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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Mon père, je m’accuse

1940. Maria Comtois vit sur les bords de la rivière des Outaouais, à une époque où l’Église dicte une morale à laquelle il n’est pas facile d’échapper. Mère célibataire, elle est tiraillée par le terrible secret qui l’habite. Maria donne son enfant en adoption, et puis se marie. Pourtant, elle n’est pas libérée du passé. Le drame refait surface lorsque, neuf ans plus tard, Maria devient par hasard la voisine de la mère adoptive.

Mon père, je m’accuse est plus qu’un documentaire sur la vie des années quarante. À travers une histoire qui tient deux familles sur le qui-vive, nous assistons au cheminement de toute une communauté soucieuse de ne pas rater le virage moderne des années 1940-1950.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Un personnage principal, Maria Comtois, une mère célibataire franco-ontarienne vivant sous l’emprise de l’Église catholique et de la société patriarcale de l’époque, déchirée par un lourd secret qui, malgré ses efforts pour reconstruire sa vie, reste prisonnière de son passé, d’autant plus lorsque le destin la place face à la mère adoptive de son enfant, ravivant ainsi une douleur qu’elle croyait enfouie.

« Heureusement, tout se passa bien pour Maria. Après huit heures de contractions et de douleurs, elle donna naissance à une fille pesant sept livres et demie. Malgré les supplications et les cris de Maria pour tenir l’enfant dans ses bras, une des religieuses se dépêcha de sortir la nouveau-née de la salle d’accouchement afin que la jeune fille-mère ne la voie pas.
– Signe ici, dit une autre sœur en lui présentant le formulaire de mise en adoption.
– Je veux voir mon enfant! cria Maria.
– Tu pourras la voir quand tu auras indiqué par signature que tu la donnes en adoption. » (p.33)

« – Comment se nomment vos voisins, Maria?
– Le père, maintenant décédé, était Armand Tranchemontagne et sa femme s’appelle Amélie.
Un seul regard permit à Maria de comprendre qu’elle avait deviné juste. L’enfant qu’elle avait mise au monde neuf ans plus tôt avait en effet été adoptée par Armand et Amélie Tranchemontagne, de Hawkesbury. Un tel soulagement lui redonna son souffle normal et une confiance accrue, celle de savoir qu’Élisabeth, son enfant chérie, grandissait parmi du monde attentionné. » (p. 150)

  • Plusieurs personnages secondaires dont Aurèle Comtois, le père autoritaire de Maria qui, dans un souci de préserver l’honneur familial, la contraint à donner son enfant en adoption, Florence, sa sœur aînée, forcée d’abandonner ses études afin de s’occuper de sa mère mourante et de sa fratrie après le décès de celle-ci, Amélie Tranchemontage, une jeune femme n’ayant pu concevoir un bébé dans les délais prescrits par le curé de sa paroisse, qui décide d’adopter un bébé s’avérant être l’enfant biologique de Maria, Armand Tranchemontagne, mari d’Amélie, un homme avare qui profite de la crise économique de sa communauté et règne comme tyran dans sa famille, ainsi qu’Élisabeth, leur fille, qui découvre peu à peu la vérité sur sa mère biologique lorsque celle-ci devient leur voisine.

« Le père de Maria, Aurèle Comtois, était un homme bon, mais réservé, généreux, mais guère enclin à l’expression des sentiments. Depuis la mort de sa femme, il n’avait jamais su comment parler à ses filles. Lorsque la communication devenait trop intime, cet homme robuste, quasi inébranlable, figeait et quittait aussitôt les lieux. Façon comme une autre de fuir les situations qui le rendaient mal à l’aise. Autant il était capable de pourvoir aux besoins physiques de ses enfants, autant il tergiversait devant leurs besoins affectifs. Puisqu’il s’adonnait jour et nuit aux travaux de la ferme, la responsabilité de la maisonnée incombait à l’aînée, Florence, à qui le chef de la famille avait discrètement délégué la tâche de “parler aux enfants”.  Florence ne s’en était jamais plainte et cette pratique était devenue une habitude toute naturelle. » (p. 11-12)

« – Viens t’asseoir, Maria. J’ai pris une décision, dit-il en respirant profondément. Je t’envoie à Hawkesbury, au centre d’accueil pour… pour jeunes filles. Les bonnes sœurs vont te prendre en main. Tu vas avoir ton bébé là, pis tu r’viendras icitte après comme si de rien n’était. Personne va savoir que t’es en famille. » (p. 26)

