Contenu
- Personnage principal, Thomas, un homme mutique et amnésique, dont le silence masque une mémoire traumatique envahie par les fantômes de son passé et une identité effacée, ne prononçant qu’un seul mot à la fin de l’œuvre.
« MARTHE
Mais t’es pas mental, Thomas. Quand ils savent pas où te mettre, quand ils peuvent pas te mettre en prison, ils t’envoient ici. Pour te faire examiner.
ANNIE : Ils m’ont dit que t’étais pas dangereux. Mais.
MARTHE
Ils savent pas qui t’es.
PITE
T’avais rien dans les poches. Pas de papiers. Pas de numéro. Pas de clé.
ANNIE-2
Pas de char. Pas d’adresse. Pas de clé.
MARTHE
Du linge sale. Un sac usé. Pas de clé. » (p. 21-22)
« PITE
Un gars qui se promène sans ses oreilles, il se perd dans sa tête. Comme toi. T’es-tu perdu dans ta tête, mon Thomas? C’est à cause que t’as donné tes oreilles avec ton cœur. Pis tu sais pus comment écouter. Ça fait que tu parles pus.
MARTHE
Thomas, va falloir que tu trouves une manière de sortir d’où que t’es.
PITE
Comment tu vas faire si t’as pas d’oreilles?
ANNIE : Quand je t’ai vu pour la première fois. Tu t’en rappelles de la première fois. Quand on s’est rencontrés. T’étais. » (p. 33)
« Temps. Ève s’avance vers Thomas et lui passe une main sur la joue.
ANNIE : Viens.
Sortie d’Annie et d’Ève.
Silence.
Thomas fixe la photo d’Ève. Il hésite.
THOMAS : Ève.
Les bruits de la ville envahissent l’espace.
Noir. » (p. 87)
- Deux personnages secondaires réels, dont Annie, une femme que Thomas a autrefois aimée, et Ève, leur fille, ainsi que trois figures fantomatiques, soit Annie-2, version plus jeune de son ex-compagne, Pite, un ancien locataire de la maison familiale, et Marthe, la mère de Thomas, qui traduisent les états d’âme, les souvenirs et les conflits intérieurs du personnage principal.
« ANNIE : Je t’ai pris la main. Tu m’as tout donné pis j’étais la fille la plus heureuse du monde. T’étais mon homme dans ce temps-là. Tu t’en rappelles, hein? » (p. 36)
« ANNIE-2
Il voulait lâcher sa job pour sa mère. Trop, c’est trop. Moi, là-dedans, je suis quoi? » (p. 68)
« PITE
C’est à Thomas que tu devrais parler. Pas à elle. Thomas devrait être ici avec toi.
MARTHE
Attends dans la cuisine. Je vas te le dire quand je vas avoir besoin de toi.
PITE
Marche.
MARTHE
Arrête de te mettre entre moi pis mon fils.
PITE
Je me mets entre toi pis elle.
MARTHE
Tu comprends rien de ce qui se passe ici. T’as jamais rien compris. Parce que tu voulais pas comprendre. Tu pouvais pas. Ça te dépasse. Ça fait que. Arrête de jouer au père de famille. T’es un chambreur dans ma maison. Tu sais ta place! Prends-la! » (p. 70)
- Pièce de théâtre se déroulant dans un hôpital psychiatrique et dont le schéma narratif gravite autour du personnage principal, Thomas, qui ne prononce qu’un seul mot à la fin de l’œuvre; nombreux retours en arrière, incarnés par les personnages fantomatiques issus de la mémoire de Thomas, permettant de reconstituer peu à peu les événements tragiques de son passé et de mieux comprendre les raisons de son silence; thèmes (p. ex., incommunicabilité, amour maternel, questionnement existentiel, quête identitaire) aptes à susciter des discussions avec les élèves.
- Mise en page simple; œuvre répartie en un acte, divisé en trois scènes; éléments graphiques (p. ex., italiques, guillemets, points de suspension, parenthèses) facilitant l’interprétation du texte; liste des œuvres du même auteur chez le même éditeur, dédicace et page de création au début; courtes notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans les didascalies; registres de langue familier et populaire dans les répliques (p. ex., jober, boss, guidoune, chrisse, cinq cent piastres) et mots anglais (p. ex., Do you want to get killed, Dream on) ajoutant à l’authenticité de l’intrigue et des personnages.
- Prédominance de phrases à construction particulière; abondance de phrases impératives, exclamatives et interrogatives traduisant l’intensité des émotions des personnages et contribuant à maintenir la tension dramatique tout au long de l’intrigue.
« PITE
Tu devrais pas recommencer à fumer.
ANNIE-2
Achètes-y donc un carton!
PITE
Toi, ferme-la!
