Contenu
- Personnages principaux, quatre amis, tous de la première génération, qui grandissent dans le petit village de Val d’Argent dans le nord de l’Ontario, au début des années 1900, dont Jean-Pierre Debrettigny, ses cousins Germain et Rose-Delima Marchessault, ainsi que Donald Stewart, un jeune anglophone qui habite la maison voisine, prétendant de Rose-Delima.
« Lui, quand il avait l’âge de Jean-Pierre, il acceptait tout naturellement l’idée de remplacer son père le moment venu. Mais Jean-Pierre ne songeait qu’à courir la campagne avec le garçon de Doug Stewart et ses cousins Marchessault, attendant le jour où il aurait l’âge de partir. Ils ne parlaient que de ça, les jeunes, aller dans les grandes écoles après l’école du village, faire des choses extraordinaires. Ça devait être le beau Donald Stewart qui lui avait mis cela dans la tête. Les Anglais, eux, ils voulaient toujours envoyer leurs enfants dans les grandes écoles […] Même les filles, maintenant. La fille à Eugène Marchessault, Rose-Delima, parlait d’aller au High School de Bowman. » (p. 14)
« Enfin Germain, le portrait du père avec ses cheveux bouclés d’un brun roux et ses yeux bleus. Vif et débrouillard, il était déjà à dix-neuf ans, le bras droit de son père. » (p. 19)
« … Le cœur de Rose-Delima se mit à battre.
Quand elle était revenue du pensionnat en juin et avait revu Donald, elle en avait reçu un choc. Il avait encore grandi et la dépassait maintenant de toute la tête. Alors qu’elle l’avait toujours traité comme un frère cadet, maintenant, lorsqu’elle levait la tête et qu’il la regardait de ses yeux sombres avec ce sourire un peu moqueur qui lui était particulier, le cœur de la jeune fille se mettait à battre sans raison. Sans qu’elle s’en rendit compte, il occupait maintenant toutes ses pensées. » (p. 144)
« Quand elle fut rassurée que Donald n’exigerait d’elle que ce qu’elle voulait lui donner, elle s’abandonna volontiers à ses caresses. Comme dans un beau film, ils vivaient un temps merveilleux où une pression de main, un bras entourant les épaules, un baiser suffisaient à les remplir de bonheur. » (p. 170)
- Très nombreux personnages secondaires, parmi lesquels la famille Debrettigny, propriétaires du magasin général, le curé Bouffard, qui exerce une influence importante sur les paroissiens, tante Laura et son époux, Achille Nantel, un fervent orateur qui va plaider sa cause à Toronto et au journal Le Droit à Ottawa, la famille Marchessault, cultivateurs à Val d’Argent, Doug et Rose Stewart, une des rares familles anglophones de la paroisse, ainsi que Mrs Elizabeth Gray et son conjoint John, directeur général de l’Abitibi Pulp and Paper, qui prennent Donald sous leur aile et lui offrent une éducation en anglais.
« Denis Debrettigny regarda l’adolescent qui grimpait l’escalier quatre marches à la fois et secoua la tête. Pour la centième fois il se demanda s’il avait bien fait, alors qu’il avait atteint la cinquantaine, de vendre son magasin à Saint-Mathieu au Québec pour venir en acheter un autre dans ce village du Nord de l’Ontario, quasiment au pôle Nord comme disait sa femme Marguerite. » (p. 11)
« Le curé tourna vers la jeune fille des yeux sombres sous des sourcils embroussaillés.
– Félicitations, ma fille! Tu fais honneur à la famille, comme ton frère Albert. Lui aussi réussit bien dans ses études.
– Alors, monsieur le Curé, c’est qu’a voudrait bien continuer. A voudrait aller à l’école de Bowman en septembre.
Le visage du curé se fit sévère.
– Quoi, dit-il, elle veut aller au high school, dans une école protestante et anglaise? Jamais!
Rose-Delima pâlit.
– Mais alors, dit-elle d’une voix étranglée, qu’est-ce que je peux faire pour continuer mes études?
– Tu peux aller dans nos écoles françaises et catholiques, ma fille. Les Sœurs de l’Assomption ont un très bon pensionnat à Haileybury. Elles forment de bonnes institutrices tant religieuses que laïques et de bonnes mères de famille. » (p. 34-35)
« – Monsieur le Premier ministre, il y a autre chose dont je voudrais vous entretenir. Permettez-moi de vous présenter mon ami, monsieur Achille Nantel. Il est venu de tout là-bas dans le Nord de l’Ontario pour protester contre une injustice notoire, une histoire de déraillement sur les lignes du chemin de fer provincial où un ancien combattant, dont les deux frères sont morts en héros au champ de bataille en 1918, servirait de bouc émissaire et aurait été injustement privé de son emploi malgré ses années de service. » (p. 61-62)
« Eugène Marchessault n’en crut pas ses oreilles lorsque Germain lui parla d’acheter la machine à arroser les choux.
