Contenu
- Un seul personnage principal, qui assume à la fois l’identité du je, du il, de l’autre et du bon gars, qui tente d’effectuer une transformation intérieure.
« Je riposte du tac au tac, lui dit que le il de son moi l’habite en parallèle comme un personnage désarticulé qui perd les pédales à chaque phrase d’une guerre qui se déroule en catimini. » (p. 21)
« Plus il se pose des questions, plus le bon gars a l’impression de comprendre une espèce de tremblement réclamant sa goutte d’éternité. » (p. 97)
- Quelques personnages secondaires, dont le journaliste, qui incarne la conscience de l’altérité, mouche Gertrude, fidèle compagne, qui représente la liberté, dame aux crevettes, inconnue virtuelle, messagère du mouvement de révolte de je, ainsi que Coleslaw, peintre trilingue qui reflète la critique sociale et la remise en question.
« Après s’être ressaisi, le journaliste ferme les yeux, lui demande pourquoi il a décidé de se soumettre à la troisième personne du singulier. […]
Épuisé, il clique sur l’image du journaliste et celui-ci disparaît. » (p. 21)
« Force de constater qu’il n’a jamais connu un être comme Gertrude.
Folle et fragile, elle vaque à ses affaires, sans nuire, sans politique et sans religion; sans accorder d’importance à quoi que ce soit, sauf aux plus folles envolées. » (p. 70)
« Il pense à la dame aux crevettes, se demande encore d’où elle vient, où elle est, ce qu’elle fait, rêve, devient… quels combats incendiaires elle mène ou imagine entre propagandes remâchées. » (p. 77)
« Désabusé, Coleslaw mâche ses mots, poursuit dans son plus beau créole, sûr de ce qu’il raconte à qui veut bien l’écouter, dénonçant les bêtises jugées déraisonnables. » (p. 89)
- Récit poétique qui marie la prose et la poésie; thèmes (p. ex., recherche de soi, guerre et obsession) qui traduisent le mal de vivre de je.
- Mise en page aérée; œuvre répartie en sept chapitres titrés; éléments graphiques (p. ex., guillemets marquant les dialogues, les pensées, les multiples identités de je, parenthèses précisant les pensées du narrateur, italiques identifiant les expressions anglaises, les tableaux, les pièces musicales, les sites web fictifs, majuscules, points de suspension, notes en bas de page) facilitant l’interprétation du texte; jeux d’espaces au début des passages poétiques; liste des œuvres de l’auteur, dédicace et citations d’écrivains au début de l’œuvre; table des matières et remerciements à la fin; renseignements sur l’auteur sur le rabat de la quatrième de couverture.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., azimuts, taciturnes, icarien, méandres) compréhensibles à l’aide du contexte; mots anglais (p. ex., deal with it, collective nonsense) et mots inventés (p. ex., am, stam gram) accentuant certains passages de l’œuvre et les rendant plus réalistes.
- Phrases transformées et phrases à construction particulière; emploi d’une variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, interrogative, impérative, exclamative, négative); phrases généralement longues.
« Soudain, un étranger arrive à toute allure sur un vélo qui ressemble drôlement à celui de Pee Wee Herman.
Il explique qu’il est journaliste à tagueule.ca, braque un microphone sur Coleslaw :
– Pourquoi vous ne vous nourrissez pas de la nature? Ça vous ferait peut-être du bien?
– Aïe, aïe, aïe! Les bouleaux? Pas pour moi! répond l’autre en prenant une bouchée de salade.
– Je vois que vous vous moquez de moi. Mais bon… Vous luttez contre quoi? contre qui? demande le journaliste en lâchant son guidon.
Coleslaw le regarde dans les yeux :
– Je me bats contre l’enchevêtrement… Le message collectif devenu plus maladif que jamais. Maintenant, foutez-moi la paix. » (p. 90)
- Nombreux procédés stylistiques (p. ex., antithèse, métaphore, comparaison, énumération, répétition, personnification) qui enrichissent le texte.