MARTHE
Crie pas après. Faut essayer de la comprendre.
PITE
Que c’est qu’y a à comprendre? À voir, on voit ben. Une trimpe. » (p. 17-18)
- Nombreuses figures de style (p. ex., onomatopée, hyperbole, métonymie, comparaison, métaphore, répétition) permettant d’apprécier le style accessible de l’auteur.
« ANNIE-2
Clac, clac, clac! Ferme-la! » (p. 13)
« PITE
[…] Pendant dix ans t’as suivi des dizaines, des centaines, peut-être des milliers de filles qui lui ressemblaient. » (p. 26)
« MARTHE
Tes yeux ont rencontré des yeux. Tu les as reconnus. » (p. 28)
« ANNIE
En entrant chez vous, je me suis sentie comme la pauvre fille qui entre dans un château. Ta mère, c’était la reine, pis toi, t’étais mon prince. Moi, j’allais devenir une princesse. » (p. 39)
« MARTHE
Je suis morte pour que tu réalises ta vie, le rêve de ta vie. » (p. 50)
« PITE
Thomas. Tu vas pas t’en prendre à moi, hein? Moi! J’ai fait ce que ta mère voulait. Que c’est que tu me fais, mon Thomas? Pourquoi tu veux pus de moi? Thomas? Thomas? Thomas? » (p. 80)
- Didascalies, généralement détaillées, contribuant à la clarté de l’œuvre ainsi qu’à la compréhension des gestes et des sentiments des personnages.
« Thomas fixe le vide devant lui, en lui. Il porte une combinaison institutionnelle. Son sac d’épicerie est posé sur une petite table. » (p. 11)
« Thomas est seul. Le sac d’épicerie repose sur la petite table.
…
Entrée d’Annie et d’Ève. Annie apporte des vêtements et un nouveau sac d’épicerie. Ève se tient derrière Annie, une feuille de papier entre les mains.
Silence. Annie donne les vêtements à Thomas, qui se change aussitôt. » (p. 82)
Référent(s) culturel(s)
- Allusion aux tensions linguistiques et identitaires vécues par les francophones en milieu minoritaire.
« PITE
Sur les bateaux, ils m’appelaient Peter. Mais c’était Pierre, mon nom. Après ils ont déformé ça à Pete. Pis c’est devenu Pite. Pite. C’est moi Pite. » (p. 12)
- Mention de quelques villes à forte population francophone (p. ex., Montréal, Sudbury).
Pistes d'exploitation
- Proposer aux élèves, regroupés en équipes, d’analyser le titre de l’œuvre à partir des questions suivantes : Que signifie L’homme effacé? Est-ce une disparition sociale, identitaire, affective, linguistique? Animer une mise en commun afin de permettre aux élèves de faire part de leurs réflexions au groupe-classe.
- Suggérer aux élèves, réunis en dyades, de créer une affiche symbolique de la pièce (représentant les fantômes, le silence, l’effacement), puis de la présenter au groupe-classe en expliquant leurs choix artistiques, les symboles utilisés et la façon dont leur création reflète l’univers de l’œuvre.
- Inviter les élèves à rédiger un monologue original exprimant les pensées, émotions ou souvenirs d’un personnage secondaire (Annie-2, Pite ou Marthe). Les encourager ensuite à le présenter à l’oral en portant une attention particulière à l’intonation, au rythme et à l’expression corporelle, afin de donner vie et authenticité à leur interprétation.
- Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de mener une recherche sur l’auteur, en tenant compte de critères particuliers (p. ex., sa carrière littéraire, ses distinctions, son engagement culturel, son style). Les inviter à présenter leurs trouvailles au groupe-classe sous la forme de leur choix (p. ex., présentation multimédia, affiche, infographie).
Conseils d'utilisation
- Présenter le concept de « personnages fantomatiques », qui sont omniprésents et qui interviennent tout au long de l’œuvre, afin de bien faire ressortir les sentiments forts vécus par le personnage principal.
- Accorder une attention particulière aux thèmes sensibles (p. ex., suicide assisté, avortement, racisme, violence verbale et psychologique) dont on traite dans l’œuvre.
- Préparer les élèves à la présence d’un langage vulgaire dans l’œuvre, incluant l’usage de termes péjoratifs à l’égard des femmes (p. ex. guidoune, pute) et la référence à des publications sexistes telles que Playboy. Sensibiliser les élèves à la représentation des femmes dans ces discours afin de susciter une réflexion critique sur les normes sociales, les préjugés et les rapports de pouvoir.
- Encourager les élèves à lire d’autres œuvres du même auteur, telles que French Town et Iphigénie en trichromie, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Le bilinguisme, un atout pour l’avenir, Croquis littéraire : l’homme invisible / The Invisible Man de Patrice Desbiens.