– Mais voyons, avec quel argent veux-tu qu’on l’achète? Tu sais ben qu’on a pus d’argent de côté. Avec ce qu’on gagne, c’est tout juste pour manger et rencontrer les paiements de la terre à Brisson.
– Avec l’argent de la banque, papa. Les banques, c’est fait pour ça.
Eugène haussa les épaules.
– Voyons, Germain, y voudront jamais nous prêter avec les temps durs comme y sont.
– Faut essayer, papa, et si la banque le demande, faut être prêts à mettre notre ferme en garantie, parce que je veux acheter non seulement la machine mais aussi le petit camion de monsieur Schraffner pour pouvoir charrier les choux au marché de Timmins. » (p. 73)
« C’était un samedi de fin d’août. Donald accompagnait son père dans sa tournée régulière à Iroquois Falls. Maintenant qu’il vieillissait, Doug éprouvait de plus en plus de difficulté à descendre de voiture et à y remonter. » (p. 82)
« Donald se laissa entraîner dans la cuisine par Mrs. Gray qui voulut tout savoir sur ses parents, sur sa vie. Lorsqu’elle comprit qu’il fréquentait l’école séparée française du village, elle parut horrifiée. […] Lorsque son mari revint du bureau ce soir-là, Mrs. Gray lui raconta la visite du jeune colporteur. […]
– J’avais pensé qu’on pourrait le prendre ici afin qu’il puisse fréquenter l’école publique, comme le nôtre aurait fait… ajouta-t-elle très bas. » (p. 83-84)
- Roman historique dans lequel s’enchevêtrent plusieurs intrigues entourant la vie de quatre adolescents de cinq familles différentes qui arrivent à maturité pendant la grande Dépression des années 30; nombreux retours en arrière sous la forme de souvenirs, qui décrivent les événements vécus par les personnages; schéma narratif inachevé, l’intrigue se poursuivant dans le prochain tome de la série; thèmes (p. ex., misère, amour, mort, courage, survie, Église, histoire franco-ontarienne) aptes à plaire au lectorat visé et à lui permettre de tisser des liens avec son vécu.
- Mise en page simple; texte réparti en 26 chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., tirets, guillemets, astérisques indiquant un laps de temps ou un changement de scène, italiques, notes de bas de page, majuscules) facilitant l’interprétation du texte; dédicace et citation au début du livre; renseignements sur l’auteur en quatrième de couverture.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., alluvions, crénelé, truculence, candélabres, vareuse) compréhensibles grâce au contexte; mots du registre familier (p. ex., cancans, ouailles, patentes-là, cric), mots transformés (p. ex., j’cré, ousqu’y, quec’part, astheure), expressions populaires (p. ex., dans le monde, mon doux Jésus, ma chouette) et mots anglais (p. ex, highway, foreman, bucksaw, skidder) contribuant à la vraisemblance des personnages et ajoutant des brins d’humour dans le texte.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; phrases interrogatives et exclamatives abondantes exprimant les inquiétudes et réactions des personnages; phrases généralement longues.
« En voulant se cacher derrière un monument, le bedeau s’empêtra dans les tiges gelées des cœurs saignants plantés par les soins de l’ancienne madame Leblond, la veuve trop vite consolée. Le bruit fit redresser l’homme brusquement. Il souleva sa lanterne à bout de bras, éclairant les pierres cassées, le marteau enveloppé de sacs de jute pour en assourdir les coups, et le canon du fusil qu’il tenait de son autre main, visant les intrus. » (p. 159)
« Le curé voulut s’approcher mais le fusil se fit menaçant.
– Voyons, Armand, dit-il doucement, c’est ton curé qui parle. Tu ne me reconnais pas? Donne-moi ton fusil avant de te faire mal ou de blesser quelqu’un.
– Allez-vous-en! cria Armand, hystérique. Tout le monde veut me voler mon or, mais c’est à moi, rien qu’à moi. Le premier qui approche, je tire!
Le curé jugea plus prudent de battre en retraite pour tenir un conciliabule. » (p. 159)
- Nombreux procédés stylistiques (p. ex., interjection, antithèse, personnification, métaphore, énumération, répétition, comparaison, hyperbole) qui enrichissent le texte.
