Contenu
- Un personnage principal, Iphigénie, la princesse condamnée à mourir pour apaiser la colère de la déesse Artémis et ainsi permettre le départ de la flotte achéenne vers Troie.
« AGAMEMNON
Tu as l’honneur de donner ta vie à la déesse pour nous tous. Accepte cet honneur avec grâce.
IPHIGÉNIE
Je vais mourir.
AGAMEMNON
Tu devrais être fière.
IPHIGÉNIE
Je vais mourir pour du vent.
AGAMEMNON
Tu seras sacrée. On établira un culte à ta mémoire. Tu seras immortelle comme les déesses. » (p. 104)
- Plusieurs personnages secondaires qui interagissent avec Iphigénie, dont son père, le roi Agamemnon qui, malgré son amour pour sa fille, accepte de la sacrifier pour permettre à la flotte achéenne de partir pour Troie, Ériphyle, son amie, sacrifiée à sa place, sa mère, Clytemnestre, qui l’instruit pour qu’elle devienne reine un jour, le devin Calchas, doté du pouvoir de prophétie, qui incite Agamemnon à affirmer son pouvoir face à Clytemnestre, Achille, un guerrier choisi pour l’épouser et mener l’expédition, Artémis, la déesse qui exige un sacrifice humain pour libérer le vent, et Halia, qui se révèle être Hélios, un jeune homme travesti pour échapper à la guerre, avec qui elle s’enfuit dans la forêt pour vivre sans déesses, sans dieux et sans lois.
« AGAMEMNON
Iphigénie, donne-moi ton poignet.
ÉRIPHYLE
Je ne suis pas Iphigénie.
Agamemnon la saisit violemment par le poignet et la tire brusquement vers lui.
ÉRIPHYLE
Mon seigneur!
AGAMEMNON
À genoux!
Agamemnon la force à s’agenouiller. Il va se placer derrière elle.
ÉRIPHYLE
Écoute-moi!
Ériphyle tente de tourner la tête, de se relever. Il la repousse. Il lui met une main sur la bouche pour l’empêcher de parler et lui renverse la tête. […] Agamemnon tranche la gorge d’Ériphyle, qui s’effondre. » (p. 27-28)
« CLYTEMNESTRE
Quand viendra le temps, quand je ne pourrai plus donner d’enfants à notre tribu, tu prendras ma place, tu seras la nouvelle reine. Aujourd’hui, tu es Iphigénie. Ton nom signifie : « mère d’une race vigoureuse ». Ton nom annonce ta vie à venir. » (p. 31)
« CALCHAS
Achille mourra à Troie. Un oracle l’a prédit. Il mourra en héros. Il sera couvert de gloire. Toi, tu prendras la ville et ses richesses.
AGAMEMNON
Moi?
CALCHAS
Tu ne feras pas cette guerre pour délivrer Hélène. Tu prépares cette expédition pour accroître ton influence. Laisse la reine croire que tu agis pour faire sa volonté, mais tu dois comprendre les raisons profondes de ton engagement. » (p. 44)
« ACHILLE
En ce moment, ce que je désire ardemment est de rentrer chez moi. De me marier. De faire des enfants.
AGAMEMNON
Oui, oui, le mariage… Il te faudra épouser une fille digne de ta grandeur… Comme une des filles de la reine Clytemnestre.
ACHILLE
Tu ne peux pas me promettre ce qui ne t’appartient pas. Les enfants appartiennent à la mère.
AGAMEMNON
Je crois que la reine pourrait être favorable à un mariage entre toi et sa fille Iphigénie, qui est aussi en âge de se marier. Nous pourrions conclure l’affaire rapidement. Avant notre départ pour Troie. » (p. 47-48)
« AGAMEMNON
Calme-toi, Clytemnestre. Tu t’affoles sans comprendre. J’ai essayé de t’épargner la douleur de cette terrible nouvelle. La déesse Artémis a parlé. Iphigénie doit mourir pour nous redonner le vent nécessaire à nos voiles. Nous devons prendre Troie et redonner Hélène à son mari légitime. » (p. 68)
« IPHIGÉNIE
Nous mourrons en combattant, l’arme au poing. Je préfère mourir dans la lutte que dans la soumission. Je suis prête à tout pour ma liberté. Prête à tout renoncer, mon nom, ma famille, ma tribu.
