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Parfum de rose et de tabac

Les fragrances des roses recèlent bien des secrets. Pour Lysette, elles évoquent le parfum préféré de sa mère, To a Wild Rose, d’Avon. Son père, lui, dégageait un arôme de tabac, comme tous les hommes des années cinquante.

Après Saisons d’or et d’argile, Lysette Brochu tire à nouveau récits et anecdotes de son patrimoine familial où abondent drames et joies. Le cercle des amis n’est pas en reste et de touchants témoignages, livrés à la suite de décès, brossent des portraits colorés.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narratrice, l’auteure, qui puise dans ses souvenirs familiaux et personnels pour évoquer, avec sensibilité, les figures marquantes de son passé.

« Les tableaux que je vous offre ici sont – comme le sont des instantanés, des images, des clichés – des fenêtres ouvertes sur des saisons de ma vie. Pourquoi m’arrêter sur telle ou telle mésaventure ou occurrence? Pourquoi choisir de vous raconter certains embarras ou moments de désarroi? Je n’en sais rien. Mais je sais que j’ai encore en moi des centaines si ce n’est des milliers de scènes éclair à vous peindre. » (p. 11-12)

« Jamais je n’aurais pensé être ici en ce jour, à vous prononcer un éloge funèbre, à l’intention de mon ami André. Il y a à peine deux mois, André me demandait de rédiger quelques mots pour le lancement de son livre, publié aux Éditions Lettres Plus, Insolences II, appel fervent à la fierté de ses compatriotes. La soirée devait se dérouler à Hull, le 13 septembre. Hier soir, au lieu d’accomplir cette tâche, je lui composais un hommage d’adieu. » (p. 207)

« Un samedi de juillet 1959, mon père me parla du grand-oncle Ernest et de son épouse qui habitaient de l’autre côté de la rivière des Outaouais. Jusque-là, je ne connaissais pas l’existence de cette lointaine parenté et tout ce que je savais de Hull, c’était qu’on y fabriquait des allumettes. » (p. 353)

  • Œuvre comprenant de nombreux figurants, notamment les membres de la famille et proches de Lysette, évoqués à travers ses souvenirs, ses réflexions et ses récits de vie, dont ses petits-enfants, ses oncles et tantes, ses parents, ses enfants, son époux, Maurice Brochu, fidèle compagnon dans les épreuves, ainsi que ses amis, dont le passage ponctue les étapes de son parcours.

« Mon petit-fils, Denis, treize ans, a le cou enflé. Le médecin dit qu’il fait une amygdalite. Il doit se reposer et prendre de la pénicilline. Je m’inquiète de son état. Assise à mon bureau, je voudrais bien oublier qu’il va mal. Je n’arrive pas à travailler, incapable de me concentrer. » (p. 33)

« Dans notre foyer, une animation insolite! Ma tante Françoise, d’une franche gaieté, se dandinait sur une jambe et sur l’autre, retroussant sa jupe et montrant parfois ses cuisses, tandis que son mari, un peu jaloux peut-être, sourire goguenard sous sa moustache poudrée de miettes de biscuits, fronçait les sourcils, ne sachant trop comment réagir. » (p. 40)

« Ma mère avait pour son dire qu’il fallait bien nourrir son homme si on voulait le garder.
– Ma fille, disait-elle, c’est ben facile d’attirer un homme. Des beaux yeux, ça l’attire comme du miel. Mais le garder, c’est une autre histoire. Y faut le faire manger, crois moi, avoir un p’tit plat qui mijote quand y’arrive de travailler… Y’est fatigué après une dure journée, y’a faim, c’est à sa femme de le réconforter. » (p. 121)

« Je me souviens d’une journée particulière, cela date de dix ans peut-être… Ma fille Manon, alors jeune mariée, se plaignait :
– Mom, c’est effrayant comment Emmanuel est grognon quand on magasine. Il me presse, veut toujours qu’on s’en aille, ça m’énerve.
– Fais-le manger avant d’aller magasiner ma chouette. Un homme au ventre affamé, c’est un homme impatient… » (p. 125)

