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Miguetsh! Portrait d’un passeur d’histoires

Un jeune Métis dont l'histoire est vieille comme l'Amérique trouve, grâce à son grand-père, à sa grand-mère, aux Arbres et à bien d'autres, sa place dans l'univers et dans le monde contemporain. Il porte en lui la mémoire de ses ancêtres, comme si ces derniers l'avaient choisi pour les prolonger dans le monde d'aujourd'hui et de demain. Il est un passeur d'histoires...

(Adapté de la quatrième de couverture du livre.) 

À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narrateur, Pien, vivant heureux dans un milieu de vie traditionnel autochtone, entouré de grands-parents bienveillants et élevé par son père, en l’absence de sa mère qui a choisi de refaire sa vie à la ville.

    « Mon grand-père s’appelait Wawaté, un nom algonquin qui signifie "Aurores Boréales". Il s’appelait ainsi car c’était un homme d’intelligence et de lumière.
    […]
    Ma grand-mère s’appelait Kokum, ce qui se traduit par "Lune". Elle s’appelait Lune car elle était généreuse et féconde. 
    Et moi, qui vous parle aujourd’hui, je suis Pien, ou Pierre. Je suis le petit-fils et l’héritier de la Lune et des Aurores Boréales. » (p. 5)

    « J’adorais Shipun comme seul un enfant peut aduler son père, d’un amour sans détour, sans frontières. Sans qu’il ait à me le dire, je savais qu’il m’aimait et surtout qu’il m’estimait. J’étais son fils et il en était heureux. J’étais prêt à tout lui pardonner.
    Mais je le craignais également. Je connaissais sa puissance destructrice. Ma mère aussi. Un jour, elle est retournée vivre en ville. » (p. 48)
     

  • Quelques personnages secondaires, dont Jos Fecteau, pilote d’avion, et Joachim Kistabish, trappeur.  

    « Lorsque quelqu’un mentionnait tout haut qu’il était un bon pilote, Monsieur Jos Fecteau s’en tirait toujours avec la même entourloupette : "Ce doit être vrai. En vingt ans de pilotage, je n’ai jamais laissé personne en l’air!" » (p. 66)

    « Joachim a fait une pause pour nous laisser le temps de bien comprendre ce qu’il disait, puis il a repris la parole.
    […]
    "Au cours de l’été, en notre absence, les hommes blancs ont ouvert des chemins avec des tracteurs. Ils ont déchiré la terre, déraciné de vieux pins, des sapins, des épinettes, souillé les ruisseaux, saccagé les plus beaux ravages1  des orignaux…"  » (p. 92)
     

  • Roman à saveur autobiographique dans lequel l’auteur aborde des sujets variés (p. ex., valeurs morales, légendes, croyances, rites, caractère sacré de certains phénomènes, aspirations des peuples autochtones), lui permettant de faire connaître la richesse de l’héritage culturel autochtone et de dénoncer les injustices commises à l’égard des Premières Nations.
  • Intrigue constituée d’une suite de souvenirs, le plus souvent liés aux temps de la journée et aux saisons, mais suivant, dans l’ensemble, l’ordre chronologique de l’enfance à l’adolescence du personnage principal.
  • Une quarantaine de dessins comportant des portraits d’enfants, d’anciens et d’animaux, ainsi que des paysages et des scènes de la vie quotidienne des Anishnabés, tracés simplement aux crayons et accompagnés de vignettes, qui facilitent la compréhension de l'oeuvre.
  • Mise en page aérée; texte réparti en 22 chapitres titrés et numérotés, précédés de textes poétiques parfois très courts, et agrémentés de nombreuses illustrations; phrases, en grands caractères majuscules, chapeautant les chapitres dont elles sont extraites; éléments graphiques (p. ex., guillemets, points de suspension, italiques, notes de bas de page) facilitant la compréhension; dédicace et prologue au début de l’œuvre; épilogue, renseignements sur l’auteur, remerciements de l’auteur et glossaire à la suite du 22e chapitre.

