1
Anatomie de la fiche Anatomie interactive
Ajouter au bac de lecture
Nous vous invitons à cliquer sur les puces numérotées pour avoir plus d’informations sur les différentes sections de la fiche pédagogique et en apprendre davantage sur la manière de l’utiliser.

2Quand la mer…

Quelque part sur Terre, un petit village de pêcheurs vit depuis toujours selon d’immuables traditions.

Alors que tous accueillent la nouvelle année avec l’espoir de voir enfin arriver le « progrès », une lente transformation s’opère, inexorablement : un fils cadet s’oppose à son père, une épouse refuse de se couper les cheveux comme le veut la coutume…

Même la mer ne tient plus ses promesses.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Trois personnages principaux, soit Yoram, patriarche autoritaire et pêcheur attaché à ses traditions, qui refuse de céder son bateau à son fils cadet, Goury; Goury, son fils, qui se voit pourtant désigné héritier; et Ousmia, l’épouse de Goury, qui affirme ses idées avec clarté et assurance.

« YORAM
Ta femme t’empoisonne l’esprit, pauvre nigaud. Ne te fais pas d’illusion. Le bateau ira à l’aîné, comme la tradition le veut.
GOURY
Victor est parti.
YORAM
Tais-toi.
GOURY
Ça fait quinze ans que je me tais. Victor haïssait la pêche autant que ce village.
YORAM
Avec son propre bateau, il changera d’idée.
GOURY
Tu sais bien que non.
YORAM
Victor reviendra… Et je l’attendrai.
GOURY
Je porterai le Tchordba pour le Nouvel An, que tu le veuilles ou non. » (p. 29-30)

« OUSMIA
Goury est digne de te succéder et tu le sais.
YORAM
Mais pas assez digne pour que tes cheveux décorent son Tchordba ?
OUSMIA
Il n’en veut pas, il me l’a dit.
YORAM
Si tu ne coupes pas tes cheveux, tu seras sa honte, celle de ta famille et celle de ton village.
OUSMIA
Les autres peuvent penser ce qu’ils veulent. » (p. 41)

  • Personnages secondaires, dont Salkar, le capitaine du caboteur, qui tente de faire comprendre à Yoram que son temps sur la mer est révolu et qu’il est désormais temps de passer le flambeau à son fils; Irina, la sœur aînée de Yoram, gardienne des traditions, porteuse de mémoire et témoin silencieux des sacrifices imposés par son rôle d’aînée; Darian, une étrangère mystérieuse, venue s’installer au village; Norouz, la fille de Darian, qui s’éprend de Menkho; Menkho, le fils de Goury et d’Ousmia, qui refuse de suivre la voie tracée par ses aînés; et enfin les commères du village, omniprésentes, qui observent, commentent et apportent un contrepoint comique à travers leurs remarques piquantes et souvent hilarantes.

« SALKAR
Vas-y, Goury. Pars.
[…]
YORAM
Je t’interdis de quitter ce quai! Reviens!
[…]
SALKAR
Arrête, Yoram. C’est fini.
YORAM
À Goury au loin.
Reviens, sale voleur! Mon bateau… mon bateau…
[…]
SALKAR
Il est temps de laisser ta place.
YORAM
Je vais crever sans mon bateau. Je ne veux pas mourir, Salkar.
SALKAR
Tu ne vas pas crever, abruti. Tu seras vieux, c’est tout. Et tout le monde sera plus tranquille. » (p. 37-38)

« IRINA
Tu as hérité de tout le reste : de la maison, du bateau, de tout. Je garde cette cabane pour moi. Toi, tu retournes à la maison. » (p. 53)

« DARIAN
Où tu étais? Les bêtes ont soif.
NOROUZ
Partie chercher du bois.
DARIAN
Reniflant sa fille.
Tu sens comme le garçon.
NOROUZ
Dépêchons-nous. Les vieilles vont encore crier après nous si elles nous trouvent ici. » (p. 73)

