Contenu
- Personnage principal, Luzina Tousignant, épouse et mère de nombreux enfants, une femme forte, courageuse et travaillante, qui valorise l’éducation de ses enfants.
« La bonté maternelle de la grasse Luzina, ses prunelles chaudes et curieuses, son avide intérêt envers autrui, tout en elle invitait à la confiance. » (p. 29)
« Dans ce deuxième paragraphe de sa lettre, le gouvernement exposait à Luzina qu’elle ne s’était pas trompée en l’estimant très intéressé à l’éducation. Il se disait désolé d’apprendre qu’en des régions telles qu’en habitait Luzina, il y avait apparemment de futurs citoyens privés d’école. Tout cela était à changer le plus rapidement possible, et tout cela changerait, promettait le gouvernement, car c’était bien par l’éducation qu’une nation s’élevait. En conséquence, il se disait prêt à envoyer une institutrice dans l’île de la Petite Poule d’Eau à partir du mois de mai, pour quatre ou six mois, selon que la température et les routes le permettaient, à deux conditions :
Premièrement, qu’il y eût une petite bâtisse ou tout au moins une pièce de la maison qui servirait d’école. Deuxièmement, que le nombre des écoliers fut au moins de six ayant tous atteint l’âge de l’inscription scolaire. » (p. 44)
- Personnages secondaires nombreux, parmi lesquels Nick Sluzick, le facteur qui accompagne Luzina durant une partie de son voyage annuel, Hippolyte Tousignant, l’époux dévoué de Luzina, toujours prêt à exaucer ses souhaits, les trois enseignants, dont Mademoiselle Côté, la première, très appréciée des enfants, Miss O’Rorke, la seconde, femme austère qui s’acclimate peu à la vie chez les Tousignant, Armand Dubreuil, le troisième, dont le laisser-aller déplaît à Luzina et aux enfants, Joséphine, l’une des filles de Luzina, qui aspire de devenir enseignante comme Mademoiselle Côté son idole, Edmond, l’un des fils de Luzina, qui poursuit des études en médecine, ainsi que le père Joseph-Marie, surnommé le Capucin, qui visite parfois les Tousignant pour offrir le pardon et chanter la messe, un homme de Dieu qui se transforme également en commerçant de fourrure.
« Tel était ce vieil original de Nick Sluzick. Dans un pays où on était souvent silencieux, faute d’avoir du nouveau à commenter, il détenait le record de la taciturnité. Il passait pour avoir mené ses affaires, accepté des commissions, rendu service, accompli son devoir de facteur, fait l’amour, procréé des enfants, tout cela sans prononcer plus d’une dizaine de phrases. » (p. 19)
« Enfin, un beau jour, Hippolyte lui demanda :
– Eh bien, pour l’école, t’es-tu enfin décidée, sa mère? Me v’là paré à enfoncer les premiers pieux.
[…]
– Là, dit Luzina. […]
L’école se dessina vite, une petite maison carrée, bâtie de rondins comme l’habitation principale. » (p. 49-50)
« Mademoiselle Côté se pencha brusquement vers la petite troupe indécise; […] elle ouvrit les bras aux enfants de Luzina. […]
La demoiselle se redressa. On vit alors qu’elle était tout à son devoir, cette demoiselle Côté, et que sa jeunesse ne serait pas un obstacle à la fermeté, bien au contraire. » (p. 69-70)
« Miss O’Rorke n’avait jamais expérimenté la sagesse du dicton : ²Avec les Romains, vivez comme des Romains.² Sa pédagogie l’aurait entraînée à tenter la transformation du monde entier plutôt que d’abandonner une seule de ses idées fixes et de ses petites manies. Elle jouait d’ailleurs particulièrement de malheur en cette circonstance. Stricte végétarienne, elle avait échoué dans une île où l’on mangeait du lard salé d’un bout à l’autre de l’année. Son sommeil était léger. Pour dormir, elle avait besoin d’un silence parfait autour d’elle. Or, les brebis et leurs agnelets paissaient en liberté dans l’île. Ils n’en finissaient plus de s’appeler. […] Vers l’aube, quand ils se taisaient enfin, c’était le tour des canards et des poules d’eau d’agacer Miss O’Rorke. » (p. 87-88)
« Armand Dubreuil était si gentil. Il était sans cérémonie. On aurait dit qu’il avait toujours vécu avec eux. […] Il s’intéressait à tout, sauf à son école. » (p. 105)
