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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Le jour qui tombe

Maurice Henrie aborde ici des sujets très variés. Quelques-uns sont fréquents chez les auteurs de grande maturité, par exemple le vieillissement et la mort. En revanche, d’autres sont plus légers et rappellent l’amour de l’auteur pour la vie. Dans un style léger, il s’amuse et nous amuse. Il prend plaisir à se moquer doucement des gens et de leurs travers et jette un œil critique sur les mœurs et les fondements de notre société moderne, en s’appuyant sur la vision à l’échelle tantôt microscopique, tantôt macroscopique qu’il en a.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Personnages principaux variés selon la nouvelle, tels que Jérémie, un jeune homme qui découvre une pierre flottant dans les airs, déclenchant ainsi une série d’événements qui mèneront jusqu’à l’archevêque (La pierre de Jérémie), Fernand, un homme obsédé par les moindres détails de sa montre (La couronne), et Mariève, une jeune mère enceinte, convaincue qu’elle attend une fille, qui donne naissance à un garçon (Le rose et le bleu).

« EN CUEILLANT DES FRAMBOISES dans un brûlé de la compagnie forestière, Jérémie trouva une pierre des champs. Elle ressemblait à toutes les autres pierres : grisâtre, de taille moyenne, vaguement ovoïde, avec un peu de mousse du côté nord. Rien de particulier, somme toute. Sauf qu’elle flottait dans l’air, à un mètre au-dessus du sol. » (p. 11)

« Fernand n’était pas de ces gens-là. Une rare et curieuse conformation d’esprit faisait qu’il s’intéressait surtout à l’infiniment petit.
[…]
Un jour que, machinalement, il tâtait du pouce la couronne de sa montre, il crut y détecter un mouvement qui n’aurait pas dû y être. Il enleva la montre de son poignet et, en la tenant à contre-jour, fit jouer le mécanisme. Aucun doute, l’axe de la couronne était décentré, ce qui faisait qu’elle oscillait visiblement de gauche à droite. Bien sûr, il était normal qu’il y ait là un peu de jeu. S’il y en avait trop, c’était le signe certain que quelque chose n’allait pas. Que la couronne risquait de tomber et de se perdre. Afin d’en avoir le cœur net, il courut demander conseil à son ami, l’horloger Bertrand, estimant qu’en une situation aussi difficile, deux têtes valaient mieux qu’une. » (p. 47-48)

« Quelques heures plus tard, Mariève entendit les premiers cris de son enfant et sentit sa chaleur et ses doux gigotements sur son ventre, le tout accompagné des félicitations de l’infirmière :
– Un petit gars! Un vrai beau petit gars! Pour un premier bébé, vous avez bien fait les choses.
Mariève riait et pleurait à la fois, heureuse et délivrée, mais ne comprenait pas les mots de l’infirmière. Comment pouvait-elle faire une erreur aussi grossière?
– Ma fille. Vous voulez dire ma fille!
L’infirmière s’arrêta net, surprise par le ton catégorique, presque impérieux de l’accouchée. […]
– C’est un garçon, madame. Un garçon d’au moins sept livres. Un enfant parfait à tous points de vue. » (p. 132)

  • Nombreux personnages secondaires selon la nouvelle, tels que ceux qui interagissent avec Marie-Ange dans L’épaule décrochée, soit ses parents, propriétaires d’une quincaillerie, ainsi que ses frères et sœurs, qui l’ignorent et sont surpris lorsqu’elle hérite seule du commerce au décès de ses parents.

« Ces difficultés, qui étaient fort réelles, n’empêchaient pas la famille de vivre dans une harmonie et une paix relatives. Elles n’empêchaient surtout pas l’entreprise familiale de prospérer, si bien qu’elle devint la quincaillerie la mieux cotée et la plus fréquentée en ville. […] Un succès attribuable aux travail et au dévouement de chaque membre de la famille et, surtout, au sens inné de l’organisation chez les parents. » (p. 166)

« Pendant des années, les affaires allèrent rondement. Les parents, eux, vieillissaient. La poigne solide qu’ils avaient autrefois sur l’ensemble du commerce commença à se desserrer. C’est alors que se produisit un phénomène inattendu. Marie-Ange continuait d’appuyer les vieux à propos de tout et de rien, mais au fur et à mesure que s’effritaient leurs forces et leur emprise, c’est elle qui, contre toute attente, assura la relève. La transition s’opéra en douce et sans le moindre heurt. Lorsque les frères et les sœurs se rendirent compte de ce qui arrivait, la passation des pouvoirs à Marie-Ange était presque achevée. » (p. 167)

  • Nouvelles généralement courtes, aux intrigues variées, sans liens entre elles, mettant en scène des personnages distincts qui évoluent sur le plan psychologique ou physique; thèmes (p. ex., changement, mort, travail, relations amoureuses, humour) aptes à susciter l’intérêt du lectorat visé.
  • Mise en page aérée; œuvre répartie en vingt-cinq courtes nouvelles titrées, de trois à quatorze pages; éléments graphiques (p. ex., lettrines pour marquer le début des chapitres, points de suspension, guillemets, parenthèses, italiques) facilitant l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres de l’auteur, dédicaces et citations au début; table des matières à la fin; courtes notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., lombrics, sujétion, commissures, oriflamme, lambrisser) compréhensibles grâce au contexte; quelques expressions familières (p. ex., ben sorbête, v’la t’i’, à c’tte heure) reflétant le langage parlé de certains personnages.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; prédominance de phrases déclaratives; phrases généralement longues.