« NOROUZ
Riant
J’ai dit à ma mère que j’allais cueillir de l’herbe tendre pour la brebis. Tu ne pouvais pas attendre?
Elle embrasse Menkho sur la bouche et commence à dégrafer son corsage. Menkho l’arrête.
MENKHO
Attends.
[…]
Je veux partir, Norouz! Il n’y a plus rien, ici. Plus de vie, plus d’espoir. Je devrais être fier, je devrais sauter de joie, mais… Je vais devenir fou, comme mon père. Aujourd’hui, il m’a légué le bateau. Je n’en veux pas. Je ne veux plus pêcher, Norouz. Il n’y a plus de batsadas, plus de poissons, plus d’œufs, plus rien. Plus rien… Rien!… Rien…
Norouz réconforte Menkho. » (p. 100-101)

« COMMÈRE BÈGUE
Pas trop gros, le feu, hein? Je vous rappelle qu’on doit sauter par-dessus.
COMMÈRE VAILLANTE
On n’attend même pas Ousmia?
COMMÈRE OPTIMISTE
Non, elle y est allée aussi. Espérons qu’ils réussiront à sortir le bateau de là…
COMMÈRE BÈGUE
Ça va être gai, un Nouvel An sans rien à manger!
COMMÈRE VAILLANTE
[…]
On pourrait toujours manger des patates…
COMMÈRE MÉCHANTE
Arrête avec cette histoire. Regardez qui arrive…
Darian et Norouz s’avancent en portant un grand chaudron.
DARIAN
Aux commères.
La gentille Darian apporte le ragoût de mouton.
COMMÈRE VAILLANTE
Du ragoût?
NOROUZ
Oui. Pour le Nouvel An.
COMMÈRE MÉCHANTE
On ne mange pas de ça, ici. » (p. 104-105)

  • Pièce de théâtre captivante et humoristique, qui s’inspire de l’assèchement de la mer d’Aral pour raconter, à travers une fable universelle, la fragilité des communautés humaines face aux bouleversements environnementaux et sociaux; intrigue qui se situe dans un temps et un lieu indéfinis et la fresque, se déroulant sur quatre générations, suit un ordre chronologique, ponctué d’ellipses, de retours en arrière, d’anticipations et d’un prologue dont l’action est postérieure à celle de l’épilogue; thèmes (p. ex., révolte, transformation sociale, identité, résilience) aptes à susciter la réflexion critique du lectorat sur les liens entre mémoire, transmission et choix individuel dans un monde en mutation.
  • Mise en page aérée; texte structuré en deux parties, la seconde se déroulant dix-sept ans après les événements de la première; éléments graphiques (p. ex., italiques, points de suspension, majuscules, parenthèses) facilitant l’interprétation du texte ; liste des œuvres de la même auteure, page de création, description des personnages et prologue au début; épilogue et table des matières à la fin.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., rictus, saborder, marmaille, colportes, chimères) compréhensibles à l’aide du contexte; mots inventés (p. ex., yatchi, batsada, tchordba) liés aux traditions des habitants du petit village fictif de pêcheurs, renforcant le réalisme du récit; quelques répliques en langue familière (p. ex., tête de mule, caboteur de mes fesses, morveux) ajoutant des brins d’humour dans les échanges entre certains personnages.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; abondance de phrases courtes impératives, exclamatives et interrogatives, traduisant l’intensité des émotions des personnages, favorisant une lecture expressive.

« SALKAR
Les Anciens ont pitié de toi. Tu devrais partir avant qu’ils ne te mettent à la porte.
IRINA
Laisse-le, Salkar…
OUSMIA
Si on ne le vide pas tout de suite, on va perdre la viande.
IRINA
Allez, au travail!
[…]
YORAM
[…]
Si tu m’avais laissé ouvrir ce poisson, on n’aurait pas perdu un seul œuf.
GOURY
Arrête, baba!
[…]
SALKAR
Qui veut boire un coup?
TOUS
Ouais!! » (p. 23-24)

  • Style empreint de poésie; ton tantôt tragique, tantôt humoristique; figures de style (p. ex., personnification, anaphore, métaphore, périphrase, comparaison) traduisant le rapport des personnages à leur environnement et à la vie.

