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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Les fossoyeurs

Un journaliste établi à Vancouver profite d’un séjour à Québec pour faire des recherches, à la demande d’une amie, sur le passé de son aïeul chinois. Il découvrira un visage méconnu de sa ville natale : celui des sépultures de la communauté chinoise et d’un possible trafic d’ossements, celui d’un tunnel inachevé et des marginaux qui s’y retrouvent, et celui des tragiques incendies, nombreux, qui ont stigmatisé la vieille capitale.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Deux personnages principaux, un journaliste de passage à Québec, désigné par le « je », qui enquête sur le passé du grand-père d’une amie ayant vécu dans le quartier chinois, et un pyromane, désigné par le « il », un homme obsédé par les incendies historiques de la ville, qui évoluent séparément sans se connaître ni interagir, jusqu’à ce que leurs trajectoires se croisent brièvement à la fin du récit.

« Je discutai de la façon dont j’exerçais mon métier de journaliste, dans le complexe de la rue Hamilton, entre militantisme et détachement. Je couvrais l’actualité provinciale, mais quand un de mes reportages était jugé digne d’intérêt national, il était repris par les autres stations du pays. […] Mon topo sur le professeur Buillard avait bien marché et se retrouvait sur le site internet de Radio-Canada. » (p. 24)

« J’avais vu brièvement Rachel la veille. […] Nous avions à peine évoqué ″ma mission″, comme elle se plaisait à qualifier la recherche que j’effectuerais pour elle. […] Je la rassurai en lui affirmant que mon enquête serait une formalité, quelques heures tout au plus, et que j’allais arpenter avec plaisir l’ancien quartier chinois de Québec. » (p. 29)

« Tant mieux, il ne souhaitait pas faire de victimes. Il proposait simplement une reconstitution symbolique de l’incendie de 1866. Il prit consciencieusement en note les heures d’ouverture du restaurant et le programme du théâtre.
Il revint sur les lieux à trois heures cette nuit-là. […] Il fallait faire vite. Il traversa la rue, sortit de son sac à dos une bouteille à demi remplie d’essence et bouchée avec du liège, alluma le chiffon qui l’entourait et lança son engin artisanal contre la vitrine du rez-de-chaussée. Fidèle à son plan, il s’enfuit sans courir, mais en marchant du pas pressé qui convenait à une nuit froide de décembre. » (p. 89-90)

« Il ne pouvait certes pas répondre qu’il vivait dans un appartement somme toute confortable même s’il était au chômage, que ses parents habitaient une maison cossue et qu’il venait d’incendier des bateaux remisés pour l’hiver à la marina de Québec. » (p. 130)

  • Nombreux personnages secondaires, parmi lesquels Rachel, la voisine du journaliste, qui demande au journaliste de mener une recherche sur le passé de son grand-père, Pierre et Jérôme, des connaissances du pyromane qui aident le journaliste dans ses recherches, ainsi que Marie, une géographe qui raconte l’histoire de la ville de Québec à ses amis et qui est épiée par le pyromane.

« Rachel habitait avec son père qui, à un âge vénérable, faisait le commerce de la porcelaine et autres articles d’importation dans une boutique de la rue Pender, en plein cœur du quartier chinois. » (p. 9)

« – Comme je vous le disais, je fais des recherches sur le grand-père d’une amie. Il a habité ici entre 1925 et 1931. J’aimerais prendre des photos de l’appartement, même si les choses ont changé, et rencontrer des témoins de l’époque ou des gens qui auraient des souvenirs indirects. » (p. 57)

« Jérôme appartenait à la bande de la rue d’Aiguillon. Il était un redoutable joueur de backgammon, un poète publié à compte d’auteur et un ancien membre du parti communiste qui s’était recyclé dans la rédaction à la pige pour des magazines culturels et des publications gouvernementales. Il connaissait des personnalités de différents milieux : artistes, sous-ministres, politiciens, communicateurs. Cela constituait une source d’information appréciable. » (p. 71-72)

« – C’est un journaliste de Radio-Canada qui connaît Pierre depuis longtemps. Il est de passage à Québec. Pierre l’a croisé par hasard et l’a invité à notre petite fête. » (p. 100)

« Mais il n’était pas intéressé par les tourelles qui coiffent l’immeuble. Son regard était tout entier tourné vers une résidence victorienne de l’autre côté de la rue, et plus précisément vers un bow-window du premier étage. Cette fenêtre offrait une vue imprenable sur l’appartement de Marie.
Il savait où elle habitait, car il les avait suivis un soir, elle et son copain, au sortir d’une fête impromptue chez Pierre, dont le loft n’était qu’à quelques minutes de marche. Profitant de la sécurité qu’offrait la place publique, il pouvait épier l’appartement à son aise, attendant d’apercevoir la silhouette de Marie. » (p. 138-139)