« – Wow, j’en ai un, un gros! » (p. 46)
« « Elle a tellement à lui offrir, songea-t-elle en pensant à Elizabeth Gray tandis que les larmes mouillaient son oreiller, et moi, j’ai si peu. » » (p. 88)
« Les patins du traîneau poussaient une longue plainte et l’haleine des chevaux, se condensant sur leur pelage, transformait lentement les bêtes en sculptures de frimas blanches. » (p. 123)
« Le rude pays où, jeune homme, il était venu planter ses racines, cet adversaire qu’il avait combattu pendant un quart de siècle, avait remporté la victoire finale. » (p. 128)
« Les tables, décorées de bouquets de fleurs des champs, étaient chargées de poulets farcis, de ragoûts de boulettes, de rôtis de porc frais bien rissolés, de jambons fumés, de cornichons et ketchups maison préparés par Bibiane qui avait elle-même fait le gâteau de noces. » (p. 141)
« Blottie dans ses bras, elle dansait, dansait, s’éloignant de la foule jusqu’à ce qu’ils se retrouvent seuls, étroitement enlacés, sous le firmament étoilé. » (p. 147)
« Il fallut que Raoul aille chercher une forte corde au presbytère et qu’on le ficelle comme un poulet à rôtir avant de pouvoir le transporter chez lui. » (p. 160)
« – Quelle question! Je pourrais boire la rivière. » (p. 163)
- Séquences narratives et descriptives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui renseignent le lectorat sur la condition de la femme, l’influence de l’Église, les conflits culturels, ainsi que les événements historiques, et qui permettent au lectorat de mieux saisir les états d’âme des personnages qui vivent dans ce dur pays; insertion d’une lettre et des paroles d’une chanson contribuant à la crédibilité de l’histoire.
« Bernadette avait fait chauffer l’eau pour la tisane au gingembre et la mouche de moutarde. Petit à petit, les frissons cessèrent. Puis, la fièvre monta. Angoissés, ils entouraient le lit où gisait le père, immobile, les yeux clos, la respiration sifflante. Alma posa sa main sur le front de son mari. Il était brûlant. Ce n’était pas là une grippe ordinaire. Elle se tourna vers Paul.
– Il va falloir que tu descendes au village demander au chef de gare d’appeler le docteur. J’ai peur que ton père soit bien malade.
– J’y vais tout de suite, maman.
– Vas-tu atteler un cheval?
– Non, je peux arriver plus vite par le sentier.
– Ah, et rends-toi chez monsieur le Curé pour l’avertir.
Tôt le lendemain matin, ils virent arriver le docteur Reynolds, conduit par le bedeau. Eugène était conscient, mais très faible. Il parlait avec difficulté. Le docteur l’ausculta puis fronça les sourcils. » (p. 125-126)
« Chers Marguerite et Denis,
J’ai l’intention de me rendre à Val-d’Argent au début de juin pour vous entretenir d’une affaire qui me tient fort à cœur. Je suppose qu’il ne se trouve pas à Val-d’Argent d’hôtel digne de ce nom, aussi devrai-je vous demander l’hospitalité durant un jour ou deux.
Votre sœur affectionnée,
Émilia de Brettigny » (p. 215)
Référent(s) culturel(s)
- Référence aux Premières Nations et aux Métis.
- Mention de nombreux villages et de nombreuses villes de l’Ontario (p. ex., North Bay, Timmins, Kapuskasing, Earlton, Ottawa) où l’on retrouve des regroupements franco-ontariens.
- Mention de personnages marquants de l’histoire canadienne (p. ex., Henri Bourassa, Aurélien Bélanger, Howard Ferguson).
- Mention du journal Le Droit d’Ottawa.
- Extrait d’une chanson à répondre, Nicolas. (p. 125)
Pistes d'exploitation
- Demander aux élèves, réunis en équipes, de retracer en ordre chronologique les événements historiques réels sur lesquels est basé le roman. Animer une mise en commun afin de leur permettre de faire part de leur travail au groupe-classe.
- Au cours de la lecture, inviter les élèves à noter tous les personnages mentionnés dans le roman, puis leur demander, regroupés en dyades, de dresser un organigramme illustrant les liens entre chacun. Afficher les productions dans la classe, puis les comparer en groupe-classe.
- Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de mener une recherche sur les relations entre les communautés canadienne-française et canadienne-anglaise dans le nord de l’Ontario (p. ex., le Règlement 17, les relations de travail dans les compagnies de la région). Les inviter à présenter leurs trouvailles sous la forme de leur choix (diaporama, infographie, collage).
- Proposer aux élèves, regroupés en équipes, de choisir une scène du roman puis de l’adapter sous forme de saynète. Les inviter à présenter leur saynète devant le groupe-classe.
Conseils d'utilisation
- Avant la lecture, faire un retour sur les grandes lignes du premier roman de la série, soit La quête d’Alexandre, dont la fiche pédagogique se trouve dans
- Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans le roman (p. ex., respect des Premières Nations et des Métis, condition de la femme au début des années 1900).
- Discuter des événements entourant la Première Guerre mondiale, ainsi que des répercussions de la Grande Crise de 1929 sur les communautés.
- Encourager les élèves à lire le troisième volume des Chroniques du Nouvel-Ontario, soit Les routes incertaines, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 3e à 12e année, Série : Villages et visages, divers épisodes.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 6e à 12e année, Série : Droit comme un F, Gain de cause; Nos droits, nos batailles.