« OUSMIA
Menkho… Menkho… Regarde, regarde la mer comme elle est contente, regarde comme elle rit avec ses petites dents blanches. » (p. 16)

« GOURY
C‘est moi qui ai vu les eaux blanches! Moi qui ai lancé et ramené la ligne pendant des heures. Moi qui l’ai coincé dans le filet et qui l’ai attrapé. Toi, tu n’as fait que hurler des ordres stupides, t’empêtrer dans les cordages et… » (p. 29)

« COMMÈRE BÈGUE
Il paraît qu’elle fait du pain quand elle est dans ses fleurs! » (p. 46)

« IRINA
« Maintenant je suivrai mon propre chemin, sans laisser personne me dicter mon destin. Quand sonnera mon heure et la fin de ma vie, je partirai tranquille au pays de l’oubli. » » (p. 50)

« YORAM
Mon bras, je ne peux plus le bouger.
[…]
YORAM
Je n’ai plus de force, il pend comme une branche morte. Ça recommence, Irina. Je ne veux pas rester cloué au lit pendant des mois, je ne pourrai pas. Aide-moi. » (p. 50-51)

  • Didascalies précisant le temps, le lieu et les actions des personnages; chansons parsemées dans le récit et marquant notamment la transition entre les deux parties de la pièce.

« C’est le Nouvel An. Sur la place du village, on allume un feu, on installe des plats et des victuailles tandis que commère méchante et commère jouisseuse complotent. » (p. 57)

« Transition
Chanson du temps qui passe…
Quand tu étais jeunesse, le temps semblait si long
Tu apprenais le monde et toutes ses ivresses,
Rêveries et chimères cachées au creux des mains
Tu chantais dans le vent en courant vers demain (bis) » (p. 64)

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, réunis en équipes, de mener une recherche sur l’assèchement de la mer d’Aral, phénomène environnemental majeur qui a inspiré l’œuvre. Leur demander d’explorer les causes de cette catastrophe écologique, ses répercussions humaines, sociales et économiques, ainsi que les efforts de réhabilitation entrepris. Les inviter à présenter leurs découvertes sous forme de présentation orale, d’infographie ou de reportage vidéo, tout en établissant des liens avec les thèmes de l’œuvre tels que la disparition d’un mode de vie, la fragilité des écosystèmes et la résilience des communautés.
  • À partir du dialogue entre Norouz et Menkho (p. 101), animer une discussion autour de la notion de choix personnel et d’héritage familial en posant les questions suivantes : Doit-on toujours suivre les attentes de nos parents ou de notre communauté? À quel moment un rêve transmis devient-il un fardeau? Est-il égoïste de refuser un destin tracé par les générations précédentes? Comment trouver un équilibre entre fidélité à ses origines et affirmation de soi?
  • Suggérer aux élèves, réunis en dyades, d’analyser le rôle des commères dans l’œuvre, à partir des questions suivantes : Quelle fonction jouent-elles dans le récit? En quoi leurs commentaires soulignent-ils l’absurdité des situations, tout en introduisant un regard comique ou critique sur les événements? Quel est leur impact sur la dynamique du village et sur la perception des autres personnages? Leur demander de repérer quelques extraits du texte où les interventions des commères ajoutent une touche d’humour, d’ironie ou d’exagération, puis les inviter à expliquer en quoi ces passages sont comiques (jeux de mots, caricature, répétition, absurdité). En groupe-classe, animer ensuite une discussion sur la fonction de l’humour dans l’œuvre : Est-ce seulement pour faire rire? Ou sert-il aussi à dénoncer, à alléger la tension, à critiquer la société?
  • Dans l’œuvre, Irina grave des yatchis empreints de sens et de tradition. Inviter les élèves à créer leur propre yatchi, sous forme de dessin, sculpture, collage ou bijou fait main, en s’inspirant de thèmes présents dans la pièce, tels que la mer, la transmission intergénérationnelle, le lien familial ou la mémoire des ancêtres. Leur demander d’accompagner leur création d’un court texte explicatif décrivant ce que leur yatchi symbolise et le type de protection ou d’espoir qu’il incarne. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur création au groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Avant la lecture, présenter le profil d’Esther Beauchemin et le Théâtre de la Vieille 17.
  • Avant la lecture, présenter aux élèves le rôle du chœur, en montrant son évolution du théâtre antique, où il commentait l’action et représentait la voix collective, jusqu’à ses usages symboliques ou narratifs dans le théâtre contemporain.
  • Inciter les élèves à lire une autre pièce de théâtre de la même auteure, soit La Meute, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.