Contenu
- Personnage principal et narratrice, France Daigle, auteure agoraphobe acadienne, invitée à passer à l’émission Bouillon de culture, à Paris, où elle décrit les pensées qui l’accompagnent dans son livre Pas pire.
« Tout compte fait, j’étais une fille du premier ruisseau, mais j’aurais aimé me retrouver plus souvent seule avec le ruisseau, y barboter à ma guise, y faire des feux à mon aise, pêcher une truite, guetter les castors. » (p. 46)
« Car un des grands problèmes de l’agoraphobe, c’est justement cette possibilité de se trouver mal sans pouvoir compter sur l’appui de quelqu’un qui comprendra de quoi il s’agit au juste, ou qui donnera au moins l’impression de comprendre, et qui saura comment réagir. » (p. 66)
« – C’est tout mêlé. C’est pour ça qu’asteure les psychologues parlent de trouble panique, avec ou sans agoraphobie. Moi c’est avec. Ça qu’est tannant, c’est qu’une crise peut quasiment m’arriver n’importe quand, chaque fois qu’y a comme une distance à traverser. » (p. 73)
- Quelques personnages secondaires, parmi lesquels Chuck Bernard, le premier motard de Dieppe, Marie, la meilleure amie de France, Terry et Carmen et Hans et Élizabeth, deux couples d’amoureux et Camil, son compagnon de voyage.
« Charles-Édouard Bernard, communément appelé Chuck Bernard, devint le premier motard officiel de Dieppe. Il alla chercher ses lettres de noblesse à Toronto, auprès de la bande Satan’s Choice, et sema tout un émoi lorsqu’il réapparut par un beau jour de mai, vêtu de son accoutrement crassé, aux commandes d’une Harley Davidson d’allure tout aussi démoniaque. » (p. 40)
« Au début, Marie n’était pour moi qu’une bonne voisine. Ce n’est que par les petits qu’elle devint une amie à qui je peux tout raconter. Enfin, presque tout. Elle a deux enfants qui lui donnent du fil à retordre parce que trop gâtés, et elle le sait fort bien, mais cela ne l’empêche pas de continuer à les gâter. J’aime les gens qui transgressent, qui commettent consciemment leurs erreurs. […]
C’est aussi le franc-parler de Marie qui finit par me la rendre attachante. » (p. 61)
« S’il avait essayé, Terry Thibodeau aurait eu de la difficulté à mettre le doigt sur les raisons de son sentiment de solitude. […] Après ses études secondaires et de vaines tentatives au collège communautaire et à l’université, Terry tomba en panne d’inspiration : peu de métiers l’intéressaient vraiment et ceux qui l’attiraient lui semblaient hors de portée. » (p. 87)
« Carmen Després avait eu un rôle dans le succès et la prospérité de son père. D’abord, comme représentante des jeunes, elle avait siégé au comité chargé d’aménager le centre paroissial de Grande-Digue. » (p. 117)
« Pour Hans aussi la vie allait continuer. Cette rencontre avec Élizabeth avait été pleine de réjouissance, mais elle était survenue de façon tout à fait inattendue. Longuement il avait observé Élizabeth, assise, à la terrasse de ce petit restaurant de Corfou, avant de s’approcher de sa table et de lui adresser la parole. Il n’était pas parti de si loin, psychologiquement s’entend – les Pays-Bas n’étant pas tellement loin de la Méditerranée –, pour tout laisser tomber à la vue d’une belle femme, aussi exceptionnelle fût-elle. » (p. 165)
« Camil Gaudain n’essaya pas de me distraire superficiellement de ma démence temporaire. Il avait très bien compris son rôle de bouée de sauvetage et flotta discrètement à mes côtés, prêt à intervenir si jamais je me mettais à me noyer vraiment. » (p. 167-168)
- Roman narratif, entrecoupé de longues digressions sur l’astrologie, qui relate l’histoire d’une agoraphobe qui essaie de mener sa vie malgré les difficultés posées par une peur qu’elle ne parvient pas à contrôler; plusieurs réflexions entremêlées décrivant les pensées de l’auteure, accompagnées de quelques retours en arrière décrivant sa jeunesse; thèmes (p. ex., l’Acadie, l’astrologie, la mythologie, les deltas) aptes à susciter l’intérêt du lectorat visé.
- Mise en page simple et aérée; texte présenté en quatre parties titrées et réparti en 24 chapitres; éléments graphiques (p. ex., astérisques indiquant un changement de scène ou un laps de temps, tirets marquant une réflexion, guillemets et italiques servant à attirer l’attention sur certains mots) qui facilitent l’interprétation de l’œuvre; table des matières à la fin; renseignements sur l’auteur, prix littéraires et critiques en quatrième de couverture.
