente son illustration, suivie d’une discussion sur les différentes interprétations proposées et la fidélité au ton de l’auteure.
  • Animer une discussion autour des moments-clés où Yolande est plongée dans le silence, la confusion ou l’oubli (p. ex., au début de son hospitalisation), puis proposer aux élèves, regroupés en dyades, de rédiger un poème à la première personne, en adoptant la voix de Yolande, comme si elle retrouvait enfin sa parole à travers l’écriture poétique. Exposer les créations en salle de classe.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont il est question dans l’œuvre (p. ex., folie, suicide, mort, adultère, dépression).
  • Présenter certaines maladies mentales (p. ex., schizophrénie, dépression, bipolarité) afin de mieux faire comprendre les réactions des personnages.
  • Prévenir les élèves de la présence de langage vulgaire dans l’œuvre.
  • Inciter les élèves à lire une autre œuvre traitant de la persévérance face à un événement traumatisant, soit À la dérive, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Dans ma tête, Quand je souffre de dépression.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Le stress, la sciences, les arts et plus encore, Toronto, ville accessible? Ma journée en fauteuil roulant.