« Sœur Bertha le remercia de sa grande générosité, puis se tourna vers Amélie qui posait les habituelles questions.
– D’où vient-elle? Qui sont ses vrais parents?
– Je ne peux évidemment pas vous répondre Madame Tranchemontagne. Ces renseignements sont confidentiels. Les jeunes filles qui viennent ici s’attendent à ce que leur secret soit bien gardé. Je peux seulement vous dire que l’enfant vient d’une bonne famille de fermiers dans le bout de Wendover. La jeune fille qui l’a mise au monde n’avait que dix-sept ans, mais elle était en très bonne santé.
– Merci, merci bien, ma sœur.
Le sourire aux lèvres, le bébé aux bras, Amélie avait peine à croire qu’elle était enfin mère. » (p. 42)

« Elle avait tout essayé avec cet homme – la douceur, la fermeté, la compréhension – mais Armand était devenu trop avare au fil des ans. Avare même de son amour. Les années de crise économique l’avaient endurci dans son avarice, et ce, même si son magasin rapportait assez d’argent pour faire vivre trois familles. » (p. 44)

« Mais Maria n’entendit plus rien après une telle réponse. Quelles étaient les probabilités, en effet, qu’Élisabeth soit née le jour même où Maria avait accouché? À n’en point douter, cette enfant pouvait être sa fille! (p. 144)

  • Roman de mœurs à caractère historique; intrigue qui suit le parcours poignant d’une jeune mère célibataire vivant dans une société patriarcale dominée par l’Église catholique; nombreuses ellipses temporelles qui, en accélérant le rythme de l’histoire, permettent de constater l’évolution lente, mais significative vers la modernité et les débuts du féminisme; thèmes (p. ex., adoption, autorité religieuse, rôle de la femme, mœurs, patriarcat) permettant au lectorat de porter un regard sur les coutumes et les événements qui ont marqué les années quarante, tout en réfléchissant à l’évolution sociale des francophones de l’Est ontarien.
  • Mise en page aérée; œuvre répartie en seize chapitres titrés; éléments graphiques (p. ex., fleurons, guillemets, italiques, majuscules, parenthèses, points de suspension, tirets) facilitant l’interprétation de l’œuvre; dédicace, carte géographique de l’Est ontarien et note de l’auteure au début; table des matières à la fin du livre; courte biographie de l’auteure et annonce du deuxième tome en quatrième de couverture.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus  (p. ex., doléances, dulcinée, idylle, kermesse, tombola) compréhensibles grâce au contexte; mots du registre familier, voire populaire (p. ex., gatochée,  icitte, moé, parsonne, toé, y’a ) et mots anglais (p. ex., business, peanuts, pop-corn, smart, strappe) reflétant le milieu franco-ontarien et la réalité sociale des personnages; passages en latin reflétant les prières pré-Vatican II (p. ex. sanctificetur nomen tuum, sed libera nos a malo ) soulignant l’importance de la religion et des rituels de l’époque.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de formes et de types de phrases (p. ex., non verbale, déclarative, inversée, négative, passive, exclamative, interrogative, impérative, impersonnelle, emphatique) contribuant à la richesse de l’œuvre; utilisation du passé simple dans la narration.

« Novembre 1937. Le vent soufflait sur le petit village de Wendover et Maria frissonnait encore à la pensée du secret qu’elle cachait. » (p. 11)

« Inconsciemment, bien sûr, Florence avait deviné juste : un an plus tard, Dorice mettait au monde un gros garçon de huit livres. Lorsqu’Aurèle arriva avec le nouveau-né à la maison, il imposa des changements. Dorice disparut et Florence fut obligée de quitter l’école pour aider sa mère qui promenait tranquillement sa misère dans la maison. À dix ans, Florence se voyait imposer des responsabilités certes trop lourdes. Et sa mère, un enfant qu’elle n’avait guère souhaité. Mais jamais les filles d’Aurèle Comtois n’entendirent leur maman se plaindre. »  (p. 13)

