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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Ol’ Man, Ol’ Dog et l’enfant

Les huit récits de Ol’ Man, Ol’ Dog et l’enfant font une large place à la terre d’origine et au pays d’adoption de l’auteure, l’Alberta et la Colombie-Britannique. Mais l’œuvre entière de Primeau privilégie le point de vue des laissés pour compte afin de sensibiliser le lecteur à une vision du monde inclusive, et ces nouvelles mettent en scène des personnages n’ayant pas normalement voix au chapitre.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Personnages principaux différents dans chaque nouvelle, partageant tous le statut de laissés-pour-compte ou de marginaux rejetés par la société, parmi lesquels Ol’ Man et un jeune garçon handicapé, deux âmes solitaires, qui recréent leur réalité en tissant des liens d’amitié fondés sur la connexion avec la nature, Bernadette, une fillette de neuf ans, qui se lie d’amitié avec un garçon juif récemment arrivé dans la communauté, Granny, une dame âgée irlandaise, qui cherche à chasser l’esprit malin lors d’une veillée funéraire, Mémère Desjarlais, une Amérindienne déterminée à préserver son attachement à sa culture et à son identité, Madame Taillefer, une Franco-Albertaine âgée souffrant de pertes de mémoire et qui réside dans une maison de retraite anglophone, où elle ressent profondément que son enfance et sa culture lui ont été volées, ainsi que Madame Trotte-menu, commère du village, une veuve appauvrie qui doit affronter la possibilité de perdre sa demeure au profit des autorités villageoises, mais qui a un dernier tour dans son sac pour les contrer.

« Cette nuit-là, le sommeil de Ol’ Man fut agité. Pendant que son chien ronflait à ses pieds, il repassa dans sa mémoire la visite de cet étrange garçon, puis il en rêva : la grosse tête sans cran d’arrêt, les yeux à l’orientale, les jambes grêles, tout flottait dans le noir. Il le voyait, barque abandonnée, sans gouvernail, imagina un père qui le tolérait à peine pendant les vacances, une mère qui s’empressait probablement d’oublier sa présence le reste de l’année, la cruauté des autres garçons de son âge… Étonné, le vieil homme ne se reconnaissait pas dans la pitié qui l’empêcha de dormir toute la nuit. Jusqu’au matin, il attendit entre sommeil et veille le retour de l’enfant, lui qui depuis si longtemps fuyait ses semblables. » (p. 24-25)

« IL S’APPELAIT JACOB, mon petit ami ²de² juif. À l’école, on l’appelait Jake; pour moi, il était Jaky, pour moi seule, vous comprenez, car ni lui ni moi n’aurions permis à quelqu’un d’autre cette intimité que nous gardions jalousement. Moi, j’étais Nanette. Pour lui seul aussi. Pour les autres, c’était Bernadette. » (p. 39)

« Les veilleurs reprenaient leur place dans la salle. Le regard enjoué de Granny avait chassé la crainte d’un au-delà menaçant. Elle se cala dans sa chaise berçante, les fixa du regard l’un après l’autre, s’assura qu’elle avait bien l’attention de tout le monde, et se mit à raconter :
– Pour bien comprendre, il faut revenir en arrière, dans l’Irlande de mon enfance. » (p. 57)

« Madame Desjarlais n’abandonna pas le châle de son aïeule. Avec les années, les couleurs vives qu’avait préférées la jeune épouse cédèrent peu à peu la place aux couleurs plus sombres de l’âge mûr. Son mari tenta à maintes reprises de la faire changer d’avis. ²J’suis Indienne², répondait-elle chaque fois qu’il revenait à la charge. Et elle continua à porter le châle noir. » (p. 69)

« Tout disparaît brusquement. Mais où suis-je? Qu’est-ce que je fais ici? On m’a volée le Noël de mon enfance. On me l’a pris comme on m’a pris tout le reste quand on m’a amenée ici. Je pleure, je crie, mais personne ne vient. Enfin. À quoi bon les larmes. On m’a volée. Et le voleur s’est enfui. Arrêtez-le, arrêtez-le pour l’amour de Dieu! » (p. 82)

« Madame Trotte-menu sortit dans le soir. Elle regarda longuement ses chers sapins au clair de lune, secoua doucement les flocons de neige, caressa une dernière fois le tronc de chaque arbre, et prit sa hache.
[…]
Et madame Trotte-menu, métamorphosée en statue blanche, riait, riait, comme elle n’avait jamais ri.
Sans les sapins, la propriété perdait toute sa valeur. » (p. 98)

  • Nombreux personnages secondaires, dont Jake, un jeune garçon juif, cible des moqueries des autres garçons à l’école, Jacques Desjarlais, le notable du village, qui cherche à effacer les racines amérindiennes de sa femme, la Vietnamienne, une résidente de la maison de retraite, qui raconte à Madame Taillefer l’enlèvement de sa fille Charlotte par des pirates, ainsi que Pierre, le boucher, et Madame Toupin, la boulangère, les informateurs de madame Trotte-menu.