« Une fois remplies ces conditions incontournables, vous pouvez y aller rondement. Vous pouvez contraindre en douce le détenteur légitime d’un poste à le quitter, de manière que vous puissiez y nommer un ami à qui vous en devez une, ou encore votre petite amie de cœur, même si elle n’occupe pour l’instant qu’un emploi de commis. Vous pouvez aussi faire savoir à un collègue du conseil d’administration, à demi-mot et d’une manière officieuse bien entendu, que son avancement est possible ou même probable, à condition qu’il se range de votre côté au moment où se prendra tel vote crucial. Vous pouvez transmettre à des connaissances sûres des renseignements privilégiés, dont elles se serviront au moment de répondre à un appel d’offres et qui leur assureront (moyennant un retour d’ascenseur éventuel) l’obtention d’un contrat lucratif » (p. 109)

  • Nombreuses figures de style (p. ex., comparaison, antithèse, hyperbole, énumération, personnification) qui enrichissent le texte et rendent la lecture imagée.

« Il le sentait là, tout près de lui, comme une bête familière. » (p. 46)

« Il avait plutôt à l’esprit tous les poissons de la terre, les plus petits comme les plus gros, les plus jolis comme les plus laids, les plus communs comme les plus inhabituels, les plus abondants comme les plus rares. » (p. 80)

« Je serais morte d’ennui. » (p. 115)

« Il venait souvent au magasin, en prétextant avoir besoin aujourd’hui d’une bouteille de coca, le lendemain d’allumettes, puis de lacets, de crème à barbe, de café moulu et de je ne sais quoi d’autre encore. » (p. 116)

« Et grotesque cet enchevêtrement de fils noirs ou blancs qui me courent sur tout le corps et qui m’enveloppent comme un jambon désossé. » (p. 142)

  • Séquences descriptives abondantes présentant principalement les personnages, leurs réflexions profondes et leurs actions, le tout entrecoupé de quelques séquences dialoguées.

« Elle représentait son comté à un congrès de jeunes Libéraux, qui avait lieu dans ma ville. Je l’avais aperçue, un verre de vin rouge à la main, au-dessus de la nappe blanche de la grande table, à laquelle nous étions tous les deux assis. » (p. 28)

« – C’était qui, ces gens-là?
– Personne… Une amie de jeunesse. C’est fou de voir que les gens sont prêts à faire des centaines de kilomètres, seulement pour le plaisir de regarder des chevreuils en liberté. » (p. 34)

« Pourtant, on ne m’informe pas, on ne me consulte pas, on décide de tout sans moi. On juge que j’ai franchi le cap où l’information et la consultation du patient sont inutiles ou superflues. Je ne proteste pas, je suis épuisé, je referme mon œil, je perds toute conscience du lieu où je suis. Je ne sais plus, depuis longtemps d’ailleurs, si nous sommes hier ou aujourd’hui, si c’est le jour ou la nuit. » (p. 143)

Référent(s) culturel(s)

  • Évocation de référents reliés aux traditions entourant les célébrations dans de nombreuses familles francophones (p. ex., se réunir autour du piano, chanter des chansons folkloriques).

Pistes d'exploitation

  • Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, d’imaginer un dénouement différent pour une des nouvelles, puis les inviter à présenter leur travail au groupe-classe sous la forme de leur choix.
  • Proposer aux élèves de sélectionner une nouvelle où l’intrigue se focalise principalement sur un seul personnage, puis leur demander de composer un monologue tenant compte de ses conflits, ses principaux défis et ses traits physiques ou psychologiques lors d’un tournant décisif de l’histoire. Les encourager à présenter leur monologue devant le groupe-classe.
  • Proposer aux élèves, réunis en dyades, de réaliser une étude critique du recueil de nouvelles. Leur demander de relever les thèmes, les personnages, les styles d’écriture et les intentions de l’auteur, puis de comparer les nouvelles entre elles en recherchant des liens, des contrastes ou des motifs récurrents. Les inviter à exprimer leur point de vue personnel en donnant les raisons pour lesquels ils ont aimé ou non le recueil et en analysant ses points forts et ses faiblesses.

Conseils d'utilisation

  • Choisir les nouvelles à faire lire aux élèves en fonction de la pertinence des sujets qui y sont abordés (p. ex., Le donneur, Barbotes, La quatrième puissance, Autour de lui, L’épaule décrochée); bien encadrer la lecture des nouvelles contenant des sujets plus délicats tels que la sexualité, le viol et l’infidélité, notamment dans La verrue, Le serment et Jet set.
  • Discuter du thème de la mort avant la lecture de certaines nouvelles (p. ex., Oxygène, Un mort en sursis, Sandrine, Transit); demander aux élèves de réfléchir aux effets que la maladie ou la mort prochaine peuvent avoir sur une personne et sur son entourage.
  • Prévenir les élèves que l’auteur se plaît à taquiner gentiment les gens dans son travail, qu’il favorise l’ironie et qu’il aime à provoquer, voire à scandaliser ses lecteurs dans certaines nouvelles, comme il le confesse lui-même (p. ex., La couronne, Oxygène, La ligne droite et Le jour qui tombe).
  • Encourager les élèves à lire d’autres recueils de nouvelles du même auteur, tels que Mémoire vive, Petites pierres blanches et Les roses et le verglas, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.