HALIA
Une fois de l’autre côté des rangs de l’armée, que ferons-nous?
IPHIGÉNIE
Il faudra fuir.
HALIA
Où?
IPHIGÉNIE
Ailleurs, loin d’ici. […]
Les déesses et les dieux, nous les effacerons de nos mémoires. Nous vivrons sans déesses et sans dieux, sans lois. Nous donnerons naissance à une nouvelle race d’humains. De nouveaux hommes, de nouvelles femmes… Allons. Le temps nous presse. » (p. 106-107)
- Pièce de théâtre qui réinterprète une tragédie grecque, mettant en lumière les rapports de force entre les personnages, en particulier autour du destin d’Iphigénie; retour en arrière identifié par la couleur bleue et inséré entre le Premier plan, Rouge, et le Plan intérieur, Jaune; thèmes (p. ex., trahison, destin, humanité, loyauté, sacrifice) pouvant intéresser le lectorat visé.
- Mise en page aérée; récit composé de trois parties titrées, divisées en épisodes; éléments graphiques (p. ex., italiques, parenthèses, points de suspension, guillemets, caractères gras) facilitant l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres du même auteur et préface au début; critique littéraire à la quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., intempestive, courtisée, fauves, harnacher, renégat) compréhensibles à l’aide du contexte.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; nombreuses phrases impératives, exclamatives et interrogatives traduisant les émotions des personnages; abondance de phrases courtes favorisant une lecture expressive.
« CLYTEMNESTRE
Elle lâchera prise quand tu seras prête. Écoute ce que les vieilles femmes ici ont à t’enseigner. Observe les consignes. Obéis. Soumets-toi aux règles de vie du sanctuaire. Exécute les rites avec conviction. Tout se passera bien. Après cette réclusion, tu seras nouvelle, une femme prête à aimer. Tu verras, les désirs d’Aphrodite sont plus satisfaisants que les violences d’Artémis. […]
ÉRIPHYLE
Oh! Te voilà, Iphigénie! Bonheur! Nous avons cru… un instant… que… […]
CLYTEMNESTRE
Que se passe-t-il ? » (p. 34-35)
- Figures de style (p. ex., personnification, énumération, comparaison, antithèse) qui agrémentent la lecture.
« Le vent est mâle après tout. » (p. 54)
« Il s’agit d’un animal? Notre plus beau taureau, notre plus beau cheval ou notre plus belle chèvre? » (p. 58)
« J’étais blanche comme la lune. » (p. 79)
« Vivre dans l’oubli, c’est mourir pour toujours. » (p. 104)
- Didascalies nombreuses permettant de connaître les gestes des personnages et les endroits où se situe l’action.
« Agamemnon, suivi de Calchas, se dirige vers Ériphyle, qu’il prend toujours pour Iphigénie. » (p. 27)
« Devant la tente d’Agamemnon. Clytemnestre et Achille entrent. Ils rencontrent Calchas. » (p. 65)
Pistes d'exploitation
- Demander aux élèves, regroupés en dyades, de faire une comparaison entre Iphigénie en trichromie de Ouellette et Iphigénie de Racine, puis d’en rédiger un essai comparatif mettant en lumière les similitudes et les différences entre les deux œuvres. Regrouper les élèves, puis leur demander de présenter leur travail aux membres de leur groupe.
- Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de comparer la vision du matriarcat dans Iphigénie en trichromie avec celle de la mythologie grecque traditionnelle, en se concentrant sur les rôles des femmes et des hommes dans la société et sur la manière dont Ouellette inverse ou modifie ces rôles. Leur demander de créer une présentation multimédia pour illustrer ces différences en intégrant des extraits de texte et des citations tirés de l’œuvre. À l’issue de cette activité, animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe, favorisant ainsi un échange d’idées et une réflexion collective.
- Proposer aux élèves de créer une peinture qui réinterprète le mythe d’Iphigénie, en apportant un éclairage contemporain. Afficher les créations en salle de classe.
Conseils d'utilisation
- Revoir avec les élèves quelques caractéristiques de la guerre de Troie.
- Expliquer le contexte d’une société matriarcale.
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats présentés dans l’œuvre (p. ex., sacrifice, violence).
- Inciter les élèves à lire d’autres pièces théâtrales de Michel Ouellette, telles que La colère d’Achille, French Town, ABC Démolition et L’homme effacé, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.