« Sa réputation serait ternie, l’avenir de Laurent à jamais gâché. Laurent! Elle n’y avait même pas pensé, trop préoccupée à prédire la réaction de son père. Quand le dirait-elle à Laurent? Devait-elle le lui dire? Cette nouvelle risquait de compromettre ses études, son plan de carrière. Et sa pauvre mère qui était au ciel allait encore souffrir. N’avait-elle pas assez pâti sur terre? La douleur devait-elle la poursuivre là-haut? “Pardonnez-moi, chère maman”, dit-elle tout bas. »  (p. 20)

« Après la messe, Amélie et sa famille devaient se rendre chez grand-père Gérard pour le réveillon. Il fallait d’abord aller chercher la nourriture à la maison et c’est en route qu’Armand annonça qu’il n’irait pas au réveillon :
– J’suis trop fatigué. »  (p.116)

« Armand avait souscrit à une assurance de 1 000 $ de la Mutual Life of Canada. Amélie avait alors trouvé que la prime annuelle de 19,83 $ était chère, mais Armand lui avait répondu que ça en vaudrait la peine un jour. Lui, il avait contracté une assurance de 5 000 $ sur sa femme en guise d’héritage. » (p. 125-126)

  • Procédés stylistiques simples (p. ex., antithèse, comparaison, énumération, euphémisme, expression idiomatique, métaphore, hyperbole, répétition, litote, onomatopée) qui enrichissent le texte.

« Elle ne serait plus la fierté, mais plutôt la honte de la famille. » (p. 20)

« Il ne pouvait plus parler. Ses lèvres ne parvenaient pas à prononcer le mot “bébé”; elles tremblaient comme des feuilles. » (p. 23)

« Elle mesurait et taillait ces tissus afin de coudre des couches, des camisoles, des pantalons, des chemises et des robes. » (p. 83-84)

« “Quelques jours plus tard, son père fut emporté par une pneumonie, laissant ta grand-mère et ses deux frères orphelins […].” » (p. 85)

« Puis elle dut accepter ce qui s’était passé et prendre son courage à deux mains, ce qui ne l’empêchait pas de penser secrètement à ses vrais parents.
[…]
La grande blonde, qui interprétait le rôle de la Sainte Vierge, avait cependant plus d’un tour dans son sac. » (p. 103)

« Elle apprenait à se protéger derrière une carapace d’indifférence. » (p. 105)

« – Voyons, Armand, tout le monde va à la messe de minuit!
– Ben, pas moé. J’suis mort de fatigue! » (p. 113)

« Chaque fois qu’elle la regardait, chaque fois qu’elle la prenait, chaque fois qu’elle la serrait contre son cœur, l’image de l’enfant qu’elle avait abandonnée lui revenait en tête. » (p. 140)

« Mais, côté monétaire, Maria et sa famille n’étaient pas les plus riches du quartier. » (p. 156)

« B-O-U-M ! Quelque chose en dedans d’Aurèle Comtois explosa. » (p. 191)

  • Séquences narratives et descriptives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui permettent de se représenter les personnages, saisir les relations qui existent entre eux, comprendre leurs habitudes de vie, ainsi que les événements historiques de l’époque et les lieux évoqués; ajout de deux lettres contribuant à la vraisemblance de l’histoire.

« La cérémonie dura jusqu’à dix heures. Puis, la première vigile du congrès débuta. Cette veillée de prières se prolongea jusqu’à minuit et fut suivie d’une messe. Amélie et sa famille s’en retournèrent chez eux pour revenir le lendemain matin assister aux basses messes. Pendant ces trois jours de congrès, des basses messes furent célébrées entre quatre et neuf heures du matin, suivies de la grand-messe à neuf heures. Les citoyens assistaient à différentes cérémonies durant la journée et, le soir, plusieurs passaient la veillée à prier. » (p. 66)

« – J’vais prendre soin d’elle aujourd’hui. Va te reposer, ma bonne Maria.
Maria regarda Amélie d’un air inquiet.
– Oui, vas-y Maria, ajouta Amélie, forçant un sourire pour rassurer sa bonne amie.
Une fois Maria partie, Béatrice installa Amélie bien confortablement, lui fit un thé et aborda le sujet qui la préoccupait.
– Amélie, as-tu pensé à ce que ferait Élisabeth si jamais… si jamais …
– Aie pas peur de l’dire, Béatrice : si j’meurs ou plutôt quand j’vais mourir, ajouta tristement Amélie. »  (p. 173-174)

« Ma chère Maria,

J’ai réalisé, dans les derniers jours, que je ne devais pas être fâchée contre toi pour être la mère naturelle d’Élisabeth, mais que je devais plutôt te remercier. Te remercier pour m’avoir prêté ce petit ange qui a su combler ma vie. Te remercier pour avoir si bien pris soin de nous pendant ma maladie. Pour ces raisons, je te redonne ton petit ange. Je sais que tu en auras bien soin et que tu lui parleras de son autre mère de temps à autre. Prends soin d’elle et dis-lui que je l’aime. Merci de tout cœur.