« Parfois, durant la nuit, avant d’éteindre ma lampe de lecture, je me penche sur toi, sans te toucher, et je te regarde dormir.
[…]
Loin de nous, ce jour de notre première rencontre lorsque nous nous observions du coin de l’œil. C’était il y a bien longtemps. Depuis, il y a eu la passion folle, les drames, les orages de la vie intime… La tête appuyée contre ton épaule, je me remémore certains instants vécus auprès de toi : les premières chicanes de couple, les réconciliations, la naissance de nos trésors, les déménagements, les inquiétudes, le décès de nos parents, les voyages…Toi et moi, nous partageons une seule et précieuse mémoire.
Et toujours, je rêve en ta présence. Merci Maurice pour ta tendresse, ton amour toujours aux aguets de mon bien-être, ta loyauté, ta bonté. Tu es mon prince charmant au cœur inépuisablement bon. Sache que je m’estime chanceuse d’être ta femme. » (p. 161-162)

  • Recueil de récits autobiographiques, accompagné d’une collection de photos personnelles et enrichi de textes divers parmi lesquels des lettres d’amour, des oraisons funèbres et des poèmes qui révèlent la vie, les amours et les amitiés de l’auteure; plusieurs retours en arrière dévoilant les événements marquants de sa vie; thèmes (p. ex., amour, perte, tendresse, spiritualité, transmission) permettant au lectorat de tisser des liens avec son vécu.
  • Mise en page aérée; œuvre répartie en douze parties, divisées en chapitres titrés, chacune représentant une tranche de vie de l’auteure, certaines étant précédées d’une citation ou d’un proverbe; éléments graphiques (p. ex., guillemets, italiques, symboles indiquant un changement de scène ou un laps de temps, points de suspension, notes de bas de page) facilitant l’interprétation de l’œuvre; citation, dédicaces, remerciements, poème, avant-propos et photo au début; bibliographie, liste des œuvres, liste de contributions à des revues et à des ouvrages collectifs, table des matières et table des illustrations à la fin; courtes notes biographiques sur l’auteure à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., ébréché, égayait, octogénaires, sudation, voûte) compréhensibles grâce au contexte; mots du registre populaire (p. ex., bidous, bouette, p’tit, ch’fal, taleur) reflétant l’oralité et les régionalismes propres au milieu familial et social de l’auteure; phrases anglaises (p. ex., Welcome, Here at the Children’s palace, you will see many young ones attending a wide selection of extracurricular activities…) illustrant la langue parlée des gens rencontrés lors des voyages.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; divers types et formes de phrases (p. ex., déclarative, impérative, interrogative, exclamative, négative).

« Ma Chevrolet jaune est garée dans la rue, devant mes yeux. Je longe le grillage métallique de trois mètres qui entoure la cour, trouve la barrière de sortie, mais celle-ci est cadenassée. « Réfléchissons, me dis-je, il doit bien y avoir une autre ouverture, quelque part. » Complètement affolée, je cherche une autre issue. Je refais un tour. Rien. Je suis encagée dans la cour de récréation. J’aurais dû sortir par la porte d’en avant. Panique! Que faire? J’arrête une passante, une dame d’une quarantaine d’années qui présente une vague ressemblance avec Maman Plouffe de la série télévisée. » (p. 87)

  • Nombreuses figures de style (p. ex., énumération, comparaison, expression imagée, métaphore, anaphore, personnification) qui rehaussent l’expression des émotions de la narratrice de manière nuancée et poétique.

« Bientôt, la tête me tourna, je toussais, mes yeux pleuraient, ma gorge brûlait, j’étais dégoutée, j’avais envie de vomir. » (p. 57)

« Aurais-je à passer la nuit comme un animal dans un zoo? » (p. 87)

« Je pris mon courage à deux mains et je décidai de lui téléphoner encore une fois. (p. 108)

« La vie continue, et de leurs larmes naîtront des milliers de fleurs. » (p. 217)

« C’est tout ce que je sais faire pour aider mes amis qui ont faim, mes amis qui ont soif, mes amis qui ont peur. » (p. 220)

« Dans la voiture, une cassette de fado nous caresse les oreilles. » (p. 243)

  • Nombreuses séquences narratives et descriptives, qui rendent compte des souvenirs et des expériences vécues par la narratrice; séquences dialoguées peu nombreuses qui aident à comprendre les relations qui existent entre les personnages; ajout de procédés littéraires (p. ex., poèmes, lettres) qui témoignent de la richesse émotionnelle et des réflexions de l’auteure.