« Dans une poussée de fièvre imprévue, la lumière délavée de ruines où dansent des lâches – morts ou vivants, imaginaires ou réels. » (p. 21)
« Un champ de mines dans la tête, il reprend au début, poursuit sa thérapeutique devenue plus paranoïaque. » (p. 24)
« Trébuchant sur un fil conducteur devenu beaucoup trop long, je s’allonge sur le dos comme une bête blessée, son clavier posé sur sa poitrine. » (p. 26)
« Elle apparaît à son écran, lui parle d’un temps révolu, de révolutions possibles ou impossibles, des moments oubliés, d’impuissances, de la découverte d’un voyage intérieur et de zones obscures réservées aux plus intimes réflexions. » (p. 72)
« Il se demande qui a précédé sa petite amie en ce lieu, si la femme ou l’homme partageait les mêmes objectifs, les mêmes repères, la même donne. » (p. 84)
«Le ciel est inquiet. » (p. 128)
- Prédominance de séquences descriptives, entrecoupées de quelques séquences dialoguées, qui accentuent le désir de liberté de je et aident à comprendre ses états d’âme; ajout de poèmes sans ponctuation, qui permettent plusieurs interprétations du texte.
« Coup de théâtre! Un journaliste virtuel surprend son regard. Les cheveux en bataille et la sueur au front, il lui demande d’expliquer pourquoi il fait ce qu’il fait, comment il perçoit son combat.
Je s’écrase la tête contre son écran, laisse échapper un éclat de rire incontrôlable, répond qu’il n’a pas à se justifier, qu’il n’a pas les mots, le courage, la patience…
Sans retenue, le journaliste lui parle d’identité, d’altérité…
Je pense à tous les pourriels, à toutes les menaces qu’il reçoit quotidiennement de tous les partout imaginables, décuple les regards sur le passé, lui parle du moi devenant autre, celui qui tente de s’auto-créer ou de se recréer.
– Vous avez dit ²recréer²? demande le journaliste en tentant de situer son accent.
L’impression d’être aux prises avec un virus qui s’amuse à le faire douter, lui faire perdre son temps, provoquer l’hésitation, celle qui tue l’automatisme. » (p. 19)
« penché sur sa bière
il se sent
ne l’entend presque plus
allume une cigarette
fait des ronds
s’imagine avec une autre tête
devant une autre inconnue » (p. 35)
Référent(s) culturel(s)
- Référence à Paris.
- Référence au poème L’effort humain, du poète français Jacques Prévert.
- Mention de l’écrivain français d’origine roumaine, Tristan Tzara, membre fondateur du dadaïsme.
Pistes d'exploitation
- Inviter les élèves à prendre part à une table ronde en posant les questions suivantes : Que penses-tu de la coupure de je avec le monde? Selon toi, quel est son but : lui procurer des bienfaits thérapeutiques ou nourrir ses obsessions? Leur demander de relever, au préalable, des exemples tirés du texte afin de fournir des preuves pour appuyer leur point de vue lors de la discussion.
- Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de composer un poème ludique (p. ex., une ode à la mouche Gertrude afin d’anoblir son simple statut de mouche), puis de l’illustrer. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
- Demander aux élèves, regroupés en équipes, de commenter le titre de l’œuvre, puis de noter leurs commentaires sur une grande feuille. Inviter les équipes à faire part de leurs réflexions au groupe-classe.
- Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de rédiger une lettre à je afin de l’inciter à revoir sa démarche, puis à lui prodiguer des conseils qui l’aideront à devenir un citoyen actif, qui participe à la vie communautaire. Animer une mise en commun afin de leur permettre de lire leur lettre devant le groupe-classe.
Conseils d'utilisation
- Revoir les caractéristiques du poème.
- Revoir les règles de la table ronde.
- Inciter les élèves à lire une autre œuvre poétique du même auteur, telle que pendant que l’Autre en moi t’écoute, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série: Global Science, Technologie : un nouveau monde.