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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Le Fils de Bouctouche

Fait historique : en 1917, un jeune soldat acadien a été fusillé par l’armée canadienne pour désertion, en France. L’armée a ordonné que quelqu’un se rende chez la famille du soldat, pour leur apprendre en personne cette terrible nouvelle. Cela fut fait.

Mais qui y est allé? Les documents historiques ne le précisent pas. Voilà qui sert de prétexte à ce roman historique qui s’intéresse à l’Acadie française dans le contexte d’une guerre lointaine dont on ne voyait pas la fin, et alors que s’approchait la conscription.

(Tiré du site de l’éditeur.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narrateur, Elphège Cormier, un soldat des forces armées canadiennes, qui raconte les moments marquants de sa vie professionnelle et personnelle, souvent à travers de souvenirs de jeunesse exprimés sous forme de longs monologues intérieurs.

« Elphège Cormier. Ca fait bien longtemps.
Je lui tendis la main.
– Pas si longtemps que ça, lui dis-je, souriant… J’savais pas que tu étais dans l’armée. […]
Je fus un peu décontenancé devant la situation. J’étais un officier n’ayant jamais quitté le sol canadien, face à cet ancien collègue arrivant mutilé de la guerre, entouré d’autres mutilés. » (p. 42-43)

« – Je t’ai répondu, Elphège. Je t’ai écrit une lettre le jour après que j’ai reçu la tienne. Pour te remercier des nouvelles sur Étienne. Et puis aussi pour te dire que…
Elle baissa les yeux. Je fouillai ma mémoire. Avais-je reçu une lettre que j’aurais mise de côté, puis oubliée? Non, ce n’était pas possible. Enfin, je repris la parole. Le cœur me grossit et un frisson me secoua :
– Ah! Madeleine! Je n’ai jamais su que tu m’avais écrit. » (p. 188)

  • Nombreux personnages secondaires, décrits simplement, tous liés à la vie professionnelle, sociale ou intime du personnage principal, parmi lesquels Estelle, son premier amour qu’il ne reverra jamais, le curé, qui l’assiste lors des annonces aux familles de soldats décédés, ainsi que Madeleine Poirier, qu’il finit par épouser.

« J’arrivais d’une randonnée sur la plage avec Estelle. Estelle aux longs cheveux roux, belle et intelligente. Ensorceleuse, j’oserais dire maintenant. Mais elle venait d’écraser mes espoirs et mon esprit. Même après toutes ses années, j’en goûte encore un soupçon d’amertume. Parfois, je me demande ce qu’elle est devenue. » (p. 17)

« – Bonjour, Antoine, dit le prêtre avec sollicitude, serrant doucement l’épaule de l’homme en levant l’autre main en signe de bénédiction. Voici le lieutenant Elphège Cormier. […]
Il hésita, puis ajouta, plus doucement :
– J’ai prié pour toi, Antoine. Pour que le Seigneur te donne le courage d’accepter…
Il chercha ses mots.
– … ce qu’il faut bien accepter. J’espère bien que ça va aller mieux. Ton garçon est au paradis. Ça, c’est certain. C’était un bon croyant. Il est en paix maintenant.
L’homme tourna la tête au prêtre, comme pour lui répondre, mais aucun mot ne sortit de sa bouche, puis il me fit bonjour d’un signe de tête, mais sans sourire. Le prêtre lui serra de nouveau l’épaule. Je me sentis encore plus mal à l’aise. […]
Après un moment d’hésitation, le prêtre soupira et reprit la parole :
– Écoute, Antoine. C’est pas une bonne nouvelle que j’t’apporte, encore. C’est le lieutenant qui me l’a apportée de Halifax ce matin. Ça concerne Étienne. » (p. 93)

« Notre mariage fut célébré au début de l’été suivant par le père Hébert, qui fut assisté par le jeune père Bourgeois, souriant. Ce fut le premier mariage à être béni dans la petite église blanche toute neuve de Chockpish. Ce fut une cérémonie simple avec quelques invités seulement, des enseignantes et des amies de Madeleine. » (p. 189)