Ton amie,
Amélie » (p. 215)

Référent(s) culturel(s)

  • Référence à des établissements d’éducation francophone (p. ex., Grand Séminaire d’Ottawa, Université d’Ottawa).
  • Référence au Centre Moira, centre d’accueil pour mères célibataires, situé à Hawkesbury.
  • Mention de l’oratoire Saint-Joseph, situé à Montréal, ainsi que de plusieurs paroisses et hôpitaux francophones du comté de Prescott-Russell.
  • Référence aux mœurs et aux coutumes familiales, sociales et religieuses des Franco-Ontariens.
  • Référence à des villes et villages de l’Est-Ontarien (p. ex., Alexandria, Hawkesbury, Orignal, Ottawa, Rockland, Wendover) et du Québec (p. ex., Brownsburg, Grenville, Montréal, Sainte-Foy)
  • Référence au sirop Lambert, un des plus anciens remèdes contre la toux, développé et commercialisé au Québec.
  • Référence au Carillon, hebdomadaire de Hawkesbury.
  • Référence aux festivités entourant la Saint-Jean-Baptiste, fête des francophones.

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, d’effectuer une recherche sur la participation des femmes canadiennes à l’effort de guerre (p. ex., dans les secteurs du décryptage de codes, de l’espionnage, des industries de guerre, des usines de munitions), ainsi que sur les répercussions sociales et familiales de cette implication, puis sur leur retour éventuel à leurs rôles traditionnels après la guerre. Leur demander de présenter leur travail sous la forme de leur choix devant les élèves de l’école, à une occasion appropriée (p. ex., Jour du Souvenir, Journée internationale des femmes, Semaine des vétérans).
  • Inviter les élèves, regroupés en équipes, à comparer les conséquences d’une grossesse non planifiée à l’époque du roman et à l’époque contemporaine. Leur proposer ensuite de dresser une liste de ressources disponibles venant en aide aux mères célibataires dans leur communauté, puis d’en créer des affiches qu’ils exposeront dans un lieu approprié.
  • Demander aux élèves, réunis en équipes, de créer une exposition multimédia (p. ex, affiches, vidéo, musique, photos) illustrant la vie des Canadiens français dans les années quarante. Leur proposer d’inclure des éléments de la culture populaire, des événements marquants et des éléments de la vie quotidienne, puis de réfléchir à la manière dont ces éléments résonnent dans l’œuvre. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
  • Proposer aux élèves de rédiger le journal intime de Maria en y intégrant des entrées reflétant leur compréhension des conflits intérieurs et des défis émotifs qu’elle a traversés face aux épreuves de sa vie. Animer une mise en commun afin de leur permettre de lire des extraits du journal intime au groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Avant la lecture, fournir aux élèves un aperçu du contexte historique du roman, afin de les sensibiliser à la position de l’Église envers les femmes et de leur expliquer qu’à cette époque, l’autorité était principalement incarnée par le clergé et les hommes. Cela permettra de mieux comprendre les tensions sociales et les rapports de pouvoir qui influencent les événements du récit.
  • Faire preuve de doigté lors des discussions sur certains thèmes (p. ex., adoption, maladie, grossesse) abordés dans le roman; accompagner les élèves qui pourraient vivre des situations semblables.
  • Accorder une attention particulière aux expressions et aux insultes aujourd’hui jugées inacceptables mais courantes à l’époque représentée dans l’œuvre (p. ex., “arriéré”, “bâtarde“, « retardé”, “mongols”, “vrais parents”).
  • Encourager les élèves à lire d’autres œuvres exploitant des thèmes semblables, telles que Marie-Tempête, Dans le pli des collines, Chroniques du Nouvel-Ontario – Les routes incertaines, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Villages et Visages, Hawkesbury.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Raconte-moi la Grande Guerre, le rôle des femmes.