Contenu
- Personnages principaux à portée symbolique, Aliénor, jeune Acadienne qui vit en réclusion dans la forêt, violée par quatre chasseurs, et son père, Étienne Landry, témoin du crime, qui tarde à se défendre contre les accusations portées contre lui, mais qui accepte de s’épancher publiquement sur le sort qui s’est acharné contre eux.
« Robert : Vous reconnaissez les quatre hommes qui vous font face.
Aliénor : Oui.
Robert : Diriez-vous que ce sont ceux-là même qui vous ont violée… (L’avocat se retourne comme interpellé, mais on n’entend pas la voix du procureur qui s’objecte.) Diriez-vous que ce sont ceux-là même qui vous ont agressée?
Aliénor : Oui, je les reconnais. » (p. 94-95)
« Françoise : Le procès s’est terminé par le témoignage d’Étienne Landry qui a demandé lui-même à prendre la parole et qui a fait une sorte de confession publique dans laquelle il a parlé, entre autres choses, de sa relation au crime dont sa fille a été victime, témoignage assez émouvant d’ailleurs, qu’il a conclu par des commentaires assez énigmatiques vis-à-vis de la justice. » (p. 98)
- Personnages secondaires, Robert LeBlanc, avocat chargé de défendre Étienne, et Laurence Samson, la psychiatre chargée de l’évaluer, détachée du milieu dont elle est issue, qui révèle déjà avoir été elle-même victime de viol.
« Robert : Oui, mais ça, Laurence, c’est une intuition, c’est la moitié d’une impression. Et la justice, c’est loin d’être impressionniste, crois-moi. J’ai vu du monde se faire gracier sur des niaiseries de procédures, même si ça faisait aucun doute à personne qu’ils étaient les vrais coupables. Non, moi je vois pas comment on peut s’en sortir autrement qu’en plaidant la déficience mentale. » (p. 40)
« Robert : Votre Honneur, hier, mon client a fait au docteur Samson des révélations pour le moins troublantes. En raison de la nature de ces révélations, je demande à la cour la permission de rappeler le docteur Samson à la barre. Mon client est au courant des révélations qu’elle s’apprête à faire. Oui, je sais bien, votre Honneur, mais il s’agit là d’un témoignage exceptionnel qui risque de changer complètement le cours des procédures. » (p. 70)
« Laurence : Il y a des choses comme ça qu’on enterre ou qu’on enferme ou qu’on brûle, croyant s’en défaire pour toujours, et tout à coup, c’est là comme un hologramme dans un corridor, dans une cellule de prison ou sur le siège d’une automobile. Tout à coup, la mémoire nous revient, des odeurs, des sons, même le goût que la vie nous laisse dans la bouche, ça revient. Landry, c’est mon enfance. C’est ce que je m’étais juré d’enterrer pour toujours. » (p. 82)
- Pièce de théâtre allégorique qui, sur un fond de drame judiciaire et psychologique, commente les malheurs et le sort du peuple acadien aux mains des conquérants; intrigue touchante qui retrace l’attachement profond entre un père et sa fille, une relation progressivement fragilisée par les normes culturelles; retours en arrière pour expliquer le passé de la famille Landry et les crimes perpétrés contre elle; ellipses afin d’accélérer le rythme narratif; thèmes (p. ex., abus, déportation des Acadiens, famille, intégration, justice) permettant au lectorat de réfléchir au sens de la justice et aux liens entre l’histoire d’Étienne et d’Aliénor et celle du peuple acadien.
- Insertion de neuf photos en noir et blanc capturant des scènes de la pièce, offrant un aperçu visuel saisissant de l’interprétation sur scène.
- Mise en page aérée; œuvre répartie en quatorze scènes titrées et numérotées; éléments graphiques (p. ex., italiques, parenthèses, tirets et nombreux points de suspension qui accentuent les émotions intenses des personnages) facilitant l’interprétation de la pièce; œuvres du même auteur, liste des personnages, notes sur la création de la pièce et plan au sol de la scénographie au début; paroles et musique des chansons de la pièce, et table des matières à la fin; résumé et courte biographie de l’auteur en quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; quelques expressions moins connues (p. ex., le suspense se corse, enceinte du tribunal, un revenant) compréhensibles grâce au contexte; registre de langue familier pour la plupart des séquences dialoguées (p. ex., asteur, rester assis aura le feu, j’étais pas tout seul) reflétant le milieu des locuteurs et des locutrices.