Langue
- Registre de langue parfois familier, parfois courant, parfois soutenu dans l’ensemble de l’œuvre; emploi de mots moins connus (p. ex., deltaïque, psyché, anxiolytique, basophobie) compréhensibles grâce au contexte; mots du registre familier (p. ex., Y’en, pus, cte, plusse) et d’expressions archaïques (p. ex., quémandage, enfarge, cruchons), dans les séquences dialoguées, qui ajoutent une couleur locale au texte; utilisation de mots anglais (p. ex., palm, sketchs, root beer) et du chiac, vocabulaire typiquement acadien (p. ex., sitant, fricot, diggage, donneriont) contribuant à la vraisemblance des personnages et à la réalité culturelle du milieu; champs lexicaux évocateurs des deltas, de l’Acadie, de la mythologie et de l’astrologie (p. ex., terrigènes, râpure, Sisyphe, le signe du Capricorne) permettant au lectorat de se renseigner sur ces sujets.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; phrases interrogatives et exclamatives dans les séquences dialoguées traduisant les émotions des personnages; phrases généralement longues dans les descriptions.
« Car c’était bien de cela qu’il s’agissait : que nous soyons en train de propager le feu ou de l’éteindre, d’ouvrir ou de fermer le chemin aux flammes, c’était dans notre façon, à chacun d’entre nous, de combiner ces deux opérations complémentaires que nous mesurions notre pouvoir et goûtions à tous les autres plaisirs, ceux que procuraient le crépitement du feu, l’odeur de la boucane, le spectacle du feu consumant en un rien de temps une majestueuse touffe d’herbe, les sauts à travers les flammes et la vive camaraderie de nos amis et de toutes les autres personnes qui participaient à ce rituel sublime et sauvage. » (p. 25-26)
« Il eut à peine le temps de casser le jeu qu’une serveuse arrivait à sa table.
– Aimerais-tu boire de quoi?
Terry reconnut la voix tout de suite.
– Awh… ben hâllo! Non, je viens juste jouer une couple de parties.
– …
Carmen Després ne semblait pas pressée de s’en aller. Terry sentit le besoin de dire quelque chose. » (p. 115)
« Entre le temps qui fait qu’on s’enracine, et le temps qui fait qu’on se pétrifie. Qu’on s’incruste. Qu’on entre dans les couches de la matière. Jusqu’à s’immobiliser définitivement. Minéralement. De l’émotion lente, cultivée, à l’émotion violente, fossile. » (p. 137)
- Nombreux procédés stylistiques (p. ex. personnification, anaphore, énumération, ironie, expression imagée, comparaison) qui ajoutent une pointe d’humour et enrichissent le texte.
« Les deltas ont aussi des bourrelets et des couches, s’allongent et s’épaississent. Certains ont des lobes, un front, des bras, une main ou des doigts. […] Les deltas aiment aussi jouer : ils raffolent du sable et des glissements et barbotent inlassablement dans les étangs et les cuvettes. Ils courent entre les berges en semant roseaux et palétuviers, sculptent des flèches, exposent des tourbières. » (p. 10-11)
« C’est la maison des frères et des sœurs, des cousins et des voisins, gens non choisis qui reflètent malgré eux nos aspirations personnelles. C’est la maison des lieux publics de son environnement, des déplacements de courte distance et des moyens de transport. C’est la maison de la mobilité physique, et celle aussi de la mobilité sociale […] C’est la maison qui permet de voir jusqu’où on peut aller, tant sur le plan physique que sur le plan psychologique. » (p. 62)
« Les os de sa poule à bouillir trempèrent dans leur jus plus longtemps qu’à l’accoutumée avant d’être égouttés, puis jetés dans un des six bacs de recyclage – papier ordinaire, papier journal, plastique, métal, verre et déchets organiques – parfaitement alignés dans la nouvelle armoire postsur-consommation conçue pour la société nouvelle. » (p. 63)
« Pendant qu’il remplissait de multiples formulaires, je lorgnai mon nouvel appareil du coin de l’œil. Je n’étais pas encore tout à fait vendue à l’idée d’adopter une telle béquille, mais elle ferait au moins le bonheur de mon psychologue, qui y verrait un autre signe de ma volonté ferme de guérir. » (p. 65)
« Je ne voulais pas faire éclater la bulle trop vite. » (p. 129-130)
« Il ne pouvait pas savoir à quel point je me sentais chargée comme un arbre de Noël, aux bougies électriques plus ou moins défectueuses, et dont il était absolument impossible de prévoir lesquelles finiraient par allumer… ou exploser. » (p. 166)
- Séquences narratives et descriptives entrecoupées de séquences dialoguées qui permettent de s’immiscer dans l’esprit de la narratrice et des personnages.