« C’était peu avant les vacances d’été. Par un hasard quelconque, je me trouvais tout près d’un groupe de garçons à la récréation du matin. Ils riaient, serrés les uns contre les autres autour de Lucien Bourque qui pérorait, à son habitude. Ils ne me voyaient pas, à deux pas d’eux.
– Ce que je vous dis est vrai. Je ne vous mens pas.
Et Lucien de rire encore plus fort.
[…]
– On a coupé Jake : ça s’appelle la cir-con-ci-sion. Y paraît qu’on le fait à tous les enfants juifs. C’est mon frère, le grand, qui me l’a dit. » (p. 44-45)

« Monsieur Desjarlais désirait par-dessus tout la voir porter un chapeau fleuri comme ceux des Blanches, un beau chapeau de paille enrubanné, piqué de minuscules roses. » (p. 70)

« Le gros bateau arrive. Les pirates rient. Ils leur offrent de l’eau, beaucoup d’eau. Mais il faut payer. Ils ne veulent pas d’argent. Ils veulent… ils veulent la plus jolie fillette. Ils rient, les yeux sur Charlotte. Les autres ne disent rien. Pour ne pas mourir de soif. Les pirates battent ma Vietnamienne. Les autres aussi. On lui arrache sa Charlotte. Sa petite fille de douze ans. Les pirates la lui volent. Le gros bateau repart avec Charlotte. Comme il était venu. La veille de Noël. » (p. 85)

« – Pierre m’a dit qu’on allait saisir les propriétés de ceux qui sont en dettes avec la municipalité. En savez-vous quelque chose, madame Toupin? Si c’est vrai, ça va causer bien des malheurs! » (p. 94)

  • Recueil de huit nouvelles qui met en lumière des personnages en marge des normes sociales, en raison de leur situation (p. ex., handicap, statut social, mode de vie), tout en donnant voix à des individus souvent invisibles dans la société; quelques retours en arrière sous forme de souvenirs d’enfance; thèmes (p. ex., marginalisation, exclusion, oppression, minorité, identité, langue) permettant d’éveiller l’empathie et la réflexion, incitant le lectorat à repenser les stéréotypes et à remettre en question les normes sociales établies.
  • Mise en page aérée; texte réparti en six nouvelles issues de la première édition et deux courts textes supplémentaires, tous titrés; éléments graphiques (p. ex., majuscules, italiques, guillemets, points de suspension) facilitant l’interprétation de l’œuvre; préface au début; biographie de l’auteure, liste de ses œuvres, œuvres en traduction anglaise, études, critiques et comptes-rendus sur son travail et table des matières à la fin; courtes notes indiquant les institutions où l’auteure a enseigné, mention de son prix Champlain pour l’un de ses romans et citation de Pamela Sing en quatrième de couverture.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex, bagne, répudiée, abdiqué, arbousier, rébarbatif) compréhensibles à l’aide du contexte; mots du registre familier (p. ex., M’sieu, C’est c’qu’on fait icitte à soir, c’est pas vot’ genre) et mots anglais (p. ex., blockhead, Christmas, leprechauns, pop) dans les séquences dialoguées, reflétant le langage des personnages.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, exclamative, interrogative, impérative, négative); phrases généralement courtes.

« Je me rends compte maintenant que son air enjoué voilait une âme trop sensible. Que l’absurdité la plus saugrenue masquait le désir d’appartenir, d’être enfin comme les autres. Et moi, et bien moi, je l’aimais précisément parce qu’il n’était pas comme les autres. » (p. 40)

« Granny reprit haleine, refit des yeux le tour de l’assemblée, et reprit, satisfaite :
– Oui, comme on fait ce soir pour notre ami; pour celui qui n’a jamais manqué de nous fournir le nécessaire pour une veillée mortuaire, précise-t-elle en caressant son verre vide. Une goutte, juste une petite goutte, je vous en prie, ajouta-t-elle, pour que je n’aie pas mal à la gorge. C’est que la nuit est fraîche, et je ne suis plus jeune!
On lui versa une bonne dose du whisky du défunt. Elle commença à le siroter doucement, hochant la tête, perdue dans ses pensées. Cherchait-elle son fil d’Ariane? Le chemin à suivre pour que le récit qui s’échafaudait lentement dans sa tête se termine plus finement qu’avec un gros chat noir? Comment savoir? Avec Granny, tout était possible. Mais son public s’impatientait :
– Allons, Granny, on attend. » (p. 58)

  • Nombreux procédés stylistiques (p. ex., personnification, expression imagée, répétition, énumération, métaphore, hyperbole, anaphore, comparaison) qui permettent d’apprécier le style imagé de l’auteure.

