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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Rue Deschambault

À travers les dix-huit récits qui composent ce livre, Gabrielle Roy a transformé les souvenirs de sa jeunesse manitobaine en un roman racontant l’apprentissage d’un écrivain. Christine découvre peu à peu la réalité – familière et pourtant inépuisable – de la petite rue de Saint-Boniface où elle est née et où l’humanité montre ses visages les plus variés. Mais surtout, ses propres rêves lui sont révélés, c’est-à-dire à la fois ce qui la rapproche des autres et l’en sépare, ce qui la fait les aimer profondément et l’oblige en même temps à les quitter pour toujours.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Personnage principal et narratrice, Christine, qui raconte de manière poignante son évolution personnelle, depuis la petite fille sensible jusqu’à la jeune femme qu’elle devient.

« Mon père, parce que j’étais frêle de santé […] me baptisa : Petite Misère. Même quand il me donnait le nom avec douceur […] j’en étais irritée et malheureuse, comme d’une prédisposition à cause de lui à souffrir. » (p. 33)

« Après, nous avons verrouillé la porte à l’avant de notre maison; nous avons glissé la clé sous le paillasson et nous sommes allées au coin attendre notre tramway sous une petite pluie froide et lente.
À la gare, maman eut déjà un air moins coupable. Pour le voyage, nous emportions notre pain. Si nous étions folles de partir, il fallait du moins être sages par ailleurs, dans les petites dépenses par exemple. » (p. 99)

« Ainsi, j’ai eu l’idée d’écrire. Quoi et pourquoi, je n’en savais rien. J’écrirais. C’était comme un amour soudain qui, d’un coup, enchaîne un cœur; c’était vraiment un fait aussi simple, aussi naïf que l’amour. N’ayant rien encore à dire… je voulais avoir quelque chose à dire… » (p. 218)

  • Nombreux personnages secondaires qui influencent la vie de Christine, tels que Mister Jackson, un pensionnaire noir surnommé le Nègre, qui emménage chez eux, la mère de Christine, une épouse et mère dévouée, animée par un profond désir de liberté et de voyage, son père, un homme autoritaire et distant, sa sœur Alicia, qui lutte contre des troubles de santé mentale, ainsi que l’Italien et sa femme, des exemples d’un amour pur.

« … Je descendis les marches quatre à quatre, pour voir comment maman accueillerait le Nègre. Et maman, dans l’embarras peut-être de recevoir un Nègre comme il faut, lui tendit la main, la retira à demi, tout en esquissant une espèce de révérence, et elle lui dit :
Welcome, Mister Jackson from C.P.R., n’est-ce pas? » (p. 15)

« … Penchées sur le parapet, nous avons longtemps regardé les mouettes. Et, tout à coup, sur le pont maman me dit qu’elle aimerait pouvoir aller où elle voudrait, quand elle voudrait. Maman me dit qu’elle avait encore envie d’être libre; elle me dit que ce qui mourait en dernier lieu dans le cœur humain ce devait être le goût de la liberté; que même la peine et les malheurs n’usaient pas en elle cette disposition pour la liberté… » (p. 89)

« Papa était absent. Souvent il restait au loin tout un mois et même davantage. Papa était un homme estimé, honorable; cependant, il n’y a pas à dire, la maison était beaucoup plus gaie quand mon père n’y était pas. Papa ne pouvait souffrir la plus légère dette derrière lui; son premier souci était de payer d’abord les dettes, si bien qu’il n’avait guère le temps de se soucier d’autre chose. Il tenait aussi à ce que nous ne lui disions que la stricte vérité, et rien n’est aussi inexact parfois qu’une vérité stricte; il n’aimait pas le bruit, et il voulait des repas servis à l’heure, de l’ordre dans la maison, les mêmes, toujours les mêmes choses aux mêmes heures et de jour en jour… » (p. 91)

« Mais ce jour Alicia ne me reconnut pas non plus. Quand je cherchai à l’entraîner, tout à coup elle me jeta un regard méchant; elle se mit à me crier : Judas! Judas! J’ai eu horriblement peur d’Alicia. Je me suis sauvée en tremblant… Hier pourtant, Alicia prenait soin de moi. C’était elle qui avait charge de moi quand maman était très fatiguée ou lorsque, voulant avoir une bonne après-midi devant elle pour attaquer un ouvrage de couture, elle me confiait à Alicia. » (p. 147)

