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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Pierre Bleu

Pierre Bleu est-il le fou du village ou le fils étrange né du conflit entre Dieu et le Diable? Il est, en tout cas, doté d’une longévité indéniable et il régnera sur les destinées du village acadien de Grand-Petit-Havre assez longtemps pour le voir grandir, se développer et accéder à sa modernité en s’arrachant au mythe de ses origines : la déportation.

À travers les ravages de la guerre et de la grippe espagnole, dans ce combat incessant pour la survie d’une culture, Pierre Bleu aura pour protégée la petite Bibiane, qui deviendra la mère supérieure du couvent, acharnée à sauver la langue de son peuple plus que son âme, car il faut une langue pour prier et une langue pour rêver.

(Tiré de la quatrième de couverture.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Deux personnages principaux, Pierre Bleu, un être hors du commun qui semble immortel, et Bibiane, une petite fille qui grandit et devient mère supérieure du couvent, puis qui souhaite préserver la langue qui lui est chère.

« Elle le voit. C’est lui. Un géant qui pourrait en levant le bras fendre le firmament en deux. Et si drôlement attifé! Cette fois elle a le temps de le détailler des pieds à la tête : chapeau pointu, boucle qui lui fait trois tours du cou, chemise à gros pois jaunes, culottes remplies de vent, des chaussures… […] Elle se demande, voudrait savoir, mais c’est lui encore qui se lance en premier, et avec des mots clairs cette fois et sans gargouilles dans la voix :
– C’est quoi ton nom? Comment c’est que tu t’appelles?
Elle bigle, puis :
– D’où c’est que vous ersoudez? » (p. 14)

« La petite Bibiane. L’insatiable Bibiane. Depuis le premier jour, elle n’avait cessé de mettre ses pas dans les larges pistes de galoches à la pointe retroussée. Et Pierre Bleu s’asseyait sur la roche plate en haut-du-champ, la prenait sur ses genoux et racontait. » (p. 42)

« Le Fou saisit dans un éclair la frustration du Malin et comprend que Bibiane aussi est libre et pourrait lui échapper. Leur échapper à tous. Il n’aurait pas dû laisser son cœur s’attendrir et échafauder des rêves de bonheur autour de la tête de l’enfant qui l’a un jour accueilli et nommé Pierre Bleu. » (p. 86)

« Mère Bibiane s’appuyait sur sa canne pour se rendre jusqu’au bout du jardin. […] La vieille avait achevé ses douze travaux d’Hercule. Elle se mit à les énumérer dans sa tête : ouverture d’écoles, défense de la langue, construction de couvents et de pensionnats, fondation d’une congrégation, bras de fer avec l’archevêque, puis avec le clergé, puis avec l’élite mâle nationaliste, lutte contre les préjugés et la tradition, visite impromptue à Rome, don à son peuple d’un premier collège classique pour filles… » (p. 259-260)

  • Nombreux personnages secondaires, dont Léontine, une femme pour qui rien ne demeure secret, l’abbé Michel, un prêtre avec de l’ambition, et plusieurs autres membres de la famille de Bibiane et du voisinage; divers personnages mythiques dont le Malin, les diablotins et les angelots, reflétant l’aspect fantastique du roman.

« Chaque fois qu’elle réussissait à tromper la surveillance de sa mère, de ses sœurs et des voisines, de la grande langue de Léontine, surtout, qui voyait même le ver sortir en papillon de son cocon […] » (p. 14)

« L’abbé Michel laissait couler tout le long des côtes la salive du village le plus loquace du pays. Il savait que bientôt il aurait son église jouxtant le cimetière où reposait son premier mort qui avait déjà donné son nom à la Pointe-à-Jacquot. » (p. 44)

« Le Malin joue sur tous les fronts. Avec lui, on ne peut jamais savoir, même pas savoir quand il ment ou dément son propre mensonge. » (p. 86)

« Les diablotins chagrinés font la moue : finis les jeux. Les angelots les regardent de loin et soupirent d’aise. » (p. 134)

