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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Il faut me prendre aux maux

Inutile d’essayer de départager la réalité de la fiction, le vrai du faux, le vécu du non-vécu dans les tableaux qui suivent, car tout y est vrai, et tout y est faux pourvu que l’on accepte le principe que les mots propagent indifféremment la vérité et le mensonge, la réalité et la fiction. En bout de piste, ce sont les mots qui nous inventent, qui nous engendrent. Mais pour la suite des choses, il est plus juste de dire que ce sont les maux qui nous créent.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narrateur, l’auteur, souvent porteur d’une opinion philosophique sur lui-même, qui se met en scène dans des récits teintés d’humour et de réflexions sur le quotidien, brouillant volontairement la frontière entre réalité et fiction.

« Dans la conduite de ma propre vie, je n’ai jamais cru à quelque déterminisme que ce soit, ni génétique, ni financier, ni lunaire, ni climatique, ni libidinal, ni homéopathique. Je suis totalement libre en tout temps de penser ce que je veux, de faire ce dont j’ai envie. » (p. 11)

« Je ne sais rien de la vie ni de la mort; je ne sais rien de la nature profonde de l’univers, ni des huîtres d’ailleurs, ni des régimes hypocaloriques […] Tout est pour moi énigmatique, voilé, labyrinthique. » (p. 67)

  • Quelques personnages secondaires, ne servant au narrateur qu’à illustrer le thème de son récit.

« CONFUSION […]
Constance s’employait pendant six bonnes heures à détecter et à poursuivre avec vigueur les poussières, à astiquer les meubles et à nettoyer les parquets.
[…] mais je ne reconnaissais guère les profils si familiers en bosses et en creux des rayons de ma bibliothèque. » (p. 117 et 128-129)

« AVEUGLEMENT […]
Sophie, notre cicérone aveugle, y est certes pour quelque chose. Alerte, enjouée, prévenante, elle prend plaisir à écouter nos petites détresses, nous ouvre les yeux sur son monde d’obscurité. Elle qui, de sa vie, n’a jamais vu un être humain, en connaît mieux que quiconque les replis de l’âme. » (p. 133 et 140)

  • Récits autobiographiques où l’auteur mêle humour, autodérision et souvenirs réels ou inventés pour transformer le quotidien en petites histoires à la fois humoristiques, touchantes et ambiguës; récits précédés par une définition très personnelle d’un mot-clé (p. ex. : MIRAGE, APITOIEMENT, ZIZANIE, ÉTOURDERIE), que l’auteur utilise comme fil conducteur pour tourner son existence en autodérision et souligner l’absurdité du quotidien, chacun se terminant par la phrase « Ô Satan, prends pitié! »; thèmes (p. ex., autodérision, humour, anecdotes, quotidien, souvenirs) aptes à capter l’intérêt du lectorat visé.
  • Mise en page simple; œuvre répartie en 14 récits titrés; éléments graphiques (p. ex., italiques, majuscules, lettrines marquant le début de chaque texte, caractères gras, crochets, guillemets, points de suspension, parenthèses, notes de bas de page, puces) facilitant l’interprétation du texte; liste des œuvres de l’auteur, deux citations judicieusement choisies, la première de Maupassant et l’autre de Montaigne, et un avant-propos servant à préciser davantage la teneur de l’œuvre au début; citations précédant certains récits; note de publication préalable et table des matières à la fin.

Langue

  • Langue vive, philosophique et parfois poétique, où alternent les registres soutenu, courant, familier et populaire, démontrant un souci intellectuel d’abord, mais évoquant également la condition humaine d’une société bigarrée; mots moins connus (p. ex., lascif, vermisseau, serpillière, dédales, trifouille) compréhensibles grâce au contexte.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, interrogative, exclamative, négative).

