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La vie devant soi

Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu’il n’est « pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur ». Le petit garçon l’aidera à se cacher dans son « trou juif », elle n’ira pas mourir à l’hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré « des peuples à disposer d’eux-mêmes » qui n’est pas respecté par l’Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu’à ce qu’elle meure et même au-delà de la mort.

(Tiré de la quatrième de couverture du livre.)

À propos du livre

Contenu

  • Deux personnages principaux, dont le narrateur, Mohammed, connu sous le nom de Momo, un garçon de quatorze ans qui vit avec d’autres jeunes dans un logement de pension, et Madame Rosa, la gardienne des enfants de femmes prostituées de Belleville, un quartier de Paris.

« Je m’appelle Mohammed mais tout le monde m’appelle Momo pour faire plus petit. […]
Pendant longtemps, je n’ai pas su que j’étais arabe parce que personne ne m’insultait. On me l’a seulement appris à l’école. » (p. 11-12)

« Madame Rosa était née en Pologne comme Juive mais elle s’était défendue au Maroc et en Algérie pendant plusieurs années et elle savait l’arabe comme vous et moi. Elle savait aussi le juif pour les mêmes raisons et on se parlait souvent dans cette langue. » (p. 12)

  • Nombreux personnages secondaires, les habitants du quartier, parmi lesquels le docteur Katz, qui se rend chez Madame Rosa pour la soigner, Monsieur Hamil, marchand de tapis du quartier et ami de Momo, ainsi que Madame Lola, un travesti, et Monsieur Waloumba, un Camerounais, qui habitent tous deux le même immeuble et viennent tour à tour en aide à Momo et à Madame Rosa.

« Le docteur Katz était bien connu de tous les Juifs et Arabes autour de la rue Bisson pour sa charité chrétienne et il soignait tout le monde du matin au soir et même plus tard. […] Je pensais souvent en le regardant que si j’avais un père, ce serait le docteur Katz que j’aurais choisi. » (p. 30-31)

« Monsieur Hamil nous vient d’Alger où il a été il y a trente ans en pèlerinage à La Mecque. Sidi Abderrahmân d’Alger est donc son saint préféré parce que la chemise est toujours plus proche du corps, comme il dit. Mais il a aussi un tapis qui montre son autre compatriote, Sidi Ouali Dada, qui est toujours assis sur son tapis de prière qui est tiré par les poissons. » (p. 41)

« Heureusement, on avait des voisins pour nous aider. Je vous ai parlé de Madame Lola, qui habitait au quatrième et qui se défendait au bois de Boulogne comme travestite, et avant d’y aller, car elle avait une voiture, elle venait souvent nous donner un coup de main.  Elle n’avait que trente-cinq ans et avait encore beaucoup de succès devant elle. » (p. 142)

« Un jour je remercierai tous les locataires qui nous ont aidés, comme Monsieur Waloumba, qui avalait le feu boulevard Saint-Michel pour intéresser les passants à son cas et qui est monté faire un très joli numéro devant Madame Rosa dans l’espoir de susciter son attention.
Monsieur Waloumba est un Noir du Cameroun qui était venu en France pour la balayer. Il avait laissé toutes ses femmes et ses enfants dans son pays pour des raisons économiques. » (p. 173)

  • Roman poignant empreint de sensibilité, qui suit l’histoire de Momo, un jeune garçon d’origine arabe placé en pension dans le quartier de Belleville en France, décrivant son vécu au quotidien ainsi que les derniers jours de la vie de Madame Rosa, la logeuse de l’établissement; intrigue émouvante qui permet d’explorer les relations intergénérationnelles, l’identité et les défis des personnes marginalisées dans la société; quelques retours en arrière permettant de comprendre le passé de Momo, ainsi que la vie de Madame Rosa dans un camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale; thèmes (p. ex., immigration, prostitution, solitude, vieillesse, euthanasie) incitant le lectorat à réfléchir sur le sens de la vie et de la mort.
  • Mise en page simple; œuvre présentée sous forme de chapitres non numérotés et non titrés; éléments graphiques (p. ex., tirets, guillemets, italiques, points de suspension, caractères gras) qui facilitent la compréhension de l’œuvre; description de l’auteur Romain Kacew, aussi connu sous le pseudonyme de Romain Gary, de sa vie et de ses accomplissements au début du roman; liste des autres œuvres de l’auteur publiées aux Éditions Gallimard ainsi que d’autres romans de la collection Folio en fin de livre; description de l’œuvre, prestigieux prix Goncourt de 1975, en quatrième de couverture.

