Contenu
- Personnage principal, Martha Star, jeune Manitobaine métisse déchirée entre ses origines autochtones et blanches, qui finit par embrasser son héritage double en s’engageant auprès d’une communauté nordique et en réconciliant les différentes facettes de son identité.
« Pour les jeunes de Lorette, elle était une vraie « sauvagesse ». […] Elle s’était levée et avait annoncé fièrement :
– Je suis une Indienne. Mal à l’aise, l’institutrice avait expliqué à la classe que Martha n’était pas une vraie Indienne puisque sa mère était une vraie Blanche; seul son père était un vrai Indien! » (p. 46)
« …Je suis convaincue que tu n’aurais aucun problème si nous quittions le Manitoba. Au Québec, on ne saurait pas que tu es métisse. Tu aurais un bon emploi puisque tu es bilingue. » (p. 53)
« – J’ai honte d’être métisse. J’ai toujours essayé de le cacher… et aujourd’hui… ce O’Connor est allé annoncer en public que j’étais la fille de Norman Star. Je ne me suis jamais sentie aussi petite de ma vie… aussi humiliée… » (p. 195)
« La mère désapprouvait l’éloignement du pattern établi à l’intention de sa fille. Très résolue, cette dernière refusait de s’engager dans les ornières qui lui avaient laissé un souvenir si amer; elle préférait plutôt se mouiller les pieds dans des sentiers qu’on lui avait soigneusement cachés. Elle ferait table rase des préjugés pour se recréer un esprit ²vierge². Parce qu’elle avait été mystifiée, elle se démystifierait. À l’instar de son père, elle regarderait désormais les Indiens et les Métis d’un regard tout neuf. » (p. 220)
- Plusieurs personnages secondaires gravitant autour de Martha, dont Gisèle Bergevin, sa mère québécoise ayant quitté sa province pour suivre un musicien autochtone à Winnipeg, Norman Star, son père autochtone, qui tente d’abord de renier ses origines en adoptant les codes des Blancs mais qui finit par renouer avec son identité et choisir de vivre selon les traditions amérindiennes, ainsi que Robert Lavallée, son amoureux, dont la découverte de ses racines familiales vient nuancer sa perception de l’identité.
« Un mois plus tard, Gisèle montait dans le train en partance pour Winnipeg. […]
La joie des retrouvailles à Winnipeg! Gisèle était certaine d’avoir pris la bonne décision. Quel bonheur de se retrouver seule avec Norman dans une grande ville! » (p. 33)
« Au cours de la soirée, Norman Star alla trouver le père. Longtemps, il parla de sa jeunesse et de ses déceptions. […]
– Pas grand-chose que je voulais, dit Norman. Une job dans un garage et une voiture. You know, Father, à Winnipeg chez les Pères Oblats, j’ai été heureux. Si Gisèle et Martha s’étaient habituées aux Indiens, ma vie aurait été différente. Maintenant, je suis gêné de vivre avec deux Blanches. Je veux mourir avec ceux de ma race, pas dans un hôpital de Blancs. » (p. 115)
« Robert mettait en doute la prétendue ignorance des siens sur l’ethnie de ses arrière-grands-parents, sauf évidemment, leurs connaissances sur l’éducation de la grand-mère McDermot et les études musicales du grand-père. Une chose l’intriguait encore : lequel des deux tenait le plus à cacher les origines indiennes des Lavallée?
[…]
– Peux-tu me dire, maman, pourquoi papa parlait toujours anglais, même avec ceux qui le parlaient difficilement?
– Ton grand-père aussi avait la même habitude. Les Lavallée craignaient de se trahir par leur accent métis. En anglais, il était difficile de découvrir leur origine indienne, mais aussitôt qu’ils prononçaient certains mots en français, ça y était. » (p. 199-200)
« Les lettres échangées entre elle et Robert ne diminuaient ni en longueur ni en ferveur. Leur amour s’intensifiait. Les sentiments que les deux n’osaient exprimer verbalement, ils les formulaient avec une sensibilité extrême, une sincérité dont la fidélité ne faisait pas de doute. » (p. 224)
- Roman de mœurs se déroulant au Manitoba, qui plonge le lectorat dans la réalité des familles exogames et met en lumière les défis liés aux relations interculturelles; narration marquée par des sauts dans le temps et l’espace, permettant de mieux comprendre les émotions et les pensées des personnages: thèmes (p. ex., amour, injustice sociale, quête de soi, fierté ethnoculturelle) permettant aux élèves de réfléchir à la construction de l’identité, aux effets des préjugés et à l’importance de l’acceptation de soi et des autres.