« Derrière lui, la forêt murmurait doucement. » (p. 15)

« Ce fut la goutte qui fit déborder le vase. » (p. 37)

« – Tu contes, tu contes, lança-t-elle en direction du farceur qui, pris à son propre jeu, avait rejoint ses amis. » (p. 56)

« Ganté, cravaté, son chapeau melon bien droit sur la tête, il avait grand air. » (p. 71)

« C’est vrai que je n’ai plus tout à fait ma tête. Comme si ça s’était bloqué là-dedans. Parfois un trou de lumière perce le brouillard. Puis, tout s’effiloche. Plus de ciel bleu. Plus de neige qui brille au soleil de chez nous. Rien d’autre qu’une grisaille qui avale tout, gobe tout. Je barbotte dans une pâte gluante. » (p. 76)

« Ça gazouille comme l’eau sous les arbres au printemps. » (p. 77-78).

  • Prédominance de séquences narratives et descriptives qui précisent le temps et le lieu de l’action, et aident à suivre le fil des événements; séquences dialoguées, riches en nuances, permettant de mieux saisir les relations qui existent entre les personnages et d’appréhender, à travers leurs échanges, leurs luttes intérieures pour définir ou accepter leur identité.

« Le vieil homme plongea ses yeux dans ceux de l’enfant qui attendait patiemment, comme quelqu’un qui a l’habitude d’attendre qu’autour de lui on daigne enfin remarquer sa présence. Il prit lentement la petite main blanche dans sa main crevassée. Un drôle de pincement au cœur lui rappela brutalement que c’était la première fois qu’il touchait un être humain depuis… oh, depuis tant d’années… Ils restèrent tous deux ainsi, immobiles, puis le vieillard se gratta un peu la gorge et reprit ses explications :
– Cybèle est une ancienne divinité, une déesse qui vivait autrefois dans les bois. Les hommes la vénéraient comme la Mère de la Terre. Pour son emblème, son drapeau si tu préfères, elle avait choisi l’arbre le plus majestueux de la forêt : le pin. Ma forêt, ici, est surtout une forêt de pins. Puisque tu aimes la forêt, je te nomme tout naturellement Fils de Cybèle. Désormais, ta vraie maison, comme celle de ta mère, c’est la forêt. » (p. 23-24)

« – L’arbre qui saigne, comme tu dis, est un arbousier. Il pousse le long de la côte, au bord de la mer ou au milieu d’une éclaircie, dans la forêt. Comme tu vois, son tronc et ses branches sont tout tordus.
– Parce qu’on l’a battu?
Le vieil homme sourit.
– C’est le vent et les tempêtes qui le malmènent. C’est pour ça qu’il est rarement droit et que ses branches ressemblent à des jambes torses.
– Comme les miennes. » (p. 28)

Référent(s) culturel(s)

  • Allusions aux Amérindiens de l’ouest du Canada.
  • Référence aux chants de Noël traditionnels du Canada français.
  • Référence à l’identité des francophones de l’Ouest, qui cherchent à être reconnus pour leur origine propre.

Pistes d'exploitation

  • Dans la préface du recueil (p. 9), Pamela V. Sing écrit : « […] l’auteure a toujours mis en scène des personnages marginalisés en raison de leur statut social, économique, de leur sexe, de leur race ou de leur âge. » Proposez aux élèves, réunis en dyades, de trouver des exemples tirés des nouvelles du recueil pour illustrer cette affirmation. Animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leur travail au groupe-classe.
  • Animer une discussion à partir de la question suivante : Quelle est, selon vous, l’importance des relations intergénérationnelles et de la transmission des valeurs et des savoirs dans les sociétés contemporaines?
  • Suggérer aux élèves, réunis en dyades, de rédiger un court texte qui pourrait être ajouté au recueil, mettant en scène un personnage marginalisé (p. ex., un sans-abri, une personne malade, un immigrant). Former des équipes, puis demander aux élèves de présenter leur texte aux membres de leur groupe.

Conseils d'utilisation

  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans le recueil, notamment l’exclusion, les handicaps physiques et mentaux, les cultures marginales, le racisme.
  • Inciter les élèves à lire d’autres œuvres qui abordent le thème de l’identité, telles que L’écureuil noir, Sans bon sang et Le soleil du lac qui se couche, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Les accents.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Série : Imaginons une école pour tous, divers épisodes.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Vivre avec une déficience.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Toronto, ville accessible? Ma journée en fauteuil roulant.