« L’Italien, lui, portait son amour sur son visage comme un soleil. Mais ce n’était pas à envier, c’était sûrement inaccessible, un produit d’Italie sans doute, maman en convenait elle-même.
– Je vous assure qu’un tel amour ça ne se rencontre pas tous les jours. Est-il rien de plus rare?
Pourtant, nous n’aimions que mieux l’Italienne d’être tant aimée de son Giuseppe. » (p. 191)

  • Roman semi-autobiographique qui relate la vie de l’auteure sous le nom de Christine, une jeune fille franco-manitobaine qui grandit à Saint-Boniface, Winnipeg, au début du XXe siècle, et qui, à travers des récits sensibles et personnels, offre une vision intime de son parcours au Manitoba; nombreux retours en arrière évoquant les souvenirs de la narratrice; thèmes (p. ex., famille, liberté, injustice, développement personnel) aptes à capter l’intérêt du lectorat visé.
  • Mise en page aérée; texte réparti en 18 récits titrés, parfois divisés en chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., guillemets, italiques, points de suspension, symboles indiquant un laps de temps ou un changement de scène) qui facilitent l’interprétation du texte; liste des publications de l’auteur au début; chronologie de Gabrielle Roy, éléments de bibliographie et table des matières à la fin; notes biographiques sur l’auteure à la quatrième de couverture du livre.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., claquemurées, thaumaturge, escogriffe, rabâcher) et mots anglais (p. ex., cutter, ready, all right, yes) compréhensibles à l’aide du contexte; vocabulaire imagé et recherché ancrant bien les récits dans leur époque.
  • Phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, impérative, exclamative, interrogative) détaillant les souvenirs d’enfance de la narratrice; emploi du passé simple et de l’imparfait de l’indicatif dans la narration.

« Ma tante était devenue si pessimiste, si bien assurée de n’aller jamais que du froid vers le froid, qu’à Vancouver elle refusa assez longtemps de croire que l’air était doux et agréable. Toutefois, un jour, ayant fait quelques pas au dehors, ma tante, qui se croyait toujours dans une nature cruelle, aperçut des roses. Elle nous envoya des pétales séchés, disant à ma mère : ²Tu ne le croiras peut-être pas : je les ai cueillis le vingt-huit février, en pensant à toi, ma chère Éveline…² Un peu de joie, nous le vîmes avec plaisir, ranimait les sentiments affectueux dans le cœur de notre pauvre tante. » (p. 172)

« – Eh bien, je vais aller me coucher; je tombe. – Et elle nous enjoignait : – Tâchez de ne pas veiller jusqu’à des heures impossibles.
[…]
– Déjà!
Il restait aussi étonné de voir maman monter se coucher à dix heures qu’elle l’était de le voir dormir presque tout le jour.
[…]
– Vraiment, Édouard, je ne te comprends pas : prendre du café à dix heures! D’ailleurs, ce n’est pas du café : c’est de l’essence de café. Est-ce étonnant après cela que tu t’agites, que tu sois malade et ne puisses pas dormir? Tu changes le jour pour la nuit. » (p. 236)

  • Nombreux procédés stylistiques (p. ex., métaphore, comparaison, répétition, expression imagée, énumération, personnification) qui agrémentent le style poétique de l’auteure et permettent de comprendre l’imaginaire de la narratrice.

« Moi, j’étais la fourmi de la fable, sauf que d’une fois à l’autre je venais au secours de la cigale. » (p. 23)

« Sur la galerie étaient assis deux vieux qui avaient l’air, comme deux chats, de n’avoir rien à faire que de se chauffer au soleil. » (p. 44)

« Le pays a été plat longtemps, longtemps, puis un peu bosselé, puis encore tout à fait plat. » (p. 52)

« Dans l’escalier maman me chuchota de ne pas prendre un air si inquiet, que si les Nault ne nous invitaient pas, elle trouverait d’autres parents; qu’elle avait d’autres cordes à son arc. » (p. 105)

« – La plus belle couronne d’une femme c’est d’être aimée. Il n’y a rien, ni topaze, ni diamant, ni améthyste, ni émeraude, ni rubis, pour mieux embellir une femme! » (p. 190)

« Alors le vent s’est mis à pleurer d’une manière si douloureuse, si absurde que, tout à coup, j’ai pensé au bel Archange jeté dans les ténèbres, il s’appelait ainsi avant. » (p. 228)

  • Prédominance de séquences descriptives et narratives qui enrichissent la compréhension des événements, de l’époque, des lieux et des relations entre les personnages; séquences dialoguées révélant les traits de caractère des personnages, ainsi que les interactions entre eux.

