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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Le silence de la Restigouche

Le jour où il se met à fréquenter l’école des Blancs, Simon Vicaire prend vite conscience de sa différence. Adolescent, il se voit interdire de fréquenter Isabelle Bouchard, une jeune Blanche qui l’attire beaucoup au grand dam de Meaghan, son amie d’enfance, une Amérindienne comme lui.

Simon se met en tête de découvrir ce qui a bien pu se passer du temps de son grand-père, le vieux Billy, célèbre guide de la pêche au saumon, pour que les familles Vicaire et Bouchard éprouvent une telle haine l’une pour l’autre. Mais son destin bascule quand le corps de Meaghan est découvert se balançant au bout d’une corde.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Deux personnages principaux, soit le jeune Simon Vicaire, autochtone fier de l’afficher, mûrissant sous l’œil admirateur et bienveillant d’un vieil homme au jugement éclairé, et son grand-père Billy.

« La bouche de Gordon s’est alors approchée de l’oreille de Simon :
– Isabelle n’est pas pour un Sauvage. Je te préviens. Leave her alone… ou tu auras affaire à moi.
Simon fulminait, mais il ne laissa rien paraître. […] Il se souvint des paroles de son grand-père.
« Ne laisse jamais un adversaire décider des actions que tu dois faire. Tu sais, Simon, le regard, les gestes, les mots ont beaucoup plus de poids que les coups. »
« Mais que voudrais-tu que je fasse? Je ne suis quand même pas pour rester éternellement les bras croisés, répondait Simon. Ils m’ont insulté. Ils nous ont tous insultés. Toi, moi, tous ceux de notre race. Rien que parce qu’on est différent. Il faudra bien que je me défende un jour… Que je nous défende.  » » (p. 26)

« Dans la région, Billy Vicaire était considéré comme un vieux sage et tous le respectaient. Aux yeux de ses concitoyens, il était l’incarnation de l’Amérindien des temps modernes. À la fois fidèle aux traditions de ses ancêtres et, en même temps, les deux pieds bien ancrés dans son époque. D’un côté, piégeant encore la loutre et le lièvre; de l’autre, représentant toujours les intérêts de son peuple aux assemblées des Premières Nations ou encore aux commissions parlementaires traitant des Autochtones. » (p. 37)

  • Plusieurs personnages secondaires, dont Isabelle Bouchard, adolescente éprise de Simon, Jeremy Wilmot, enquêteur qui tente d’élucider la mort suspecte de Meaghan Barnaby, la première petite amie de Simon, et Anne, une journaliste en vacances à qui se confie Billy.

« Il y avait un moment déjà que Simon la fascinait. […]
De son côté, Isabelle le trouvait mystérieux. Intrigant, même. Assurément différent. Un des seuls garçons de l’école, d’ailleurs, à ne pas s’extasier béatement devant la blondeur naturelle de sa chevelure, devant son regard azur et sa silhouette filiforme. » (p. 24-25)

« « Jeremy Wilmot, qu’il s’est présenté. Enquêteur-détective indépendant. »
[…] c’est à lui que Jim Barnaby confia toute son histoire. Ne regardant pas à la dépense, il le mandata de chercher des preuves qui feraient justice à une jeune fille autochtone dont la mort semblait laisser indifférente la planète entière. » (p. 108)

« Un spasme de douleur secoua le corps de Billy. Ces souvenirs le torturaient. Lui, Billy Vicaire, ses jumeaux Rebecca et Lester, et maintenant son petit-fils Simon.
Un cercle vicieux qui n’en finissait plus. Une génération après l’autre, tous piégés par les Bouchard. ²C’est à croire que quelqu’un leur avait jeté un sort², me fis-je la réflexion.
– Anne, me siffla soudainement le vieil Indien, en m’agrippant le bras dans un dernier sursaut. Il faudra le dire à Simon. Il faut le dire à Simon. Tout lui raconter et surtout lui dire de ne pas faire comme moi… S’il l’aime, sa Bouchard, il devra la retrouver. » (p. 156)