« En fin de compte, le vol jusqu’à Paris se déroula très bien. La compagnie de Camil avait été très décontractante et je n’eus pas à recourir à ma trousse de sauvetage. Toutefois, j’avais eu l’occasion de sortir le flacon d’essence de lavande, que j’avais gardé dans une poche, pour le faire sentir à Camil.
– C’est Marie Surette qui m’a donné ça.
– Pas Marie à Édée! Ça vient de par chez nous, ça, du Bas-Cap-Pelé. Une vraie bougresse!
Après l’atterrissage, dans l’aérogare même, Camil fit preuve d’un flair hors pair. Il suivit le flot de la circulation sans se poser trop de questions, ce qui eut comme résultat de nous faire aboutir le plus naturellement du monde exactement là où nous devions. […]
– Camil, je te remercie beaucoup de faire ce voyage-icitte avec moi. Je l’apprécie vraiment.
– Ma chère, fais-toi-z’en pas. C’est un vrai plaisir pour moi aussi. » (p. 171-172)
« Un peu figé, Terry ne s’aventura pas à répondre, mais il jeta un coup d’œil furtif aux poignets de l’homme, à tout hasard.
– Ça ne vous ennuie pas, vous?
Terry hésita.
– Si je m’ennuie?
Le Français crut simplement que Terry n’avait pas bien entendu sa question.
– Ça ne vous ennuie pas… de rester coincé comme ça, enfermé?
Terry chercha une réponse simple.
– Non. Je dois être accoutumé.
– Moi je déteste. Ça me donne les boules.
Terry essaya de s’imaginer ce que ça pouvait vouloir dire d’avoir des boules. Il ne savait pas non plus quelle grosseur de boules imaginer. » (p. 182-183)
Référent(s) culturel(s)
- Référence aux Acadiens et au Grand dérangement.
- Mention de nombreux lieux du Nouveau-Brunswick (p. ex., Dieppe, Moncton, Shédiac, Bouctouche) où l’on retrouve des regroupements francophones.
- Mention de la Sagouine et de l’autrice acadienne Antonine Maillet.
- Référence à l’émission multiculturelle francophone Bouillon de culture, avec Bernard Pivot, et au Prix littéraire France-Acadie.
- Mention de lieux importants à Paris (p. ex., l’Arc de Triomphe, le quai d’Orsay, la place de l’Étoile).
- Référence au peintre flamand Pierre Bruegel l’Ancien, à ses voyages et à ses œuvres, dont Dénombrement de Bethléem, et à la série Grands paysages.
Pistes d'exploitation
- Au cours de la lecture, demander aux élèves de noter les signes d’insécurité linguistique vécus par les personnages. Après la lecture du roman, animer une discussion à partir des questions suivantes : Vous est-il déjà arrivé de vous sentir mal à l’aise en vous exprimant en français devant certaines personnes? Avez-vous déjà reçu des commentaires en ce qui a trait à votre accent?
- Inviter les élèves, réunis en petits groupes, à comparer la lutte des Acadiens à celle des Franco-Ontariens, notamment en ce qui concerne la conservation de leur langue et de leur culture. Animer une mise en commun afin de leur permettre de faire part de leur travail au groupe-classe.
- Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de mener une recherche sur un des thèmes principaux du roman (p. ex., les phobies, les deltas, l’astrologie). Les inviter à présenter leurs trouvailles au groupe-classe sous la forme de leur choix (diaporama, infographie, collage).
Conseils d'utilisation
- Avant la lecture, aborder les sujets plus délicats dont on traite dans le roman (p. ex., les phobies, le sida).
- Avant d’entamer la lecture du roman, discuter des événements historiques entourant la colonisation du Nouveau-Brunswick et la déportation des Acadiens, ainsi que des particularités de la culture acadienne.
- Encourager les élèves à lire un autre roman du même auteur, soit Un fin passage, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 3e à 12e année, Série : On démystifie le français, On démystifie le français… d’un Acadien.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : ONFR – Francophonie; Mon accent, ton problème – Insécurité linguistique.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : ONFR – Francophonie; Vox pop : Le français au Nouveau-Brunswick, ça se passe comment?