Langue

  • Registre de langue habituellement courant dans la narration et la poésie en prose; citations sentencieuses rappelant l’enseignement religieux reçu des missionnaires; périphrases témoignant de la langue imagée des Anishnabés; incantations et formules, utilisées pour demander de l’aide ou pour conjurer le mauvais sort, illustrant la croyance des peuples autochtones en une puissance supérieure. 

    « L’évêque s’est redressé. Il a crié à l’assistance, les bras levés au ciel : "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église!" » (p. 12)

    « Je descendais la falaise rocailleuse jusque sur la plage du lac Cabonga, mot qui veut dire " là où le sable des plages est doré comme les rayons du soleil au mois des fraises". » (p. 19)

    « "Manitous! Manitous! Manitous! Où êtes-vous? Où êtes-vous? Je vous cherche partout, je vous cherche partout." » (p. 140)
     

  • Amérindianismes (p. ex., pemmican, banique), canadianismes (p. ex., micouenne), anglicismes (p. ex., boiler), marques de commerce (p. ex., Tender Flakes) et patronymes (p. ex., Brascoupé, Whiteduck), ajoutant de la couleur locale et permettant de comprendre le contexte de vie multiculturel dans lequel l’auteur a grandi; vocabulaire compréhensible grâce au contexte, aux notes de bas de page et au glossaire. 

    « C’était des tombes. Ailleurs il n’y avait pas de croix mais un cairn fait de pierres empilées les unes sur les autres. » (p. 20)

    « Nous mangions comme des Wendigo8 de la perdrix à la chair ferme et sombre, des patates et des glissantes bouillies9 dans le même chaudron, du pain trempé dans l'onctueuse sauce blanche au fond de notre assiette creuse. » (p. 88)
     

  • Emploi de divers types et formes de phrases (p. ex., déclarative, impérative, interrogative, exclamative, passive, négative) contribuant au rythme de la lecture et à la lisibilité de l'oeuvre.

    « Tout le flanc de la montagne avait été mis à nu. La coupe à blanc me bouleversait. Je me demandais : "Pourquoi tout ce bois? À quoi leur servait-il?" La tête me tournait. J’avais le sentiment que notre vie basculait. Je n’avais jamais été inquiet à ce point auparavant. »     (p. 107)

    « J’ai bu une grande rasade d’eau qui débordait de partout et j’ai moi aussi essuyé ma bouche du revers de la main. L’eau de source, je la sentais froide dans ma bouche, le long de ma gorge, dans mon ventre. Elle m’inondait le cou et l’estomac.
    – Elle est bonne? m’a demandé Wawaté en souriant.
    – Je n’ai jamais bu de meilleure eau, grand-papa! C’est la meilleure au monde.
    – C’est ça, la vie, m’a-t-il dit en hochant la tête. Viens, assoyons-nous ici, au pied du gros bouleau blanc. C’est ma place préférée. » (p. 130)
     

  • Très nombreuses figures de style (p. ex., personnification, énumération, comparaison, euphémisme, onomatopée, oxymore) et expressions imagées, le plus souvent liées à la nature et au règne animal, illustrant la façon dont Miguetsh saisit le monde.

    « La forêt était accueillante, calme, silencieuse. On aurait dit qu’elle me retenait dans ses bras, me cajolait, m’enjôlait. » (p. 22)

    « Toute sa vie il avait voyagé vers le Nord, migrant comme les oies sauvages. » (p. 70)

    « Wawaté se préparait à vivre dans le monde des ancêtres. » (p. 75)

    « Et le géant aux commandes lançait de plus belle des cris puissants qui pétaient en coups de fusil : "Hush! Hush! Hâ! Hâ! Allez! Allez! Hâ! Hâ!" » (p. 85)

    « À la queue leu leu, les chiens aboyaient, se cabraient, fonçaient dans les colliers, le pavillon au vent, roulé en queue d’écureuil. Le traîneau bondissait, je riais aux larmes, les dents serrées. » (p. 85)
     

  • Séquences descriptives permettant d’imaginer le monde dans lequel l’auteur a vécu son enfance et de se représenter certains objets, personnages et phénomènes naturels; récits imbriqués dans le roman pour transmettre des enseignements à l’instar des fables; séquences dialoguées peu nombreuses, qui permettent de comprendre les liens entre les personnages, ainsi qu’entre les personnages et la nature.