- Mise en page aérée; texte réparti en 25 chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., italiques, points de suspension, guillemets) facilitant l’interprétation de l’œuvre; dédicace, liste des œuvres de l’auteure et préface au début; renseignements sur l’auteur en quatrième de couverture du livre.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., dépité, anémone, pembina, anicroche, veule) compréhensibles grâce au contexte; quelques mots du registre familier (p. ex., J’n’suis, j’vous, c’bout icitte) et en dialecte s’apparentant au métchif (p. ex., cè moé va fére le cleaning de l’école asteur què nette) contribuant à ancrer le récit dans son contexte culturel et régional.
- Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases; nombreuses phrases courtes lourdement ponctuées dans les dialogues, traduisant les inquiétudes et les émotions des personnages; emploi du présent, du passé simple et de l’imparfait de l’indicatif dans la narration.
« L’éclatement qui se produit en elle est terrible mais rien ne transparaît à l’extérieur. Vaincue et désespérée, elle se retrouve sans force, comme anéantie; Martha vient de comprendre une autre vérité. Si son ascendance indienne est un obstacle à son intégration dans le milieu, son statut social en est un autre non moins sérieux. Aussi, dans le taxi qui la ramène chez sa mère, les termes de Métis et de Blancs qui se bousculent dans sa tête lui donnent la nausée. Où est sa place? Si elle en a une…
En voyant la mine dépitée de Martha, Gisèle s’énerve :
– Mon Dieu! ce que tu es blême! Es-tu malade?
– Oui, cent fois malade, j’en ai assez de la vie.
– À dix-sept ans! Comment oses-tu dire une chose pareille? Voyons, Martha, la vie n’est pas toujours bête. » (p. 153-154)
« Une lettre arriva de Québec, porteuse d’une phrase qu’elle relit cent fois : ²Venez vite toutes les deux, on vous attend². La mère de Gisèle avait tracé les mots magiques. » (p. 156)
- Figures de style (p. ex., personnification, oxymore, antithèse, hyperbole, énumération, métaphore, contraste) qui intensifient les idées de l’auteure.
« Août brûlait les champs ensemencés et martyrisait les citadins. » (p. 41)
« Les lourds sanglots de joie émeuvent profondément Martha qui caresse les frêles épaules de l’invalide, la joue appuyée contre elle. » (p. 99)
« Winnipeg! La ville illuminée qui dissimule ses taudis, le soir, mais révèle ses horribles plaies, le jour, quand le soleil darde ses rayons, plus radieux que nulle part ailleurs au Canada. » (p. 111)
« Dans l’île de Hecla, on venait de trouver l’envers de la rue Main, artère tapageuse qui vomit continuellement son train d’enfer. Au sein de la nature vierge, un sentier muet dont l’écho prolongeait les crépitations joyeuses des plantes fragiles accueillait de nouveaux pas. » (p. 121)
« – Quelque chose vient de changer en moi, avait répondu Martha. Ce n’est pas mon chemin de Damas, mais j’ai besoin de réfléchir encore. » (p. 217)
- Prédominance de séquences narratives et descriptives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui renseignent sur la vie et les enjeux des Métis, permettent de suivre le fil des événements et reflètent l’amitié indéfectible ainsi que les relations complexes entre les personnages principaux; ajout de lettres qui renforcent le réalisme du roman.
« Comment inviter chez elle des jeunes de son âge qui méprisaient les Indiens et les Métis? Au cours des discussions dans les classes d’histoire, on réglait vite le cas des ²sauvages² ivrognes, paresseux et fornicateurs! Des parias! Des rebuts de la société!
À certains endroits, s’ils fréquentaient le même hôtel que les Blancs, les verres dans lesquels ils buvaient étaient différents de ceux des gens ²civilisés²; ailleurs, un serveur ouvrait les fenêtres quand ils entraient. Des buveurs changeaient de table s’ils s’approchaient d’eux, soucieux de fuir les odeurs désagréables. » (p. 141)
« Le lendemain, Martha demeura plus longtemps que d’habitude au chevet du malade; elle le laissa parler sans l’interrompre.
