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Les Voyageurs malgré eux

Dans une Nord-Amérique différente de la nôtre, il ne reste que trois zones francophones : la Louisiane, l'Enclave de Montréal et le mythique Royaume des Sags.

Prise dans l'engrenage hallucinant d'une réalité qui correspond de moins en moins à ses souvenirs, Catherine Rhymer, une jeune Franco-Québécoise, tente de comprendre pourquoi tout se déglingue autour d'elle.

Associée bien malgré elle à un groupe révolutionnaire, Catherine doit fuir l'Enclave. Au bout d'un voyage mouvementé qui comportera un arrêt à Quebec-City, elle aboutira chez les Sags et découvrira cet incroyable royaume francophone fermé sur lui-même. Mais, plus étrange encore, il y a ce qui se passe au-delà, dans le Grand Nord. Cette fois, la réalité de Catherine basculera pour de bon...

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Roman de science-fiction se déroulant dans une Amérique du Nord contemporaine réinventée, où des mondes parallèles s’entrecroisent et où les rêves se mêlent à la réalité.

    « Voilà un cauchemar, un vrai : ne plus savoir où est la réalité. Le rêve qu’elle venait de faire se rangeait dans la même catégorie : il avait les mêmes caractéristiques, parfaite netteté, certitude absolue d’être éveillée – logique d’une absurdité totale. » (p. 008)

    « Pour éviter une conversation, elle ouvrit en hâte le volume qu’elle avait sorti, à la table des matières. La colonisation : premiers arrivants… peuples colonisateurs… les Français… le peuple britannique… les tribus amérindiennes… Non. La Conquête… Peut-être. L’émigration en Louisiane… La guerre de Vingt Ans… Traité d’York… Le nouveau Canada… Province de l’Est… de l’Ouest… Rien sur le Nord. Mais le Nord est-il canadien, au fait? » (p. 066)

    « Il existe une autre dimension du monde, et elle y est tombée par accident. Elle a été transformée, mais pas assez: elle n’appartient plus à son monde d’origine, mais elle n’est pas non plus de ce monde-ci – qui lui ressemble mais en est distinct… » (p. 377)

    « …les Fortin, et tous les gens comme eux à Montréal, à Québec, dont elle se souvenait si exactement, comment pouvaient-ils exister dans le même univers que des visions, des rêves, des Divinités Endormies et des Enfants amnésiques? » (p. 381)
     

  • Un personnage principal, Catherine Rhymer, jeune femme troublée par d’étranges rêves et trous de mémoire et mêlée malgré elle à une intrigue mettant sa vie en péril; personnage complexe présenté sous deux formes, soit la Catherine de la réalité et la Catherine des visions.

    « J’ai des visions, Sarah. C’est normal, je sais, mais les miennes… y a-t-il des visions anormales? […]
    – J’avais oublié des détails de procédure, au Collège, à la bibliothèque. Et puis, des choses que tout le monde sait, on m’en parle, et tout d’un coup je me rends compte que ça ne me dit rien. Ensuite, ça me revient. Comme pour la vision. Je me suis rappelé tout d’un coup que c’était normal d’avoir des visions. Mais en même temps… je continue à trouver ça… bizarre que ce soit normal. » (p. 081-082)

    « La voiture continuait sur Brampton, direction sud, sud-est même, allait-elle soudain se retrouver capable d’utiliser à volonté les capacités pigeonnières de son alter ego? Avec un petit sursaut intérieur, elle se rendit compte que l’expression lui était venue de façon routinière, une idée maintenant familière. Un "autre moi". Décidément, elle collectionnait les étiquettes de la pathologie mentale : paranoïa, schizophrénie, hystérie, dédoublement de personnalité, et quoi encore? » (p. 225)

    « Mais il y a eu comme un raté, un hoquet dans ce rêve au moment où elle a vu son visage à la surface miroitante de l’eau. C’est d’être étonnée, peut-être, qui l’a éloignée ainsi en observatrice dans son propre rêve? Le visage était le sien, mais jeune, guère plus de vingt ans, bien plus dur et anguleux que le sien ne l’a jamais été. D’ailleurs, le corps mince et musclé qui est assis là-bas au bord de la fontaine, vêtu d’une courte tunique rouge sans manches serrée à la taille, n’a jamais été le sien. Mais d’une façon ou d’une autre, c’est elle, elle est en contact avec cette jeune Catherine-du-rêve, elle ressent une partie de ses émotions, elle devine une partie de ses pensées – mais par bouffées, comme si un vent invisible et contraire s’obstinait à souffler en bourrasque pour les effacer. » (p. 236)
     

  • Personnages secondaires issus du monde réel ou du monde des visions (p. ex., Joanne Nasiwi, Athana, Christine, Antoine, Charles-Henri) pivotant autour de Catherine et cherchant à travers elle la vérité et un sens à leur existence.