  • Roman captivant à intrigue double basé sur des recherches portant sur deux pans de l’histoire de la ville de Québec : les incendies qui ont marqué l’évolution de la ville et le traitement réservé aux immigrants chinois et juifs; thèmes (p. ex., exclusion, mort, racisme, pyromanie, Québec) aptes à intéresser particulièrement les fervents d’histoire.
  • Mise en page simple; texte réparti en 36 chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., tirets, guillemets, italiques, points de suspension, épigraphe, sites internet, haïku, sinogrammes chinois) facilitant l’interprétation de l’œuvre et ajoutant à sa vraisemblance; liste des œuvres du même auteur et citations au début du livre; deux épilogues et liste d’autres œuvres de la collection Voix narratives à la fin du roman; renseignements sur l’auteur et prix littéraires en quatrième de couverture.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex, diptyque, groupuscule, eschatologique), mots familiers (p. ex., yuppie, punks, passe-droit) et expressions particulières (p. ex, jeta son dévolu, bateaux en rade, en catimini) compréhensibles grâce au contexte; utilisation de quelques mots anglais (p. ex, head tax, bone house, no man’s land) et chinois (p. ex., dimsum, gongmu, doh jeh) représentatifs du milieu où se déroule l’histoire.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; nombreuses phrases interrogatives, dans les séquences descriptives, illustrant les remises en question constantes du journaliste et du pyromane tout au long du roman; emploi de l’imparfait de l’indicatif et du passé simple dans les séquences narratives.

« Près de vingt mille personnes se retrouvaient sans abri. En quelques mois, de nombreuses maisons furent reconstruites grâce à l’argent recueilli en Angleterre et aux États-Unis, qui avaient entendu l’appel au secours. Dans la précipitation et la pauvreté, la plupart des nouvelles constructions furent recouvertes de bois, au mépris des règlements municipaux, et Québec allait flamber tout au long du XIXsiècle.
Mais cela l’intéressait moins que de connaître la cause exacte des sinistres. Va pour l’accident dans une tannerie, mais qu’en était-il de l’incendie du quartier Saint-Jean? La conflagration de Saint-Roch avait-elle fait un disciple, un homme prêt à accélérer le cours des choses? Comment savoir si l’incendie du mois de juin était d’origine criminelle? » (p. 42)

  • Procédés stylistiques variés (p. ex., hyperbole, antonomase, comparaison, énumération, expression imagée, métaphore) qui enrichissent le texte.

« Rachel se leva, me remercia avec mille formules de politesse et me laissa à ma tasse de thé refroidi. » (p.12)

« De retour à l’hôtel, j’inspectai le contenu du mini-bar de ma chambre et décidai de m’accorder un verre de Johnny Walker. » (p. 18)

« Puis, à la fin des années cinquante, les maisons avaient poussé comme des champignons pour abriter la classe moyenne émergente. » (p. 76)

« On trouvait de tout dans ces pages : des photos des casernes de Québec, la longue histoire du service des incendies, la liste des conflagrations qui ont marqué la capitale, des capsules vidéo sur les interventions récentes des pompiers, la liste des camions et du matériel utilisés, l’horaire des équipes, les adresses d’entreprises fournissant du matériel spécialisé, les méthodes d’évacuation, des renseignements sur la chimie du feu, les extincteurs et les accélérants, l’analyse statistique des appels, sans compter d’innombrables photos d’incendies. » (p. 80)

« J’étais à la recherche de tout article d’intérêt sur la communauté chinoise, mais je ne rencontrais que des éditoriaux racistes. Ce que j’avais trouvé sur internet n’était que la pointe de l’iceberg. »
(p. 91)

« Entre son apogée comme métropole et seul port d’importance du Canada et son déclin économique, Québec était devenue une machine à assimiler. » (p. 144)

  • Séquences narratives et descriptives entrecoupées de séquences dialoguées, qui renseignent sur les événements qui ont marqué l’histoire de la ville de Québec et qui permettent de mieux saisir les défis auxquels ont dû faire face les nouveaux arrivants chinois et juifs au siècle dernier.