– Martha, j’ai trop fait confiance aux Blancs… et pas assez aux Indiens. J’aurais voulu me défaire de ma face indienne… parce que j’ai pas réussi j’en ai voulu aux miens… détesté la réserve… oublié mes racines. J’ai renié ma langue… mes coutumes… mes traditions pour adopter le style des Blancs. Je me suis mis à parler seulement l’anglais… à chanter des chansons américaines… à jouer de la musique américaine. J’aimais pas les Français… avant de rencontrer ta mère. J’ai déjà rêvé à faire une carrière dans la musique… dans le monde des Blancs. À Fort Alexandre… quand j’entendais la musique et les chansons indiennes… je me bouchais les oreilles… l’héritage de mon peuple… était synonyme de pauvreté… de dernière place dans l’échelle sociale… » (p. 214)
« le 27 juillet
Chère Martha,
J’ai deux bonnes nouvelles pour toi. La première : ton père vit quelque part au Manitoba et je sais où il est. La deuxième : j’ai obtenu pour toi une bourse d’études de mille dollars. Si tu veux d’autres renseignements au sujet de ton père et de la bourse d’études, écris-moi le plus tôt possible car je serai absent de Winnipeg du 10 au 20 août.
Un ami sincère,
Robert » (p. 177)
Référent(s) culturel(s)
- Références à des personnages historiques (p. ex., Louis Riel), à des auteurs marquants (p. ex., Gabrielle Roy) et à des lieux emblématiques de la francophonie (p. ex., Saint-Boniface, Montréal, Ottawa).
- Références aux langues, aux rites, aux traditions et au mode de vie des Métis et des Premières Nations (p. ex., habitation, alimentation, chasse, pêche, peinture).
Pistes d'exploitation
- Au chapitre 21 du roman, Norman fait la lecture d’une lettre que lui a fait parvenir Robert Lavallée. Cette lettre, adressée à un ancêtre de Robert, expose les réflexions de Louis Riel sur la philosophie de vie des Métis. Demander aux élèves, réunis en dyades, de repérer dans cette lettre les similitudes et les différences que Riel établit entre les Canadiens français et les Métis de son époque. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leurs observations au groupe-classe.
- Inviter les élèves, regroupés en équipes, à relever, dans le roman, les descriptions des toiles peintes par Norman Star. Leur proposer ensuite de mener une recherche pour découvrir si ces œuvres sont inspirées de véritables tableaux, ou pour trouver des exemples d’œuvres semblables. Poursuivre l’activité en leur demandant de repérer des œuvres d’art d’artistes autochtones contemporains, puis de comparer les styles, les thèmes, les couleurs ou les messages transmis à ceux des toiles de Norman. Les inviter à partager leurs découvertes avec le groupe-classe à l’aide d’une présentation orale ou visuelle.
- Proposer aux élèves, réunis en équipes, d’effectuer une recherche sur le mode de vie, les réalités culturelles et le statut socioéconomique des Métis de l’Ouest canadien au 21e siècle. Leur demander ensuite de comparer ces données actuelles à la situation des Métis telle qu’elle est représentée dans le roman, en mettant en lumière les continuités, les changements et les enjeux persistants. Les inviter à présenter leurs trouvailles au groupe-classe sous forme d’affiche, de présentation multimédia ou de capsule vidéo.
- Proposer aux élèves de réfléchir au thème de l’identité culturelle et du sentiment d’appartenance en lien avec la honte que ressent Martha face à ses origines métisses. Leur demander ensuite de rédiger un court texte réflexif dans lequel ils explorent leur propre rapport à leur identité, leur culture ou leur histoire familiale en abordant des sentiments de fierté, de doute, d’exclusion ou de réconciliation, selon leur vécu personnel. Former des équipes, puis leur demander de présenter leur texte aux membres de leur groupe.
- Animer une discussion sur l’influence des classes sociales dans les relations humaines à partir des questions suivantes : As-tu déjà été témoin ou victime de jugements fondés sur la classe sociale? Comment ces distinctions sociales se manifestent-elles aujourd’hui? Inviter les élèves à illustrer leurs réflexions par des exemples concrets tirés de l’œuvre ou de leur vécu, en mettant en lumière les effets que peuvent avoir les différences de richesse, d’éducation ou de statut social sur les interactions.
Conseils d'utilisation
- Avant la lecture, expliquer aux élèves le contexte socioculturel dans lequel l’auteure aborde des thèmes délicats tels que l’alcoolisme, le racisme, la pauvreté et les stéréotypes tenaces envers les Autochtones, afin de favoriser une lecture critique et respectueuse de l’œuvre.
- Prévenir les élèves que l’auteure utilise certains termes offensants (p. ex., Indiens, Sauvages) qui s’inscrivent toutefois dans le contexte historique de l’œuvre.
- Inciter les élèves à lire d’autres œuvres de la même auteure, telles que J’ai fait ma chance, Au pays de Gabrielle Roy et À la dérive, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Hors Québec, divers épisodes.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 4e à 12e année, Série : Vous l’savez astheure, Christie Belcourt; La journée Powley.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Amalgame, Jorane à Saint-Boniface; Blou à Saint-Claude.