    « L’horrible impression de solitude éprouvée au début de la soirée avait presque disparu : c’étaient ses amis malgré tout, même s’ils ne comprenaient pas très bien; ils essaieraient de l’aider, elle en était sûre; tous ensemble, ils essaieraient au moins d’élucider ce qui pouvait l’être. » (p. 183)

    « Mais cela fait évidemment partie, pour Antoine, d’une vaste entreprise de manipulation et de contrôle social initiée par le gouvernement.
    Et c’est pour cela que Joanne Nasiwi voudrait me recruter, parce que mes visions "hors norme" font de moi de facto une adversaire de l’ordre établi? Eh bien, je ne porte pas l’actuel ordre canadien dans mon cœur, mais c’est quand même absurde! » (p. 189)
     

  • Narratrice omnisciente dans l’ensemble de l’œuvre tant dans le présent de la narration que dans les longues séquences évoquant les pensées, les rêves et les visions de Catherine.

    « Une gifle de vent glacé vint ramener Catherine à elle. Elle repartit dans Montcalm d’un pas hésitant puis plus rapide, le bonnet à la main. Une autre vision? […] Toujours plus perplexe que désemparée, elle arriva à sa porte et gravit les marches raides. » (p. 110)

    « C’est tiède, c’est salé, c’est rouge, ça lui remplit la bouche, le nez, les yeux, elle est en train de se noyer. Elle agite les bras et les jambes dans la pénombre rosâtre, ses pieds heurtent le fond, un nuage visqueux l’enveloppe mais elle remonte, elle crève la pellicule des eaux. La gorge pleine de flegme salé, elle entrevoit une plage, puis la vague se défait, l’aplatit sur le sable. » (p. 149)
     

  • Éléments fantastiques et théorie créationniste du monde particuliers au genre de la science-fiction.

    « L’essentiel, c’est "le Pont", comme disaient les Marrus.
    La machine qui transfère les gens d’un univers à l’autre. » (p. 237)

    « C’est le Verbe, n’est-ce pas, qui est censé avoir créé le monde? Ou du moins, dans d’autres religions que celle du Nord. Qu’essayait de dire Manesch? Que le Nord – ou le Sud – n’était qu’un assemblage de mots? Des mots dits en rêve par une Divinité qui dormait, et quand Elle se réveillerait, les mots s’effaceraient et la vraie réalité apparaîtrait? » (p. 422)

    « "Nous avons développé un contrôle extrêmement précis de tout le processus. Une seconde nature, peut-on dire."
    Charles-Henri murmura, d’une voix altérée : "Vous avez créé le monde. Vous êtes les Enfants."
    Le vieil homme eut un petit sourire en biais : "Eh bien, oui." » (p. 499)

    « C’est ainsi que se créent les êtres, les consciences : par assimilation et intégration de ce qui était là auparavant, la chair et les idées, par détachement et recréations successives, une chaîne qui n’a ni commencement ni fin. » (p. 531)
     

  • Utilisation de l’italique pour indiquer les sauts de la réalité aux rêves et illusions ou encore les notes que Catherine écrit dans son journal personnel.

    « Une voix derrière elle, déclare avec autorité : "Il faut aller plus loin."
    Deux mains dans son dos, qui la poussent, elle tombe dans le lac.
    Et elle est dans son lit, dans sa chambre, dans sa maison, mais pas réveillée : basculée sans transition dans le rêve des Hyperceptions. » (p. 116)

    « 26 décembre.
    Presque trois heures du matin, mal de tête lancinant, lucidité presque aussi douloureuse. L’ordinateur de Dominique est dans sa chambre, impossible de l’utiliser à cette heure-ci pour mettre mon journal à jour, seulement quelques feuilles de papier dans mon sac, résumons. » (p. 185)

Langue

  • Registre soutenu dans l’ensemble de l’œuvre; vocabulaire souvent difficile dans l’exploration d’idées abstraites propres à l’univers de la science-fiction.

    « …lut de nouveau à haute voix : "C’est toujours dans la fragmentation que se donne à lire l’incommensurable totalité. Aussi est-ce toujours par rapport à une totalité controuvée que nous abordons le fragment; celui-ci figurant chaque fois cette totalité dans sa partie reçue, proclamée, et en même temps par sa contestation renouvelée de l’origine, devenant, en se substituant à elle, soi-même origine de toute origine possible, décelable." » (p. 283-284)

    « La conscience se diffusait dans l’ensemble du nuage particulaire, mais elle tend maintenant à se condenser ici et là en formations passagères. L’orientation de cette proto-conscience a changé aussi, elle n’est plus centrifuge mais centripète, elle se tient aux alentours de la planète centrale. » (p. 529)
     

  • Descriptions détaillées favorisant une meilleure compréhension du temps, des lieux, des personnages et des émotions ressenties par Catherine, tant dans le monde réel que dans ses visions et ses rêves.

