Contenu
- Personnage principal et narrateur, l’auteur, qui raconte avec humour les anecdotes de son enfance à Sainte-Justine, un petit village au Québec, dans les années 40.
« Un matin, je trouvai, près de mon lit, mes souliers avec des semelles neuves, faites d’un beau cuir luisant; les talons éculés avaient été remplacés; mes souliers étaient devenus neufs.
– Qui est-ce qui a fait ça? criai-je en déboulant l’escalier. Mes souliers sont plus beaux que quand ils étaient neufs!
– Tes souliers étaient si usés que c’en était un déshonneur, dit ma mère, qui faisait manger à la cuiller un petit frère. Je suis allée les porter chez le nouveau cordonnier, hier soir, pendant que tu dormais. » (p. 14)
« – Comment le douanier a pu savoir que l’homme avait traversé la frontière avec des cigarettes?
– Le douanier a une machine à détecter tout ce qui est américain.
Lapin et moi ne parlions pas. Mais nous pensions à la même chose. Apporter au village des cigarettes américaines, c’était une faute punie par la loi; apporter au village des truites pêchées dans le lac des Américains, ça devait être semblablement une faute punie par la loi. […]
Lapin fourra le paquet de truites sous son chandail et nous sautâmes sur le trottoir en empruntant l’assurance de ceux qui n’ont rien à se reprocher. Avec nos truites cachées sous son chandail, Lapin avait une poitrine aussi grosse que celle de Pierrette. » (p. 28)
- Nombreux personnages secondaires assez colorés, dont certains se retrouvent dans plusieurs contes, notamment le père et la mère de l’auteur, ainsi que son ami Lapin.
« Après ma première journée d’école, je rentrai en courant à la maison, mon livre de lecture au bout du bras :
– Maman, j’ai appris à lire! annonçai-je.
– C’est une journée importante répondit-elle; je veux que ton père soit là pour voir.
[…]
– Ton garçon a appris à lire aujourd’hui, lui proclama ma mère, aussi fébrile que je l’étais, à travers la porte moustiquaire.
– Eh ben! dit mon père, les choses se font vite de nos jours. Betôt, mon garçon, tu vas pouvoir faire comme moé, lire le journal à l’envers en dormant! » (p. 7)
« – Nous n’avons pas le droit, me dit-il, ce lac-là est aux Américains, mais les truites sont longues comme ça, soupira mon ami Lapin, pêcheur astucieux. » (p. 26)
- Recueil de contes basés sur les souvenirs d’enfance de l’auteur et ayant pour cadre l’univers paysan; thèmes traditionnels (p. ex., famille, fierté, religion) susceptibles d’intéresser le lectorat visé.
- Mise en page aérée; œuvre composée de 20 contes très courts, chacun titré, qui dépeint une société canadienne-française révolue; éléments graphiques (p. ex., points de suspension, majuscules, guillemets, italiques, parenthèses) facilitant l’interprétation de l’œuvre; liste des œuvres de l’auteur au début; note explicative sur la création de l’œuvre et de son titre, suivie d’une table des matières à la fin; courtes notes biographiques sur l’auteur à la quatrième de couverture.
Langue
- Registre de langue courant dans les séquences narratives; registre plus familier, voire populaire, dans les séquences dialoguées (p. ex., itou, mon joual, d’un boutte à l’autre, icitte, moé) révélant l’époque et le milieu socioculturel des personnages; mots moins connus (p. ex., épiâmes, évidées, narthex, roides, obus) généralement compréhensibles à l’aide du contexte.
- Phrases transformées et phrases à construction particulière; variété de types et de formes de phrases (p. ex., déclarative, interrogative, exclamative, impérative, négative); phrases généralement longues; emploi du présent, du passé simple et de l’imparfait de l’indicatif dans la narration.
« Vers la mi-novembre, le vent devenait agressif; il s’accrochait aux toits de nos maisons, il fonçait contre les murs; la nuit, les murs craquaient, les poutres et les planches gémissaient. Pour nous, ces bruits étaient causés par les âmes des morts. Nous en étions assurés parce que sur les murs de nos chambres, dans les nuits de novembre, on voyait leurs doigts, de longs doigts, aussi longs que les branches des arbres.
– Fantômes de novembre, où êtes-vous?
Rue Sainte-Catherine, à Montréal, ils ne me répondent pas. Ils ne viennent plus faire peur aux enfants.
Les fantômes ne croient-ils plus aux vivants? » (p. 40)
« – Femme! gaspille donc pas d’argent pour de la broue pendant l’ temps d’ la guerre. Quand a sera finie, on verra ben…
Mon père avait promis à ma mère que, dans quelques jours, la maison serait libérée des encombrantes caisses de pâte dentifrice parce qu’il aurait tout vendu. Les clients ne l’aidaient guère à remplir sa promesse.
Un soir, le camion qui faisait la cueillette du vieux métal pour la guerre s’arrêta devant notre maison.
– Si les tubes de pâte à dents t’ont rien coûté, dit ma mère, débarrasse-toé z’en donc. » (p. 44)
- Nombreux procédés stylistiques (p. ex., énumération, personnification, comparaison, anaphore, métaphore, répétition, hyperbole) qui agrémentent la lecture; ton tendre pimenté de nombreuses pointes d’humour.
