Contenu
- Cinq personnages principaux issus du milieu populaire, vivant d’espoir, mais contraints de lutter pour survivre et qui recourent aux moyens dont ils disposent pour subsister et tenter de s’en sortir, soit Bernie, en fin de peine après une cure de désintoxication, qui rêve de reconstruire sa vie auprès de Claire, Shirley, une chanteuse country désabusée, qui poursuit obstinément un rêve de célébrité malgré les désillusions et les scènes minables, Zach son amoureux, un détenu au passé trouble, impliqué dans un trafic de drogue, Claire, la mère de l’enfant de Bernie, qui cherche à protéger son enfant, et Mireille, une chauffeuse de taxi qui rêve de se ressourcer en Arizona.
BERNIE : Moé j’suis rentré par la ‘tite porte d’en arrière.
Mais m’a sortir par la grande porte d’en avant.
Ouais, j’suis rentré par la tout’ite porte d’en arrière.
Mais m’a sortir de la chriss de grande porte d’en avant. » (p. 16)
« SHIRLEY : Oui. Shirley, Shirley, Shirley. Avant la troisième toune. Tu parles de ton disque qui s’en vient, pis après tu fais la passe du bonhomme. Oui? » (p. 18)
« BERNIE : Comment ça s’fait Zach t’es là-d’dans?
ZACH : Tu m’connais Bernie. On s’connaît depuis tout l’temps. J’suis small time. Small time. J’ai toujours été small time. J’ai toujours voulu rester small time. Fuck that shit! T’sais. Ti-dealer, tite ville. Gramme, deux grammes, dix grammes. Clients réguliers. Mes trois, quatre hôtels en fin d’semaine. J’fais pas d’mal à personne. Un service communautaire. C’est ça l’concept. C’est vrai, c’est pas vrai? » (p. 44)
« CLAIRE : J’ai pas l’temps pour ça. C’est pas ça qui est important. Nourrir, torcher, laver. Nourrir pis torcher. […] Aimer? Fuck. Que c’est qu’on connaît là-d’dans? […] L’important tu-suite, c’est que ça l’air on va être obligé de déménager pis que j’ai pas l’argent pour déménager. » (p. 90)
« SHIRLEY : La folle qui fait du taxi chez nous. T’a connais. Mireille quelque chose.
BERNIE : Oui, oui. J’lai vue.
SHIRLEY: Celle-là a fait pitié pis c’est vrai. » (p. 122)
- Pièce de théâtre mettant en lumière les rêves et espoirs de cinq personnes que la vie dure n’a pas négligés; intrigue, entrecoupée de tranches de vie et de rencontres entre ces personnages, qui tourne autour d’un petit revendeur de drogue emprisonné, contraint de rembourser une dette aux motards des Hell’s Angels, et qui entraîne les autres à s’impliquer, le tout se décidant dans une course de chevaux; thèmes variés (p. ex., amour, argent, drogue, espoir, prison) aptes à susciter des conversations intéressantes.
- Mise en page simple; œuvre en trois actes, sans scènes définies; éléments graphiques (p. ex., italiques pour marquer les didascalies et les indications scéniques, points de suspension pour souligner les idées incomplètes ou les paroles interrompues, majuscules pour insister sur certaines émotions, ainsi que des barres obliques marquant les transitions rapides entre les idées) facilitant l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres du même auteur et distribution au début; dix photos tirées d’une représentation de la pièce, réparties tout au long de l’ouvrage et contribuant à ancrer visuellement les personnages et l’univers scénique dans l’imaginaire du lectorat; dossier et liste d’œuvres de la collection à la fin.
Langue
- Registre de langue courant dans les didascalies; registres de langue populaire et familier (p. ex., jobbe, entéka, Moé, yenque) dans les répliques; mots anglais (p. ex., dive, buddies, low key, backfire) témoins de l’univers linguistique propre aux personnages de la pièce.
- Prédominance de phrases à construction particulière; abondance de phrases impératives, interrogatives et exclamatives traduisant l’urgence, la tension et l’incompréhension qui marquent les interactions entre les personnages.
« SHIRLEY : Donnez-moé un stage. Donnez-moé un public. M’a t’réchauffer ça, mon homme. » (p. 16)
« ZACH : Pis hein…?
BERNIE : Ouain.
ZACH : C’est facile.
BERNIE : O fuck, facile…?
ZACH : Hein? Je l’sais… » (p. 21)
« CLAIRE : La situation icitte c’est… toé tu bouges pas sans ma permission, pas l’p’tit doigt, OK? J’veux pas que tu rentres, tu rentres pas. J’veux pas que tu la voies, tu ne la vois pas. » (p. 82)
« SHIRLEY : À trois heures? Zach t’a dit à trois heures? » (p. 94)
« MIREILLE : Hey Bernie! Bernie! Ououou oui! Y’a d’l’action à soir. Des dentistes. Y’a un congrès de dentistes en ville. Y’ont pas p’us rentrer au Casino, sont tout’ icitte. Ça va plomber la semaine prochaine pour refaire le cash qu’y vont perdre à soir, watch toé! » (p. 115)
- Figures de style peu nombreuses (p. ex., répétition, énumération, hyperbole) qui caractérisent le style de l’auteur.