« Alors on suspendit une lampe au plafond du wagon. Elle n’éclairait pas beaucoup, juste assez pour voir les planches nues entre lesquelles nous étions enfermés. Presque tous les voyageurs s’assirent par terre. Maman et moi étions assises sur notre valise. Maman m’avait encore une fois enveloppée dans son manteau. Et bientôt nous avons senti que nous roulions, mais à peine; la voie devait être endommagée sur un assez long parcours; les grandes portes fermées sur nous, c’était comme dans nos rêves où l’on sait que l’on avance un peu, mais comment le sait-on? » (p. 56)

« Mais pour s’en aller maman eut tant de liens à défaire qu’elle en devint malheureuse. J’ai vu alors que la liberté non plus ne laisse pas beaucoup de repos au cœur humain. Maman dut se séparer de Gervais qu’elle envoya pensionnaire au collège. Au couvent, elle demanda Sœur Édouard au parloir. C’était notre Odette qui portait maintenant ce nom. Maman lui demanda de prier pour un projet dont elle ne pouvait pas dire grand-chose, mais qui lui tenait à cœur. Un projet hasardeux, dit-elle; Dieu ne le verrait peut-être pas d’un bon œil. Mais Odette promit de prier quand même. » (p. 97)

« Maman a vieilli en revenant vers Winnipeg. Elle a pensé à la sœur Supérieure du couvent de Sainte-Anne-des-Chênes et m’a dit :
– Cette sœur-là avait l’air sévère, peu aimable. S’il faut qu’elle ait parlé dur à Alicia, jamais cette enfant ne s’en remettra, timide comme elle est!
Ensuite maman s’est inquiétée de la nourriture au couvent.
– Au prix que je paie, ça ne peut pas être bien bon… Agnès est déjà sans appétit. Peut-être qu’elle n’a rien mangé depuis un mois… » (p. 117)

Référent(s) culturel(s)

  • Référents culturels de la francophonie de l’Ouest canadien (p. ex., colonisation de l’Ouest et homestead (étendue de terre habitée)).
  • Référence à des lieux au Québec (p. ex., Sainte-Anne-de-Beaupré, fleuve Saint-Laurent, île Sainte-Hélène, Montréal).
  • Mention de Champlain, un explorateur français.

Pistes d'exploitation

  • Animer une discussion sur l’influence des dynamiques familiales de Christine sur son développement personnel, en posant la question suivante : En quoi les relations familiales de Christine contribuent-elles à la formation de son identité, de ses valeurs et de ses aspirations? Ensuite, demander aux élèves de rédiger un court texte à partir de la question suivante : Dans quelle mesure mes relations familiales influencent-elles qui je suis et ce que je veux devenir?
  • Proposer aux élèves, réunis en dyades, de déterminer les leçons de vie véhiculées dans le roman (p. ex., l’importance des rêves et des aspirations, l’acceptation des inégalités sociales, la résilience), puis de trouver des exemples de chacune de ces leçons dans l’œuvre. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
  • Suggérer aux élèves, réunis en équipes, de créer une liste d’écoute musicale qui pourrait accompagner l’histoire du roman en choisissant des morceaux qui, selon eux, reflètent les émotions ou les thèmes principaux du livre. Les inviter à présenter leur travail au groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux rôles de genre et aux préjugés de race (p. ex., relation homme-femme, préjugés envers les Italiens et les Noirs) en tenant compte du contexte propre à l’époque qui est décrite dans l’œuvre.
  • Inciter les élèves à lire une autre œuvre de la même auteure, soit La petite poule d’eau, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e année, Gabrielle Roy.