« La tête dans l’ouverture pratiquée au plafond, nous touchions du regard, dans le grenier, les caisses, les valises, les vieux magazines, les photographies encadrées, toutes ces choses qui, dans le faisceau lumineux de la lampe de poche, semblaient chuchoter des secrets. » (p. 13-14)
« Le timbre en était beau comme un diamant. Il venait de Rome. Il venait de la Ville éternelle. Il venait presque du ciel. Il était précieux comme une relique, comme un morceau de la soutane du pape. » (p. 33)
« À petits pas prudents, nous suivions le grand oiseau noir qui nous traçait le chemin entre les épitaphes et les tombes. » (p. 38)
« – Frauder le gouvernement…, grogna mon père.
– Frauder le gouvernement…, répéta ma mère.
– Frauder le gouvernement…, j’ai jamais appris comment on fait ça. » (p. 54)
« Je me souviens d’avoir entendu le récit d’un homme qui était allé jusqu’au point où le ciel rencontre la terre : l’homme avait dû se pencher pour ne pas heurter le ciel de sa tête. » (p. 91)
- Prédominance de séquences narratives et descriptives, permettant d’imaginer le monde dans lequel l’auteur a vécu son enfance et de se représenter certains objets et personnages; séquences dialoguées qui permettent de comprendre les liens entre les personnages.
« Monsieur Eaton répondit rapidement à la lettre de ma mère. Deux semaines plus tard, nous recevions le chandail. Ce jour-là, j’eus l’une des plus grandes déceptions de ma vie! Je puis dire que j’ai, ce jour-là, connu une très grande tristesse. Au lieu du chandail bleu, blanc, rouge des Canadiens de Montréal, M. Eaton nous avait envoyé un chandail bleu et blanc, avec la feuille d’érable au devant, le chandail des Maple Leafs de Toronto. J’avais toujours porté le chandail bleu, blanc, rouge des Canadiens de Montréal; tous mes amis portaient le chandail bleu, blanc, rouge; jamais, dans mon village, quelqu’un n’avait porté le chandail de Toronto, jamais on n’y avait vu un chandail des Maple Leafs de Toronto. De plus, l’équipe de Toronto se faisait terrasser régulièrement par les triomphants Canadiens. Les larmes aux yeux, je trouvai assez de force pour dire :
– J’porterai jamais cet uniforme-là.
– Mon garçon, tu vas d’abord l’essayer! Si tu te fais une idée sur les choses avant de les essayer, mon garçon, tu n’iras pas loin dans la vie… […]
– J’pourrai jamais porter ça.
– Pourquoi? Ce chandail-là te va bien… Comme un gant…
– Maurice Richard se mettrait jamais ça sur le dos…
– T’es pas Maurice Richard. Puis, c’est pas ce qu’on se met sur le dos qui compte, c’est ce qu’on se met dans la tête….
– Vous me mettrez pas dans la tête de porter le chandail des Maple Leafs de Toronto. » (p. 61)
Référent(s) culturel(s)
- Référence à Samuel de Champlain, explorateur français.
- Référents culturels et géographiques de la francophonie canadienne (p. ex., Montréal, les plaines d’Abraham, Saint-George-de-Beauce, rue Sainte-Catherine).
- Mention de Maurice Richard et des Canadiens de Montréal.
- Mention de l’Afrique.
Pistes d'exploitation
- Suggérer aux élèves, réunis en équipes, de tracer un portrait du village et des habitants de l’œuvre en tenant compte de critères précis (p. ex., valeurs, croyances, mode de vie et allégeances politiques) à l’aide d’un outil organisationnel. Animer une mise en commun afin de leur permettre de faire part de leur travail au groupe-classe.
- Animer une discussion sur la question suivante : Quel est l’impact de la narration d’un conte par un narrateur qui perçoit le monde à travers ses yeux d’enfant?
- En groupe-classe, visionner le film de l’ONF, Le chandail, du même auteur. Proposer aux élèves, regroupés en équipes, de choisir un conte du recueil, de créer une vidéo à partir de ce conte et de la présenter au groupe-classe.
Conseils d'utilisation
- Avant la lecture, susciter l’intérêt des élèves en leur montrant un billet canadien de 5 $ sur lequel on lit les premières phrases du conte Une abominable feuille d’érable sur la glace.
- Pendant la lecture, contextualiser certains sujets délicats (p. ex., l’oppression religieuse, la répression de la sexualité, le racisme) abordés dans l’œuvre, mais présentés en contexte.
- Conscientiser les élèves aux termes erronés utilisés dans un contexte historique pour se référer aux Autochtones (p. ex., sauvages) et aux personnes noires (le nègre, le Noir).
- Inciter les élèves à lire d’autres recueils de contes, tels que Les Contes d’Émile et une nuit et En pleine terre, dont les fiches pédagogiques se trouvent dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne 1re à 12e année, Série : Français sans frontières 2 – Tutos élèves, Comment raconter une histoire?