  • Roman grand public qui traite de l’assimilation au Nouveau-Brunswick, de la sauvegarde de la langue et des croyances, us et coutumes des gens; thèmes (p. ex., liberté, religion, l’étranger, ambition) aptes à susciter des réflexions et à mousser des conversations auprès du lectorat.
  • Mise en page simple; roman réparti en vingt-quatre chapitres numérotés et divisé en trois parties; éléments graphiques (p. ex. points de suspension au début des séquences dialoguées et à la fin de l’énoncé, créant une impression d’hésitation et de temps qui passe, symboles pour indiquer un laps de temps ou un changement de scène, italiques, majuscules) qui facilitent l’interprétation du texte; liste des œuvres de l’auteure et dédicace au début; table des chapitres à la fin du livre; renseignements biographiques à la quatrième de couverture.

Langue

  • Chevauchement des registres courant, familier et populaire dans les séquences narratives et dialogales; mots moins connus (p. ex., attifé, myriades, octante, acariâtre, quidam), mots et expressions empruntés à l’anglais (p.ex., Christ almighty goddam, Flatfoot, kick the can), régionalismes et archaïsmes (p.ex., mitan, cobi, toé, biglé) et expressions en latin (p.ex., liberanosdominé, Veni Creator, ora pro nobis, Et in cielo et in terra) généralement compréhensibles à l’aide du contexte; expressions acadiennes (p.ex., woyons, ersoudez, ouère) traduisant la réalité des Acadiens.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; types de phrases variés (p. ex., déclarative, exclamative, interrogative); phrases généralement longues.

« Le danseur s’arrête et ramasse un ver de terre. Aujourd’hui il ira pêcher l’anguille au barachois.
– L’anguille se pêche à la fouëne, Pierre Bleu, point à l’abouette, corrige le grand Dan qui s’y connaît en eau grasse.
Ah ouais?
Le même soir, le Fou faisait griller son anguille sur un feu de braise au bord de l’eau stagnante du barachois, sous les yeux ronds des pêcheurs de la baie. Cet homme venu de nulle part avait le don. Un septième de septième fils, peut-être bien? Un voyant? Un sorcier! Le Grand-Petit-Havre prit peur. Devrait-on se débarrasser de l’intrus? circonscrire son action?
– Bande de chavirés! vociféra Léontine. Vous croyez-t-y que C’ti-là qu’a créé le ciel et la terre irait jeter ses parles aux cochons?
… Pierre Bleu, une perle? Un voyant? Voyons donc! le voyant a rien vu de plus loin que ses pieds et ses pieds tournent en rond dans trois verges carrées. » (p. 40-41)

« Malgré la gravité de l’heure, malgré le poids énorme de l’accusation qui venait d’être portée, tous les présents n’entendirent que la tournure ampoulée de la phrase et se tapèrent le ventre. » (p. 157)

« Déjà que le croassement du corbeau appelait les hirondelles et les moineaux à se nicher dans sa tour, le suète et le suroît à se disputer les bardeaux du côté sud, les chats errants à envahir la cave et les habitants du cimetière, en bons voisins, à l’éclairer la nuit de la danse des feux follets. » (p. 205)

  • Figures de style variées (p. ex., métaphore, énumération, personnification, gradation) qui ajoutent à l’intérêt et à la beauté du texte.

« Le printemps avançait à pas de géant et tout le monde, pour le rattraper, chaussait ses bottes de sept lieues. » (p. 62-63)

« Ces superstitions avaient assez duré, il fallait ramener sa paroisse à la raison. Ni baleine blanche, ni Léviathan, ni vaisseau fantôme. » (p. 127)

« Et le foin salé se tortille, embrasse les chevilles de Bibiane qui cherche à enjamber les hautes herbes mais… mais l’île l’empoigne, l’emprisonne, l’enivre, la possède, elle se fond à ce jardin primitif, vestige d’un éden égaré. » (p. 273)

  • Séquences narratives et descriptives qui permettent d’en apprendre davantage au sujet des personnages et de l’intrigue; séquences dialoguées qui permettent de suivre les interactions entre les personnages et d’y déceler leurs inquiétudes, leurs passions et leur tempérament.