  • Récit de mœurs se déroulant dans un décor gaspésien, où se manifestent des préjugés, voire une dualité, entre Blancs et Autochtones; intrigue captivante se nourrissant de la loi du silence qui emmure deux familles de communautés isolées; thèmes (identité culturelle, histoire, luttes des peuples autochtones) aptes à mener à des conversations intéressantes.
  • Mise en page aérée; texte divisé en deux parties comprenant respectivement 16 et 22 chapitres numérotés, certains mentionnant le lieu de l’action; éléments graphiques (p. ex., guillemets, points de suspension, italiques, symboles indiquant un changement de scène ou un laps de temps, notes de bas de page) facilitant la compréhension du texte; liste des œuvres de la même auteure, dédicace, citations et avant-propos au début; remerciements, notes biographiques sur l’auteure, table des matières et liste d’œuvres de la collection 14/18 à la fin; courte reconnaissance littéraire à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex, giboyeuse, enchevêtrés, échauffourée, malencontreuses) et mots provenant de la langue mi’gmaque (p. ex., Mat’ntultimk na, gwijji’j, taqawan, L’a’papi) compréhensibles grâce au contexte et aux notes de bas de page; emploi de canadianismes (p. ex., avançon, s’enfarger, thé du Labrador, canot), d’expressions empreintes de poésie (p. ex., ballet aérien, comme des oiseaux de malheur) et de mots du registre populaire (p. ex., je n’sais, en v’là, char, p’tite dame) reflétant la langue parlée des personnages, ancrant ainsi le texte dans une culture locale.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, impérative, exclamative, interrogative, négative); phrases généralement courtes, souvent elliptiques, contrastant avec la lourdeur des émotions qui étouffent les personnages.

« Il y avait trop longtemps qu’on le tenait à l’écart de cette étrange histoire entre sa famille et celle des Bouchard. Le temps était venu. Il devait savoir. Il fouillerait, creuserait, déterrerait le passé s’il le fallait. Il percerait cette muraille et découvrirait ce qui se cachait derrière. Coûte que coûte, il éluciderait ce secret de famille qui empoisonnait leur vie.
Il le fallait.
Pour les yeux clairs d’Isabelle. » (p. 33)

« « D’accord, trancha Simon. Si tu ne veux rien me dire, c’est bien correct. Mais dis-toi que je ne lâcherai jamais prise. Je finirai par trouver d’une manière ou d’une autre. Seulement… Si nous avons un secret de famille, j’aurais préféré que ce soit toi qui me l’apprennes. Toi, mon père! »
Lester esquissa une grimace de douleur, reposa sa main à la hauteur de son foie et cala le reste de sa bière d’une seule lampée.
« Comment son drame pouvait-il aider son fils à mieux vivre sa vie? Pourquoi Simon continuait-il à s’accrocher à cette histoire du passé? » ? (p. 66)

  • Nombreuses figures de style (p. ex., personnification, métaphore, anaphore, analogie, comparaison, antithèse, expression imagée, énumération, hyperbole) souvent utilisées pour traduire l’inconfort causé par le drame intérieur que vivent les personnages et pour rendre palpable le conflit qui oppose les Autochtones aux Blancs.

« La mouche tomba à l’endroit visé et se mit à danser sur la rivière. » (p. 19)

« Il savait où ses eaux se faisaient tranquilles, connaissait les endroits où elle passait ses colères dans de bouillonnants rapides. » (p. 35)

« La peur.
Meaghan se levait la peur au ventre et se couchait avec elle en fin de journée.
Peur de se faire disputer.
Peur de se faire frapper.
Pire encore, peur de se faire agresser.
Et surtout… peur de se retrouver dans la pièce sans fenêtres au fond du magasin. » (p. 45)

« Si les vivants demeuraient aussi muets que les défunts, peut-être que les véritables trépassés, eux, se montreraient plus loquaces. » (p. 57)

« Mince comme un fil, elle avançait avec élégance. » (p. 68)

« Les nuits de pleine lune peuvent être aussi suaves que funestes.
Pour Simon et Isabelle, elle fut divine. Pour Meaghan et les loups qui lui avaient donné rendez-vous, elle fut diabolique. » (p. 87)

