Contenu
- Trois personnages principaux, chacun animé par des préoccupations distinctes, dont Édouard, qui souhaite que son fils prenne la relève de sa boutique, M. le Maire, qui cherche à se faire réélire, et Armand, qui aspire à exercer un métier qui le passionne.
« ÉDOUARD
[…] Ah! Armando… Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas de ce que j’ai à te donner. Toute ma vie, c’était pour toi que je faisais tout ça. Si seulement t’avais pu voir comment j’ai travaillé dur pour en arriver là. (S’assied… un temps.) Et puis, qu’est-ce que j’en ferai maintenant, moi? Voilà, je taille des chiffons pour habiller mes amis, les grosses poches de la ville!… » (p. 89-90)
« M. LE MAIRE
[…] Je me sens plein d’énergie. Tout à fait! La lutte, le combat, faire face à l’adversaire, le voir trembler… c’est stimulant, ça. Tout à fait! Tout à fait! Et puis, Édouard, une fois armé, une fois muni de cette armure secrète que tu me prépares, l’avantage sera à moi, la lutte sera rendue inégale… » (p. 90)
« ARMAND
Mais, ‘pa!… J’veux pas être un tailleur! J’te l’ai déjà dit… et plus d’une fois… On a déjà eu cette discussion. » (p. 106)
- Pièce de théâtre qui met en scène un conflit intergénérationnel entre un père et son fils, engagés dans un dialogue de sourds, tandis qu’en toile de fond, le maire de la ville tente de jouer le médiateur entre tradition et aspiration personnelle; retours en arrière qui éclairent le passé des personnages et donnent du relief à leurs choix et à leurs conflits; thèmes (p. ex., relation père-fils, héritage, rêve, liberté, respect) permettant au lectorat de réfléchir à la complexité des tensions intergénérationnelles, ainsi qu’à l’importance du dialogue au sein des relations familiales.
- Mise en page aérée; pièce présentée en un acte renforçant l’intensité dramatique; éléments graphiques (p. ex., points de suspension, italiques, parenthèses, guillemets) facilitant l’interprétation du texte; courtes notes biographiques sur l’auteur, poème, liste des personnages et description de la scène au début de la pièce; photos à la fin de l’œuvre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; quelques mots moins connus (p. ex., kouglof, charpie, accoutré, pataud, hameaux) compréhensibles grâce au contexte; emploi du registre familier (p. ex., ‘pa, v’nu, à c’teure, bon ben) particulièrement présent dans les prises de parole d’Armand.
- Prédominance de phrases transformées et phrases à construction particulière; phrases interrogatives et exclamatives abondantes, permettant de saisir la charge émotive des échanges entre les personnages.
« ARMAND
T’as tout fait pour que je fasse exactement comme toi.
ÉDOUARD
Et qu’est-ce qu’il y a de mal avec ce que je fais?
ARMAND
Peut-être que j’veux juste faire autre chose, moi!
ÉDOUARD
Le métier de tailleur est un des plus nobles.
ARMAND
Écoute ‘pa!… J’ai ma vie à moi… et j’veux pas pourrir dans une boutique à chiffons!
ÉDOUARD
Chiffons!
ARMAND
(Voit qu’il est encore allé trop loin.) Ah! ‘pa…
ÉDOUARD
(Fâché.) Une boutique de chiffons!
ARMAND
C’est pas ça que j’voulais dire. » (p. 88)
- Procédés stylistiques et figures de style (p. ex., dicton, répétition, énumération, suspension, comparaison) qui renforcent les malentendus, marquent les interruptions, suggèrent les restrictions mentales et illustrent le caractère des personnages; ajout de proverbes, renforçant l’authenticité des dialogues.
« ÉDOUARD
[…] celui qui hésite entre deux routes finit par voyager avec le doute. » (p. 81)
« ARMAND
Je sais… c’est rien.
ÉDOUARD
Rien! Non, ce n’est pas rien! Viens, je vais te l’arranger. » (p. 82)
« ARMAND
Mon monde s’rait limité à cette boutique, à cette machine, à ces rayons d’étoffe… et à ce mannequin pour compagnon… » (p. 85)
« ÉDOUARD
Noble?… Se camoufler, comme un fripon, sous une de ces perruques orange ou bleues… une boule rouge sur le nez? » (p. 111)
« ARMAND
C’est pas l’habit qui fait le moine!
ÉDOUARD
(Toujours pour lui-même, à haute voix.) On est reçu selon l’habit.
ARMAND
Y faut pas juger un livre à sa couverture! » (p. 112)
- Didascalies et indications scéniques qui précisent les décors, les accessoires, les costumes, les effets sonores, les émotions, les mouvements et les pensées des personnages.
« L’action se déroule dans la boutique de tailleur d’Édouard. L’entrée est située à l’arrière-scène, au centre; à côté de la porte, il y a la vitrine qui donne sur la rue (on peut y lire à l’envers : « Édouard Monesciu, tailleur… pour l’homme qui se respecte… confection et réparation de costumes… ») » (p. 79)
« ARMAND
(Exaspéré.) Aaah!… (Il sort en claquant la porte. Édouard sursaute légèrement au bruit qui en résulte, puis il se retourne et baisse la tête.) » (p. 89)
Pistes d'exploitation
- Dans l’œuvre, Édouard souhaite léguer son entreprise à son fils, mais Armand a d’autres aspirations. Proposer aux élèves de débattre de la question suivante : Armand devrait-il abandonner son rêve de devenir arlequin pour reprendre l’entreprise familiale afin de faire plaisir à son père? Former deux équipes, une en faveur, l’autre contre, et inviter chaque groupe à préparer des arguments, étayés par des exemples tirés de la pièce ou de situations réelles. Les inviter à présenter leur débat devant les élèves d’un autre groupe-classe.
- Animer une discussion autour de l’échange suivant entre Armand et Édouard :
« ARMAND – C’est pas l’habit qui fait le moine!
ÉDOUARD (Toujours pour lui-même, à haute voix.) – On est reçu selon l’habit.
ARMAND – Y faut pas juger un livre à sa couverture! » (p. 112)
Animer une discussion sur cette opposition de points de vue en posant les questions suivantes : « Selon toi, qui a raison? Armand, qui soutient qu’il ne faut pas se fier aux apparences, ou Édouard, qui affirme qu’elles influencent inévitablement la manière dont les autres nous perçoivent? »
- Inviter les élèves à réfléchir à la réalité des immigrants qui décident de fonder une entreprise au Canada. Leur proposer, réunis en équipes, de mener une recherche sur leurs motivations et sur les défis auxquels ils peuvent faire face (barrière linguistique, reconnaissance des compétences, accès au financement, intégration culturelle), puis leur demander de présenter au groupe-classe un court portrait d’un immigrant entrepreneur réel, en mettant en lumière son parcours, les obstacles qu’il a dû franchir, ses réussites et les valeurs qui l’ont guidé.
Conseils d'utilisation
- Inciter les élèves à lire d’autres pièces de théâtre du même recueil, telles que 5 ans, Foyer et Mis à part, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.