« SHIRLEY: […] Trois! Trois tounes! Trois chansons pour ouvrir le show! » (p. 29)
« BERNIE: Un but clair, net, précis. » (p. 77)
« MIREILLE: […] Tu ris de ma révélation, j’t’arrache la moitié d’la face! » (p. 142)
- Nombreuses onomatopées traduisant la difficulté des personnages à exprimer clairement leurs pensées ou à mettre des mots sur leurs émotions et les situations qu’ils traversent; expressions idiomatiques reflétant les réactions naturelles et la culture langagière des personnages.
« ZACH : Quand la porte ferme, t’sais… Claing! Pis j’entends le verrou qui tombe en place Ka schlick! Ah!… j’peux pas te dire ostie c’que ça m’fait. C’est comme dans ma tête, ça va Tssssss… tout l’temps Tsssss… un son ben aigu Tsssss… comme un serpent à sonnettes… » (p. 28)
« CLAIRE : […] Prends-moé pas pour une valise. » (p. 83)
- Nombreuses didascalies permettant de situer l’action, l’atmosphère et le contexte socioculturel; lieu et temps précisés au début de la pièce.
« La sonnerie au début d’une course. Le bruit des chevaux qui courent. Mireille est aux courses. Elle a un verre de bière rempli à ras bord dans une main et un ticket dans l’autre. » (p. 11)
« Shirley boit au goulot d’une bouteille de Canadian Club. Devant elle, il y a un sac de papier kraft éventré plein d’argent, et une boîte de souliers. Elle parle dans la bouteille comme si c’était un micro à la soirée de gala de l’ADISQ. » (p. 54)
« En prison. Zach et Bernie vont se rendre à leurs cellules adjacentes. Les sonneries sont celles de la prison. Ce sont les étapes du rituel de fin de journée. Sonneries. Zach ramasse ses cartes et se lève. » (p. 56)
Référent(s) culturel(s)
- Référence à des lieux au Canada (p. ex., rue Sainte-Catherine, Laval, Moonbeam, Kapuskasing).
- Référence au gala de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), un événement célébrant les artistes et la musique francophones.
Pistes d'exploitation
- Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de sélectionner quelques extraits de la pièce et de les transposer du registre populaire au registre courant (p. ex., l’échange entre Mireille et Bernie à partir de « Fait que t’as-tu besoin d’argent? » (p. 69) ou la dernière réplique de Mireille (p. 76)). Animer ensuite une discussion en groupe-classe sur les effets de ces modifications, notamment sur la vraisemblance, l’authenticité et la crédibilité des personnages.
- Inviter les élèves, réunis en dyades, à imaginer une suite à la pièce, en s’appuyant sur le dénouement proposé par Dalpé et en tenant compte des rêves que chérissaient les personnages. Organiser ensuite une séance de partage où chaque duo présente son acte à un autre groupe afin de susciter des échanges autour des choix narratifs et de l’évolution des personnages.
- Proposer aux élèves la lecture de l’œuvre Le chien, une autre pièce de Jean Marc Dalpé, afin d’établir une comparaison avec Lucky Lady sur le plan des thèmes, du langage utilisé par les personnages, des problèmes auxquels ils sont confrontés et du dénouement de chaque pièce. Leur demander de consigner les similitudes et les différences à l’aide d’un diagramme de Venn, puis animer une mise en commun où chaque équipe présente son analyse au groupe-classe.
- Inviter les élèves à effectuer une recherche sur le gala de l’ADISQ afin d’en découvrir le fonctionnement, les principales catégories de prix et son évolution dans l’histoire musicale francophone. Les encourager également à se renseigner sur le gala franco-ontarien du Trille Or, puis leur demander de consigner leurs découvertes sous forme de carte heuristique afin de visualiser les liens entre les deux événements. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
Conseils d'utilisation
- Prévenir les élèves du langage vulgaire utilisé dans la pièce, un choix délibéré de l’auteur pour renforcer la vraisemblance des personnages issus d’un milieu social défavorisé.
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats (p. ex., adoption, dépression, sexualité, criminalité, objectification d’une mineure) abordés dans l’œuvre.
- Porter une attention particulière au terme désuet employé pour parler des Premières Nations (indien) et aux mots empruntés à leur culture (p. ex., totem, Grand Esprit).
- Inviter les élèves à explorer la section « Dossier » pour mieux comprendre l’importance de Jean Marc Dalpé dans le développement du théâtre franco-ontarien.
- Encourager les élèves à découvrir d’autres œuvres du même auteur, telles que Le Chien, Et d’ailleurs et Nickel, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série: TFO 24.7- Le stress, la science, les arts et plus encore —Créer du théâtre franco-ontarien.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série: Lucky Lady de Jean-Marc Dalpé — Théâtre en balado.