« Il y avait maintenant quatre ans qu’une grande ambition avait soulevé Joséphine : marcher sur des talons hauts, d’une démarche légère et pleine de grâce comme Mademoiselle; se coiffer avec des bouclettes sur le front comme Mademoiselle; et, ce qui était beaucoup plus difficile, devenir savante comme Mademoiselle. » (p. 125)
« Dire cependant qu’il terminait ses études de médecine à l’université Laval, dans cette même petite ville de Québec d’où le vieux gouverneur de mademoiselle Côté avait répondu par la bouche de ses canons! Est-ce qu’ils auraient pu se douter seulement, du temps qu’ils entendaient parler de Frontenac à la Poule d’Eau, qu’Edmond, un jour, de ses yeux verrait la petite citadelle de la résistance française! » (p. 150-151)
« Le père Joseph-Marie n’était pas un homme que l’on questionnait. On ne savait pas pourquoi. Lui, il posait autant de questions qu’il voulait, il finissait par tout savoir avec ses petits yeux à l’affût des nouvelles, ses gros sourcils noués par l’intérêt, sa façon de se jeter dans une histoire commencée, la figure toute réjouie comme si rien ne pouvait lui plaire davantage que la vie des autres. » (p. 164)
- Roman mettant en scène une famille nombreuse vivant dans un coin éloigné du Manitoba qui réussit à obtenir le soutien du gouvernent provincial pour ouvrir une école, permettant ainsi aux enfants Tousignant, assoiffés de connaissances, de quitter progressivement le nid familial pour poursuivre leur vie dans des lieux plus accessibles; deux premières parties du roman mettant en avant-plan Luzina, tandis que la troisième tourne autour du Capucin, offrant un retour en arrière à l’époque où Mademoiselle Côté enseignait chez les Tousignant; thèmes variés (p. ex., famille, éducation, solitude, aventure) susceptibles de piquer la curiosité des lecteurs et de susciter des discussions.
- Mise en page simple, œuvre divisée en trois parties titrées, puis subdivisées en chapitres numérotés; éléments graphiques (p. ex., italiques, majuscules, notes de bas de pages présentant des explications, symboles indiquant un changement de scène ou un laps de temps) facilitant la compréhension de l’œuvre; liste des œuvres de l’auteure et dédicace au début de l’œuvre; annexes, chronologie de la vie de Gabrielle Roy, éléments de bibliographie et table des matières à la fin; courte biographie de l’auteure sur la quatrième de couverture.
Langue
- Registre de langue courant dans l’ensemble de l’œuvre; mots moins connus (p. ex., polyglotte, kyrielle, idiome, ineffable, irascible) et mots plus anciens (p.ex., buggy, ébréchée, écrémeuse, Mamzelle, berlander) compréhensibles à l’aide du contexte; mots et expressions provenant de l’anglais (p. ex., trail, settlement, school teacher, You see?, ungreatful children) et expressions latines (p. ex., Ite missa est…, Panis Angelicus) dans les dialogues, contribuant à la vraisemblance des personnages.
- Phrases de bases, nombreuses phrases transformées et phrases à construction particulière; types de phrases variés; nombreuses phrases déclaratives dans la narration et quelques phrases exclamatives et interrogatives dans les dialogues.
« Seul un vieil habitant ou un guide métis pouvait s’y reconnaître, car, à plusieurs endroits, cette piste se divisait en pistes secondaires conduisant, à travers la brousse, à la cabane de quelque trappeur, située deux ou trois milles plus loin et que, du chemin principal, on ne pouvait pas apercevoir. » (p. 12)
« On aurait pu douter des rois anglais introduits dans l’île par Miss O’Rorke, des héros de mademoiselle Côté, planteurs de drapeaux s’il en fut, et même des malheureux exilés du maître Dubreuil, n’eût été la petite école qui restait. » (p. 117)
« Mettre la grammaire de Joséphine au feu! À peine Luzina eut-elle entrevu le sens de sa menace qu’elle devint instantanément repentante, aimable, persuasive. Que lui arrivait-il donc! » (p. 128)
« – Mon courrier, auriez-vous l’obligeance de me donner mon courrier, monsieur Bessette? demanda le capucin d’une voix polie. » (p. 206)
- Figures de style variées (p. ex., répétition, comparaison, hyperbole, personnification, énumération) permettant de mieux visualiser et d’apprécier le style de l’auteure.
