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Lucky Lady

Des perdants. Des vrais. Des perdants assez perdus pour croire qu’ils peuvent inverser le mouvement de leur vie : le petit miracle s’appelle « Lucky Lady » et pourrait fort bien n’être qu’une vieille picouille au lieu du winner espéré.

Sur un rythme fulgurant, dans une langue crue, piaffante, les personnages de Jean Marc Dalpé se précipitent vers la ligne d’arrivée, leur ticket à la main, et ils nous donnent une folle envie que la vie change d’idée et que, pour une fois, les perdants gagnent.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Cinq personnages issus du milieu populaire, vivant d’espoir et obligés à se battre pour subsister et gagner de l’argent en utilisant les moyens à leur portée.

    « BERNIE : Ben là, j’te l’dis. Un garage. C’est ça, j’veux. […] Réparations Chez Bernie. […] Mécanique et carrosserie. » (p. 64-65)

    « MIREILLE : J’suis proche. Mars, avril… Si tout va bien, si y’a pas d’fuck up… avec ma passe aux courses, j’figure fin mai au plus tard, j’t’en Arizona pour ma révélation. » (p. 78)

    « ZACH : O.K., ça va peut-être  avoir l’air drôle de dire ça de même mais la vérité c’est qu’une des choses … un des aspects qui m’a attiré dans le… […] le domaine de la drogue… c’est l’côté business de l’affaire, […] c’est une petite entreprise privée! Achat-Vente, Marchandises, Clients, Marge de profit, Ligne de crédit… » (p. 86)

    « CLAIRE : J’ai pas l’temps pour ça. C’est pas ça qui est important. Nourrir, torcher, laver. Nourrir pis torcher. […] Aimer? Fuck. Que c’est qu’on connaît là-d’dans? […] L’important tu-suite, c’est que ça l’air on va être obligé de déménager pis que j’ai pas l’argent pour déménager. » (p. 90)

    « SHIRLEY : Pis a s’met à chanter dains bars pis dains brasseries devant des salles de saoulons parc’ y paraît qu’y faut passer par là avant de faire ton disque, pis d’avoir ton programme à TV, pis ton Lincoln Continental blanc avec le p’tit bar en arrière… » (p. 97)
     

  • Intrigue reposant sur un petit revendeur de drogue emprisonné qui doit rembourser une dette aux motards des Hell’s Angels; il forcera les autres personnages à s’impliquer et le tout se décidera dans une course de chevaux.

    « ZACH : Ti-dealer, tite ville. Gramme, deux grammes, dix grammes. Clients réguliers. » (p. 44)

    « BERNIE : Ça, c’est ton problème, Zach, j’m’excuse. J’m’excuse mais c’est comme ton problème.
    SHIRLEY : On sait pas c’que tu pourrais faire… Comme leur dire aux Hell’s où c’qui pourraient me trouver, par exemple? » (p. 113)
     

  • Didascalies permettant de situer l’action, l’atmosphère et le contexte socioculturel; lieu et temps précisés au début de la pièce.

    « La sonnerie au début d'une course. Le bruit des chevaux qui courent. Mireille est aux courses. Elle a un verre de bière rempli à ras bord dans une main et un ticket dans l'autre. » (p. 11)

    « En prison. Zach et Bernie vont se rendre à leurs cellules adjacentes. Les sonneries sont celles de la prison. Ce sont les étapes du rituel de fin de journée. Sonneries. Zach ramasse ses cartes et se lève. » (p. 56)
     

  • Petite ville industrielle en déclin pas très loin de Montréal. Photos en noir et blanc des comédiennes et comédiens en plein jeu, permettant au lectorat d’associer un visage aux personnages et les émotions qu’ils projettent.

Langue

  • Répliques du registre populaire tout au long de la pièce qui reflètent le milieu socioéconomique défavorisé des personnages. Emploi fréquent de mots vulgaires, en français et en anglais.

    « BERNIE : Quand c’char-là a capoté, j’aurais dû mourir, t’sais. C’t’un chriss de miracle. Comme si l’bon Dieu lui-même me disait "Hey Sucker! Une dernière chance! Dernière! Don’t fuck up!" J’ai vu l’fond, j’l’ai vu. Pas yenque vu, j’l’ai touché. Touché! » (p. 39)

    « ZACH : J’me mets à faire du shopping. Prochaine image : j’suis dains party dans un chalet. C’est pèté au frette là-d’dans. Une band, des filles, d’la coke mur à mur… » (p. 47)

    « MIREILLE : Non, non, non! Aucun risque. Aucun problème. Clean. Low key. Pas d’bullshit. » (p. 73)
     

  • Procédés linguistiques (p. ex., onomatopées, répétitions, phrases elliptiques) illustrant la rapidité des dialogues et le vocabulaire limité des personnages.

    « ZACH : Pis j’entends le verrou qui tombe en place Ka schlick! […] C’est comme dans ma tête, ça va Tssssss… tout l’temps Tsssss… un son ben aigu Tssssss… comme un serpent  à sonnettes… » (p. 28)

    « MIREILLE : Parce que chaque ti-bout’ de la terre est sacré. Chaque ti-carré. Chaque tite-roche. Chaque ti-caillou. Chaque grain de poussière. Chaque atome. Chaque arbre. Chaque tite-plante. » (p. 55)
     

  • Vocabulaire évocateur de crise d’identité, d’oppression et de désespoir.

    « J’me souviens d’avoir voulu être un garçon. D’avoir haï mon corps. D’avoir haï la façon que j’poussais, que j’bougeais… un été j’ai coupé mes cheveux avec un canif. » (p. 86)

    « Je suis une fille en colère avec un fusil. Je ne suis pas folle mais… ça prendrait pas grand-chose. […] Si j’étais toé, j’me tairais. J’dirais pas un mot. Parc’ que hein?… on sait jamais. Peut-être que ça va être le mot de trop, le mot que la fille a veut pas entendre, le mot qui va faire déborder le vase. Qui est rempli à ras bord. […] Parc’ la fille, a n’a plein son casque. » (p. 92)

Référent(s) culturel(s)

  • Expressions typiques de certains groupes des communautés de la francophonie ontarienne.

Pistes d'exploitation

  • Demander aux élèves de choisir quelques extraits de la pièce pour les transposer du registre populaire au registre courant (p. ex., l’échange entre Mireille et Bernie à partir de « Fait que t’as-tu besoin d’argent? », page 69 ou la dernière réplique de Mireille, page 76). Discuter de l’effet que ces modifications peuvent avoir sur la vraisemblance des personnages de la pièce.
  • Inviter les élèves à imaginer une suite à la pièce, à partir du dénouement proposé par Dalpé, en tenant compte des rêves que chérissaient les personnages.
  • Proposer aux élèves de lire la pièce Le chien, du même auteur, pour établir une comparaison avec Lucky Lady au plan des thèmes, du langage des personnages, des problèmes auxquels elles et ils font face et du dénouement de chacune des pièces.

Conseils d'utilisation

  • Indiquer aux élèves que le langage employé est souvent vulgaire, par effet de vraisemblance avec une classe sociale défavorisée.
  • Avant la lecture, aborder avec les élèves les sujets délicats (p. ex., l’adoption, la dépression, la sexualité, la criminalité).
  • Faire connaître l’apport de Jean Marc Dalpé au théâtre franco-ontarien à l’aide de la partie Dossier, p. 171-185.