« Je n’ai jamais choisi d’attacher à cette histoire de mes quinze ans assez d’importance pour faire l’effort de la raconter aux autres. Pourtant, il m’arrive parfois de croire que ma vie a complètement chaviré ce jour-là.
Je terminais ma dixième année scolaire, contente de me retrouver externe dans un établissement privé pour filles, à Ottawa. Je pouvais donc goûter au plaisir de retourner chez moi, après la classe, pendant que plusieurs de mes camarades, pensionnaires, devaient rester dans leur quotidien routinier, au couvent-école dirigé par les dames de la Congrégation de Notre-Dame. » (p. 63)

« Enfin, j’entendais, comme une mélodie en sous-sol, sans vraiment percevoir le son d’une seule voix, une chorale de jeunes filles en uniforme de serge bleu marine entonnant le cantique des morts, et un écho moqueur répétait le refrain à l’infini. Tout en cherchant les anges dans un pan du Ciel qui m’apparaissait, ne voulant pas choquer les clients pétrifiés, ces témoins impuissants, j’espérais rester élégante et digne malgré tout : je ne voulais pas manquer de grâce, que ma jupe se retrousse un peu trop sur mes jambes nues, décence oblige… » (p. 68)

« Je suis certaine que mon inconscient a vraiment enregistré le message de ma mère. Aussitôt qu’un visiteur entre chez nous, je lui offre à boire et à manger.
– Vous voulez du fromage, un petit four, des grignotines? Un thé vert, du café, un jus, une boisson gazeuse, du San Pellegrino, une tisane, une bière?
C’est plus fort que moi, je veux les nourrir. Mes petits-enfants me font souvent des visites-surprises et me demandent gentiment :
– Mamie, tu veux nous faire du macaroni aux tomates et au fromage?
Si je veux? Bien oui! J’aime les choyer. Je sors une grosse miche ronde de pain et du bon beurre frais. Et pendant que le macaroni cuit au four, je leur prépare, avec amour et délicatesse, des carottes et du céleri, des légumes de couleurs variés, et une trempette à la ciboulette. (C’est quand même mieux que de bourrer leurs poches de chocolats et de bonbons, non?)
– Mamie, on peut faire des biscuits au beurre d’arachide? La jarre à biscuits est vide.
Je leur redis ce que disait ma mère :
– Vous avez les yeux plus grands que la panse.
Ils rient de bon cœur en léchant la pâte sur la cuillère. C’est la joie! » (p. 124-125)

« Une femme à sa fenêtre
rayon pur de soleil
tableau sur jardin
invitation à ouvrir fenêtre-guillotine
jour de souffrance
regrets voilés de vieille dentelle
poussières d’hier papillonnant sur l’air du temps
cœur agité butine le silence transparent
dehors
une belle-de-jour s’ouvre au mystère du ciel
blessures
en sourdine
montent en sanglots étouffés
une femme cicatrise
dans l’ombre
rideau sur clarté » (p. 233)

« Très cher Jean-François,
Je te trouve « nourrissant ». C’est vrai, tu es généreux!
Je t’aime beaucoup…
Ce sont les dernières phrases que je t’écrirais. Je ne savais pas alors qu’elles seraient mes paroles d’adieu.
Merci, grand merci Jean-François.
Lysette Brochu » (p. 240)

Référent(s) culturel(s)

  • Innombrables référents de la francophonie canadienne et internationale parmi lesquels des lieux (p. ex., Hearst, Eastview, Ottawa, Hull, Québec), des artistes (p. ex., Gauguin, Van Gogh, Lamirande, Brel, Ferrat, Julien, Léveillé) et des écrivains (p. ex., Molière, Musset, Somain, Hugo, Duras).
  • Référence aux Iroquois et au massacre de Lachine en 1689.

Pistes d'exploitation

  • Animer une discussion sur quelques récits, tels que Mon Outaouais et Les mots, puis proposer aux élèves de composer un texte argumentatif sur le choix de l’auteure d’appartenir à la francophonie canadienne et internationale. Les inviter à présenter leur travail au groupe-classe.
  • Proposer aux élèves d’écrire un court poème sur un souvenir d’enfance, une personne qui leur est chère, ou un moment marquant de leur vie. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
  • Inviter les élèves à créer un tableau de vie mettant en scène un membre de leur famille, en s’inspirant du style narratif et poétique de l’auteure. Leur demander de structurer leur texte autour d’un souvenir marquant, d’un objet symbolique ou d’un parfum évoquant cette personne, tout en intégrant des procédés littéraires afin de transmettre l’émotion de ce proche. Animer une exposition littéraire en salle de classe où chaque élève présente son texte accompagné d’un objet ou d’une photo liée à la personne évoquée.

Conseils d'utilisation

  • Avant la lecture, contextualiser certains sujets abordés dans l’œuvre, tels que les réflexions de l’auteure sur la religion.
  • Inciter les élèves à lire une autre œuvre de la même auteure, soit Tête froide, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.