« Pamela pleurait à chaudes larmes en répétant qu’elle aurait dû le trahir, ce maudit secret qui les empoisonnait tous. » (p. 92)

« Des familles, des parents, des amis, des guides touristiques, des agents de voyage, des conducteurs de taxis : une foule bigarrée formée de mille yeux à la recherche du voyage attendu. » (p. 166)

  • Prédominance de séquences narratives et descriptives liées à la nature, rappelant l’importance de celle-ci pour les personnages principaux; séquences dialoguées qui révèlent les traits de caractère des personnages et permettent de comprendre la lourdeur du secret gardé depuis plusieurs années.

« Une de ces journées multicolores comme on en voit seulement en octobre dans le pays de Simon. Le soleil s’était illuminé d’un trait, comme si quelqu’un en eût allumé la mèche. Du coup, la montagne s’était embrasée d’ocre, d’orangé, de rouge. Et le soleil avait continué à briller de plus belle… » (p. 21)

« Toute sa vie, l’homme avait vécu en communion avec la nature […]
Les rivières Restigouche et Matapédia, les lacs et les forêts environnantes constituaient son habitation. L’abondance du gibier des alentours lui fournissait sa nourriture. Les multiples plantes du territoire lui tenaient lieu de médecin. » (p. 37)

« Native de la région de la Restigouche, c’est habituellement avec le plus grand des plaisirs que j’effectue ce retour au pays de mon enfance. J’y reviens chaque été aussi assidûment qu’un retour d’hirondelles. » (p. 103)

« – Connais-tu son nom, à la fille, demanda Jeanne?
– Meaghan. Meghan Barnaby. La fille.
Wilmot sortit son calepin et griffonna quelques notes.
– Et ceux qui lui faisaient du mal, à Meaghan, peux-tu nous dire leurs noms, Lucien?
– Ah, non! Ça, j’peux pas.
– Mais pourquoi?
– Parce que j’ai promis.
– Tu as promis quoi?
– J’ai promis, croix sur le cœur, de jamais dire leurs noms. Parce qu’ils vont venir me faire les mêmes affaires qui lui ont faites à elle. C’est ce qu’ils ont dit. Ah, non! Ça j’peux pas, se mit-il à crier, en s’agitant nerveusement. » (p. 159)

Référent(s) culturel(s)

  • Nombreux référents de la francophonie canadienne-française (p. ex., Nouveau-Brunswick, péninsule gaspésienne, rivières Restigouche et Matapédia, Vieux-Québec, grand séminaire de Québec).
  • Référence aux noms, langues, us et coutumes des peuples des Premières Nations.

Pistes d'exploitation

  • Animer une discussion sur la justesse du titre de ce roman, puis inviter les élèves, regroupés en équipes, à préparer un débat sur le thème suivant : Le passé doit-il rester dans le silence pour protéger les générations futures, ou faut-il le dévoiler, même au risque de raviver les douleurs? Leur demander de formuler des arguments et des contre-arguments en s’appuyant sur des extraits de l’œuvre illustrant le poids ou la protection du silence, ainsi que sur des recherches portant sur les traumatismes vécus par les communautés autochtones. Les inviter à débattre de la question devant leurs pairs.
  • Animer une discussion sur le rôle de la famille et des liens intergénérationnels dans la construction de l’identité et sur la transmission de la culture à travers le roman. À la suite de cet échange, demander aux élèves de rédiger une réflexion personnelle mettant en lumière l’importance de la mémoire familiale et de la transmission des traditions dans leur propre parcours. Former des équipes, puis leur demander de lire leur texte aux membres de leur groupe.
  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de rédiger un essai en répondant à la question suivante : Comment les tensions entre l’identité autochtone et les influences extérieures (colonisation, modernité) se manifestent-elles dans le récit? Les inviter à présenter leur travail au groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans l’œuvre (p. ex., meurtre, intimidation, discrimination, suicide).
  • Inciter les élèves à lire une autre œuvre de la même auteure, soit Dans la tourmente afghane, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 5e à 12e année, Série : Vous l’savez astheure, Les préjugés et stéréotypes.