- Phrase de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; phrases de formes et de types variés (p. ex., inversée, déclarative, emphatique, négative, non verbale, infinitive, impérative, impersonnelle); abondance de phrases interrogatives et exclamatives reflétant le questionnement provoqué par le cas de l’accusé et marquant les émotions et les commentaires non exprimés (malaise, hésitation, réflexion, sentiment de confusion).
« Étienne : Un matin, quelqu’un nous a dit de nous en aller. Ils voulaient construire quelque chose. C’est ce qu’ils nous ont dit. Au commencement, on les a pas crus. On avait défriché ces terres-là. On croyait que c’était à nous autres. On leur a dit que c’est ce qu’on croyait. Que c’était à nous. Mais eux, ils avaient la force de leur bord. La nuit, ils ont commencé à rôder en camion. Ils tiraient du fusil sur les maisons. Ils allumaient des feux devant les maisons. Ensuite, ils ont mis le feu aux maisons. Une à une. La nuit. Tout ça, ça se passait la nuit. On a bien essayé de se défendre, mais qu’est-ce que tu veux faire avec des fusils de chasse?
Laurence : Vous auriez pu vous plaindre. Aller devant la loi. » (p. 18)
« Robert : Oui, mais occupez-vous pas de ça. Parlez-moi. Juste à moi. Oubliez qu’ils sont là. » (p. 28)
« Étienne : Tu vas oublier le mal qu’ils t’ont fait?
Aliénor : Nous serons vengés par la vie, mon père!
Étienne : Ils s’enrichiront de notre misère!
Aliénor : Il faut s’arranger pour que la vie nous venge. (p. 87)
« Laurence : Comment avez-vous vécu le fait de voir votre fille au tribunal?
Étienne : …
Laurence : Je crois que ce sera difficile pour elle… Après ce drame-là, il faudra qu’elle reprenne confiance en elle, en la vie.
Étienne : Si jamais, il y a une vie après tout ça. Si jamais. Faudra que ce soit une autre vie.
Laurence : Ce sera difficile pour elle de s’abandonner.
Étienne : J’en sais quelque chose. Je me suis méfié toute ma vie. La seule personne… c’est ma fille. Ma fille au corps léger comme le vent, aux yeux brillants comme la lune, à la voix douce comme la pluie…
Laurence : C’est une femme maintenant. Avec un corps plein de vengeance. Elle se vengera sur tous les hommes. Même sur ceux-là qui ne voudront rien faire d’autre que l’aimer…
Étienne : Qu’est-ce qui vous fait croire une pareille affaire?
[…]
Laurence : Je le dis à tout le monde depuis que c’est arrivé… Mais il y a personne pour l’entendre.
Étienne : Votre père n’a pas assisté, comme moi…
Laurence : Non, parce que… Parce que…
Étienne : Non.
Laurence : Oui… » (p. 96-97)
- Très nombreux procédés stylistiques (p. ex., répétition, énumération, personnification, périphrase, comparaison, antithèse, métaphore, gradation, oxymore, hyperbole, expression idiomatique) qui permettent de cerner la psychologie des personnages et de comprendre l’œuvre à un deuxième niveau.
« Je me souviens pas de la grandeur de la terre. Vraiment, je m’en souviens pas. Je m’en souviens pas… » (p. 12)
« Elle et moi, on partage le même sang, la même vie, la même promesse brisée, la même terre abandonnée, glacée, seule… » (p. 15)
« La terre allait s’endormir. » (p. 17)
« La nuit, quand on venait au bord, on voyait la charpente de leurs maisons qui montaient dans le clair de lune, tandis que nous autres, on s’endormait comme des bêtes à la belle étoile. » (p. 19)
« Disparaître dans le fond de la rivière. Comme une roche qui cale dans la noirceur. » (p. 20)
« Une manière de regarder, un mélange de douceur et de dureté. » (p. 29)
« Qu’est-ce que ça change, on est tous des bêtes dans un cirque. » (p. 33)
« Ce serait comme vouloir mesurer le temps. Mesurer la Terre. Mesurer le ciel. Les étoiles. Mesurer la vie. » (p. 47)
« Avec un silence si prenant qu’on a envie d’écouter, pour une fois. D’écouter le silence autour de lui. » (p. 51)
« Quant à ça, j’ai rien ou presque pour le défendre. Ça va être un massacre. » (p.75)
« D’ici là, la défense aura beaucoup de pain sur la planche si elle veut faire la preuve que les quatre témoins sont en fait les quatre coupables. » (p. 76)
- Didascalies qui aident à suivre le fil des événements, précisent les gestes des personnages et permettent de se situer dans le temps et le lieu de l’action.