« J’avais donc eu raison de me méfier de cette Eva de malheur. Je sors de ma torpeur paralysante quand l’inspecteur French m’interpelle : « La personne suspecte est-elle ici présentemain? » Sans savoir pourquoi, je prends le risque du mensonge : « Non! elle est sortie pour la soirée; elle sera là demain. – Vous permettez qu’on jette un œil? » Ils n’attendent pas ma permission et se mettent en frais d’examiner chaque pièce. Leur perquisition sommaire terminée, ils reviennent à moi et me pressent d’autres questions abruptes et insidieuses : « Qu’êtes-vous allés faire en Tchécoslovaquie? Qui avez-vous rencontré à part cette personne? Avez-vous pris connaissance de certains gestes ou propos incriminants de votre invitée depuis son arrivée au Canada? Recevez-vous des argents pour héberger cette Tchécaslaque? » Enfin, ils tirent pesamment leur révérence, tout en m’avisant qu’ils reviendraient le lendemain poursuivre l’enquête et interroger la suspecte.
Ouf! Que faire en de pareilles circonstances? » (p. 82-83)

  • Humour aux multiples visages (p. ex., mot inventé, aparté fréquent, calembour facile, description souple, multitude de mots de remplacement, ridicule quotidien) donnant à l’œuvre toute son éloquence.

« Sur les conseils aussi bien attentionnés que déraisonnables de mes experts en bœuferie, avec qui il m’arrivait [très occasionnellement, je vous le jure] de prendre un verre… » (p. 20) […]

« …je me sentais à l’aise aussi bien à l’étable qu’à l’université, que de toute manière la différence entre les deux institutions n’est pas si grande qu’on le croit, les deux pour remplir leur mission ayant besoin de beaucoup de foin! » (p. 24)

« Les enchères montaient, montaient… Un rival poussait contre moi. À 500 $, le malotru manqua de souffle. Le marteau tomba : « Taureau adjugé à Bureau », rugit le crieur aux poumons d’acier. » (p. 27)

« Or à l’instant où il entreprend la délicate manœuvre d’inclinaison, une forte décharge électrique lui traverse la région lombaire. […] son vaillant cosaque est en voie de rendre l’âme. […] Le grand éclopé […] L’estropié […] le bougre […] Notre martyr […] son hidalgo […] l’inculpé […] au blessé dénudé… » (p. 38 à 41)

« J’avais dit « par auteur », elle avait compris « par hauteur »! Le mode de rangement inventé par Constance m’émut… » (p. 129)

  • Nombreuses figures de style, parmi lesquelles la comparaison, l’énumération et la métaphore jouent un rôle capital pour témoigner de la condition humaine au quotidien.

« L’agonisant a toutes les peines du monde à s’asseoir, à se coucher, à se lever […] il suit des émissions de télé aussi captivantes que les Grilles horaires, Yogi l’ours, Les arpents verts, Les Pierrafeu, Johnny Hallyday à l’Olympia le 9 octobre 1961, Les sentinelles de l’air… » (p. 38)

« Je garde en mémoire le locataire d’une maison jumelée, au mur mitoyen aussi insonorisant qu’un écran de fumée… » (p. 48)

« Je surprends des voitures de police partout […] Ils me cherchent, ces flicards […] En voilà justement un qui me double […] il me sourit et m’adresse un salut de sa main droite. Ah! le vilain loup qui tente de me séduire pour mieux me dévorer. » (p. 62-63)

  • Séquences narratives et descriptives mettant en scène des événements banals, teintés d’exagération, contribuant au ton comique de l’œuvre; dialogues rapportés qui renforcent la dimension théâtrale et moqueuse du regard que l’auteur porte sur lui-même et sur le quotidien.