« Mais Pierre Bleu, lui, les pieds fichés au haut de la butte qui domine cet agglomérat de logis insolites, biscornus, pointus comme des accents circonflexes, voudrait bien savoir. » (p. 18)

« – Toi, Bibiane, tu sais lire?
Elle tourne la tête vers la mer. Est-ce que déchiffrer ses propres bâtons griffonnés dans le sable c’est savoir lire? Elle plante ses yeux avides dans ceux de Pierre Bleu et attend qu’il lui montre à lire. Tout de suite, droite là. Elle attend qu’il ouvre sa bosse gonflée de rêves et de magie, qu’il en sorte toutes les lettres, les centaines de lettres…
– Deux douzaines. L’alphabet n’a qu’une couple de douzaines de lettres.
– C’est toute? Ça ira vite.
– Hmmm… au commencement ça ira vite. La difficulté vient quand on colle les lettres ensemble pour en faire des mots, puis quand on essaye de combiner les mots pour en faire des phrases, échafauder les phrases pour… pour finir de bâtir la maison. » (p. 33) 

« Les femmes se penchèrent sur leurs sillons et se remirent à planter. Celles qui avaient connu la grippe espagnole l’avaient presque oubliée. Il leur fallait une visite au cimetière pour mesurer les ravages d’une épidémie plus meurtrière qu’une guerre. » (p. 252)

Référent(s) culturel(s)

  • Référents culturels de l’Acadie, dont le Grand Dérangement.
  • Référence au conte Le petit chaperon rouge, de Charles Perrault.
  • Référence à la chanson Partons, la mer est belle, une chanson d’origine française.
  • Accent mis sur l’importance de préserver la langue acadienne et de lutter contre l’assimilation.

Pistes d'exploitation

  • Demander aux élèves, réunis en dyades, de sélectionner les parties du roman traitant de l’histoire acadienne et d’en reconstituer les contextes historiques en créant une carte heuristique. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
  • Proposer aux élèves, regroupés en équipes, de créer des jeux de mots et de langage imitant le style parfois ludique de l’auteure (p. ex., Né avant le temps… avant la naissance du temps? (p. 21); C’est vrai que v’là une ondée pas comme d’accoutume. On dirait qu’y mouille en couleurs, en bleu ciel et bleu nuit (p. 80); Ç’annonce une bourrasque? Pire, une sorcière de vent capable de virer en organ (p. 148)). Les inviter à présenter leur travail au groupe-classe.
  • Animer une table ronde à partir de la question suivante : Quelles sont les conséquences de la déportation sur la construction identitaire des diverses communautés acadiennes du Canada actuel?
  • Suggérer aux élèves, réunis en équipes, de créer une saynète inspirée d’un passage du roman (p. ex. la rencontre de Bibiane et de Pierre Bleu; Bibiane qui décide de devenir mère supérieure du couvent; le mystère de Pierre Bleu qui est dévoilé). Les inviter à présenter leur saynète devant le groupe-classe.

Conseils d'utilisation

  • Revoir les règles de la table ronde.
  • Raconter la déportation des Acadiens avant d’entreprendre la lecture de cette œuvre.
  • Aborder, en contexte, les thèmes délicats abordés dans l’œuvre (p. ex., nombreuses allusions à la religion, assimilation d’un peuple, mort).
  • Souligner que certaines expressions ou idées préconçues reflètent une époque particulière (p. ex. fou, rôle de la femme, sauvage), mais que les mentalités ont évolué depuis.
  • Encourager les élèves à lire d’autres romans de l’auteure, tels que Le temps me dure ou Fais confiance à la mer, elle te portera, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Hors Québec, La Sagouine au NB.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Amalgame, Mireille Moquin à Caraquet.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : ONFR Francophonie, Vox pop : Le français au Nouveau-Brunswick, ça se passe comment?