Langue

  • Registres de langue généralement familier et populaire, propres au milieu où se déroule l’action; syntaxe parfois incorrecte ou à double sens, qui dépeint de façon volontaire les réflexions et le langage du jeune Momo; plusieurs mots familiers et expressions argotiques liés au monde de la prostitution, de la drogue et de la rue (p. ex., cul, zob, pute, pognon, piquousse), mots moins connus (p. ex., désopilant, turlupinait, rombière) et expressions familières utilisées en France (p. ex., il me foutait les chochottes, c’était la fin des haricots ) compréhensibles grâce au contexte; utilisation de mots hébreux (p. ex., michougué, Khaïrem, mazoltov) et arabes (p. ex., soubhân ad daîm lâ iasoul) contribuant à la vraisemblance des personnages.
  • Phrases de base, phrases transformées et phrases à construction particulière; abondance de phrases interrogatives et exclamatives dans les dialogues; nombreuses phrases sans fin dans les séquences narratives, illustrant la volubilité de Mohammed dans ses moments d’agitation.

« Elle est entrée dans une porte cochère et je l’ai vue s’arrêter au rez-de-chaussée et sonner. Ça n’a pas raté. La porte s’est ouverte et il y a eu deux mômes qui lui ont sauté au cou. Sept ou huit ans, quoi. Ah là là, je vous jure. » (p. 99)

« – Mais je n’avais même pas votre nom et adresse! L’oncle d’Aïcha a gardé le reçu au Brésil… J’étais enfermé! Je sors ce matin! […] Signe de vie! Qu’est-ce que ça veut dire, signe de vie?
– De l’argent, dit Madame Rosa, avec bon sens.
– Où voulez-vous que j’en trouve, Madame? » (p. 190-191)

« Et ne me regardez pas comme ça, docteur Katz, parce que je ne vais pas faire une crise de violence, je ne suis pas psychiatrique, je ne suis pas héréditaire, je ne vais pas tuer ma pute de mère parce que c’est déjà fait, Dieu ait son cul, qui a fait beaucoup de bien sur cette terre, et je vous emmerde tous, sauf Madame Rosa qui est la seule chose que j’aie aimée ici et je ne vais pas la laisser devenir champion du monde des légumes pour faire plaisir à la médecine et quand j’écrirai les misérables je vais dire tout ce que je veux sans tuer personne parce que c’est la même chose et si vous n’étiez pas un vieux youpin sans cœur mais un vrai Juif avec un vrai cœur à la place de l’organe vous feriez une bonne action et vous avorteriez Madame Rosa tout de suite pour la sauver de la vie qui lui a été foutue au cul par un père qu’on connaît même pas et qui n’a même pas de visage tellement il se cache et il n’est même pas permis de le représenter parce qu’il a toute une maffia pour l’empêcher de se faire prendre et c’est la criminalité, Madame Rosa, et la condamnation des sales cons de médecins pour refus d’assistance… » (p. 235-236)

  • Nombreux procédés stylistiques (p. ex., comparaison, personnification, énumération, interjection, répétition, expression imagée) qui enrichissent le texte.

« Je l’ai pris, je l’ai caressé et puis j’ai foutu le camp comme une flèche. » (p. 24)

« Le meilleur moment pour ça, c’était très tôt le matin, quand le jour est encore sur la pointe des pieds. » (p. 60)

« J’avais repéré l’endroit où Madame Rosa cachait la clé de la cave et une fois, j’y suis allé pour voir. J’ai rien trouvé. Des meubles, un pot de chambre, des sardines, des bougies, enfin des tas de trucs comme pour loger quelqu’un. » (p. 61)

« Bof, je me suis dit, c’est pas la peine de faucher, elle saura même pas que c’est moi. » (p. 113)

« […] mais j’ai toujours mal au ventre, et puis je lâche un étron qui va s’asseoir par terre et j’ai plus mal sous l’effet du soulagement et la personne chaude m’embrasse et rit d’un léger que j’entends, j’entends, j’entends… » (p. 122)

« Je me suis assis dans l’escalier et j’ai pleuré comme un veau. Les veaux ne pleurent jamais mais c’est l’expression qui veut ça. » (p. 133)

  • Séquences narratives et descriptives, entrecoupées de séquences dialoguées, qui permettent de s’immiscer dans l’esprit du narrateur et aident à comprendre ses états d’âme ainsi que ses relations avec les autres personnages.