« (La journaliste enregistre son reportage à la caméra.) » (p. 35)
« Le procès est annoncé dans les journaux. (Il lui montre une copie du journal.) Tu te rends compte? C’est comme un spectacle. » (p. 39)
« (Étienne est seul dans sa cellule. Aliénor lui apparaît en rêve, dans sa forêt.) » (p. 45)
Référent(s) culturel(s)
- Référence allégorique à la déportation du peuple acadien.
- Référence aux Micmacs et aux “Indiens” (terme désuet à connotation péjorative pour se référer aux peuples des Premières Nations).
Pistes d'exploitation
- Demander aux élèves, regroupés en équipes, de rédiger pour la pièce un prologue qui met en lumière les détails entourant l’expropriation de la famille Landry. Leur demander de partager oralement leur texte avec le groupe-classe.
- Proposer aux élèves, regroupés en équipes, d’interpréter les partitions musicales et les paroles des chansons retrouvées à la fin de l’œuvre avec des instruments de leur choix. Permettre à ceux qui ne peuvent lire la musique d’improviser un accompagnement original. Leur demander d’interpréter une des chansons devant le groupe-classe en choisissant un genre musical qui leur est propre.
- Proposer aux élèves, réunis en dyades, de concevoir un recueil de témoignages relatant la déportation du peuple acadien à travers les yeux de divers personnages fictifs (p. ex., un mari, une épouse, un parent, un enfant, un prisonnier, un soldat britannique). Les inviter à lire des extraits de leur recueil devant le groupe-classe en respectant les éléments prosodiques.
- Inviter les élèves, réunis en dyades, à créer une carte interactive retraçant les trajets suivis par les Acadiens et les Acadiennes lors de leur déportation. Leur proposer d’ajouter des annotations expliquant les lieux et les événements marquants ainsi que les impacts à long terme de cette dispersion géographique. Leur demander de présenter leur carte lors d’une journée consacrée au peuple acadien.
- Présenter la chanson Évangéline au groupe-classe, puis proposer aux élèves de s’en inspirer pour écrire le scénario d’une pièce de théâtre. Prévoir la création de costumes et de décors. Les inviter à jouer la pièce devant les élèves de l’école.
- Inviter les élèves, réunis en équipes représentant la Défense, la Couronne et le jury, à simuler le procès des soldats britanniques ayant participé au Déportement des Acadiens et des Acadiennes. Leur demander de mener des recherches à partir de sources fiables (p. ex., témoignages, lettres, documents d’archives) afin de construire des arguments solides. Inviter les élèves, membres du jury, à délibérer afin de livrer un verdict et à expliquer les raisons derrière leur décision.
Conseils d'utilisation
- Se familiariser avec le Grand Dérangement afin de mettre en contexte la pièce de théâtre, en présentant aux élèves un aperçu de la déportation des Acadiens.
- Accorder une attention particulière aux thèmes délicats dont on traite dans l’œuvre (p. ex., viol, inceste). Prévoir l’aide d’un ou d’une thérapeute au besoin.
- Faire découvrir aux élèves que cette pièce peut comporter plusieurs niveaux de lecture (p. ex., allégorie de l’Acadie) et qu’elle a une portée universelle abordant des thèmes tels que l’oppression des peuples et la quête de justice.
- Sensibiliser les élèves à l’usage du terme « Indien », désormais déconseillé, en le replaçant dans son contexte historique.
- Encourager les élèves à lire d’autres œuvres du même auteur, dont Solstices, Le cœur de la tempête et Pierre, Hélène & Michael, suivi de Cap Enragé, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Zachary Richard, toujours batailleur.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série Vox pop : Le français au Nouveau-Brunswick, ça se passe comment?