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Mensonges

Violette et Parmélie. La plus jeune dépasse la plus vieille d’une bonne tête. Violette a douze ans et Parmélie quatre-vingt-deux. Violette a perdu ses parents, Parmélie perd tous les siens, ils s’effacent les uns après les autres. Il lui reste Violette, son arrière-petite-fille qui n’a plus qu’elle au monde.

Le temps presse pour que Parmélie résolve l’énigme que renfermait le testament de son père, le boucher de Sainte-Marie. Que veut donc dire cette phrase codée que contenait son ultime clause : « Et pour le reste, IOEL FR ZNCCHH »? Et si ce « reste » était une fortune qui permettrait à Parmélie de savoir que Violette sera à l’abri du besoin, au moins jusqu’à ce qu’elle soit assez vieille pour gagner sa vie?

Mais il arrive que les trésors que nous lèguent nos parents aient leur part d’inavouable. Et il est des choses qu’on ne peut révéler, même à nos arrière-petits-enfants.

C’est ainsi que, à quatre-vingt-deux ans, on se met à raconter des mensonges.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Deux personnages principaux entre lesquels règne une forte complicité, Violette Paulin, jeune fille de 12 ans vivant le deuil de ses parents et prise en charge par son arrière-grand-mère, et Parmélie « Mine » Paulin, âgée de 82 ans, s’occupant de son arrière-petite-fille et cherchant à élucider le mystère entourant le testament de son père. 

« C’est elle, la vieille Parmélie Paulin, qui servira désormais de père et de mère à Violette, c’est elle qui remplacera Rose et Léo, disparus avec leur petit voilier il y a déjà dix jours au large de l’île aux Grues et retrouvés sur les battures de Montmagny. Violette a perdu ses parents, Parmélie a perdu son petit-fils, Parmélie perd tous les siens, ils s’effacent les uns après les autres. Il lui reste Violette, son arrière-petite-fille qui n’a plus qu’elle au monde. » (p. 11)

« Parmélie avait décidé de se remettre sérieusement à la recherche de cette part d’héritage dont elle n’avait jamais percé le secret. Pour y parvenir, il lui fallait découvrir la signification d’un assemblage de lettres inscrit à la fin du testament de son père, Félix Manseau, boucher, et mort depuis longtemps. « IOEL FR ZNCCHH », disait le message qu’à force d’en avoir cherché le sens elle connaissait par cœur. » (p. 34)

« Entre fureur et désarroi, Violette se vit tout à coup comme le seul arbre d’une île, frappé subitement par les vents, ployant sous la tempête, sans espoir d’accalmie. À douze ans, elle partageait depuis deux ans et demi la vie d’une vieille dame fragile malgré les apparences, elle sentait fondre sur elle le poids d’une responsabilité dont elle ne voulait pas. Du fond de son cœur, elle appelait Rose et Léo, en manque de parents comme jamais, déboussolée. […] À cause des menteries de Parmélie, sa vie flottait bizarrement, elle cherchait le cap sans le trouver, sans cartes ni sextant, sans bouées, sans balises, sans autres parents qu’une vieille menteuse. » (p. 184)

  • Personnages secondaires variés, parmi lesquels Émile, tendre ami d’enfance de Violette, doué en déchiffrage de codes et activement impliqué dans la résolution de l’énigme du testament de Félix Manseau, Lionel et Ursule, amis proches de Parmélie et Violette, révélant à cette dernière la clef finale du mystère tant étudié, Olympe Michon, voisine de Parmélie, lui offrant à l’occasion son aide, notamment pour s’occuper de Violette lorsque son arrière-grand-mère doit être hospitalisée; autres personnages secondaires dans les retours en arrière, Vautour, chef d’un réseau important de contrebande d’alcool vers les États-Unis effectuant son dernier voyage pour livrer la marchandise, et dont l’identité comme père de Parmélie est révélée à la fin de l’histoire, et Poinçon, son associé et seul ami. 

« Violette haussa les épaules. Émile décodait tous les messages et il en inventait même, des codes. Il ne lisait pas seulement entre les lignes, il lisait aussi entre les lettres, dans les espaces et sous les virgules. Pas une seconde elle ne mit en doute l’immense talent de son ami d’enfance, son presque frère, son Émile à elle. » (p. 23)

« L’esprit à la dérive, Parmélie pensait à tout et à n’importe quoi […] Lionel! Elle espéra qu’il aurait téléphoné à la maison, c’était pour Violette une sorte de grand-père, et Ursule une grand-mère de rechange. » (p. 50)

« Mme Michon s’affairait bruyamment dans la cuisine. Violette avait faim, mais redoutait l’instant où elle devrait subir le caquetage de la voisine, sorte de char d’assaut de la conversation. » (p. 59-60)