    « Ce matin, dans la pénombre hivernale, on n’en voyait presque rien; seule la blancheur de la neige dessinait les branches de l’érable nain et le petit pin argenté n’était reconnaissable qu’à sa silhouette. Pas encore eu le temps de secouer tout ça pour mettre les décorations de Noël, il serait temps, c’est si joli, la nuit, toutes ces couleurs, ce luxe enfantin sur le noir et blanc de l’hiver. » (p. 009-010)

    « Elle s’arrêta pourtant devant une vitrine occupée tout entière par un village en miniature, avec un peu à l’écart l’étable et la crèche. C’était un travail de qualité, figurines et maisonnettes toutes en bois sculpté sans doute à la main, et peintes de couleurs vives et harmonieuses à la fois. La neige blanche n’était pas faite de grossiers morceaux de ouate, mais d’un matériau en poudre qui imitait mieux le moelleux scintillant de la neige fraîchement tombée. Les petites ampoules… » (p. 078)

    « Elle tend la main vers la surface de l’eau, se ravise : au fond de la vasque, un mouvement furtif a attiré son attention. Elle se penche pour essayer de voir les énormes carpes centenaires dont ils lui ont parlé, mais c’est son image qui la regarde, découpée sur le reflet inversé du ciel.
    Elle se voit. Catherine se voit. De loin, Catherine voit une jeune femme assise au bord de la fontaine, celle qui a vu son visage un instant plus tôt dans l’eau. Non, c’est elle qui a vu son propre visage, elle rêve qu’elle se voit dans un jardin protégé par un dôme, sur un sommet sans doute himalayen. » (p. 235-236)
     

  • Nombreux procédés stylistiques (p. ex., phrase nominale, énumération, accumulation de renseignements, comparaison, métaphore, phrase complexe) ajoutant, selon le cas, rythme, style, longueur ou complexité au texte.

    « Pas une nuance pour indiquer une éventuelle profondeur de champ, une distance, un horizon. Aucune odeur, aucune saveur. Aucun son, pas même le léger sifflement du silence dans les oreilles. » (p. 001)

    « Le moteur s’emballe, les roues patinent, on change de direction, d’autres crépitements plus secs et plus rapprochés, mitraillettes ou fusils-mitrailleurs, une autre vitre vole en éclats, odeur incongrue de cognac, la bouteille de Joanne a explosé, rugissements en reprise du moteur, on dérape, on se reprend, on tangue dans la neige mais on avance. » (p. 248)

    « Si peu de temps, et c’était comme un gouffre infranchissable qui la séparait de son ancienne vie. » (p. 335)

    « Simon, c’est toujours le genre tempête sous un crâne. » (p. 341)

    « Ses créations humaines ont en quelque sorte sucé le mythe personnel de l’entité avec le lait bleu de leur génitrice : la Divinité endormie qui a créé le monde dans son sommeil, les Enfants qui doivent la réveiller pour lui donner son nom et alors le monde existera pour de bon. » (p. 528)

Référent(s) culturel(s)

  • Quelques référents précis à la francophonie des Amériques (p. ex., Montréal, Université McGill, Biodôme, Nelligan, Gerry Boulet, Québec, colonisation française, Conquête britannique, Louisiane) et quelques référents historiques réinventés.

Pistes d'exploitation

  • Utiliser certains extraits choisis de l’œuvre pour appuyer une réflexion sur un Canada qui évolue différemment, en vue d’amener les élèves à rédiger leur propre vision de ce « nouveau » Canada.
  • Animer une discussion autour de la thématique de la survie de la langue et de la culture françaises en Amérique du Nord.
  • Inviter les élèves à refaire la carte géopolitique du Canada et de l’Amérique du Nord telle que suggérée dans ce roman.
  • Proposer une discussion sur le sujet suivant : Est-il possible, voire désirable, que dans une œuvre de création (p. ex., littérature, peinture) les questions posées soient plus importantes que les réponses données?

Conseils d'utilisation

  • À cause de la complexité de l’histoire racontée (p. ex., le domaine de la philosophie où l’on remet en question notre conception du monde), suggérer la lecture de ce roman aux lecteurs et lectrices possédant une certaine maturité.
  • Proposer une lecture coopérative du roman en assignant à chaque groupe d’élèves une section du roman.