Contenu
- Personnage principal et narratrice, Jocelyne, fille du concierge et écolière du système catholique dans le Québec des années 50, qui vit dans l’école et est affligée par une profonde timidité, ainsi que par des peurs et une anxiété qui marquent son quotidien.
« Lever la main? Demander la permission de sortir? Hors de question. Cela attirerait sur moi les 66 yeux des 33 autres élèves de ma classe. De plus, qui sait si, une fois la permission accordée, je pourrais encore me retenir. Prise au piège entre la honte et la peur, mes joues rosissent. Je transpire! » (p. 20)
« Sœur Marcel-Émond vient tout de suite au-devant de moi et, passant son bras autour de mon épaule, m’incite à entrer. À haute voix, elle me présente à l’ensemble de la classe.
– C’est Jocelyne, la fille du concierge. C’est elle qui…
Le reste m’échappe. Tous ces visages braqués sur moi. Des quatre coins de la classe. Je rougis. »
(p. 74)
- Nombreux personnages secondaires, parmi lesquels le père de Jocelyne, concierge à la Commission des écoles catholiques de Montréal, qui ressent un profond dénigrement en raison de son métier, sa mère, couturière à ses heures, qui surprotège sa fille, le fou, un itinérant mal compris qui habite le fond de la cour, Lise Robitaille, une élève aux besoins spéciaux, qui permet à Jocelyne d’apprendre des leçons importantes sur l’inclusivité et de développer une plus grande sensibilité et un respect accru des différences, ainsi que ses enseignantes, laïques et religieuses, qui exercent une influence sur l’évolution psychologique de Jocelyne.
« Toutefois, mon père a vite pris conscience des préjugés généralement désobligeants associés à sa fonction. Le concierge, c’est celui qui torche, qui met ses mains dans les cuvettes des toilettes, qui ramasse les dégâts. […] Mon père est très sensible à cette condescendance. […] Sa fierté en prend un coup. Il la retrouve dans l’alcool, la bière surtout. […] Et surtout, dans la propreté de ″son″ école. Car c’était véritablement ″son″ école, comme le violoniste possède ″son″ violon et la couturière ″sa″ machine à coudre. » (p. 28-29)
« Ma mère appréhende les accidents et les maladies. Ce sont ses terreurs. Bien que consciente des bienfaits des jeux extérieurs, elle me préfère assise à lire. Ainsi, elle sait où je suis, ce que je fais, et, surtout, que je cours moins de risques dans le salon que dans la rue. Elle m’interdit de traverser les rues, ce qui me prive de plusieurs amies qui, parfois, demeurent pourtant juste en face. » (p. 50)
« Le fou ne parle pas. Il émet des sons inarticulés, du charabia aurait dit ma mère. Pourtant, je le comprends. Il a fait bien plus que me montrer des cordes, des insectes : il a étalé ses biens, ses trésors, sa vie. » (p. 60-61)
« Lise est grande, beaucoup plus grande que moi. Selon ma mère, elle doit avoir quatorze ou quinze ans. […] Soudain, une pensée me traverse l’esprit : c’est une arriérée! Mais, elle n’est pas différente des autres. Elle est normale. Je ne distingue rien dans son physique, dans ses manières, dans son attitude qui indique une déficience quelconque. […]
Curieusement, de jour en jour, sa famille se transforme. Un jour, elle a deux sœurs et un frère; le lendemain, trois frères, puis pas de frères du tout. » (p. 75-76)
« L’école Sainte-Véronique était tenue par les sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. Toutefois, plusieurs institutrices étaient laïques. […]
En septième année, pour la première fois, mon institutrice fut une religieuse. Comment ai-je échappé à la religieuse en 6e ? Je n’en sais trop rien. Comme il y avait plusieurs classes, de A à D, j’avais probablement eu la chance d’être inscrite dans la seule classe de l’enseignante laïque. Pourquoi dis-je ″chance″? C’est que, même si je vivais dans l’école et que j’avais l’occasion de voir souvent les religieuses, elles me faisaient peur. Préjugé ou pas, je les trouvais austères, froides, sévères. […]
Rose-Ange. C’est ainsi qu’elle s’appelle : sœur Rose-Ange. […]
Rose-Ange nous donne le goût de progresser, d’avancer. » (p. 119-120)
- Récit intimiste, tel un journal intime, qui met en lumière le regard candide d’une enfant sur l’univers d’une école catholique où elle vit et grandit; intrigue simple, mais évocatrice, qui entraîne le lectorat à travers les aventures quotidiennes de cette fille et de sa famille, l’amenant à découvrir ou à se remémorer la vie rigide et sévère des employés dans les établissements scolaires catholiques des années 1950 au Québec; nombreuses anecdotes, entrecoupées de retours en arrière, illustrant les pensées et le questionnement du personnage principal; thèmes (p. ex., obéissance, honte, marginalité, religion, préjugés, condition de la femme) aptes à intéresser le lectorat visé.