  • Roman historique fictif aux nombreux événements véridiques contribuant à nourrir la trame d’un récit ayant comme toile de fond la Première Guerre mondiale; plusieurs retours en arrière sous forme de souvenirs de la part du personnage principal; projections vers l’avenir indiquant ses désirs et ses aspirations; thèmes (p. ex., deuil, amitié, amour, conscription, violence, mort) aptes à capter l’intérêt du lectorat visé.
  • Mise en page aérée; texte réparti en 22 chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., italiques, guillemets, points de suspension, notes de bas de page) qui facilitent l’interprétation du texte; table des matières, note de l’éditeur et note de l’auteur au début; courtes notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., estaminets, alluviale, quittance, décontenancé, protubérant) compréhensibles à l’aide du contexte et des notes de bas de page; mots du registre familier (p. ex., pi, j’te, itou, j’sais, j’pense) et mots anglais (p. ex., track, clapboard, eyes right, driver) reflétant le parler typique du lieu de l’action.
  • Utilisation prédominante de phrases transformées et déclaratives; phrases généralement longues; emploi du passé simple et de l’imparfait de l’indicatif dans la narration.

« L’année précédente, lorsque j’avais quitté les rangs à Halifax pour retourner à Moncton et devenir officier au régiment acadien, j’avais cru laisser ce genre de choses derrière moi une fois pour toutes. Mais la vie, l’armée et la guerre en avaient décidé autrement. Trop peu d’Acadiens s’étaient ralliés au bataillon de D., et conséquence directe de cela je m’étais retrouvé de nouveau à Halifax parmi les Anglais. »  (p. 59)

« Je pris donc un souffle, qui finit en soupir. Puis je plongeai.
– C’est qu’il n’a pas été tué au front, mon père.
Le curé recula la tête, les yeux perplexes.
– Quoi donc? Un accident? Sûrement pas. T’aurais pas fait tout ce trajet de Halifax pour venir m’annoncer cela… » (p. 79)

  • Figures de style variées (p. ex., personnification, expression imagée, comparaison, hyperbole, énumération) donnant de la couleur locale au récit.

« La nature somnole en octobre. […] Bientôt, elle sommeillerait profondément, la nature. » (p. 13)

« Ce soir-là, devant le miroir dans la chambre que j’occupais chez mon oncle Émile, je pleurai à chaudes larmes. » (p. 18)

« La foule se dispersa comme la fumée de la locomotive, par petits groupes à pied, discutant de la guerre ou des récoltes de foin qui étaient abondantes, ou commérant simplement. » (p. 29)

« On disait du train qu’il roulait si lentement qu’il eut été possible, en se penchant par les fenêtres du wagon, de cueillir au passage les bleuets qui poussaient au long de la voie. » (p. 71)

« Comment décrire les interminables nuits de garde, les pieds plantés dans la boue collante sous la pluie froide, la puanteur des morts mêlée à celle des vivants, les poux, la hantise des francs-tireurs toujours aux aguets, les obus qui arrivaient, indifférents, tuant les hommes au hasard, pour rien, comme son frère avait été tué. » (p. 166)

  • Séquences descriptives et narratives abondantes, permettant de se représenter certains objets, événements et personnages et d’imaginer le monde dans lequel l’auteur a vécu ses expériences; séquences dialoguées peu nombreuses qui permettent de comprendre les liens entre les personnages; ajout de procédés littéraires (p. ex., chanson, lettre) qui renforcent la crédibilité de l’histoire.

« La paroisse était une des plus vieilles et donc parmi les mieux établies de la région, et cela paraissait. L’église était bardochée de cèdre elle aussi, la nef haute et carrée avec des clochetons aux quatre coins. Le clocher qui dominait la façade était sans doute le plus élevé de la côte, et le plus orné de boiseries, avec un pignon allongé en pointe, surmonté d’une croix et de clochetons enjolivés, qui devait servir d’amer pour les marins arrivant du large. » (p. 76)

« Le matin suivant se révéla sombre. Le ciel était couvert de nuées basses, grises et opaques. Il pleuvait « des clous », comme on disait encore, les trombes d’eau fouettées par les bourrasques de vent, soulevant en éclaboussures les abondantes mares d’eau qui se répandaient sans cesse sur la terre boueuse, chaque goutte lourde de cette froideur qui pénètre jusqu’à la moelle des os et marque la fin de l’été des Indiens. » (p. 107)