« – Vautour faisait fabriquer du whisky dans des cabanes à sucre de la région et même plus loin. Ce whisky-là s’en allait aux États-Unis par plusieurs points de passage à la frontière du Maine. Il y a toute une légende qui s’est bâtie autour de lui. » (p. 203)

« – Je te l’ai dit, Poinçon travaillait pour Vautour. C’était son bras droit, si tu veux. Donc, il était le second d’un énorme réseau de contrebande. La plupart du temps, c’est lui qui transportait ou faisait transporter la marchandise. » (p. 204)

  • Roman captivant dont l’intrigue s’organise autour de la résolution de l’énigme d’un testament; nombreux retours en arrière présentant le dernier voyage de Vautour en 1932 et contribuant à la création de suspense au fur et à mesure que s’éclaircit l’énigme dans l’intrigue principale; thèmes exploités (p. ex., relations familiales, intergénérationnelles et amicales, mensonge, contrebande, mort) permettant au lectorat de tisser des liens entre l’œuvre et son vécu.
  • Mise en page simple; prologue suivi de deux chapitres dont les titres précisent le temps où se déroule l’action; séquences de l’intrigue de 2012 et de celle de 1932 précédées chaque fois d’une date et d’un lieu; emploi d’italiques pour faire ressortir certains mots chargés de sens, créer des contrastes entre les idées, préciser des dates et des lieux, présenter des extraits de titres, des paroles de chansons, le contenu de documents, et distinguer des mots anglais; symboles de trois étoiles encadrant des bribes de conversation entre Violette et Parmélie; dédicace et deux citations au début du livre; remerciements de l’auteure à la fin.

Langue

  • Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; certains mots familiers et régionalismes (p. ex., bec, flanquer, brasser) dans les séquences dialoguées ou dans le discours indirect libre, reflétant le milieu culturel québécois dans lequel évoluent les personnages; vocabulaire technique relié à la monnaie et au décryptage (p. ex., coupures libellées, cote GUnc, Choice uncirculated, Gem uncirculated, plis, numismate, chiffres à clé, chiffre de Vigenère) rendant plus crédibles les recherches qu’effectuent les personnages.
  • Nombreuses phrases courtes et elliptiques traduisant les émotions des personnages; emploi du présent de la narration dans les retours en arrière se déroulant en 1932, contribuant à la création de suspense.« Noir total. Aucun souvenir. Même pas des sirènes de l’ambulance. Le vide. Un gouffre dans la vie. » (p. 54)« Vautour se cramponne à son volant, inspire à fond, il accélère, le camion bondit en avant. Vautour sent ses lèvres et ses mains se tordre, il a du mal à respirer, il manque d’air, il étouffe. Sa vision s’étrécit, il fait de plus en plus noir, et sur la route et dans le camion. S’il s’arrête maintenant, le monstre va l’écraser, le broyer, l’avaler tout cru… » (p. 110)

« Le cœur de Vautour bat trop fort, mais ses mains ne tremblent pas. Il replace l’oreiller, marche à grands pas vers la petite porte, sort en vitesse et referme derrière lui. Tant pis pour l’argent. Il fait démarrer le moteur à grands coups de manivelle, saute dans son camion, contourne le hangar et reprend la route. » (p. 142-143)

« Tout basculait… Un naufrage intérieur, le cœur à la dérive, de mystère en mystère. » (p. 191-192)

  • Procédés stylistiques (p. ex., énumération, personnification, hyperbole, comparaison, répétition, anaphore) rendant imagés les lieux et personnages évoqués.« Un pic s’acharne sur la grande croix de fer rouillé, les chardonnerets chantent dans la brume, les merles aussi, et des geais bleus. » (p. 12)« Les branches des saules frissonnent dans le vent du matin, le soleil s’y fraie un chemin, la brume se lève. » (p. 13) 

« La plus jeune de ses filles toussait à s’en défoncer les poumons, elle avait pleuré une bonne partie de la nuit malgré les soins de la bonne. » (p. 28)

« Les yeux fous, frémissant comme un peuplier sous le vent, elle resta blottie contre Parmélie qui, doucement, la mena à sa propre chambre. » (p. 40)

« Paralysée par la peur de ne jamais revoir vivante sa Mine si menue, si fragile, si précieuse, Violette n’arrivait pas à pleurer. Non, Mine n’allait pas mourir, Mine ne pouvait pas mourir, Mine ne devait pas mourir. » (p. 44)

