1
Anatomie de la fiche Anatomie interactive
Ajouter au bac de lecture
Nous vous invitons à cliquer sur les puces numérotées pour avoir plus d’informations sur les différentes sections de la fiche pédagogique et en apprendre davantage sur la manière de l’utiliser.

2Le libraire

Pour des raisons qui demeurent obscures, Hervé Jodoin a perdu son poste d’enseignant dans un collège privé. Il se trouve un autre emploi comme libraire dans une petite ville du Québec. Saint-Joachim, son nouveau lieu de résidence, est un microcosme de la société québécoise des années cinquante, juste avant la Révolution tranquille. Le clergé y exerce son emprise sur la politique et sur l’éducation. Il n’en faut pas moins pour que Jodoin, déjà marqué par la vie, défie, à sa façon, l’ordre établi.

3 À propos du livre

Contenu

  • Un antihéros, Hervé Jodoin, employé dans une librairie où il vend des livres mis à l’index.

« Il faut dire aussi que, chez mes confrères, on m’a toujours pris pour un excentrique, un cynique. Si bien que je peux leur faire les pires impolitesses sans qu’ils s’en formalisent. Il fut un temps où je prenais plaisir à forcer mon personnage, car il est agréable de pouvoir injurier impunément les gens. » (p. 18)

  • Personnages secondaires, dont Léon Chicoine et Rose Bouthiller, qui incarnent le peuple typique de l’époque pré-Révolution tranquille au Québec.

« Quant à Léon Chicoine, il me paraît jusqu’à présent assez bon diable. Chiche, si l’on veut (je gagne $40 par semaine), sentencieux, prétentieux, grandiloquent et plutôt hypocrite, mais bon diable quand même… » (p. 26)

« Mme Bouthiller, une ancienne institutrice de campagne – ce qui veut dire qu’elle a peut-être fini sa huitième année – rondelette, râblée, rougeaude, dans la quarantaine, est ce qu’on appelle ici une « veuve à l’herbe » : séparée de son mari, mais, naturellement, pas divorcée. » (p. 50)

  • Roman qui s’apparente à la chronique, dont l’intrigue tourne autour du séjour du personnage principal dans une petite ville où les habitants et leur hypocrisie attisent chez lui sa prédisposition au cynisme et à l’intransigeance; thèmes (p. ex., le désœuvrement, la résistance passive envers l’emprise du clergé) aptes à susciter des discussions entre les élèves.
  • Mise en page aérée; œuvre répartie en trois sections (l’établissement, l’événement et le voyage) et divisée en dix parties qui commencent environ un mois après l’arrivée de Jodoin dans la ville; éléments graphiques (p. ex., lettrines marquant le début des chapitres, italiques, points de suspension, symboles pour indiquer un laps de temps ou un changement de scène, parenthèses, guillemets) facilitant l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres du même auteur au début; notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., épithète, laconisme, diurne, délation, lavandière) et mots du langage familier, voire populaire, dans les dialogues (p. ex., icitte, moué, sacrebleu, des gars, un bon à rien) reflétant la provenance des personnages.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; phrases de types et de formes variés; phrases de longueurs diverses qui traduisent, entre autres, l’état d’esprit de Jodoin.

« Quand je dis que je ne fais rien, je veux dire que je ne bouge pas. Car, en un sens, je pense. Certaines visions me flottent dans le cerveau. Ça, on n’y peut rien. C’est la nature. » (p. 33)

« – Eh bien! Qu’est-ce que vous en pensez, monsieur Jodoin? me demanda-t-il triomphalement. Est-ce que ça vous surprend un peu? Vous ne vous attendiez peut-être pas à trouver une pareille collection dans une petite ville comme Saint-Joachim? » (p. 42)

« J’ai trouvé que, après le serrement de main, risible si l’on veut mais peut-être non dépourvu d’une certaine… noblesse, le patron se replongeait trop rapidement dans des détails utilitaires. » (p. 45)

  • Figures de style (p. ex., métaphore, euphémisme, énumération) qui contribuent à illustrer les pensées du personnage principal et à rendre la narration un peu plus vivante.