- Mise en page simple; œuvre présentée sous forme de 15 chapitres titrés; éléments graphiques (p. ex., lettrines pour marquer le début des chapitres, acronymes, symboles pour indiquer un changement de scène ou un laps de temps, tirets, guillemets, italiques, majuscules, points de suspension) facilitant la compréhension de l’œuvre et permettant au lectorat de ressentir les émotions vécues par le personnage principal; dédicaces en début de livre; table des matières et liste des autres œuvres de la collection Voix narratives et oniriques à la fin du roman; description de l’auteure et de ses accomplissements à la quatrième de couverture.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; quelques mots moins connus (p. ex., formaldéhyde, élucubrations, incartade) compréhensibles grâce au contexte; mots et expressions du registre familier (p. ex., écornifler, balancinant, toé, tanné, dure de comprenure) et mots anglais (p. ex., overall, job steady, off white, track) propres au milieu où se déroule l’action, contribuant ainsi à la vraisemblance des personnages.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; divers types et formes de phrases; nombreuses phrases courtes traduisant les pensées, les émotions et le questionnement incessant du personnage principal, offrant un aperçu de son monde intérieur à travers le regard d’une enfant.
« Je soulève délicatement les paupières, une fente à peine, afin de repérer la position de la religieuse remplaçante. À l’avant, elle regarde vers le crucifix accroché tout au haut du mur. J’en profite alors pour me déhancher légèrement afin de déplacer le poids de mon corps d’un seul côté. Cela me soulage quelque peu. Puis, je change de jambe. Était-ce un outrage au Christ ou une injure à la Vierge? Je n’en sais rien. Chose certaine, c’était une dérogation aux règles! Un péché! À la fin des cinq dizaines, une fois debout et attendant le signal pour nous asseoir, la religieuse me désigne :
– Toi là, comment t’appelles-tu?
– Jocelyne, ma sœur.
– T’es pas capable de te tenir droite quand on récite le chapelet?
- Procédés stylistiques simples (p. ex., comparaison, répétition, énumération, métaphore) qui agrémentent la lecture.
« Ma mère m’examine la tête et constate, en effet, qu’à deux ou trois endroits, je suis chauve comme ″une fesse de bébé″, selon son expression. » (p. 48)
« Je regarde à peine avant de traverser la rue et une auto freine brusquement pour m’éviter. Je cours, je cours, je cours. » (p. 53)
« C’est alors seulement que j’ai pu en voir le contenu. Des dizaines de pots de toutes grandeurs, des roches, des cailloux, des morceaux de ferraille, des enjoliveurs de roue, des bouteilles, des bouts de corde et de bois, une grosse chaîne… » (p. 60)
« Véritable moulin à paroles, elle raconte et raconte, mâchant ses mots plus rapidement que son sandwich. » (p. 77)
- Séquences narratives et descriptives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui permettent de s’immiscer dans l’esprit de la narratrice et aident à comprendre ses sentiments ainsi que ses relations avec les autres personnages; ajout de procédés littéraires (p. ex., épitaphe, chanson) qui enrichissent le récit et renforcent la crédibilité de l’histoire, en ancrant davantage les événements dans leur contexte.
« Comme la plupart des humains sans doute, je n’ai guère souvenance des premières années de ma vie. La mémoire est longue à se constituer, à emmagasiner des souvenirs et, surtout, à les restituer quand on la fouille.