    « Notre toute petite maison blanche au toit rouge, construite à l’abri des grands vents, était planquée entre les troncs et les racines tordues des vieux pins gris, à la manière d’un lièvre qui se terre par crainte du froid… ou du renard. » (p. 15)

    « Elle connaissait par cœur le nom des étoiles que je montrais du doigt; je savais par laquelle commencer.
    – Celle-là, Kokum, la grosse qui scintille…
    – Elle, ah oui! elle est très belle; c’est l’étoile du Nord, la seule à ne pas bouger dans le ciel. Elle nous guide quand nous voyageons sur nos territoires de chasse. » (p. 26)

    « Ce n’était pas les premières aurores boréales que nous observions mais, ce soir-là, peut-être à cause de la pleine lune et de la limpidité du ciel, elles roucoulaient et dansaient comme des coqs qui chantent la pomme à leur perdrix. » (p. 27) 

    « À ma naissance, j’ai reçu une belle paire de mukluks2 en peau d’orignal boucanée, ornés de fourrure de castor et décorés de piquants de porc-épic teints en rouge. » (p. 33)

    « Mon père était un géant. […] Il avait une forte carrure, le cou en tronc d’arbre, des mains d’ours. » (p. 47)

    « – Salut, Grand Bonhomme.
    – Salut, Monsieur Jos Fecteau. Je suis content de vous voir! » (p. 66)

    « … mon père […] s’est calé sur sa chaise pivotante en me disant : "Pien, je vais te raconter une histoire […]
    "C’est l’histoire d’un jeune homme, un jeune homme Blanc qui se présente ici, au lac Cabonga, un jour de printemps. Personne ne le connaît, ni ne l’attend. Il va à la rencontre des hommes qui réparent leurs canots près du quai… » (p. 113)

Référent(s) culturel(s)

  • Mention de la Compagnie de la Baie d'Hudson et de quelques toponymes (p. ex., Saguenay, fleuve Saint-Laurent, lac Barrière, lac Simon, Val-d'Or), indiquant que les événements se déroulent au Canada.
  • Très nombreuses références à la culture, aux traditions et aux valeurs autochtones.

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves de lire à voix haute un passage de l'œuvre qui les a touchés (p. ex., la coupe à blanc (p. 106-107)) et d'expliquer pourquoi.
  • Animer une discussion à partir des questions suivantes : Quelle tradition familiale voudrais-tu transmettre à tes enfants? Pourquoi?
  • Inviter les élèves, regroupés en dyades, à rédiger quelques questions qu'ils souhaiteraient poser à l'auteur du roman, puis à en faire part au groupe-classe.
  • Demander aux élèves de noter, au cours de la lecture, dans un journal personnel, des événements de leur vie auxquels ils ont pensé en lisant le roman. Après la lecture, former des équipes de trois ou de quatre, puis inviter les élèves à faire part aux membres de leur équipe de quelques-unes des entrées de leur journal.    

Conseils d'utilisation

  • Expliquer aux élèves le concept de « passeur » et le sens du mot « Miguetsh ».
  • Avant la lecture, vérifier les connaissances des élèves au sujet de la culture des peuples autochtones et sonder leur opinion au sujet de certains stéréotypes dommageables entretenus à leur égard. (p. ex., l'alcoolisme, la paresse).
  • Après la lecture, revoir l'opinion des élèves au sujet des stéréotypes dommageables entretenus à l'égard des peuples autochtones.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Série : Francophonies d'Amérique, Le monde qui parlait aux arbres.  
  • CFORP. 2014. QUAD9, vol. 9, n⁰ 4, Les peuples autochtones : Premières Nations, Métis et Inuits, Ottawa.