  • Séquences narratives caractérisées par un usage fréquent des discours direct et indirect libre traduisant les doutes et profondes inquiétudes des personnages dans leur quête de la vérité; séquences dialoguées abondantes contribuant à la vraisemblance des personnages et des relations qui existent entre eux.« Pourquoi est-ce que je lui ai dit une chose pareille? réfléchit Parmélie, fâchée contre elle-même. Parce que je suis vieille, et pas assez bête pour croire que je vivrai jusqu’à cent vingt ans, parce que j’ai atteint un âge où on peut s’éteindre d’un coup, parce qu’il me reste une mystérieuse part d’héritage à découvrir et que je ne peux pas en priver Violette, parce que Violette n’a plus que moi au monde. Et que si je n’arrive pas à déchiffrer ce fichu message, qui pourra le faire à ma place? » (p. 34)

« – Je suis rentrée tôt, répondit Violette, la voix tendue, parce que l’école a décidé de nous renvoyer à la maison à cause du vent. Tu me fais peur, Mine! L’autre jour, je te trouve sur le plancher de la cuisine, ensuite endormie dans le salon comme une morte, et là…
– Et là…? Tu as pensé qu’on m’avait enlevée? dit Parmélie, moqueuse.
Violette haussa les épaules.
– Viens, Bibiche, je vais tout t’expliquer. » (p. 118-119)

« Est-ce que je devrais me réjouir? se demandait Parmélie. Autant j’ai été obsédée par le message du testament, autant je le suis maintenant par cette nouvelle fortune. Et j’invente encore des histoires. C’est en moi que Violette a placé sa confiance, c’est sur moi qu’elle compte. Je suis son unique famille, son point de repère et sa complice aussi. Et je lui mens. Pourquoi? » (p. 175)

« En le voyant arriver, Poinçon ne fait pas de commentaire.
– Nouveau camion?
– Nouveau camion, les barils perdus, Mordincale assassiné, j’arrête. On raye Rivière-Bleue de la carte. Je te laisse tout le réseau. Quand le point sera reconstruit, tu travailleras avec ceux d’Estcourt.
Poinçon hoche la tête. Puis, avec ce qui veut ressembler à un sourire, il pose ses deux grandes mains sur les épaules de celui qui s’appelait Vautour.
– Je verrai ça. Rentre chez toi, Vautour.
– Il n’y a plus de Vautour.
– Rentre chez toi. On en reparlera plus tard. » (p. 180)

Référent(s) culturel(s)

  • Référence à des auteurs de la francophonie internationale (p. ex., Lewis Trondheim, France Daigle) ainsi qu’à des magazines français (p. ex., Paris Match, L’actualité).
  • Allusion à des artistes québécois (p. ex., madame Travers, chanteuse connue sous le nom de La Bolduc).
  • Mention d’événements et de phénomènes des contextes culturel et historique canadiens (p. ex, contrebande d’alcool, prohibition, bataille de Saint-Pierre).
  • Mention de villes situées au Québec (p. ex., Montmagny, La Pocatière, Saint-Denis, Sainte-Marie, Rivière-Bleue).

Pistes d'exploitation

  • Suggérer aux élèves, réunis en équipes, d’effectuer une recherche sur la contrebande d’alcool au Québec ou sur l’évolution de la monnaie canadienne. Les inviter à présenter le fruit de leur recherche au groupe-classe à l’aide d’appuis visuels.
  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de rédiger un court retour en arrière ayant eu lieu après le 6 novembre 1932, pour montrer ce qu’est devenu Félix Manseau après avoir cédé son réseau de contrebande d’alcool à Poinçon. Exiger qu’ils emploient le présent de la narration dans leur texte. Les inviter à lire leur texte au groupe-classe.
  • Animer une discussion portant sur les questions suivantes : Violette aurait-elle dû dévoiler toute la vérité à Parmélie au sujet de Félix Manseau? Un mensonge peut-il être excusé ou justifié? Si oui, pour quelles raisons et dans quelles circonstances ou situations? Sinon, pour quelles raisons?
  • Former six équipes. Leur demander d’inventer un système de codage pour ensuite créer un court message destiné au groupe-classe. Leur suggérer de s’inspirer de types de méthodes de codage et de cryptage découvertes à l’aide de recherches en ligne. Par la suite, jumeler les équipes, puis demander à chaque groupe d’essayer, dans un temps limité, de décoder le message de leur équipe partenaire.

Conseils d'utilisation

  • Avant la lecture, prévenir les élèves quant aux références à la mort et à la perte d’un être cher dans l’œuvre. Demeurer sensible aux élèves qui vivent un décès dans leur famille et chez qui certains extraits de l’œuvre pourraient susciter des réactions.
  • Inviter les élèves à explorer d’autres œuvres traitant des thèmes de la contrebande et de l’héritage familial, telles que Zone et Nanuktalva, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Côté théâtre, Zone.
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 7e à 12e année, Série : On n’est pas que des cobayes, Mission déchiffrer les messages codés.