« – Je t’ai entendu parler à ton cheval, là, lui dis-je, désirant le mettre à son aise. J’connais ton patois. D’où est-ce que tu d’viens?
Reconnaissant à son tour mon accent et ma tournure de phrase, il me regarda plus étroitement, un peu décontenancé.
– Du Nouveau-Brunswick. Il hésita, puis ajouta le ²Sir² obligatoire. J’viens de Tédiche. Dans l’comté de Westmorland.
C’était le village natal de ma mère, où vivaient encore mes grands-parents et plusieurs cousins.
– Comment’-ce que tu t’appelles?
– LeBlanc… Sir. Euclide LeBlanc. » (p. 127)

« Ne pleure pas Jeannette,
Alazoum Boum Boum,
Alazoum Boum Boom,
Ne pleure pas Jeannette,
Nous te marierons…
Nous te, nous te, nous te marierons… » (p. 142) 

« Mon cher Elphège,
Quelle surprise que de recevoir ta lettre! Tu excuseras le retard de ma réponse, j’en suis certain, lorsque je t’en aurai expliqué la raison : je me suis marié il y a exactement trois semaines. » (p. 172)

Référent(s) culturel(s)

  • Référents culturels nombreux liés au milieu social, à la langue et à des valeurs propres aux Acadiens de l’époque.
  • Mention de nombreux emplacements du Nouveau-Brunswick (p. ex., Memramcook, Moncton, Gédaïque, Scoudouc, Bathurst).
  • Référence à des figures importantes ayant joué un rôle-clé dans le rayonnement de la communauté acadienne (p. ex., sénateur Poirier, monseigneur LeBlanc, le juge Landry).
  • Mention de Louis Riel.
  • Mention de la France.
  • Mention de Montréal et du Québec.

Pistes d'exploitation

  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, d’effectuer une recherche sur l’accident survenu à Halifax en novembre 1917, en tenant compte de critères précis (p. ex., contexte, conséquences, aide humanitaire). Leur demander de comparer les faits historiques avec la façon dont cet événement est raconté dans l’œuvre. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur analyse au groupe-classe.
  • Animer une discussion sur la crise de la conscription au Canada pendant la Première Guerre mondiale, en introduisant les enjeux politiques et sociaux qui ont alimenté cette crise, notamment les tensions entre les Canadiens français et les Canadiens anglais, ainsi que les divergences d’opinions sur l’engagement militaire et l’autorité gouvernementale. Ensuite, proposer aux élèves de rédiger un texte d’opinion en répondant à la question suivante : Crois-tu qu’Étienne Poirier ait mérité d’être fusillé pour avoir déserté? Justifie ta réponse en tenant compte du contexte historique et des dilemmes personnels de l’époque. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur texte au groupe-classe.
  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, d’effectuer une recherche sur les conflits, l’intolérance et la haine entre les Canadiens français et les Canadiens anglais à l’époque, faisant ressortir la façon dont l’auteur a intégré plusieurs exemples dans son texte sans pour autant leur donner son approbation. Leur demander de présenter leurs conclusions au groupe-classe sous forme d’un tableau de comparaison.
  • L’auteur présente souvent des descriptions par l’accumulation de détails (voir l’exemple ci-après). Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de relever de telles descriptions de personnages, de villages, de régions rurales et d’événements. Animer une discussion à partir de la question suivante : Quelle est la valeur littéraire de ce genre de description?

« Les quelques officiers jouaient les galants, leurs uniformes bien repassés, leurs boutons, leurs bottes et leurs ceintures Sam Brown astiqués et ajustés, leurs swaggersticks sous le bras. Ils ne savaient sans doute rien de la fête de l’Assomption, mais étaient visiblement surpris et flattés par cette foule nombreuse et bien vêtue qui les attendait, les femmes sous leurs plus beaux chapeaux d’été ou en simples coiffes, les hommes en chapeaux de paille et en manches courtes. » (p. 27)

Conseils d'utilisation

  • Avec les élèves, situer le cadre historique et géographique de l’œuvre avant d’en faire la lecture.
  • Discuter en groupe-classe de la note de l’éditeur (p. 6) concernant la relation fiction-réalité.
  • Tenir compte du fait que l’auteur décrit de façon réaliste et saisissante des scènes dans lesquelles des soldats sont blessés lors de la guerre. Accompagner les élèves dans la lecture de ces extraits.
  • Inciter les élèves à lire une autre œuvre portant sur la Première Guerre mondiale, soit Frères ennemis, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Les Canadiens face aux guerres mondiales, New York, La crise de la conscription en 1917.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Raconte-moi la Grande Guerre, New York, Le Canada dans le conflit.