« Je commence donc par le commencement. Au début de février, comme je me trouvais sans emploi depuis près de deux mois et qu’il ne me restait que cinquante dollars en poche, j’ai décidé de chercher du travail. » (p. 15)

« J’ai accompli mon traintrain comme auparavant – librairie, taverne, chambre; chambre, librairie, taverne… » (p. 65)

« Le soleil, ce matin-là, prenait la rue en enfilade et incendiait les façades. » (p. 116)

  • Prédominance de séquences narratives et descriptives, entrecoupées de quelques séquences dialoguées, qui traduisent les états d’âme du personnage principal, permettent de s’immiscer dans l’esprit des personnages et aident à comprendre les relations qui existent entre eux.

« Durant l’entretien, j’étais demeuré assez calme et, sauf erreur, je n’avais pas manqué de présence d’esprit. C’est seulement après le départ du curé qu’une étrange jubilation s’empara de moi. Je dus tourner le dos au comptoir et faire semblant de replacer des volumes pour que les vieilles filles ne s’aperçussent de rien. Je ne suis pas sûr d’avoir réussi. » (p. 70)

« Je m’arrêtai, surpris d’en avoir tant dit. Ma harangue sentait son professeur d’une lieue. M. Chicoine, lui, suait à grosses gouttes.
– J’espère que vous n’avez pas exposé ces… théories à M. le Curé? demanda-t-il plaintivement.
Je le rassurai : entre M. le Curé et moi, il n’avait pas été question de théories. Le patron poussa un soupir de soulagement.
– Alors que s’est-il passé au juste?
La scène du vendredi précédent.
– Vous n’oubliez rien?
Je lui dis que non. » (p. 9-99)

Référent(s) culturel(s)

  • Mention d’auteurs et d’œuvres de la littérature française (p. ex., Gide, Maeterlinck, Renan, Zola, Carco, l’œuvre L’essai sur les mœurs de François Marie Arouet dit Voltaire).

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves de lire l’œuvre tout en mettant l’accent sur les traits caractériels du personnage principal, l’antihéros. Leur demander, regroupés en dyades, de comparer ce personnage, à l’aide d’un outil organisationnel, à un héros conventionnel en quête de bonheur, de justice pour tous et dont tous les gestes sont posés en fonction d’une cause précise. Animer une discussion afin de permettre aux élèves de faire part de leur travail au groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de mener une recherche sur le contexte socioculturel et sociohistorique de la francophonie canadienne des années 1950 et 1960, en mettant l’accent sur les domaines suivants : le pouvoir de la religion, l’éducation, la politique et les interdits sociaux. Ensuite, leur demander d’analyser les façons dont Le libraire illustre la réalité de cette période. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
  • Demander aux élèves, réunis en équipes, de transposer des extraits de l’œuvre en représentations théâtrales (p. ex., la conversation entre Jodoin et le curé au sujet du livre vendu au jeune collégien, p. 65 à 70, la conversation entre Jodoin et le père Manseau à la taverne, p. 106 à 110), puis de jouer leur saynète devant le groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Tenir compte du contexte socio-historique et des sujets délicats dont il est question dans l’œuvre (p. ex., abus d’alcool, sexualité)pour encadrer l’attitude du personnage principal face à ces sujets.
  • Lors de l’étude de cette œuvre, mettre l’accent sur son importance dans la littérature franco-ontarienne (p. ex., l’œuvre fait partie du répertoire des œuvres les plus enseignées dans les établissements d’éducation, elle est le reflet d’une époque précise de l’histoire du Québec et du Canada français). Recourir aux blogues et aux groupes de discussion sur internet qui traitent de l’analyse et de l’appréciation de l’œuvre.