« Son mariage allait être célébré avec guirlandes, flonflons, reportage-photos, grandes orgues et Panis Angelicus dans deux courtes semaines. Les collègues de l’école où il enseignait avaient décidé d’organiser une petite fête prémaritale en son honneur.
[…]
Sur le gazon frais coupé qui couvrait les alentours de la maison, les groupes se formaient et se déformaient au gré des conversations et des affinités. […] Soudain, histoire de se reposer les jambes et l’esprit, celui qu’on entourait d’attentions particulières en raison de son statut de célibataire finissant s’éloigna discrètement du groupe et s’assit sur une chaise longue dans le jardin. C’est à cet instant que, pour lui, le cours des choses tourna cul par-dessus tête. Une dame fort digne de sa personne, bien installée dans la cinquantaine […] s’approcha du solitaire et lui adressa la question la plus enquiquinante qu’on puisse poser sur terre : « Mais qu’est-ce qui ne va pas? » Ne recevant comme réponse qu’un frugal « Ça va! » enlisé dans une sorte de grognement canin, la bavarde insista : « Mais vous avez l’air tout pensif et soucieux. Vous êtes sûr que vous n’avez rien? » C’est alors que le farceur, croyant mettre un terme à cette investigation piétinante, lança sans réfléchir, impulsivement : « Oui, madame, quelque chose cloche. Mais je n’ose en parler… Heu! C’est très personnel, vous savez. Heu! Me promettez-vous de n’en rien dire à personne? » Le serment de ne rien dire ne se fit pas attendre : « Faites-moi confiance; je suis infirmière et il m’arrive souvent de recevoir des confidences des patients, parfois même des docteurs. » […] « Écoutez, lui confia-t-il à voix presque inaudible, je me marie dans une quinzaine et j’ai un sérieux problème, je suis impuissant, je ne b.. » Il ne termina pas sa phrase. Et pour mieux berner sa victime, il se mit à feindre des sanglots. » (p. 111-112)

Référent(s) culturel(s)

  • Allusions à la francophonie canadienne de divers milieux : Maria Chapdelaine (milieu culturel), Jean-Guy Bertrand (milieu judiciaire), Denise Bombardier (milieu journalistique).
  • Nombreuses allusions aux auteurs internationaux : Maupassant, Montaigne, La Fontaine, Rabelais, Rousseau, Rimbaud, France, Saint-Exupéry, de Montherlant, Villiers.
  • Quelques mentions de villes ou de lieux francophones tels Québec, l’île d’Orléans et Montréal.

Pistes d'exploitation

  • Suggérer aux élèves, regroupés en équipes, de comparer un récit de Luc Bureau à un texte de Montaigne ou de Maupassant, puis de noter les ressemblances et les différences (p. ex., thèmes, ton, style, structure) à l’aide d’un diagramme de Venn. Jumeler les équipes, puis leur demander de comparer leurs analyses en commentant les caractéristiques du genre ainsi que les particularités stylistiques propres à chaque auteur.
  • Suggérer aux élèves, réunis en dyades, de choisir un auteur mentionné dans le recueil et de mener une recherche sur sa vie, son œuvre et les raisons possibles de sa présence dans le recueil. Les inviter à présenter leur travail au groupe-classe sous forme créative (p. ex., affiche, capsule vidéo, présentation orale).
  • Proposer aux élèves, réunis en équipes, de rédiger un récit en s’inspirant d’un mot thème, tel que l’a fait l’auteur dans son œuvre. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
  • Former des équipes, puis inviter les élèves à analyser et à commenter la page couverture du recueil en tenant compte de ses éléments visuels (illustration, typographie, couleurs, disposition) et de leur lien avec le contenu et le ton du livre. Leur proposer ensuite de concevoir une nouvelle couverture qui, selon eux, représenterait bien l’esprit du recueil, en utilisant des outils numériques (ex. : Canva, Adobe Express) ou en dessinant leur version à la main. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur création au groupe-classe, tout en justifiant leurs décisions graphiques et thématiques.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière au thème de la sexualité, abordé dans le 9e chapitre (La perfidie).
  • Avant la lecture, prévenir les élèves du ton narquois ou sarcastique de l’auteur.
  • Tout au long de la lecture, faire remarquer aux élèves une grande variété de figures de style et expliquer leur apport à la qualité de l’écriture et au récit.
  • Inciter les élèves à lire d’autres recueils composés d’anecdotes, tels que Dans mon village, il y a belle Lurette, Comme une odeur de muscles et Il faut prendre le taureau par les contes!, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.