« La blonde m’a reconnu et m’a fait un immense sourire, ce qui m’a un peu remonté le moral, je lui avais fait impression.
– Mais c’est mon copain!
[…]
– Qu’est-ce que c’est?
– C’est un vieux parapluie que j’ai renippé.
– Il est marrant, avec son costume, on dirait un fétiche. C’est ton copain?
– Vous me prenez pour un demeuré, ou quoi? C’est pas un copain, c’est un parapluie.
Elle a pris Arthur et elle a fait semblant de le regarder. Les autres aussi. La première chose que personne ne veut, quand on adopte un môme, c’est qu’il soit demeuré. » (p. 118-119)

« Je me suis mis à chialer mais je voyais bien que je parlais pour ne rien dire. Et c’est alors que j’ai eu une idée géniale car j’étais vraiment capable de tout.
– Docteur Katz, on ne peut pas la mettre à l’hôpital. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui, elle a de la famille.
Il parut étonné.
– Comment, de la famille? Elle n’a personne au monde.
– Elle a de la famille en Israël et…
J’ai avalé ma salive.
– Ils arrivent aujourd’hui.
[…]
Je reprenais de l’espoir. J’étais assis dans un coin avec mon pardessus et le parapluie Arthur, et j’ai pris son chapeau melon et je me le suis mis pour la baraka. » (p. 250-251)

Référent(s) culturel(s)

  • Référence à Victor Hugo et à son roman Les Misérables.
  • Mention de certains quartiers de Paris et de certaines régions de la France (p. ex., les Champs Élysées, Pigalle, Montparnasse, les Halles, Nice, la Normandie).
  • Référence à de nombreux autres pays de la francophonie internationale (p. ex., le Sénégal, le Cameroun, l’Algérie, le Maroc).
  • Mention du chant « En passant par la Lorraine ».

Pistes d'exploitation

  • Présenter aux élèves le film éponyme puis leur demander, réunis en équipes, d’en rédiger une critique cinématographique. Jumeler les équipes, puis leur demander de faire part de leur travail aux membres de leur groupe.
  • Séparer le groupe-classe en deux équipes et demander aux élèves de choisir une question à débattre (p. ex., Pour ou contre l’aide médicale à mourir? Devrait-on limiter le nombre d’immigrants entrant au pays?). Les inviter à préparer des arguments et des contre-arguments, puis à débattre de la question devant leurs pairs.
  • Suggérer aux élèves, regroupés en dyades, de faire une recherche sur la vie de Victor Hugo et sur son œuvre Les Misérables, dont il est mention fait dans le roman.  Les inviter à présenter leurs trouvailles au groupe-classe sous la forme de leur choix (diaporama, infographie, collage).
  • Animer une discussion à partir des questions suivantes : Quelles leçons Momo et Madame Rosa apprennent-ils l’un de l’autre? Comment leurs âges influencent-ils leur vision du monde?
  • Proposer aux élèves, regroupés en dyades, de mener une recherche sur l’auteur afin de répondre à la question suivante : Pourquoi a-t-il rédigé cette œuvre sous le pseudonyme Émile Ajar? Animer en groupe-classe une discussion sur l’efficacité de cette approche.

Conseils d'utilisation

  • Avant la lecture, prévenir les élèves que les termes « nègre » et « peaux rouges » figurent dans le roman, puis leur expliquer que l’utilisation de ces termes est justifiée dans le contexte historique et l’époque à laquelle l’œuvre a été écrite.
  • Prévenir les élèves que le langage utilisé est parfois cru et vulgaire, reflétant un milieu violent et rude, ainsi que la dégradation des facultés d’une personne âgée (p. ex., « coups de pied au cul », « chier », « pute », « pisser », « torcher »).
  • Accorder une attention particulière aux sujets délicats dont on traite dans le roman (p. ex., prostitution, drogue, racisme, Hitler, Holocauste, euthanasie); prévoir un soutien si cela s’avère nécessaire.
  • À noter que le mot « cest » devrait s’écrire « c’est » (p. 148 ) et que « à tuer » devrait s’écrire « a tué » (p. 235).
  • Inciter les élèves à explorer une autre œuvre qui aborde le thème de l’euthanasie en tant que question de droits de la personne, soit Un jour, ils entendront mes silences, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.

Ressource(s) additionnelle(s)

  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 10e à 12e année, Série : Histoire de l’Holocauste (plusieurs émissions).
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 11e et 12e année, Série : ONFR – Société, La vieillesse, on en pense quoi?
  • IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Identité 2.0, La francophonie internationale.
  • La vie devant soi (Madame Rosa), film français réalisé par Moshé Mizrahi, sorti en 1977.