« Selon les informations que j’avais glanées sur internet – au mépris de ma formation de journaliste -, deux cents Chinois habitaient Québec quand le gouvernement canadien avait interdit l’immigration en provenance de Chine en 1923. À son apogée, la communauté comptait environ cinq cents membres. […]
Au moment de payer, je risquai un doh jeh qui fit sourire le caissier.
– Avez-vous appris à dire merci lors d’un voyage à Hong Kong?
– Non, j’habite Vancouver, répondis-je avant d’enchaîner : je visite Québec et je me demandais si vous pouviez me dire ce qu’est devenue l’Association chinoise de la rue Saint-Vallier.
Le visage de mon interlocuteur s’assombrit. » (p. 44-45)

« Il n’y avait pas grand-chose à voir : quelques maisons typiques du quartier et la côte en pavés qui serpentait vers la basse-ville. Ils hésitaient à descendre. La géographe ne voulait pas les décevoir.
– Venez, dit-elle, je vais vous montrer autre chose.
Ils la suivirent jusqu’au bas de la pente. Dans la rue Arago, elle fit un geste ample vers l’ouest :
– On avait planifié de construire ici une autoroute de la Falaise. Au début des années soixante-dix, on a rasé plusieurs maisons de l’ancien quartier chinois. Tout cela pour rien. L’autoroute n’a jamais vu le jour.
– Mais l’autoroute Dufferin-Montmorency? objecta quelqu’un.
– Les gens confondent les deux. Pour construire l’autoroute Dufferin-Montmorency, on a exproprié la population qui habitait le quartier juif.
Certains avaient déjà entendu parler du Chinatown de Québec, mais tous ignoraient l’existence d’un quartier juif. » (p. 48-49)

Référent(s) culturel(s)

  • Nombreuses références aux événements qui ont marqué l’histoire de la ville de Québec (p. ex., les incendies des faubourgs Saint-Jean et Saint-Roch en 1845, la Révolution tranquille, l’incendie du manège militaire de Québec en 2008), ainsi qu’à des personnages importants de l’histoire du Canada (p. ex., Jacques Cartier, Champlain, Montcalm).
  • Mention de nombreux lieux emblématiques de la ville de Québec (p. ex., la place d’Youville, Grande-Allée, les plaines d’Abraham, l’Hôtel-Dieu, le cimetière Mount Hermon).
  • Référence à de nombreux auteurs de la francophonie canadienne (p. ex., Gabrielle Roy, Anne Hébert, Hector de Saint-Denys Garneau, Jacques Poulin).
  • Mention de nombreuses communautés religieuses (p. ex., Les Sœurs grises, Les Sœurs de la Charité, les Récollets).
  • Mention de journaux francophones (p. ex., L’Action catholique, Le Soleil) et de plusieurs commerces et compagnies ayant eu pignon sur rue à Québec (p. ex., La Compagnie Lacasse, la Compagnie Paquet, J. Ludger Tardif, les Bonbons Candiac).

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves de visiter un cimetière de leur communauté, puis de prendre en note certains éléments (p. ex., noms de famille, dates de décès, origines culturelles). Ensuite, leur demander, réunis en équipes, de mener une recherche sur les événements historiques pouvant expliquer le décès des ancêtres de leur communauté (p. ex., épidémies, maladies, guerres). Les inviter à présenter leurs trouvailles au groupe-classe en utilisant le format de leur choix (p. ex., infographie, diaporama, collage).
  • Suggérez aux élèves, regroupés en dyades, d’effectuer une recherche sur les œuvres de Joseph Légaré, artiste peintre mentionné dans le roman. Leur demander de choisir une de ses œuvres, d’en faire une brève analyse, puis de la présenter au groupe-classe. Organisez ensuite une exposition où les élèves pourront présenter le fruit de leur recherche aux différentes classes d’éducation artistique.
  • Inviter les élèves à rédiger un texte d’opinion sur la question suivante : En quoi le multiculturalisme et les regroupements ethnoculturels sont-ils importants dans les grands centres urbains au Canada? Inviter les élèves à présenter leur texte au groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves, réunis en petits groupes, de mener une recherche sur la Loi sur l’exclusion chinoise de 1923 et sur son impact sur le traitement de la communauté asiatique au Canada. Les inviter à présenter leurs découvertes, tout en encourageant les échanges et la discussion avec l’ensemble du groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans l’œuvre (p. ex., mort, immigration, racisme, pyromanie).
  • Prévenir les élèves que l’auteure utilise certains termes offensants (p. ex., côte de la Négresse, Indiens) qui s’inscrivent toutefois dans le contexte historique de l’œuvre.
  • Inciter les élèves à lire d’autres romans historiques, tels que Chroniques du Nouvel-Ontario, tome 2, La Quête d’Alexandre et Chroniques du Nouvel-Ontario, tome 2 – Entre l’aube et le jour, d’Hélène Brodeur, et La guerre du cochon, de Nadine Mackenzie, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Décoloniser l’histoire, Le 1er juillet : jour sombre de l’histoire des Chinois au Canada.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Vidéo : La maison de mes ancêtres.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e à 12e année, Série : Parcours réussi, divers épisodes.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Série : Carte de visite, divers épisodes.
  •  IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Parcours d’immigration, Bagages; Kim Thuy : auteure.