« Sa destinée serait maintenant d’écrire. D’écrire sans fin. D’écrire jusqu’au bout de ses jours. » (p. 60)
« La vieille carte lui parlait presque comme une amie et aussi comme une voleuse. » (p. 140)
« Il était de ces hommes avares pour qui faire un petit compliment, c’est se dépouiller soi-même. » (p. 214)
« Les préparatifs du repas qu’il avait tant de fois interrompus flattèrent ses narines. » (p. 221)
« De même les butors, les hérons, le huard, les divers échassiers qui, tout gros et maladroits qu’ils fussent sur le sol, ne paraissaient plus du tout lourds lorsqu’ils étaient en plein vol. » (p. 241)
- Séquences descriptives et narratives qui enrichissent la compréhension des événements, de l’époque, des lieux et des relations entre les personnages; séquences dialoguées révélant les traits de caractère des personnages ainsi que les interactions entre eux.
« Débarquant sur la rive opposée, on devait traverser à pied une île longue d’un demi-mille, couverte de foin rugueux et serré, de bosses et de trous boueux et, si c’était l’été, de moustiques énormes, affamés, qui se levaient par milliers du terrain spongieux. » (p. 13)
« Promue pour ainsi dire présidente et secrétaire de sa propre commission scolaire qu’elle constituait à elle seule, Luzina en sentit vivement les responsabilités. Oh, il faudrait trouver un beau nom d’école qui ne décevrait pas le gouvernement! Luzina signifia à Hippolyte d’avoir lui aussi à se creuser la tête. » (p. 51)
« – Vous n’êtes pas pour vous mettre à travailler douze heures par jour, se plaignit Luzina.
– Ce n’est que plaisir avec des enfants si aimables, soutint la maîtresse.
– Aimables! Vous ne les connaissez pas, fit Luzina. Ce sont des petits diables tout purs.
– De gentils enfants, corrigea la maîtresse. » (p. 81-82)
Référent(s) culturel(s)
- Référence à des lieux du Manitoba et d’ailleurs au Canada (p. ex., Portage-des-Prés, rivière de la Grande Poule d’Eau, Sainte-Rose-du-Lac, Winnipeg, Saint-Boniface, Québec, Toronto).
- Référence à des personnages historiques (p. ex., Jacques Cartier, le gouverneur Frontenac, Médard Chouart des Groseillers, Pierre-Esprit Radisson).
- Mention des Métis.
- Référence au personnage de Perrette, le personnage principal de la fable de Jean de Lafontaine, La laitière et le pot au lait.
- Référence à la chanson Savez-vous planter des choux.
- Référence à Saint-Joseph et à la Bible.
Pistes d'exploitation
- Proposer aux élèves, regroupés en équipes, de mener une recherche sur l’histoire des écoles de langue française au Manitoba, puis d’en créer la chronologie, sur papier ou en version numérique. Animer une mise en commun afin de leur permettre de faire part de leur travail au groupe-classe.
- Suggérer aux élèves de rédiger une page du journal intime d’un des enseignants ayant travaillé à l’école de la Petite Poule d’Eau, puis organiser une séance où ils pourront lire leurs textes à leurs pairs.
- Suggérer aux élèves, réunis en équipes, de comparer les méthodes d’enseignement des trois enseignants de l’école de la Petite Poule d’Eau, puis d’analyser les façons dont l’attitude de Luzina et des élèves changent en fonction de l’enseignant. Leur demander de consigner leurs observations dans un tableau comparatif, puis animer une mise en commun afin de leur permettre de présenter leurs trouvailles au groupe-classe.
- Proposer aux élèves, réunis en dyades, de créer une bande dessinée inspirée d’une des scènes décrites dans le roman, puis organiser une période où ils pourront présenter leur travail à leurs pairs.
Conseils d'utilisation
- Accorder une attention particulière aux rôles de genre et aux préjugés en tenant compte du contexte (p. ex., référence au féminicide à la hache, préjugés envers les gens vivant dans les régions rurales et éloignées).
- Conscientiser les élèves aux termes erronés et parfois blessants au sujet des Autochtones (p. ex., file indienne, Indiens, charrettes indiennes, réserves indiennes, Sauvage, Sauvagesse).
- Expliquer que l’expression « acheter un bébé » telle qu’employée dans l’œuvre fait référence à aller accoucher en ville et revenir à la maison avec un poupon.
- Inviter les élèves à lire le roman Rue Deschambault, de la même auteure, dont la fiche pédagogique se trouve dans FousDeLire.
Ressource(s) additionnelle(s)
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Gabrielle Roy.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Hors Québec — Les gens passionnés des terres au Manitoba.
- IDÉLLO.org, ressources éducatives en ligne, 9e à 12e année, Série : Unique au monde — La Vie des marais.