Pourtant, une image me reste. Plutôt une séquence. Un clip. Je me revois dans une chambre, dans les bras de ma mère. (p. 9)
« Puis, les élèves se mettent à sourire discrètement, à se faire des clins d’œil. Elles viennent de comprendre qu’un intrus est dans l’école, juste de l’autre côté de la porte. Voyant les élèves s’agiter, l’institutrice qui, préoccupée par sa leçon, n’a rien entendu, nous interroge :
– Qu’est-ce qui se passe?
– Ben… j’pense qu’y a un chat dans le corridor! répond une des élèves.
À ces mots, toutes éclatent de rire… sauf moi. À peine ouvre-t-elle la porte que le chat entre dans la classe, la traverse fièrement, comme en parade, et vient se frotter contre mes jambes. J’ai peur de dire que c’est ″mon″ chat. Comme toujours, j’ai peur qu’on me gronde! Qu’on m’accuse de l’avoir attiré!» (p. 46-47)
« À toi, Fidèle,
qui nous as fait passer
de si beaux moments.
Nous ne t’oublierons jamais.
Nous te serons fidèles. » (p. 102)
« REFRAIN
Acclamons, vénérons, bien-aimée sœur Marie-Rose
Acclamons, vénérons, bien aimée, mère Rose.
COUPLET
Sur les bords du Richelieu, ta jeunesse s’écoula
Toujours sous le regard de Dieu, rose du Canada
Les beautés de la nature ravissaient ton âme pure! » (p. 125)
Référent(s) culturel(s)
- Mention de la ville de Montréal et de Saint-Jean-d’Iberville, une ville située au sud de Montréal.
- Référence aux émissions jeunesse de l’époque (p. ex., Bobino, Franfreluche, le Pirate Maboule).
- Allusion à Gilles Vigneault et à sa chanson Mon pays.
Pistes d'exploitation
- Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de rédiger un 16e chapitre dans lequel ils imagineront et relateront un souvenir de Jocelyne, qu’ils créeront à partir de leur propre interprétation du personnage. Les inciter à respecter les caractéristiques du texte (p. ex., narrations descriptives, séquences dialoguées, humour). Les inviter à lire leur texte devant le groupe-classe.
- À partir des souvenirs de Jocelyne, proposer aux élèves, réunis en équipes, de comparer la vie des écoliers des années 50 avec celle des écoliers d’aujourd’hui. Leur demander d’illustrer leurs découvertes à l’aide de photos représentant le mode de vie et le style d’enseignement de chaque époque. Les inviter à présenter leurs trouvailles à la classe sous la forme de leur choix (p. ex., collage, diaporama, affiche).
- Animer une discussion à partir des questions suivantes : Pourquoi est-ce important d’intégrer les étudiants ayant des besoins particuliers dans nos établissements scolaires? Quelles actions supplémentaires pourrions-nous entreprendre pour faciliter leur intégration de manière plus effective?
- Suggérer aux élèves, réunis en équipes, d’effectuer une recherche sur la Révolution tranquille, qui a marqué la période suivant celle décrite dans le roman. Leur demander de faire ressortir les faits historiques clés de l’époque. Animer une mise en commun afin de leur permettre de faire part de leurs trouvailles au groupe-classe.
Conseils d'utilisation
- Présenter ou revoir les caractéristiques du récit.
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats (p. ex., déficience, homosexualité) et au vocabulaire de l’époque (p. ex., arriérée, fou, femmes aux femmes) avant d’entreprendre la lecture du roman, en expliquant le contexte historique dans lequel ces termes étaient utilisés.
- Discuter de l’influence de l’Église et de la Révolution tranquille au tournant des années 50.
- Noter que le mot « tremblée » (2e mot, page 116) devrait plutôt s’écrire « trembler ».
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e année, Série : Une école pour tous, svp (série de six balados).
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Série : Imaginons une école pour tous, plusieurs épisodes.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Échec & moi, Pourquoi la peur de l’échec cause-t-elle de l’anxiété?
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : Flip – Dans ma tête, Dans ma tête: quand je fais de l’anxiété.