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Anatomie de la fiche Anatomie interactive
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2Les yeux de l’exil

Les yeux de l'exil comporte deux séries de nouvelles. Les cinq premières ont été écrites en France au hasard des rivages méditerranéens, des villes portuaires et des rencontres avec des émigrés en transit. Errance, douleur et bonheur s'y conjuguent au détour d'une vie.

Les sept suivantes, écrites de retour au Canada, peuvent se lire comme un cercle de vie. Elles portent les traces des craintes qui hantent l'être qui se construit, de la personne en devenir. De l'asphalte nord-américain au continent africain, les mots s'étirent sur les doutes et la douleur que comporte la quête du repos.

Avec une sensibilité touchante, Aurélie Resch nous conduit sur les routes de quatre continents à la découverte de multiples identités culturelles.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

3 À propos du livre

Contenu

  • Personnages différents dans chaque nouvelle; jeunes filles, femmes et enfants souvent mis en vedette.

    « Celui de la condamnée à mort. À vivre jusqu’à la fin de ses jours avec un homme qu’elle ne connaît pas, et qui à coup sûr pourrait être son père. […] En cet instant, dans mon corps tout juste épanoui, je me demandais s'il n'avait jamais été habité; si je n'avais jamais vraiment vécu. Non pas que je fusse malheureuse ou désespérée, non, j'étais juste là, sans y être. À seize ans. » (p. 18)

    « Je défis mon chignon et mes cheveux retombèrent souplement sur mes épaules. Moi qui étais si fière de cette masse brune soyeuse, je me demandais aujourd’hui à quoi bon, si personne n’était là pour la regarder, pour y passer une main… » (p. 36)

    « J’ai quatre ans et je suis muette. Enfin, je puis m’exprimer, mais la voix est absente. » (p. 53)
     

  • Selon la nouvelle, narratrice ou narrateur parfois omniscient, souvent participant et quelquefois témoin.

    « Je me souviens, j’avais seize ans. Je me trouvais dans le salon rouge, où toutes piaillaient et s’agitaient en tous sens à cause d’un événement exceptionnel, un mariage… Le mien, qui plus est. Je l’avais appris – pardon, on me l’avait annoncé – la veille au soir, alors que j’attendais que les aînés finissent leur repas pour commencer le mien. » (p. 17)

    « Elle se rappela alors son arrivée ici, dans ce nouveau monde, cette nouvelle vie, et des images lui revinrent en mémoire. Celles d’un long séjour en train, où il avait fallu faire plusieurs arrêts, plusieurs changements, avec l’appréhension chaque fois de se tromper, d’être perdue, abandonnée, de se faire voler, de tout perdre; la fatigue de l’immersion dans un univers étrange, hostile et bruyant; le bouleversement du changement de culture, de climat et d’horaire; la difficulté d’être seule, et d’être une femme, en transit, ne sachant pas parler la langue, n’étant pas habituée aux us et coutumes locaux; la crainte de l’avenir, de la vie à venir… » (p. 45)

    « Une femme enceinte s’est retrouvée par terre et s’est mise à se plaindre de contractions. Ma voisine d’en face, une petite dame âgée et toute frêle, m’est tombée dessus avant de glisser à terre. Il y eut des ho! et des ha! Et beaucoup d’émoi. » (p. 64)

Langue

  • Registre de langue habituellement courant; vocabulaire parfois recherché, soutenu, voire poétique.

    « Malgré cet agacement, la nonchalance que procurent la chaleur étouffante intra-muros et le fatalisme des gens de la mer coulait dans mes veines; elle m’amena à me détourner de ce manège écœurant et à poursuivre mon chemin. » (p. 13)

    « …et puis c’est tout à coup le bleu du ciel et les olympes de nuages. L’air y est frais et le silence minéral. […] L’arbre me tourne le dos, muet. Traître. Le ciel fait l’innocent. » (p. 61-62)
     

  • Figures de style variées (p. ex., comparaison, gradation, métaphore) et éléments syntaxiques (p. ex., phrase interrogative) traduisant les états d’âme des personnages.

    « Être détachée du monstre et le regarder derrière ma fenêtre comme un poisson dans un aquarium m’était devenu pénible. » (p. 12)

    « …mes amis se mariaient, devenaient parents, changeaient de job, de conjoint, divorçaient… » (p. 38)

    « Les yeux dans les étoiles, je suis déjà repartie vers d’autres cieux, à bord de ce condor métallique. » (p. 40)

    « Comment serait la vie à quatre, à la maison? Les aimerait-elle? L’aimeraient-elles? » (p. 45)
     

  • Nombreuses descriptions de gestes, de sensations et de lieux contribuant à créer une atmosphère particulière et à transmettre la charge émotive liée aux souvenirs évoqués.

    « Je me retrouvai donc dans ce selon rouge avec toutes ces femmes, dodues, lourdes, odorantes, peintes et drapées, massées autour de moi, à rire, bavarder, me toucher et manger de leurs doigts bleus les quelques dattes trônant sur la petite table basse en bois d’acajou. » (p. 18-19)

    « Elle s’en souvenait très bien car les mômes couraient sur les trottoirs et dans les rues avec leurs gros cartables carrés et leurs collants de laine ou pantalons à côtes (déjà), et qu’elle s’était dit qu’il faudrait aussi inscrire la petite, tâcher de lui trouver une place dans un établissement. » (p. 41)

    « Le cimetière Mount Pleasant est un très bel endroit. Il faut s’imaginer un parc vert qui se teinte de pourpre et d’or en automne et se vêt d’un manteau blanc en hiver, couronné de hautes tours de verre, à l’intérieur duquel on peut presque oublier le flot de la circulation et les rugissements des sirènes des ambulances. » (p. 53)

Référent(s) culturel(s)

  • Quelques allusions à des lieux et à des artistes associés à la culture française (p. ex., France, Paris, Côte d’Ivoire, Sénégal, Brassens).

Pistes d'exploitation

  • Suggérer aux élèves d’explorer le sens du mot « exil » en relevant les champs lexicaux y afférents dans différentes nouvelles.
  • Demander aux élèves de comparer la situation de différents personnages vivant en exil (p. ex., d’analyser leur état d’âme et leur comportement face à la vie, à la solitude, aux relations avec les autres ainsi qu’à leur condition d’exilés).
  • Après la lecture, demander aux élèves de produire une nouvelle illustration pour la page couverture de l’œuvre en tenant compte de la quête vers nulle part et de la quête de l’abandon de soi.
  • Le cas échéant, inviter les élèves nouveaux arrivants à parler de leur expérience d’immigration au Canada.

Conseils d'utilisation

  • Avant la lecture du recueil, enseigner les caractéristiques de la nouvelle littéraire et choisir l’une des nouvelles comme modèle d’étude collective.
  • Avant la lecture du recueil, aborder certains sujets délicats dont il est question dans l’œuvre (p. ex., suicide, racisme, guerres civiles au Rwanda et au Kosovo).
  • Lire avec les élèves certaines nouvelles plus abstraites (p. ex., Sotto voce) afin de les aider à réfléchir sur les concepts d’abandon de soi et de souffrance intérieure.